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Archive for the ‘Carnet noir’ Category

Un roman d’Elena Piacentini publié chez Au-delà du raisonnable.

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Présentation de l’éditeur :

Leoni débarque à Lille avec une réputation de dur à cuire, sa grand-mère et ses dossiers. L’équipe d’enquêteurs dont il prend le commandement n’en sait pas beaucoup plus, et, déjà, le cadavre d’une jeune prostituée et celui d’un chef d’entreprise au management brutal propulsent le groupe Leoni sur le terrain. C’est là que les flics se jugeront. Et le Corse préfère ça à de longs discours.

Un Corse à Lille est le premier tome d’une série de romans policiers mettant en scène le commandant Pierre-Arsène Leoni et son équipe. Les trois premiers volumes, autrefois disponibles chez Ravet-Anceau étaient épuisés depuis un moment. Ils amorcent leur retour avec ce premier tome, les deux autres arriveront dans les mois qui viennent.
La série est pour l’instant composée de sept volumes, en grand format chez Au-delà du raisonnable, en poche chez Pocket :

– Un Corse à Lille
– Art brut
– Vendetta chez les Chtis
– Carrières noires
– Le Cimetière des chimères
– Des forêts et des âmes
– Aux vents mauvais

Bien que ces romans puissent plus ou moins se lire indépendamment, ce premier tome est avant tout celui de la prise de contact avec Leoni et les autres personnages. Le passé de chacun y est évoqué, juste de quoi brosser les caractères, poser le décor et laisser le lecteur prendre ses marques. Ces personnages sont quelque peu caricaturaux, mais c’est pleinement assumé. On a la légiste déjantée, la fille de bonne famille, le bon-vivant aussi jovial que loyal, le prêtre défroqué, le séducteur à l’enfance difficile, l’ancien soldat… Vous vous dites que vous les avez déjà vus quelque part, mais au final ce n’est pas si dérangeant. L’envie de les connaître davantage s’instille peu à peu.
C’est probablement sur l’ombrageux Leoni qu’on en apprend le moins. Droit dans ses bottes, secret et tenace, il éveille forcément l’intérêt. De tous ceux qui gravitent autour de lui, j’ai plus particulièrement apprécié sa grand-mère. Il faut dire qu’elle me rappelle un peu la mienne… Tout Corse qui se respecte y reconnaîtra une figure familière et bienveillante, l’une de ces vieilles dames vêtues de noir, franches et farouches, mais tellement affectueuses. Les personnages sont le sel de ce roman, à côté l’histoire paraît secondaire.
Les chapitres sont extrêmement courts, parfois à peine deux pages. Cela donne un rythme très haché au début, le temps d’entrer dans le récit. Ils sont très visuels, donnant l’impression de regarder des plans cinématographiques. Puis, petit à petit, ce rythme saccadé devient un atout. Ce premier tome manque un peu de suspense, la brièveté des scènes lui offre une touche bienvenue de dynamisme.
Deux enquêtes se déroulent en parallèle, mais l’on sait tout du long où l’on va. Il me semble que c’est voulu. Je trouve cependant cela assez dommage. Quand je lis un policier, j’aime être déroutée et faire travailler ma logique.
Je reprocherais à Leoni en particulier et à ses équipiers en général de trop se baser sur leur intuition ainsi que d’être plus souvent tributaires du hasard que portés sur la collecte de preuves et la vérification des faits. C’est souvent trop facile et certains raccourcis m’ont laissée perplexe. Parfois, on ne sait pas comment ils en sont arrivés à certaines conclusions. Je pense notamment à un meurtre, qui est passé des années pour un accident, et qu’ils relient à leur affaire en cours sans la moindre preuve.
Ce premier tome a des défauts, mais reste une lecture distrayante. Et puis la série se bonifie avec le temps. À vous de vous faire votre opinion.

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Un roman d’Ariel Holzl publié chez Mnémos dans la collection Naos.

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Présentation de l’éditeur :

Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses soeurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les moeurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.

Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…

« Une fantasy urbaine mordante et décalée, proche de l’univers de Tim Burton. »

Ariel Holzl a grandi dans la décadence acidulée des années 90. Les Soeurs Carmines est né d’une volonté de croiser les genres, de créer des rencontres inat­tendues entre ses sources d’inspiration comme Neil Gaiman, Edgar Allan Poe ou Stephen King. Le Complot des corbeaux est son premier roman.

Trois sœurs très différentes, une ville qui devient un personnage à part entière, des familles qui se battent pour le pouvoir, des complots incessants et une magie baroque… Tout lecteur de fantasy qui se respecte se dit qu’il a déjà vu ça, mais ne peut pas s’empêcher de tendre la main vers ce roman. Et il ne le regrettera pas.
Ariel Holzl a su créer un univers original, jouer avec les attentes du lecteur et les clichés. Sa Grisaille est une ville sombre et fascinante que l’on brûle d’explorer, digne héritière de toutes ces cités de papier qui ont marqué notre imaginaire. J’ai même été frustrée de ne pas en voir davantage.
Ses personnages sont plus caricaturaux, mais cela est pleinement assumé et ne veut pas dire qu’ils ne réservent pas quelques surprises. Comme la plupart des gens, j’imagine, j’ai adoré la petite Dolorine et me suis régalée des extraits de son journal. Sa naïveté délicieuse de petite fille, associée à ses caractéristiques tellement gothiques, en font un personnage génial. Elle compense largement l’antipathie provoquée par sa grande sœur Tristabelle. Celle-ci, beauté narcissique et sociopathe, a un potentiel humoristique certain, mais devient vite assez pénible… Cependant, c’est la sœur du milieu l’héroïne de ce tome, la gentille Merry, aspirante cambrioleuse des plus malchanceuses. Et elle m’a fait de la peine la petite Merry, à passer son temps à courir à droite et à gauche pour protéger ses sœurs… Il ne fait pas bon être trop gentil ou avoir de l’honneur à Grisaille !
On rencontre ici des guildes de voleurs et d’assassins, façon Pratchett, une aristocratie divisée en huit familles aux pouvoirs spécifiques, des cinglés en tous genres et une société retorse où tuer avant d’être tué est la règle, mais tout ça dans l’humour le plus noir plutôt que le gore. C’est tout ce que j’aime : un peu de famille Addams, de Burton, de Gaiman, mais juste de lointaines inspirations, comme une mélodie assourdie dont on reconnaît quelques notes à la volée. L’univers des sœurs Carmines est résolument original.
L’auteur a créé un background complexe, mais a le bon goût de ne pas l’étaler sous le nez du lecteur, il privilégie son histoire. Alors oui on aimerait en savoir plus sur la ville et ses habitants, mais ayant l’habitude de me plaindre copieusement quand les auteurs jouent aux guides touristiques sans développer d’intrigue, je ne peux qu’approuver son choix.
Le Complot des corbeaux est un roman de cape et d’épée flirtant avec les caractéristiques du gothique – personnages malveillants, assassinats sournois et secrets de famille, mais prend souvent les poncifs à contrepied. Certains passages sont vraiment très drôles, notamment le journal de Dolorine ou la bataille finale. J’ai passé un excellent moment.
En outre, la maquette est soignée avec ses silhouettes en guise de décorations de chapitres. C’est de l’ordre du détail mais ça réjouit la part la plus superficielle de ma personne.
La série est prévue en trois volumes, un par sœur, en accord avec la personnalité de chacune. À la fin de l’ouvrage se trouve un extrait du tome 2 consacré à l’aînée, à la première personne s’il vous plaît, contrairement au tome 1. On n’en attendait pas moins de l’égocentrique Tristabelle… Ceci dit, cela m’effraie un peu. Trista est un personnage cocasse, mais qui devient vite exaspérant, alors tout un roman en sa compagnie… Néanmoins, j’ai bon espoir que ce soit drôle et j’ai ouï dire que ce serait dans un genre assez différent, alors je serai au rendez-vous !

