Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘animaux mythologiques’

Un roman d’Anthelme Hauchecorne, premier tome du diptyque Le Nibelung, publié aux éditions du Chat Noir.

Les illustrations intérieures sont de Mathieu Coudray et Loïc Canavaggia.

*

le-carnaval-aux-corbeaux

Présentation de l’éditeur :

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu…
Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite…
Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Le Carnaval aux corbeaux a été un franc coup de cœur. J’ai participé à la bêta lecture en juin dernier et en parcourant cette histoire j’avais l’impression d’être en octobre malgré la chaleur, tant l’atmosphère mise en place par Anthelme Hauchecorne et les nombreuses illustrations qui parsèment l’ouvrage sont évocatrices.
Ce roman original, tissé sur un canevas de mythes, légendes et superstitions, joue sur ces petites frayeurs de l’enfance qui nous poursuivent, nous hantant en marge de notre conscience même à l’âge adulte. Il n’éveille pas l’horreur dans l’esprit du lecteur, mais cet effroi glaçant et délicieux qui picote la pulpe des doigts au moment de tourner les pages.
Cette lecture est idéale pour l’époque de la Toussaint, d’une part car c’est à cette période que l’intrigue se déroule, d’autre part parce que l’ambiance de ces mois sombres d’automne en est rendue à la perfection. Qui ne se souvient pas de ces vacances de fin d’octobre brumeuses, quand le voile se fait léger entre la réalité pragmatique et la magie que l’on aimerait voir se nicher dans les ombres ? Le Carnaval aux corbeaux m’a ramenée en enfance, quand je lisais des récits juste suffisamment glaçants pour apprécier d’être chez moi, en sécurité, et qu’il pleuvait au dehors.
Les motifs disséminés par l’auteur dans son histoire parleront à chacun car puisés dans notre imaginaire collectif. Ce roman traite du difficile passage de l’enfance à l’âge adulte, quand les rêves et les croyances deviennent plus handicapants et monstrueux que rassurants. Si la réalité déchiquète nos espoirs, n’est-ce pas pour nous protéger de cette magie que l’on recherche et qui pourrait se révéler plus dangereuse qu’escompté ? Les enfants retiennent plus facilement les fins heureuses que le prix à payer pour un sortilège… Ludwig et Gabriel, les héros pris dans les rets de cet étrange Carnaval, vont l’apprendre à leurs dépens.
Ce récit complexe, rendu à la fois tortueux et prenant grâce à de nombreuses intrigues enchevêtrées, plaira autant aux jeunes, à qui il est destiné à la base, qu’aux adultes. Les premiers apprécieront sans aucun doute de ne pas être pris pour des imbéciles, les seconds, quant à eux, n’ont pas à craindre de s’ennuyer en suivant les aventures de protagonistes adolescents. Quant aux habitués de SFFFH, qu’ils se rassurent, même s’ils goûteront les nombreuses références jalonnant le récit, ils ne manqueront pas de le trouver très original.
J’ai beaucoup aimé les références, qu’il s’agisse de celles, évidentes, à certains auteurs que j’adore et qui se glissent dans les noms des personnages ou les autres, plus taquines, dissimulées. Si vous avez lu et apprécié La Foire des ténèbres de Ray Bradbury, vous retrouverez un peu de cet esprit, toutefois en plus ludique, plus humain et peut-être même plus profond. Dans le fond, la façon de traiter le sujet est davantage proche de Gaiman que de Bradbury, ce qui n’est pas un mal. Cependant ce Carnaval a bien sa propre identité. L’auteur a créé un background riche et même si ce tome pourrait se suffire à lui-même, l’envie d’explorer cet univers demeure forte une fois la dernière page tournée.
On ne s’ennuie jamais au cours de cette lecture car rien n’est évident ou convenu. Les personnages sont étoffés, nuancés, j’ai pris plaisir à découvrir leur histoire petit à petit. Bien sûr on a forcément des préférences et il est délectable d’en détester certains, cependant même les plus caricaturaux ont leurs secrets. Il est impossible de se fier à qui que ce soit et les rebondissements sont nombreux. Les chapitres fragmentés, découpés selon les personnages que l’on va suivre, permettent de s’intéresser à chacun, tout en ménageant le suspense.
Le Carnaval aux corbeaux est un excellent roman que je vous encourage vivement à découvrir, que vous ayez ou non une âme d’octobre.

