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Elisabeta

Un roman de Rozenn Illiano.
À paraître début septembre en papier et numérique. Vous pouvez vous le procurer sur la boutique de l’autrice, mais aussi sur Kobo, Fnac et Amazon pour la version numérique.

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Présentation de l’éditeur :

« ‘Le Cercle’ désigne une société secrète cachée dans les ombres de l’Histoire depuis ses balbutiements, et fédère le peuple immortel que les humains nomment ‘vampires‘. »

En France, Saraï est une jeune immortelle assignée à résidence depuis toujours ou presque. Elle a été jugée pour avoir manifesté un pouvoir parapsychique interdit, un don qu’on lui a retiré avant de la marier de force et de la contraindre à ne jamais quitter sa maison.
En Italie, Giovanna est une mortelle qui vit en compagnie d’un vampire, et dont elle est la seule source de sang. Elle non plus n’a pas eu le choix : née dans une famille proche du Cercle, elle a dû se soumettre à leur autorité et quitter sa petite vie toute tracée.

Jusqu’à ce jour de novembre 2014, quand une éclipse solaire se produit. Le phénomène réveille le don endormi de Saraï. Giovanna, quant à elle, est agressée dans sa propre maison par un immortel, qui lui donne de force la vie éternelle. Depuis, le Cercle les menace de mort, car il ne tolère pas les écarts de ce genre.

Grâce à son don, Saraï entend l’esprit d’une ancienne Reine immortelle, Elisabeta, dont l’âme est piégée à l’intérieur d’une poupée de porcelaine. Elisabeta a tout perdu : son pouvoir, son règne, son enfant et son amant. Réduite aujourd’hui à l’état de fantôme, elle accepte de venir en aide à Saraï qui veut se confronter au Cercle, quitte à le détruire.

Bien qu’il porte le nom d’une seule d’entre elles, Elisabeta est le roman de trois femmes. Très différentes, elles ont toutefois en commun leur grand désir de liberté et une certaine rancœur envers la société qui les a asservies et les musèle.
Tout d’abord il y a Saraï, jeune vampire assignée à résidence, condamnée à cause de son don, que les Maîtres ont cru endormir, et mariée à un homme qu’elle n’a pas choisi, mais qui tente de la protéger envers et contre tout.
Ensuite l’on découvre Giovanna, née dans une famille au service des immortels depuis des siècles, que l’on a contrainte à tout quitter et à se faire passer pour morte afin de devenir la Gemella d’un vampire, à savoir sa réserve de sang personnelle.
Enfin, l’on rencontre Elisabeta, reine vampire déchue réduite à l’état de fantôme, mais qui en sait long sur le Cercle, nom donné à la société vampirique, et sur la façon dont les choses en sont arrivées là. Il est passionnant d’écouter sa voix, de découvrir comment une société matriarcale en est venue à renier ses femmes, à les contraindre à rester dans l’ombre de leurs époux, et comment peu à peu l’église a mis la main sur le Cercle tandis que les Immortels amorçaient leur long et inexorable déclin.
Par les voix successives de ces trois narratrices, on apprend à connaître leur univers, les lois qui le régissent, les complots qui visent à renverser ou maintenir le statu quo. Le lecteur est happé au cœur de ces destins entremêlés, tragiques, mais animés par l’espoir de lendemains meilleurs ou par le désir de vengeance. Ces femmes sont émouvantes dans leur façon de se révéler à nous, de survivre malgré les épreuves. J’ai aimé les trouver si nuancées. Je me souciais de leur sort et le récit d’Elisabeta est celui qui m’a le plus touchée. Pourtant, bien qu’elle soit à l’origine de l’histoire, la reine est un peu en retrait. Néanmoins, c’est elle qui donne à Saraï et Giovanna la force de chercher à s’émanciper, chacune à sa manière. Ensemble elles sont plus fortes, elles se complètent.
Rozenn Illiano a construit une intrigue toute en circonvolutions autour de personnages pleins d’idéaux, mais entraînés presque malgré eux dans un nid de serpents. Le roman se déploie comme une toile d’araignée, chaque vibration sur un fil se répercute sur les autres, nous surprenant souvent par des conséquences inattendues.
Elisabeta est une fantasy sombre et dense, entre jeux de pouvoir et manipulations. On peut y voir un roman féministe, cependant les hommes ne sont pas pour autant en arrière-plan ni tous présentés comme des monstres assoiffés de pouvoir, bien au contraire. Ce roman est tout en nuances, alliant agréablement les moments d’action et d’introspection. Durant les temps de latence, on s’imprègne fortement des sentiments des personnages. Il change résolument de ce qui se fait actuellement en récits vampiriques et c’est très appréciable. L’autrice polit patiemment son univers, de sorte que, même si ce petit pavé peut se lire indépendamment, vous aurez sans doute envie d’en savoir plus, tout comme moi.