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Un roman d’Élie Darco publié chez Magnard.

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Présentation de l’éditeur :

Alec et sa soeur Beryl, dix-sept et dix-huit ans, ont été ballottés au gré des affectations successives de leurs parents, tous deux militaires de carrière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes depuis l’enfance, ils aiment repousser leurs limites et tenter de nouvelles expériences, quittes à enfreindre les règles d’une société sécuritaire, qui entend lutter aussi bien contre le terrorisme que contre le gaspillage énergétique.

Un jour, la famille échoue dans une petite ville perdue au milieu d’un massif forestier. Pour ces adolescents habitués aux espaces urbains, aux salles d’arcade et aux tripots clandestins, l’adaptation est difficile. Très vite, l’ennui les guette. Un soir, Alec et Beryl subtilisent le pistolet de leur père et vont s’entraîner à tirer en forêt. Des copains de classe les rejoignent. Dans l’obscurité, un écho semble répondre à l’un des coups de feu et une lumière danse entre les arbres. Alec et Beryl découvrent alors ce qu’ils imaginent être une ancienne station militaire à l’abandon.

Mais le lendemain, le chef de la police se présente chez eux : le cadavre d’une jeune fille a été retrouvé cette même nuit, en bordure de la forêt… Pour Alec et Beryl, c’est le prélude d’une série de bouleversements, qui vont les mettre à rude épreuve. Envers et contre tous, ils vont tenter de rester soudés. Inséparables.

Alec et Beryl sont frère et sœur. Un an seulement les sépare et leur relation est plutôt fusionnelle. Enfants de militaires, ils ont été élevés à la dure par des parents distants. Cela, ainsi que de fréquents déménagements, leur a appris à compter l’un sur l’autre. Ils se suffisent et sont complémentaires. Ces ados rebelles aiment flirter avec le danger et les limites de la loi, alors quand ils arrivent dans un patelin paumé à la faveur de la dernière affectation de leurs parents, on ne peut pas dire qu’ils débordent d’enthousiasme.
L’atmosphère est lourde à Morran, entre l’absence de distractions et des règles strictes à observer. Alec et Beryl s’ennuient et cela va les mener au mauvais endroit au mauvais moment. En quelques pages, Élie Darco installe une atmosphère sombre qui ne fera que s’amplifier au fil de la lecture. On se rend vite compte que quelque chose cloche, mais quoi ? L’auteur s’amuse à bousculer les certitudes. On entre vite dans ce récit rythmé et, le suspense allant croissant, il devient de plus en plus difficile de le lâcher à mesure que le mystère prend corps.
Je me plains souvent que la littérature destinée aux adolescents est pétrie de clichés, alors j’ai été ravie de constater que ce n’est pas le cas ici. Élie Darco nous offre des personnages crédibles, qui ne sont pas contrôlés par leurs hormones. Alec et Beryl sont intelligents, combatifs, mais également faillibles. J’ai apprécié leur personnalité et le lien si fort qui existe entre eux contribue à les rendre attachants.
Ce thriller flirte avec la science fiction, le récit prenant place dans un monde qui se remet sur les rails après une grande crise énergétique, mais moi qui suis pourtant férue d’anticipation, j’ai préféré les aspects « réels » de l’histoire.
L’intrigue est vive, efficace, les chapitres courts font que les pages défilent à toute allure. On ne peut s’empêcher de poser des hypothèses et de s’inquiéter pour les personnages, mais qu’on voie ou non se dessiner le dénouement, Inséparables est un très bon roman qui ne plaira pas qu’aux ados.

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Une anthologie publiée chez Realities Inc, en papier et en numérique.

