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Un cycle de Jean-Claude Dunyach publié aux éditions Mnémos.

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Présentation de l’éditeur :

Vingt-sept AnimauxVilles, dont les rues, les dômes et les beffrois sont faits de chair, ont offert à l’humanité le voyage instantané vers les étoiles. À condition bien sûr de payer le tarif exorbitant exigé par le Cartel. Pour les autres, il ne reste qu’à devenir un Astral : un être désincarné qui attend des années que son corps le rejoigne à bord d’un vaisseau d’émigrants.

Closter, artiste en mal de création, traîne au bar des Étoiles Mortes, accompagné de son chat. Il croise Marika, l’Astrale qui se sert du corps des autres pour sauter de ville en ville. L’un court après sa mémoire, l’autre après sa chair. Ensemble, ils vont changer le monde.

Cinq ans plus tard, dans le musée de chair de l’AnimalVille, Closter hante les galeries où sont exposées ses dernières créations. Vorst, l’ancien milicien reconverti en terroriste, est là pour tout faire sauter… Échappera-t-il au piège des œuvres cannibales ?

La première partie complète du Cycle des AnimauxVilles, et une nouvelle édition pour ce chef-d’œuvre de la SF française (Prix Rosny 1992).

Cette intégrale regroupe : Étoiles mortes suivi de Voleurs de silence

Illustration de Gilles Francescano

Le cycle des Étoiles mortes a vécu quelques autres vies avant d’arriver aux éditions Mnémos, notamment chez J’ai lu puis, avant cela, au Fleuve noir dans la collection anticipation. La belle édition de Mnémos regroupe en un seul les trois volumes, sous une couverture cartonnée. Ce chef-d’œuvre de la SF méritait bien cela.
Ce cycle est donc composé de trois parties, mais la deuxième étant la suite directe de la première, je choisis de les évoquer ensemble et d’en séparer la dernière qui constitue un roman bien distinct.

Dans un futur difficile à situer, mais probablement pas si loin de notre propre époque, la Terre est surpeuplée, les zones cultivables de plus en plus rares et la méditerranée est devenue un vaste désert. Au cœur de celui-ci, les hommes ont fait une découverte : un AnimalVille. Ils l’ont nommé Aigue-marine et cette immense créature, grâce à sa connexion avec ses sœurs, leur a ouvert les portes de l’espace.
Quelques années plus tard, on rencontre ainsi Closter, artiste en manque d’inspiration devenu doublure, qui sillonne les AnimauxVilles avec son chat au rythme des échanges entre les cités. Il semble se laisser balloter par l’existence, jusqu’à sa rencontre avec Marika, une ancienne Aléatrice qui erre à la recherche de son corps…
Et vous vous demandez probablement de quoi je parle, mais le mieux à faire pour comprendre tout cela est de lire ce récit aussi complexe que brillant. Je ne savais pas moi-même où j’allais et n’en ai que plus apprécié ce roman époustouflant qui, outre ses qualités de texte de SF, offre au lecteur qui s’implique une course poursuite déchaînée et des mystères dignes d’un bon polar.
Les personnages eux-mêmes évoluent beaucoup au cours du voyage. On apprend à les connaître. Les esquisses se complexifient sous nos yeux, gagnent en relief et en zones d’ombre. Fuyants, quelquefois inconsistants (c’est le cas de le dire, mais Marika l’Astrale l’est moins que Closter) de temps en temps malaisés à suivre, on finit par les aimer, les détester aussi, parfois en même temps. Cependant, même les caricatures se fissurent et nous laissent entrevoir la complexité de l’âme humaine. Et il y a Ombre, un des plus formidables chats littéraires qu’il m’ait été donné de rencontrer.
Je me suis glissée lentement dans l’intrigue, jusqu’à ne plus pouvoir lâcher ce roman avant d’en connaître la conclusion. C’est de la très bonne SF, imaginative sans perdre contact avec la réalité, offrant une vraie réflexion tout en restant ludique et distrayante. Ce roman m’a tout de suite plu, mais il n’est pas facile de prendre pied dès les premières pages sur ces cités de chair. L’histoire se dévide petit à petit, se dérobe souvent, comme les souvenirs de Closter. J’ai adoré cela, mais si ce dédale vous décourage, je vous exhorte à la patience. Elle sera récompensée.
Ce texte est magistral, déroutant, empli de suspense jusqu’à la toute fin. J’en suis sortie lessivée. Cette première partie des Étoiles mortes m’a offert mon dernier, mais pas des moindres, coup de cœur de l’année. Je ne l’avais pas encore terminé que je bousculais ma liste de Noël pour faire passer en priorité Étoiles mourantes, autre facette de l’histoire des AnimauxVilles que Dunyach a écrit en collaboration avec Ayerdhal, c’est dire.