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Un roman d’Anne Bishop, publié chez Milady.

Tome 1

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Présentation de l’éditeur :

Grâce à son don de clairvoyance, Meg Corbyn a gagné sa place auprès des dangereux terra indigene de Lakeside. Lorsque l’apparition d’une nouvelle drogue violente et addictive remet en cause le pacte fragile entre Autres et humains, la petite ville est de nouveau plongée dans la tourmente. Les aptitudes de Meg devraient permettre à Simon Wolfgard, dirigeant métamorphe de l’enclos, d’éviter un bain de sang. Encore faut-il déchiffrer ses visions à temps. D’autant que l’homme qui veut récupérer la prophétesse se rapproche, mettant en péril les vies de tous ceux qui la considèrent à présent comme l’une des leurs.

Après un premier tome qui m’avait semblé une bouffée d’oxygène dans le monde de plus en plus étriqué de la low fantasy, j’ai retrouvé avec plaisir Meg Corbyn et les autres habitants de l’Enclos de Lakeside.
Les problèmes évoqués dans le précédent volume sont plus que jamais d’actualité et leur source se précise. Le fragile équilibre entre humains et Terra Indigene est au bord de la rupture. Quelques personnes de bonne volonté suffiront-elles à enrayer la crise ?
Ce que j’aime chez Anne Bishop, c’est qu’elle ne tergiverse pas sur les problèmes qu’elle pose. Elle n’essaie pas, comme le font beaucoup trop de ses confrères, de remplir les pages avec du vent. Quand la solution est à portée de main, les personnages la saisissent. Ils ne sont ni idiots ni aveugles. Mais rien n’est aisé pour autant et tout ne se résout pas en claquant des doigts.
Les personnages doivent parer au plus pressé alors qu’une guerre se profile et que les accrochages entre humains et indigènes, attisés par l’usage des drogues évoquées dans le premier tome, deviennent de plus en plus fréquents. Trouver et détruire l’origine de ces substances est impératif. Mais l’on a déjà une idée de leur nature et Simon aussi… Le loup sait qu’il avance en terrain miné et que l’opinion de ses congénères à ce sujet sera peut-être plus radicale que ce qu’il souhaiterait.
Volée noire est un bon roman. On se laisse facilement entraîner dans l’histoire, les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Alors que le volume précédent nous laissait quelque peu sur notre faim concernant des éléments de l’univers mis en place par Bishop, ce deuxième tome est riche en révélations.
Les prophétesses du sang sont au cœur du récit. On en apprend plus sur leur origine et on comprend mieux les réactions de Meg. En parallèle, les causes de la méfiance des Autres envers les humains sont davantage développées et c’est une partie de l’histoire qui m’a beaucoup intéressée. Les humains leur reprochent d’être des monstres, mais à mon avis ils devraient se réjouir de leur nature de prédateurs… Si les Autres leur ressemblaient davantage, peut-être les traiteraient-ils comme du bétail. Mais je digresse…
J’aime l’uchronie qu’a créée Bishop, pourtant je dois reconnaître qu’elle pèche par certains aspects. Le glissement de notre monde à celui-ci manque un peu de cohérence et on s’en rend beaucoup plus compte dans ce tome que dans le premier. Je m’étais néanmoins déjà fait la réflexion que le nom des jours est changé (et on apprend ensuite que c’est pareil pour les mois) mais pas celui des saisons. De même, l’usage du latin est erratique.
La façon dont vivent ensemble Terra Indigene et humains me semble on ne peut plus vraisemblable. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le développement des technologies. Pourquoi certaines et pas d’autres ? Ce sont des détails, mais qui montrent que l’auteur a privilégié le décor à la cohérence. Cela gêne un peu mon esprit logique mais, heureusement, n’enlève rien à l’attrait de l’intrigue.
Je l’ai trouvée prenante, j’ai même failli enchaîner avec la suite (dans mon cas, ça veut tout dire). Seuls les atermoiements de Simon quant à ses sentiments pour Meg m’ont semblé un peu trop présents. Néanmoins, Bishop équilibre bien son récit entre intrigue globale et d’autres, plus secondaires, qui concernent le quotidien des protagonistes. J’aime les voir évoluer, d’une part parce qu’ils sont attachants, d’autre part parce que leurs interactions donnent à réfléchir quand ils sont confrontés à leurs différences.
C’est une bonne série, originale et intéressante. Je vous la conseille.