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Sommaire :

– La septième idole, par Sylvain Lamur
– Terminus Turnus, par Ludovic Klein
– Autodafé, par Marie-Lucie Bougon
– Cadenas d’amour, par Bruno Pochesci
– Le sourire du barbare, par Sébastien Parisot
– La louve pourpre, par Julien Morgan
– Jeux dangereux au bord du monde, par Sylvain Bousquet
– Mirradh, par Manuel Le gourrierec
– Le sang et l’acier, par Xavier Portebois
– Une fois le papier enflammé, par Marianne Escher

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Réalités est une anthologie comme on les aime : des textes variés et inventifs qui permettent de découvrir des auteurs et d’explorer divers univers de SFFF sans s’ennuyer un seul instant.
Dans ces dix nouvelles on croise entre autres des robots, des ados livrés à eux-mêmes dans un monde apocalyptique, des mythes en lambeaux, des extraterrestres et des dragons. On explore des sociétés dystopiques, d’autres planètes et même une utopie… Drôles, tragiques, intenses ou surprenants, tous ces textes tirent à leur manière leur épingle du jeu. Je vais vous parler de mes préférés.
Dans La septième idole, des robots cherchent un sens à leur existence en se créant une religion. C’est bien vu. Un contexte savamment construit ainsi qu’une réflexion intéressante sous-tendent ce texte à la fois drôle et intelligent.
Autodafé, probablement ma préférée, est une nouvelle bourrée de références littéraires et superbement écrite. Très visuelle, elle nous permet d’observer les personnages aussi bien que la danse macabre des brûleurs de livres. Du début à la fin, je n’ai pu lâcher ce texte.
Cadenas d’amour est un récit à l’humour grinçant particulièrement divertissant. Seule la fin m’a un peu déçue, mais les circonvolutions de l’intrigue et le rythme enlevé m’ont beaucoup plu.
Plus initiatique, Jeux dangereux au bord du monde, a éveillé mon intérêt par l’originalité de l’univers dépeint. Des adolescents et enfants cherchent à survivre dans un monde que le néant ronge chaque jour un peu plus. Ils ont des préoccupations d’adultes mêlées à d’autres plus de leur âge. Mais comment s’affirmer et trouver sa place quand l’avenir est illusoire, ne dépendant que d’une éternelle fuite en avant ?
Dans Le sang et l’acier, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Xavier Portebois dont les textes possèdent toujours plusieurs niveaux de lectures et sont très subtils. Cette fois, se mêlent les caractéristiques du polar avec une réflexion sur l’humanité et le vivant. Est-ce la conscience ou la chair qui font de nous des êtres sensibles ? Ce texte parle de compassion, de différences, mais aussi de peurs et du rejet de l’altérité.
Pour finir, Une fois le papier enflammé m’a plu pour son aspect social et psychologique. Par petites touches, se dessine un monde surpeuplé, à tendance dystopique, dont le réalisme a de quoi faire grimacer.
Cette anthologie originale et pleine de surprises m’a offert d’excellentes lectures. Je vous encourage à parcourir à votre tour les dédales de toutes ces réalités.

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Scénario de Stephen Moffat et Mark Gatiss, dessins de Jay. Publié chez Kurokawa.

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Présentation de l’éditeur :

Rapatrié d’Afghanistan à cause d’une blessure et de troubles psychologiques, le Dr. Watson retrouve un vieil ami de l’époque de la faculté de médecine qui lui présente son futur colocataire. D’un seul coup d’oeil, cette personne devine qu’il s’agit d’un médecin militaire de retour du Moyen-Orient, qu’un de ses proches est victime d’alcoolisme ou encore qu’il est suivi par un thérapeute. Le nom de ce colocataire ? Sherlock Holmes.