J’avais besoin de digérer cette première partie et n’étais pas particulièrement emballée à l’idée de me plonger immédiatement dans une suite, surtout axée sur un personnage secondaire. Mais je n’avais pas le choix. En tournant les pages de Voleurs de Silence, je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Après un récit pour le moins haletant, j’ai pénétré dans une œuvre très différente. Le changement d’ambiance fut perturbant, mais les événements plus encore.
Voleurs de Silence est une création esthétique, peut-être trop pour moi. Le lecteur passe sans cesse du réel au rêve, à la suite des personnages. Les songes qui sont ainsi vécus par Vorst comme par le lecteur éclatent le récit, le fragmentent ou le lient de force. Ils sont artistiques, contemplatifs et peu perméables. Ces rêves sont des cabochons incrustés dans la part de réel du roman, des parties qui semblent indépendantes, mais sont nécessaires à l’ensemble.
On apprend ou non à aimer ce roman bizarre qui ne m’a pas semblé facile d’accès. Je pense que le premier rêve, qui m’a profondément dérangée, a contribué à ma difficulté à entrer dans ce texte, mais je me suis laissé convaincre au fur et à mesure. L’harmonie vient malgré le doute, ou peut-être grâce à lui.
Voleurs de Silence est à la fois un labyrinthe et un puzzle, une méditation active, quelque chose à vivre et non à raconter, le voyage y compte autant que la destination. Deux forces s’y opposent, mais laquelle représente vraiment le chaos ? Et, surtout, vont-elles saisir qu’elles ne sont pas dissociables ?
Encore plus déroutant que le roman précédent, Voleurs de Silence m’a laissé une très étrange impression. Cette lecture fut épuisante, nettement moins plaisante, et me donnera longtemps à réfléchir.

Étoiles mortes est un chef-d’œuvre qui ne doit pas être uniquement réservé aux amateurs de Science-Fiction. Donnez-vous la peine de découvrir ce cycle qui sait garder ses secrets, éveiller l’intérêt tout autant que l’intelligence du lecteur et qui crée un équilibre artistique qui, ma foi, est bien digne de ceux de Closter.

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Un roman de SF de Jeanne et Spider Robinson, publié aux éditions ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Parce qu’elle était trop grande et parce qu’elle avait trop de formes, Shara Drummond, malgré son talent, ne correspondait pas aux standards de la danse moderne, lui interdisant de faire carrière… sur Terre.
Mais dans l’espace, libérée de la gravité, tout est de nouveau possible, quitte à réinventer sa discipline et devenir la première à danser en chute libre.
Et quand les extraterrestres sont apparus dans le Système solaire, c’est elle qui nous a sauvés.
Moi, Charles Armstead, son opérateur vidéo, son ami, j’étais là quand elle effectua sa Danse des étoiles. J’ai tout enregistré.