Read Full Post »

Un roman de Julien Pinson, publié chez Voy’El.

*

la plume de Quetzalcoatl - Julien Pinson

Présentation de l’éditeur :
Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même.
Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses.
Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.


La plume de Quetzalcoatl
est à la fois une uchronie mâtinée de steampunk, une fantasy mythique aux inspirations largement détournées, mais aussi un roman d’aventures, voire d’espionnage, un peu à la mode feuilletoniste. Et le mélange fonctionne plutôt bien.
Il semble impossible de déterminer avec certitude à quelle époque se passe cette histoire tant se mêlent des références très diverses. On rencontre par exemple un vieil homme qui porte la toge, mais également un chapeau melon, certains moyens de transport sont très modernes, parfois même futuristes, cependant ils en côtoient d’autres pour le moins archaïques. Le fait que la magie, d’une certaine façon, soit encore présente, concourt sûrement à retarder l’avancée dans certains domaines, alors qu’elle permet de faire un bond en avant dans d’autres.
Dans ce roman, les dieux, de toutes mythologies confondues, prennent part à la vie politique ou commerciale et les créatures mythiques et légendaires vivent parmi les humains. On se rend compte au fur et à mesure que plusieurs faits divergent dans les récits mythiques que l’on connaît qui sont évoqués, mais aussi dans tout ce qui concerne la partie historique qui n’est pas, comme on aurait pu le penser, complètement occultée. Cela va du petit détail comme un caducée à un seul serpent à la guerre de Troie elle-même. Ce sont ces divergences qui expliquent, avec plus ou moins de subtilité selon les cas, comment le monde a dévié.
Même si les dieux intervenaient auparavant dans les affaires humaines, il semblerait que c’est avec la guerre de Troie, à la fois fait historique et mythe fondateur dans ce roman, que l’uchronie a véritablement commencé. Cette guerre apparaît fort différente de celle que nous conte l’Iliade, ce qui peut laisser le lecteur perplexe. Je ne suis pas particulièrement enthousiaste face à cette version de l’histoire, c’est la partie de la réécriture mythologique qui m’a le plus gênée, mais elle sert réellement le roman. On ne nous explique pas tout non plus, néanmoins il est évident que c’est à la guerre de Troie qu’on doit la Convergence qui a fait s’incarner dans le monde des humains les créatures mythiques. Ce n’est pas vraiment un spoiler, ce n’est pas le fait le plus important du roman, mais je trouve que l’explication, aussi bien amenée soit-elle, intervient un peu tard dans le récit et aurait permis de mieux l’apprécier en étant dévoilée un peu avant.
Tout ce qui est mythique dans ce roman a vraiment été détourné, n’attendez pas de retrouver vos repères. La réécriture est harmonieuse, les différentes mythologies qui prennent part au récit se mêlent plutôt bien. Cependant, j’ai pour ma part préféré me concentrer sur l’intrigue elle-même que sur le background, même si je reconnais volontiers que l’auteur a fait preuve de beaucoup d’inventivité.
Dans ce roman, l’Empire romain a perduré et continué de s’étendre, malgré une résistance parfois tenace et de nombreux ennemis. Arthorius, le personnage principal, est un Pacifieur impérial, en d’autres termes un médiateur neutre, bien que mandaté par l’Empire. Son travail est de désamorcer les conflits entre les Natifs du Nouveau Monde et l’Empire ou les négociants du Comptoir international. Par un concours de circonstances, il se retrouve chargé d’une mission périlleuse, autant dans son exécution que dans ses implications politiques et comprend vite qu’il est pris au piège dans un vrai panier de crabes et qu’il aura du mal à en sortir vivant.
C’est le point de départ de notre histoire, mais celle-ci est sous-tendue par de nombreuses ramifications. L’ensemble est cohérent, inventif et très plaisant à découvrir malgré quelques petits bémols, comme par exemple de trop nombreuses coquilles.
Les personnages sont de loin le point fort de ce récit. Si le trait est un peu forcé parfois, ils sont néanmoins attachants, intéressants à voir évoluer et dynamiques. Le duo Arthorius et Dom fonctionne bien. Si le Pacifieur apparaît comme pondéré et rusé, son comparse Satyre apporte quant à lui un peu de piquant, avec son caractère bien particulier.
La plume de Quetzalcoatl est un peu dans l’esprit de la série Jean-Philippe Lasser, détective des dieux pour ceux qui connaissent, mais en moins barré.
C’est drôle, entraînant, plein de retournements de situations, et s’ils sont quelquefois un peu faciles ils marchent quand même étrangement bien. On se demande parfois où on va et pourquoi tant de détours, mais c’est divertissant, comme devrait l’être tout bon roman d’aventures et ça reste aussi bien mené et savoureux que logique. Bien qu’il s’agisse d’un one-shot, la fin reste ouverte et j’ai trouvé ça très bien.
A la fin de l’ouvrage, vous trouverez en plus d’un lexique et d’une table de conversion de mesures, un petit texte dans lequel l’auteur explique ses choix toponymiques, ce qui en soi est une très bonne initiative.