Crazyhead

J’ai disparu pendant un petit moment, mais je reviens (un peu rouillée, désolée) avec les chroniques en retard, dans le désordre le plus total.

Je commence avec une série télévisée.

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C’est à Lullaby que je dois ma curiosité à l’égard de cette série. Elle en a parlé dans son top ten des génériques de séries fantastiques. Comme nous avons des goûts similaires en la matière et que, pour ne rien gâcher, j’avais aimé la chanson, j’ai gardé ça dans un coin de ma tête.
Ce fut une bonne pioche.

Cette série ne paie pas de mine. Quand on lit le résumé sur Netflix, on se dit qu’elle envoie tellement de kitsch que même les années 80 n’en auraient pas voulu. Et pourtant… ce n’est pas un énième ersatz de Buffy, sans saveur ni relief, bien au contraire. Drôle, jouant avec les clichés, un peu trash aussi, Crazyhead et ses personnages déjantés vont vous surprendre.
Tout commence avec Amy, jeune femme un peu paumée qui a des hallucinations mais dont le psychiatre souhaite arrêter le traitement. Elle voit des gens qui semblent se consumer de l’intérieur et c’est ainsi qu’un soir, prenant peur, elle signale sa présence à l’un d’eux et fait du même coup la connaissance de Raquel, une fille qui semble avoir le même don mais qui est aussi complètement barrée.
Cette première saison est plutôt courte : six épisodes, un concentré d’humour noir, de sarcasme et de dinguerie à haute dose. J’ai passé un excellent moment à chasser du démon avec ces personnages tous plus cinglés les uns que les autres. Aucun cliché ne nous est épargné, mais ils sont détournés, trollés, explosés… Les retournements de situation sont multiples et il y a peu de temps morts. De surcroît, la bande-son est vraiment pas mal.
Crazyhead est une bonne série pour se distraire, elle fera surtout marrer les habitués des genres SFFF qui attraperont les références au vol. L’épisode final laissait présager une suite, mais la série a été annulée. C’est vraiment dommage. Cependant, elle ne se termine pas sur un cliffhanger de folie, vous pouvez donc la regarder sans risque d’être frustré par la fin. Crazyhead a été une vraie bonne surprise pour moi, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

P.S. : Si vous n’avez pas lu Watership down, mais que vous comptez le faire, gros spoiler dans l’épisode 2.