Spider Robinson est un auteur américain. Écrite à quatre mains avec sa femme, Jeanne – danseuse et chorégraphe – La Danse des étoiles est une oeuvre bouleversante et humaniste, qui fut couronnée à sa sortie en 1977 des prix Hugo, Locus et Nebula

La Danse des étoiles est un roman merveilleux. Spider et Jeanne Robinson, lui auteur de SF et elle danseuse ainsi que chorégraphe, ont su parfaitement allier leurs compétences. Il se dégage de cette œuvre une harmonie qui transcende les mots, même si le style, à lui seul, est très plaisant et entraînant. Alors que je ne suis pas particulièrement sensible à la danse, j’ai trouvé les descriptions des chorégraphies magnifiques et je pense mieux apprécier cet art après lecture.
Outre le fait que le résumé me parlait, j’ai eu envie de lire ce roman car un autre ouvrage de Spider Robinson est mentionné dans Morwenna de Jo Walton que j’ai adoré. Ce sont parfois de petits détails qui permettent de belles rencontres littéraires.
Si vous avez lu le résumé de quatrième de couverture, sachez que ce qu’il vous a dévoilé n’est que l’ébauche succincte de la première partie du récit, un grain de sable en comparaison de ce qui vous attend. L’histoire est belle, surprenante et, bien que l’action soit rarement trépidante, elle donne envie de tourner les pages.
C’est de la SF des années 70, d’où un côté, à mon sens, un peu hippie. Par contre, les auteurs ont situé ce futur à notre époque, ce qui nous donne une histoire parallèle à la nôtre, contemporaine sans l’être. C’est toujours amusant de voir ce que des auteurs ont pu imaginer pour notre début de XXIe siècle. Dans les années 70, on pensait vraiment que les progrès de la science dans certains domaines seraient fulgurants et spectaculaires. Le décalage est plutôt drôle, même si évidemment ce n’était pas voulu. Dans le roman, l’humanité a des usines dans l’espace, mais encore des cassettes vidéo…
La Danse des étoiles est bien de la SF, même si on pourrait penser en lisant les premiers chapitres que cela est accessoire. L’art se mêle à la science-fiction, mais aussi à la philosophie et à la métaphysique, voire au mysticisme sur les bords. Le récit, profondément humaniste, nous emmène à la rencontre d’êtres qui cherchent à se transcender. Sympathiques, humains, attachants et tellement vivants, les personnages sont la grande force de ce roman.
Shara Drummond est une des plus grandes artistes de son temps, mais elle ne peut réussir dans la danse moderne car elle n’a pas le physique qui correspond aux canons de celle-ci. Cela est évidemment profondément injuste, mais Shara n’est pas femme à se laisser abattre. Ce n’est pas tant la gloire qu’elle recherche, mais le droit d’être elle-même, de s’exprimer en tant qu’artiste. Pourquoi le lui refuserait-on ?
J’ai adoré ce magnifique personnage ! Shara est émouvante, flamboyante, téméraire. Elle est l’impulsion de tout le roman, une incroyable force de vie qui habite ces pages.
Charlie est le narrateur et je l’ai tout de suite adopté. C’est un gars aigri, mais avec un bon fond. Il est idéaliste derrière son cynisme et l’humour grinçant qui lui sert de bouclier. Il raconte tout d’abord Shara avant le succès, telle qu’il l’a connue et aimée. On peut ressentir sa rage et sa frustration envers les journalistes qui ont raconté tout et n’importe quoi sur elle, mais peu à peu l’histoire devient aussi celle de Charlie.
Il faut dire que le récit est censé être écrit en plusieurs fois par le narrateur, ce qui explique que l’évolution de ce dernier et ses choix futurs ne soient pas forcément visibles entre les lignes des différentes parties. C’est un choix très futé de la part des auteurs. La première partie est donc rédigée à un moment où il est encore pris dans les sentiments que lui a inspiré cette époque cruciale de sa vie. On peut ainsi apprécier les bouleversements de son existence avec une conscience accrue.
J’ai vraiment adoré la première partie. Elle est grandiose et, toute seule, pourrait être un coup de cœur. Elle parle d’art et d’humanité comme peu de textes le font. Évidemment, elle méritait une suite, mais je la vois comme une nouvelle dans le roman, un texte magnifique qui pourrait se suffire à lui-même.
J’ai aimé le reste de l’histoire aussi, je l’ai lu l’esprit grand ouvert, mais je l’ai appréhendé d’une façon différente. Le texte est beau, bien écrit et émouvant, pourtant quelque chose m’a un peu retenue. Peut-être qu’en fait je ne suis pas candidate à la pensée sphérique comme le sont les personnages. Et puis je n’ai pas tant foi en l’humanité, alors le côté un peu mystique et « nous sommes les hippies de l’espace » des derniers chapitres m’a sans doute un peu moins convaincue. Malgré cela, j’ai quand même apprécié la fin.
Cet excellent roman, qui m’a emportée dès ses premières lignes, m’a également apporté réconfort et apaisement dans un moment difficile. Pour cela, pour l’humour qui l’égaie et la beauté de l’histoire, je garderai une certaine tendresse à son égard. Je suis heureuse que les éditions ActuSF l’aient réédité, permettant ainsi à une nouvelle génération de lecteurs de le découvrir.
À noter que La Danse des étoiles peut tout à fait se lire indépendamment, mais est le premier tome d’une trilogie dont les suites ont été écrites vingt ans plus tard. Les tomes suivants mettent en scène d’autres personnages et je serais assez curieuse de les découvrir.