Grande fan de la série, j’étais curieuse de voir son adaptation en manga, mais je ne nourrissais pas non plus d’attentes extraordinaires. Le fait est que, peu ou prou, le manga est conforme à ce que je m’imaginais : une copie très rigoureuse d’Une étude en rose. N’espérez pas même un changement de point de vue.
Cet épisode se prête admirablement à l’adaptation, étant un des plus linéaires de la série. Cependant je me demande ce que cela va donner pour la suite qui l’est de moins en moins. Cette série est très visuelle, avec les difficultés et avantages que cela comporte pour une adaptation en manga, mais son rythme et ses intrigues à tiroirs risquent de constituer quelques obstacles supplémentaires dans l’élaboration des tomes suivants. Quoi qu’il en soit, ce tome nous offre une transposition très satisfaisante, si on excepte quelques petits accrocs de traduction.
Il y a eu un gros travail sur les personnages principaux qu’on reconnaît bien dans leurs expressions et même leur jeu d’acteur. Ce n’est par contre pas le cas des personnages secondaires. Je trouve cela dommage et pas uniquement pour une question de ressemblance physique. Si Sherlock et Watson sont évidemment l’intérêt principal de la série, les personnages secondaires en sont le sel. Malheureusement, ce support les prive de la profondeur qui est la leur dans la série.
De mon point de vue, c’est une lecture dispensable, un ouvrage pour les fans qui ont juste envie de retrouver leur série fétiche et d’admirer les dessins. Les éventuels lecteurs qui n’auraient pas vu la série y perdront en charme, mais apprécieront peut-être le scénario nerveux qui pousse à tourner les pages.

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Un roman de Christine Luce, publié chez les moutons électriques.

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Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.

Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.

En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Ayant déjà publié un roman jeunesse, Charlotte Caillou contre les Zénaïdes (chez Le Carnoplaste), Christine Luce livre ici une superbe fantasy spirite aussi trouble qu’un verre d’absinthe, comme une rencontre de Nerval avec Neil Gaiman.

Avec ces Papillons géomètres, Christine Luce nous offre une histoire de fantômes à la lueur des becs de gaz. Les brumes de l’après-vie se mêlent au fog londonien pour créer une ambiance délétère, lourde de mystère.
J’ai un faible pour les histoires de revenants et, à ma grande satisfaction, celle-ci se révèle plutôt atypique. Cet autre monde, une marche au-dessus du nôtre, est fascinant et les esprits qui y survivent obéissent à des règles que l’on découvre au fur et à mesure.
L’auteur a créé des personnages intelligents et sortant des carcans qu’il est plaisant de voir évoluer. Mary-Gaëtane est l’une d’entre eux. Elle est avant tout une femme pragmatique et indépendante. Elle vit avec une amie d’enfance, Maisy, métisse et un peu sorcière. Mary exerce le métier de médium. Si elle use parfois d’artifices pour abuser une clientèle qui ne demande pas mieux, son don est néanmoins réel et dangereux. C’est à cause de lui, et de son bon cœur, qu’elle va se retrouver mêlée à une double affaire de disparition : celle d’une jeune femme sans histoires et… du fantôme de celle-ci.
Tous les personnages qui gravitent autour de la médium se révèlent tout aussi complexes, mais c’est avec l’Enquêteur, fantôme en marge de ses pairs et réellement très intrigant, que Mary partage le premier rôle. Ils forment un duo aussi étrange et mal assorti qu’attachant. Leurs interactions rythment le roman, entre humour et révélations.
Le décor et l’ambiance sont parfaits, les personnages intéressants et le style recherché, malheureusement l’intrigue s’enlise un peu dans la seconde moitié. Rien de grave, cependant j’espérais un mystère un peu plus consistant. Au final, l’ensemble est un peu lent, sans que ce soit vraiment dérangeant, mais certaines pistes prometteuses restent inexploitées, ce qui est plus gênant. J’aurais souhaité en savoir beaucoup plus sur ces fantômes et les règles qui régissent leur société, sur la famille de Mary ainsi que sur l’Enquêteur dont on entrevoit tout juste le passé.
J’ai donc été un peu déçue par cette fin qui, après quelques longueurs et trop de promesses, semble trop vite expédiée. Les nombreuses questions demeurant en suspens laissent présager, du moins je l’espère, de nouvelles incursions dans cet univers. En tout cas, je retrouverais volontiers ces personnages.

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Découvrez également les avis de Boudicca et d’Elhyandra.

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Un roman de Ben Aaronovitch, publié chez J’ai Lu en petit et grand format.

Mon avis sur le premier tome est ici.