J’ai un peu tergiversé cette année, mais je me suis finalement décidée à relancer ce mini-challenge qui est devenu une tradition de ce blog (même si cela n’amuse que moi).

Je vous propose de lire ou relire cet été une pièce de Shakespeare. Prenez deux heures de votre temps et choisissez celle qui vous fait le plus envie. Vous pouvez lire une pièce que vous ne connaissez pas, tenter la version originale ou découvrir une nouvelle traduction, selon votre humeur. Libre à vous ensuite de partager votre ressenti sur votre blog ou dans les commentaires de cet article si vous n’en avez pas.

Les années précédentes, j’ai lu :
La Nuit des rois
Le Marchand de Venise
Cymbeline

Cette année, j’ai envie de relire Hamlet.

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Un Corse à Lille

Un roman d’Elena Piacentini publié chez Au-delà du raisonnable.

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Présentation de l’éditeur :

Leoni débarque à Lille avec une réputation de dur à cuire, sa grand-mère et ses dossiers. L’équipe d’enquêteurs dont il prend le commandement n’en sait pas beaucoup plus, et, déjà, le cadavre d’une jeune prostituée et celui d’un chef d’entreprise au management brutal propulsent le groupe Leoni sur le terrain. C’est là que les flics se jugeront. Et le Corse préfère ça à de longs discours.

Un Corse à Lille est le premier tome d’une série de romans policiers mettant en scène le commandant Pierre-Arsène Leoni et son équipe. Les trois premiers volumes, autrefois disponibles chez Ravet-Anceau étaient épuisés depuis un moment. Ils amorcent leur retour avec ce premier tome, les deux autres arriveront dans les mois qui viennent.
La série est pour l’instant composée de sept volumes, en grand format chez Au-delà du raisonnable, en poche chez Pocket :

– Un Corse à Lille
– Art brut
– Vendetta chez les Chtis
– Carrières noires
– Le Cimetière des chimères
– Des forêts et des âmes
– Aux vents mauvais

Bien que ces romans puissent plus ou moins se lire indépendamment, ce premier tome est avant tout celui de la prise de contact avec Leoni et les autres personnages. Le passé de chacun y est évoqué, juste de quoi brosser les caractères, poser le décor et laisser le lecteur prendre ses marques. Ces personnages sont quelque peu caricaturaux, mais c’est pleinement assumé. On a la légiste déjantée, la fille de bonne famille, le bon-vivant aussi jovial que loyal, le prêtre défroqué, le séducteur à l’enfance difficile, l’ancien soldat… Vous vous dites que vous les avez déjà vus quelque part, mais au final ce n’est pas si dérangeant. L’envie de les connaître davantage s’instille peu à peu.
C’est probablement sur l’ombrageux Leoni qu’on en apprend le moins. Droit dans ses bottes, secret et tenace, il éveille forcément l’intérêt. De tous ceux qui gravitent autour de lui, j’ai plus particulièrement apprécié sa grand-mère. Il faut dire qu’elle me rappelle un peu la mienne… Tout Corse qui se respecte y reconnaîtra une figure familière et bienveillante, l’une de ces vieilles dames vêtues de noir, franches et farouches, mais tellement affectueuses. Les personnages sont le sel de ce roman, à côté l’histoire paraît secondaire.
Les chapitres sont extrêmement courts, parfois à peine deux pages. Cela donne un rythme très haché au début, le temps d’entrer dans le récit. Ils sont très visuels, donnant l’impression de regarder des plans cinématographiques. Puis, petit à petit, ce rythme saccadé devient un atout. Ce premier tome manque un peu de suspense, la brièveté des scènes lui offre une touche bienvenue de dynamisme.
Deux enquêtes se déroulent en parallèle, mais l’on sait tout du long où l’on va. Il me semble que c’est voulu. Je trouve cependant cela assez dommage. Quand je lis un policier, j’aime être déroutée et faire travailler ma logique.
Je reprocherais à Leoni en particulier et à ses équipiers en général de trop se baser sur leur intuition ainsi que d’être plus souvent tributaires du hasard que portés sur la collecte de preuves et la vérification des faits. C’est souvent trop facile et certains raccourcis m’ont laissée perplexe. Parfois, on ne sait pas comment ils en sont arrivés à certaines conclusions. Je pense notamment à un meurtre, qui est passé des années pour un accident, et qu’ils relient à leur affaire en cours sans la moindre preuve.
Ce premier tome a des défauts, mais reste une lecture distrayante. Et puis la série se bonifie avec le temps. À vous de vous faire votre opinion.