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Un roman de Jacques Fuentealba, publié en version papier par les éditions Céléphaïs et en numérique par Walrus.

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Émile Delcroix et l’ombre sur Paris

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Résumé de l’éditeur :
1863, dans un Paris peuplé de créatures fantastiques et de machines étranges. Émile Delcroix est un jeune étudiant aux Beaux-Arsestranges animé de deux passions, l’une Artistique, l’autre amoureuse. D’un côté, il tente depuis des mois d’extirper du papier sa Muse, quintessence de son Talent et de son Inspiration. De l’autre, il y a Floriane, cette splendide Actrice aux cheveux émeraude dont il est épris. Mais les choses changent le jour où Émile se fait voler sa Muse nouvellement née par un sombre et mystérieux personnage. Des Catacombes à la Cour Chthonienne, des passages secrets de la Sorbonne aux toits de la capitale, le jeune Artiste n’aura de cesse de la retrouver. Mais pendant ce temps, une ombre s’étend sur Paris : une sourde menace s’approche…

Émile Delcroix et l’ombre sur Paris est une sorte d’uchronie steampunk qui doit aussi beaucoup, dans sa forme, aux romans feuilletons. Les péripéties s’enchaînent et les chapitres m’ont souvent fait l’effet d’être des tiroirs. Ils font partie d’un meuble entier et partagent cette cohérence esthétique, mais ont aussi leur propre contenu et on ne sait jamais, quand on tire le tiroir vers soi, ce qui risque de nous assaillir.
Ce fut une lecture vraiment plaisante, très récréative, tout en étant intelligente. L’uchronie est vraiment bien construite, subtile, et l’univers original, avec de surcroît une intrigue riche et prenante. Ce roman se passe au XIXe siècle, à Paris. Émile Delcroix, jeune homme de 16 ans et artiste surdoué, nous entraîne à sa suite dans ce Paris alternatif où se mêlent magie et technologie. Il y a une résonance avec l’univers qu’affectionne Fuentealba et ceux qui en sont familiers apprécieront les références multiples qu’il y fait et les informations distillées petit à petit. Cependant, ceux qui ne connaissent pas du tout les écrits de l’auteur apprécieront tout autant la lecture et ne se sentiront pas perdus.
Ce récit déborde d’inventivité, il est coloré, très visuel et poétique, très inspiré des arts de manière générale en fait, ce qui crée une ambiance plutôt baroque. J’ai beaucoup pensé au poème de Baudelaire intitulé Correspondances en lisant ce roman et c’est vrai qu’il est écrit dans ce même esprit d’échanges sensoriels. Cela m’a séduite, tout comme les références culturelles. On sent que l’auteur a vraiment construit son background, mais pourtant il n’en fait pas trop non plus et privilégie l’histoire. Il y a de très nombreux clins d’œil. Par exemple, la pièce de Musset, Lorenzaccio, a pu être jouée en 1863 dans cet univers alternatif, c’est d’ailleurs Floriane, l’amie d’Émile qui incarne le personnage principal. On peut voir aussi Gustave Courbet comme directeur de l’académie des Beaux-Arsestranges. Ce sont des détails qui amusent le lecteur quand il les débusque, mais qui n’enlèvent rien à l’histoire quand on ne les attrape pas au vol.