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Le résumé de l’éditeur spoile abondamment le tome un, je vais donc m’abstenir de le copier.

En ce qui concerne ma chronique, j’ai laissé filtrer quelques détails, mais rien qui risquerait de vous gâcher la lecture du premier tome.

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Malgré quelques défauts, le premier tome de cette série, qui mêle polar et fantasy urbaine de manière équilibrée et intelligente, m’avait beaucoup plu. Exit les créatures et situations mille fois rebattues ainsi que les fausses enquêtes qui font juste office de colorant alimentaire dans de l’eau plate. Ici, les personnages sont travaillés, les mythes bien exploités, et l’intrigue réfléchie.
Dans cette Londres contemporaine, la magie est une science connue uniquement d’une élite. Peter, jeune policier très banal de prime abord, a fait cette découverte par hasard et s’y est accroché histoire de ne pas finir préposé à la paperasse. Il est devenu l’apprenti du dernier magicien « officiel » du Royaume-Uni et appartient désormais à une unité spéciale (mais réduite) qui s’occupe exclusivement des affaires impliquant des êtres surnaturels ou l’usage de la magie. Pour autant, le savoir ne lui est pas tombé tout cuit dans le bec. Il a encore beaucoup à apprendre.
L’intrigue reprend exactement là où s’était arrêté le tome 1. Ce qui, étant donné la nouvelle affaire qui se profilait dans le paysage, était très prometteur. Si j’ai oublié quelques détails du volume précédent depuis le temps, certaines choses sont restées étonnamment claires dans ma mémoire, dont la fameuse femme au vagin denté.
Au-delà de ça, certains personnages souffrent encore des séquelles de l’affaire Punch. Peter est en quelque sorte livré à lui-même et ne sait pas trop comment réagir. Il se sent un peu coupable aussi, mais l’action va vite le rattraper. Il a vraiment la vedette dans ce tome, les autres se partagent les miettes, cependant c’est plutôt logique.
J’ai retrouvé avec plaisir l’univers urbain, moderne et néanmoins magique, de Ben Aaronovitch. Les démêlés politiques des génies du lieu sont moins prégnants, mais demeurent dans le paysage. Cette fois, le gros de l’intrigue se déroule à Soho, plus précisément dans le milieu du jazz et du burlesque. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur le père de Peter et sa carrière ratée. Nous avons d‘un côté l’affaire des jazzmen aux morts suspectes, de l’autre la mystérieuse femme au vagin denté qui continue de faire des victimes.
Le background est toujours aussi riche, il forme un filet serré aux motifs complexes, mais l’intrigue, elle, est plus simple que dans le premier tome. Elle démarre sur les chapeaux de roues, puis d’un coup commence à piétiner. L’une des enquêtes est très chaotique, quant à l’autre… Peter est le dernier à comprendre, je le crains. Cela demeure toutefois intéressant, bien qu’un peu brouillon.
Aux détours de l’enquête, on en apprend davantage sur le passé de Nightingale et de Molly, mais cela est encore assez anecdotique. Peter étant un narrateur plutôt égocentrique, qui du reste ne se pose pas souvent les bonnes questions, c’est assez cohérent.
Le personnage est égal à lui-même. Les défauts qui m’avaient déjà agacée sont toujours là. Peter n‘est pas un mauvais gars et il est loin d’être stupide, mais il est prétentieux et manque d’à-propos. De surcroît, certaines remarques, sous couvert d’humour, m’ont vrillé les nerfs… J’aime plus l’univers que le personnage, mais il demeure crédible et je reste persuadée que l’auteur lui a sciemment donné ces défauts. Cela ne le rend que plus humain.
Ce tome est un peu moins consistant, ceci dit je ne me suis pas non plus ennuyée. C’est une bonne série qui, à mon sens, relève le niveau de l’urban en général. En outre, la fin apporte un intérêt nouveau qui m’a donné envie de lire la suite rapidement. J’espère un bouleversement à la mesure de cette nouvelle donne.

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