Read Full Post »

Une anthologie publiée par les Artistes Fous Associés.

Vous pouvez télécharger gratuitement cet ouvrage au format epub sur le site des Artistes Fous.
Mais ce serait sympa de l’acheter, parce que ça encouragerait une association et des auteurs qui fournissent un travail de qualité et qui sort des sentiers battus.

*

Sales bêtes !

*

Chimères, Animaux totems, transformations bestiales, animal tapi en soi, conscience émergeant chez la bête, créatures mythologiques… Dans cette deuxième anthologie, les Artistes Fous Associés explorent la thématique animale autour de 20 récits horrifiques, poétiques, sarcastiques, émouvants, tragiques ou gore. Venant des quatre coins de la francophonie, ces auteurs et illustrateurs sauront réveiller la (sale) bête qui sommeille en vous !

Sommaire :

  • Les Maîtres ne vinrent plus [Ludovic Klein] (illustré par Maniak)
  • Pffugs [Mathieu Fluxe] (illustré par cAmille)
  • Pluviôse [Adam Roy] (inédit) (illustré par Deadstar)
  • Un arrière-goût d’éternité [Morgane Caussarieu] (inédit) (illustré par Deadstar)
  • La parole du Rhinocéros [Ana Minski] (illustré par Ana Minski)
  • La bête noire [Julien Heylbroeck] (illustré par Christophe “FloatinG” Huet) (inédit)
  • La Solitude du Soleil le Vendredi soir [Diane] (illustré par Stab et Nelly Chadour)
  • Tous les singes ne vont pas au paradis [Vincent Leclercq] (illustré par Maniak)
  • Le deuxième événement [Ludovic Klein] (inédit) (illustré par Cham)
  • Cobaye #27 [Éric « Udéka » Noël] (illustré par L’ananas à cheveux)
  • La condition inhumaine [Maniak] (illustré par Xavier Deiber)
  • La dépression du chat [Gallinacé Ardent] (illustré par Maniak)
  • Parasite [Vincent T.] (illustré par Antoine “Codex Urbanus” Téchenet)
  • Jonas [Southeast Jones] (illustré par Cham)
  • L’ascension des suicidés [Ana Minski] (illustré par Ana Minski)
  • La mélodie des bois [Vincent Leclercq] (illustré par Nelly Chadour)
  • Notre-Dame des opossums [Southeast Jones] (illustré par Kenzo Merabet)
  • Manger les rêves [Romain d’Huissier] (illustré par Xavier Deiber) (inédit)
  • τρ [Herr Mad Doktor] (illustré par Ana Minski)
  • Clic [Maniak]