Je trouve toujours plaisant de voir une uchronie steampunk investir Paris. En effet, même si cela devient de plus en plus fréquent, c’est encore Londres qui a la faveur de ce genre. Ici le steampunk a des relents de merveilleux qui s’accordent fort bien avec le côté roman d’aventure que l’auteur met en valeur. Le mélange des genres est vraiment réussi et j’ai bien aimé le système de magie mis en place.
Dans ce monde, les artistes, peintres, musiciens, acteurs et compagnie ont leur propre magie, différente de celle des sorciers et des mages, mais pas moins effective. Les acteurs incarnent véritablement leurs personnages, les musiciens sont capables de faire ressentir des émotions, parfois très fortes, à leur auditoire et les peintres peuvent faire sortir leurs créations du papier, entre autres possibilités que je vous invite à découvrir au fil de la lecture.
C’est ce qui fait l’originalité de cet ouvrage et une grande partie du plaisir que l’on a à voir Émile évoluer. Il a les défauts de son âge, il est impulsif, mais c’est aussi un jeune homme qui lutte contre son caractère possessif et un peu égoïste. Il se révèle très attachant, tout comme ses compagnons.
L’intrigue peut parfois sembler prendre des détours un peu faciles, comme souvent dans le style du roman feuilleton qui grossit toujours un peu le trait, mais ça fait partie du genre et ce texte bouillonnant d’activité entraîne aisément son lecteur dans les rues de ce Paris baroque.
Le seul vrai bémol, à mon sens, vient des trop nombreuses coquilles que j’ai trouvées dans la version numérique. Il y a aussi un petit bug (en tout cas sur ma liseuse et avec deux fichiers epubs différents (oui, j’ai vérifié qu’il ne s’agissait pas de la même version), respectivement celui que j’ai acheté sur Immatériel et le SP envoyé à Vampires et Sorcières), la page de titre se bloque et on est alors obligé d’entrer le numéro de la page suivante manuellement.
Ces petits cafouillages insignifiants mis à part, je me suis sincèrement enthousiasmée pour cette histoire. Elle peut être lue par un large public, elle plaira sûrement aux ados pour l’âge du héros et la vivacité du récit, mais aussi aux adultes. Elle m’a, en tout cas, ramené l’enthousiasme qui était le mien lors de mes lectures de jeunesse et cela n’a pas de prix.

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Un roman de Richard Milward, publié chez Asphalte éditions.

La jolie Georgie aime deux choses : les bonbecs et son petit ami Bobby. Bobby l’Artiste aime deux choses : Georgie et peindre sous l’influence de drogues psychédéliques que lui refourgue son voisin Johnny. Johnny le dealer de service aime deux choses : le porno et sa petite amie Ellen. Ellen la chômeuse professionnelle aime deux choses : Johnny et faire l’amour, mais pas avec Johnny, parce qu’il ne sait vraiment pas s’y prendre. Tout ce petit monde se croise, trinque et fait la fête à Peach House, une tour HLM de Middlesbrough, au nord de l’Angleterre. Jusqu’au jour où les toiles de Bobby sont repérées par une galerie branchée de Londres. L’harmonie apparente de Peach House y survivra-t-elle ?