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Une trilogie de Danielle Martinigol, publiée en un volume aux éditions ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mél Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.

Le début d’une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.

Grande saga de space opera humaniste se déroulant en trois époques sur vingt-cinq ans, le cycle des Abîmes d’Autremer a été récompensé par plusieurs prix littéraires dont Le Grand Prix de l’Imaginaire.

À l’origine, Les Abîmes d’Autremer est une trilogie publiée chez Mango. Les éditions ActuSF l’ont rééditée en un volume sous le label Naos, collection jeunesse des Indés de l’Imaginaire, en papier et en numérique. C’est le deuxième titre de cette collection que je découvre et, si je n’ai pas totalement été séduite, je dois néanmoins admettre que cela change de ce que l’on propose trop souvent aux adolescents. C’est une bonne introduction à la science-fiction pour un jeune public.
L’ouvrage se divise en trois parties, les romans d’origine. Trois romans, trois époques, avec comme fil conducteur la lignée des Maguelonne et le lien si particulier que celle-ci entretient avec les Abîmes. On suit ces personnages, et les familles qui gravitent autour, sur quelques générations. Cette continuité est une des facettes de l’histoire que j’ai le plus appréciée. Même si j’aurais préféré des personnages plus développés, plus nuancés, j’ai aimé les voir à divers stades de leur existence.
Les humains ont exploré leur galaxie et se sont implantés sur une centaine de planètes. Le voyage spatial est devenu tout ce qu’il y a de plus banal, pourtant le roman commence avec un naufrage. La version stellaire du Titanic est en perdition avec des milliers de passagers à son bord, dont une équipe de journalistes qui n’a qu’une obsession : couvrir l’événement. Tous ces gens ne devront leur salut qu’à un Abîme, vaisseau majestueux et mystérieux entre tous.
Les Abîmes sont l’apanage de la planète Autremer qui en garde jalousement le secret et refuse d’en faire commerce de quelque façon que ce soit. Nos journalistes, Sten et Sandiane Ravna, y voient l’occasion rêvée de décrocher un scoop, mais se heurtent à la mauvaise volonté de l’équipage. Qu’à cela ne tienne, ils iront chercher l’info sur Autremer elle-même.
Dans cette première partie, on découvre la magnifique planète océan et ses Abîmes. Cela semble parfois une longue introduction et les événements se révèlent assez prévisibles, mais l’histoire est fraîche et se lit vite. On se laisse facilement entraîner dans cette histoire. Les romans sont en grande partie basés sur les interactions et les rivalités entre les personnages, malheureusement je n’ai pas toujours trouvé leurs réactions vraisemblables.
L’intrigue se complexifie dans les deux autres parties, mais globalement je reprocherais les mêmes défauts aux trois récits. Peut-être parce que j’ai passé l’âge, peut-être parce que j’ai beaucoup lu, notamment de la SF, et je ne voudrais pas être injuste avec ce roman qui a aussi de grandes qualités, mais j’ai trouvé le tout trop facile. Les relations entre les personnages ne m’ont pas semblé crédibles. Le même schéma de l’amour au premier regard, alors que tout oppose ces gens, revient plusieurs fois, les points de vue, voire les caractères, changent d’un coup. Et puis j’en ai soupé des « élus » de tous poils…
Pourtant, à côté de ça, je dois dire que le récit est fluide et plein d‘action, ça se lit très vite même si on sait où l’on va. Certains personnages m’ont beaucoup plu malgré le manque de relief et le fait de les voir évoluer sur plusieurs décennies contribue grandement à les rendre plus attachants. J’ai beaucoup aimé la personnalité de Madery, qui est un peu la pierre angulaire de cette famille. Corian, que l’on rencontre dans la deuxième partie, est celui qui m’a le plus émue par son courage et son altruisme. On a envie de le voir vivre son rêve. Enfin, et cela contre toute attente, j’ai appris à aimer l’agaçante Chaddy qui, tout en étant d’une certaine façon le reflet de l’ambitieuse Sandiane, est plus accomplie et plus humaine. Et bien sûr il y a les formidables Abîmes… Leur nature n’est pas novatrice, mais elle est néanmoins le sel de ce roman.
En guise de bonus, on trouve une nouvelle en fin d’ouvrage. Celle-ci nous conte en détail ce qui est déjà évoqué dans le roman : la découverte des Abîmes, leur légende en quelque sorte. On y entrevoit également les débuts de la colonisation d’Autremer et, même si on sait plus ou moins ce qui va se passer, l’auteur a ajouté à ce texte une charge émotionnelle supplémentaire et c’est une bonne façon de quitter en douceur cet univers.
Si je n’ai pas été époustouflée, j’ai néanmoins passé de bons moments avec ce livre. Les grands amateurs de SF n’y trouveront probablement pas leur compte, mais je le conseille à un public plus jeune qui ne sera pas gêné par les poncifs et saura apprécier l’idéalisme des personnages et l’amour qui les lie à leurs Abîmes.