Fin(s) du monde, précédente anthologie présentée par les Artistes Fous, faisait déjà montre d’une grande variété de genres. Sales bêtes n’est pas en reste. On nous propose du réalisme, du fantastique, de la SF, de l’anticipation, de l’onirisme, de l’humour, de l’horreur et j’en passe, des sales bêtes de tous poils pour des récits originaux. Il est rare qu’une anthologie garde mon intérêt éveillé d’un bout à l’autre, mais ça a été le cas de celle-ci, grâce, justement, à cette diversité de genres et de styles.
Bien sûr, il y a des textes que j’ai préférés et la palme revient cette fois à Cobaye #27, parce que j’aime les rats, mais pas uniquement. Cette nouvelle explore les méandres de l’esprit et nous montre que les animaux sont parfois plus humains que nous. Ce fut un plaisir à lire. L’illustration qui l’accompagne m’a également beaucoup plu.
Les deux nouvelles de Ludovic Klein et La parole du Rhinocéros d’Ana Minski sont aussi parmi mes textes favoris. Très émouvantes dans leur réalisme, elles distillent l’empathie sans en abuser.
Un arrière-goût d’éternité de Morgane Caussarieu m’a rappelé un manga, pour le thème plus que dans la forme de l’histoire elle-même. Si vous en avez marre des sirènes rousses qui chantent des chansons (il n’y a pas pire sale bête que celle-là) vous adorerez cette nouvelle.
Parmi les textes de cette anthologie qui m’évoquent l’onirisme, trois m’ont particulièrement marquée. L’ascension des suicidés est un ovni ayant la consistance et le symbolisme d’un rêve. Alors que Jonas, texte moins vaporeux mais tout aussi symbolique, nous emmène dans l’espace auprès d’un homme qui dit avoir été avalé par un ogre et pense ne jamais en être vraiment revenu. Ce texte-ci m’a beaucoup plu, d’une part parce que l’histoire est vraiment agréable à lire, mais aussi pour sa réflexion sur la réalité et les perceptions. Enfin, j’ai adoré Manger les rêves, un récit un peu plus fantastique qui nous emmène au Japon à la rencontre du Baku.
Cette anthologie propose également un bon nombre de textes plutôt sombres. Parmi eux, certains m’ont particulièrement interpelée. La condition inhumaine explore une métaphore glauque et saisissante, vraiment bien trouvée. La bête noire est un récit crade, immonde, mais cela sert une histoire fort bien pensée et lui donne toute sa dimension. Ce texte explore une autre facette de l’animalité et de notre rapport à celle-ci, ainsi que la compromission dont l’être humain peut faire preuve dans son intérêt. Tous les singes ne vont pas au paradis est une de mes nouvelles favorites. Bien écrite, prenante, mais surtout assez cynique. Elle nous parle d’apparences, trompeuses ou non, et de l’expression de la bestialité.
Parasite est un texte plutôt marrant et bien construit. Écrit sous la forme d’un journal, il nous permet de suivre la lente prise de conscience d’un individu qui ne sait pas trop où il se trouve et qui possède dans sa mémoire les vestiges persistants d’une existence humaine passée. C’est bien trouvé. Ça m’a rappelé un épisode de South Park (on a les références qu’on a) mais en beaucoup mieux.
Je ne sais trop quoi vous dire concernant Notre-Dame des opossums si ce n’est que j’ai adoré ce texte et que vous devriez vraiment le lire. Je ne pouvais pas ne pas le mentionner, même en sachant que je dois passer sous silence d’autres récits qui m’ont aussi beaucoup plu. Cette nouvelle est écrite sous la forme d’un carnet de bord. Celui-ci relate l’expédition d’un équipage spatial ayant retrouvé la Terre et qui se trouve confronté au fléau qui a provoqué le départ des humains de cette planète.
Pour finir τρ, le dernier texte de l’anthologie, est aussi le plus barré. C’est une longue épopée blindée de jeux de mots moisis qui m’ont bien fait rire. On aime ou pas, sans demi-mesure, mais une chose est sûre, après cette lecture, vous ne verrez plus jamais la mythologie grecque comment avant. J’ai adoré traquer toutes les références qui s’y trouvent.
Il est toujours difficile de présenter des nouvelles en peu de mots pour ne pas trop en dire mais donner envie au lecteur de les découvrir. J’espère y être parvenue car c’est une belle découverte. Sales bêtes n’est pas un ouvrage léger ni qu’on lit d’une traite. Il explore l’animalité sous de nombreux aspects. Souvent les plus sombres, il est vrai, mais jamais de manière gratuite dans la surenchère de bestialité. Ces nouvelles sont réfléchies, intelligentes, forcent le lecteur à ne pas rester un spectateur passif. C’est vraiment une excellente anthologie.

logo3

Read Full Post »