La première excentricité notable à propos de ce roman c’est qu’il est composé d’un seul et même paragraphe qui fait dans les trois cents pages. Cela devrait déjà suffire à vous donner un peu l’idée de ce qu’est l’esprit de ce livre.
L’histoire est très visuelle, toujours en mouvement. Si elle s’attarde parfois dans les soubresauts nerveux des délires de certains personnages, ils sont vite balayés par d’autres pistes à suivre. On passe d’un protagoniste à l’autre au gré de leurs rencontres ou d’associations d’idées, comme si une caméra les suivait en traveling, s’accrochait aux pas de l’un, se laissait emporter au passage par un autre. Farfelue, tourbillonnant à la suite de ces personnages déjantés, l’histoire semble néanmoins suivre un fil invisible. Elle nous entraîne dans les rues d’une petite ville ouvrière du nord de l’Angleterre et, surtout, dans la tour HLM de Peach House où vivent nos personnages.
Ils sont tous plus barges et paumés les uns que les autres, mais cinq d’entre eux se détachent plus particulièrement du lot. Il y a Georgie la brave fille, pas très futée (que j’ai eu envie de claquer chaque fois qu’elle pensait ou parlait avec les mots d’une gamine de quatre ans) et son chéri Bobby l’artiste drogué jusqu’à la moelle, avec lui tout y passe, il vaporise du déodorant sur ses pulls sales et les renifle pour ne pas redescendre trop vite ou sniffe du nescafé quand il est trop en dèche pour se payer de l’ecstasy (Servietsky, sort de ce corps !). Il y a aussi Johnnie dealer occasionnel et psychopathe paranoïaque régulier, puis sa copine Ellen, la glandeuse professionnelle dont le sexe est le hobby principal. Et enfin il y a Alan, dit le salaud, qui est juste un raté de plus. Si son histoire est cousue de fil blanc, un peu comme toutes celles qui peuplent ce roman, elle n’en est pas moins touchante malgré les travers de cet homme. D’ailleurs, elle est peut-être la seule à vraiment susciter de la compassion.
Il y a dans cette histoire une belle brochette de tarés en tous genres, à qui on a envie de filer des claques pour leur remettre le cerveau à l’endroit. Ils peuvent nous laisser consternés, dépités ou mélancoliques, mais aussi nous faire rire. Autant vous le dire, on n’est pas sortis du pub avec cette bande de cinglés, mais le pire dans tout ça c’est qu’on finit par s’attacher à eux. Bobby en est l’exemple le plus flagrant. L’auteur le compare à un clébard et il n’a pas tort, on a envie de le secouer, puis on s’y habitue… C’est un chouette toutou au fond, il bave un peu, mais il est gentil… Et si la fin réservée aux deux couples n’est pas crédible pour trois sous, si naïve puisse-t-elle sembler dans son optimisme, on s’en fiche un peu parce qu’on les aime bien quand même.
Ça se laisse lire sans trop perdre le lecteur en route, même si l’insistance de l’auteur sur certains passages m’a parfois fait l’effet d’une craie crissant sur un tableau noir. Aussi curieux que cela puisse paraître avec tout ce que j’ai pu en dire, j’ai apprécié cette lecture atypique.
Le style est trash, assez brut, sans demi-mesure ou fioritures, s’adaptant à la pensée naïve ou basique des personnages. Ça ne semble pas voler très haut, mais c’est pourtant étudié. Même si je n’ai pu m’empêcher de me demander, l’idée étant en plus renforcée par l’effet que produit l’absence de paragraphes, si l’auteur n’avait pas écrit le tout d’une traite, une nuit après s’être savamment torché… Bobby accroche bien ses toiles n’importe comment pour s’en débarrasser et aller se murger… La spontanéité dans l’art n’est pas un mal et ce roman semble être un pied-de-nez à beaucoup de ce qui fait notre littérature contemporaine…
A noter qu’il y a à la fin du livre une playlist suggérée par l’auteur, exclusivité de la version française, avec le lien pour l’écouter sur le net. J’apprécie toujours ce genre de bonus et c’est d’autant plus appréciable que la musique a une part importante et significative dans cet ouvrage.
Je ne peux que vous encourager à vous faire votre propre opinion sur Block Party car elle ne peut être que très subjective et tranchée dans le cas présent, on aime ou on déteste.

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