Mes Vrais Enfants

Un roman de Jo Walton, publié dans la collection Lunes d’encre chez Denoël.

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Présentation de l’éditeur :

Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès ? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Patricia vit en maison de retraite, elle a 88 ou 89 ans, elle ne sait plus trop. Il faut dire qu’elle est un peu confuse, ses souvenirs se mélangent… D’un jour à l’autre, les choses lui semblent différentes, sa chambre, le personnel soignant… mais aussi le passé. Pour ce qui est de sa petite enfance, sa mémoire lui paraît intacte et linéaire, elle nous conte ses parents et son adolescence, ses études et la guerre… Mais quand arrive un choix important à l’orée de sa vingtaine, son existence semble se dédoubler. Dès lors, les chapitres et les situations s’alternent selon qu’elle a répondu « maintenant » ou « jamais » à la question fatidique.
J’ai aimé cette alternance et ces chapitres ni trop longs ni trop courts. Cela donne du rythme. Le contraste entre ces deux vies n’en est que plus flagrant, les subtilités du récit plus appréciables.
Jo Walton nous conte ces deux vies en parallèle, de l’enfance à la vieillesse. Elle donne peu à peu corps à cette femme dans tous les aspects de sa personnalité et de ses potentialités. Sous nos yeux, Patricia subit de nombreuses métamorphoses, les grandes lignes de sa vie étant toujours associées à un diminutif particulier. On la voit tour à tour frustrée ou épanouie, solitaire ou entourée, femme au foyer ou enseignante, mère et amante. Ces deux existences forment le Yin et le Yang, chacune porte en elle le germe de l’autre. Les deux m’ont plu, et c’est de leur mise en regard que naît tout l’intérêt, mais comme tout le monde j’avais ma préférée.
Jo Walton sait raconter le quotidien sans que cela devienne ennuyeux, elle en peint une fresque tout en clair-obscur. Patricia est un personnage formidable, quelle que soit la vie dans laquelle on la suit. C’est toujours la même femme, cohérente malgré les aléas, et on l’aime dans ses deux vies. J’ai ressenti une grande empathie à son égard, j’avais envie de l’aider et de la réconforter dans les moments difficiles et c’est en cela que réside le talent de Jo Walton : elle rend ses personnages véritablement vivants.
Les chapitres se font écho, la vie de Patricia avec Mark, sa vie sans lui, des épreuves et des joies, des faits inchangés parfois mais globalement deux vies très différentes, bien remplies, entre la maternité, la recherche du bonheur pour soi mais aussi l’envie de rendre le monde meilleur et plus sûr. Les personnages se croisent ou vivent des destins communs. Le tout rend compte de la complexité de l’existence et de ses ramifications. L’auteur a tissé un ouvrage d’une grande finesse avec un sens du détail qui force l’admiration.
En compagnie de Patricia, on vit près d’un siècle d’humanité, de luttes, de progrès, d’injustices, tous les conflits du XXe siècle et leurs possibles évolutions. Peu à peu, l’uchronie mondiale rejoint l’uchronie personnelle. Les variations s’élargissent comme par ricochet. Or, si l’un de ces mondes va vers un avenir plus radieux, ce n’est pas le cas du second. Et si nous avions gagné certains combats au détriment d’autres ?
Ce roman pose de nombreuses questions et cela dans tous les domaines. Il propose notamment une réflexion sur la lutte pour les droits des femmes ainsi que des homosexuels en tant qu’individus, mais également en tant que couples et familles. Nous nous retrouvons face à des situations aberrantes comme une femme devant renoncer à son métier parce qu’elle se marie, alors qu’en parallèle, en travaillant, elle n’aurait pas pu obtenir de prêt en étant célibataire… Les iniquités du quotidien nous sont décrites sans fard, comme par exemple une femme à qui on refuse le droit de voir sa compagne hospitalisée parce qu’elle n’est pas considérée comme un membre de sa famille…
Walton évoque de nombreux sujets, avec mise en situation, comme la contraception, les pressions psychologiques, le féminisme, le nucléaire, la vieillesse… Elle constate, ancre son propos dans le réel, sans faire la morale. Elle montre juste comment cela pourrait évoluer et donne aux gens l’occasion de se faire leur point de vue sur des sujets auxquels ils n’ont pas forcément réfléchi, que ce soit parce que ça ne les concerne pas directement, parce qu’ils n’ont pas conscience de certains faits ou que ces combats ont été gagnés et que l’on ne se rend pas forcément compte de leur valeur aujourd’hui.
Walton décrit également tout ce que l’on ne veut pas voir, comme la vieillesse et ses misères, la grande cruauté dont on peut faire preuve parfois sans en avoir conscience. Elle ne cherche ni à choquer ni à accuser, juste à montrer les choses dans leur vérité crue.
Mes Vrais Enfants est un récit intelligent, d’une grande profondeur, une uchronie complexe et émouvante. Walton a su créer une personne qui semble réelle et ce de sa petite enfance jusqu’à sa grande vieillesse. Deux fois. Et je ne parle pas de la galerie de personnages qui l’accompagnent. En fermant le livre, j’avais l’impression de quitter des amis. Elle m’a également fourni de nombreuses pistes de réflexion.
La fin était attendue et me semble cohérente. Je reprocherais juste à l’auteur de l’avoir un peu trop expliquée à mon goût. J’aime que l’on fasse confiance à mon intelligence, ceci dit je comprends aussi ce qui l’a poussée à clarifier son propos.
Ce roman est ambivalent, dans sa nature comme dans son récit. On pourrait le classer autant en fantastique qu’en science-fiction spéculative. Walton a fait preuve d’une grande maîtrise, de mon point de vue, c’est un chef-d’œuvre.

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Découvrez également les avis de Lune, Cornwall, Dionysos, A.C. de Haenne, Acr0 et Lhisbei.

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Deuxième lecture pour le Challenge Lunes d’encre.