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Aussi connu sous le titre de Parleur, ce roman d’Ayerdhal est publié par Le livre de poche et également disponible en grand format chez Au diable vauvert.

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« Le Dogme est une hiérarchie qui entend ordonner le monde à sa convenance, sous prétexte que l’individu n’en est qu’une infime partie. Alors il dicte ce qu’il convient pour chacun sans qu’il revienne à tous la même part. Il flatte les puissants afin de croître dans leur ombre. Il rassure les faibles afin qu’ils s’en tiennent à leur impuissance. Le Dogme est une machine à conserver le monde en l’état. Qui, à part les puissants, peut s’en contenter ? »

Face aux rois, aux nobles, au clergé, à une Ghilde obsédée par sa richesse, les habitants de Macil, accablés par le poids de l’impôt, luttent contre la famine et les pillards. Sur la Colline, quartier de cette cité médiévale, règnent recruteurs, faiseurs de dîme et de gabelle. Un curieux pèlerin, vagabond visionnaire que les Collinards appelleront « Parleur », va y introduire les rêves de justice d’un poète assassiné.

Ayerdhal nous conte ici l’insurrection de la Colline, quartier très pauvre de la grande cité de Macil. Cela commence avec Karel, jeune poète assassiné pour ses vers séditieux, et se poursuit avec sa sœur, Vini, accueillant le correspondant de son frère, nommé Parleur. Petit à petit, celui-ci, entouré de ses amis, tente d’insuffler aux Collinards l’envie de s’entraider, puis celle de se rebeller.
Le message de cet ouvrage, en fait assez ancien, est toujours d’actualité. Certains en parlent comme d’un roman de fantasy, il a d’ailleurs été primé dans ce genre. Cependant, il a également été publié dans des collections de science-fiction. Le cadre est imaginaire, mais c’est bien le seul lien avec la fantasy. La portée humaniste de la réflexion est, quant elle, typiquement dans l’esprit de la SF. Mais quoi qu’il en soit, on ne lit pas Parleur pour l’un ou l’autre de ces genres, ni même comme un roman. Plus que cela, il s’agit d’une réflexion intellectuelle sous forme de récit, un essai politique et social accessible à tous.
La démonstration n’est-elle viable que dans le cadre d’un monde imaginaire ? La question est légitime. Les racines en sont réelles, puisées dans les tentatives, rarement heureuses, de l’humanité de créer une société plus égalitaire. On pense à la Commune, bien sûr, mais pas uniquement. L’auteur a créé un monde in vitro, pour nous montrer ce que l’entente et la raison pourraient donner si chacun y mettait du sien. Malheureusement, cela ne semble pas toujours réaliste… La réflexion est toutefois très intéressante, elle nous pousse à privilégier le dialogue, l’entraide et la non-violence plutôt que l’individualisme (même s’il ne faut pas l’étouffer) et les conflits.
Ce récit est un « et si » mis en œuvre pour nous déciller. On peut faire le choix de survivre seul ou de surmonter les différences pour s’allier et vivre plus décemment, on peut faire le choix de subir le système et d’agir comme celui-ci l’attend de nous ou d’en créer un autre plus juste.
Je suis une îlienne, pendant longtemps les gens de chez moi étaient dans le même bateau. Qu’ils se détestent ou s’apprécient, il a bien fallu qu’ils maintiennent un tissu communautaire solide. Ce n’était pas non plus idyllique, il ne faut pas se leurrer, mais on gagnerait à recréer des liens auxquels la société actuelle n’encourage guère.
Mais j’en reviens au roman… L’humanité est pleine de contradictions, elle se moque bien de la rhétorique, ainsi, les mots pourtant sensés de Parleur ne nous semblent pas pouvoir arrêter une dispute, d’autant quand chacun des partis ne cherche qu’à assurer sa survie. Mais la question se pose, a-t-on au moins essayé ? Souvent, l’impossible est une barrière que l’on pose soi-même et que ne connaissent pas les rêveurs. Alors oui, il y a quelques facilités dans cette démonstration, mais je pense que la naïveté que l’on peut reprocher à la démarche de Parleur (et de l’auteur) est en fait là pour nous dire : cela pourrait être si simple. En tout cas je comprends l’idée et le message est intemporel, volontairement applicable au plus grand nombre.
C’est la partie du roman que j’ai préférée car elle m’a donné du grain à moudre. Mais, à côté de cela, il y a les personnages et des bribes de leurs histoires personnelles. Là j’ai moins accroché. Parleur est certes intelligent et un rhéteur hors pair, mais il m’a beaucoup agacée. Il y aurait long à dire sur ses propres contradictions, sur son comportement, sa façon de traiter les autres et particulièrement Halween. Je n’ai pas trouvé normal que celle-ci doive renier tout ce qu’elle est. Il l’y pousse bien qu’il dise le contraire. Puis je n’adhère pas au principe de ne pas se défendre. J’admets en outre difficilement qu’on fasse la morale, et des reproches, à des gens qu’on a encouragés dans une voie. On m’a appris qu’il fallait assumer ses choix ou en changer, mais que se fustiger ne sert pas à grand-chose.
Ces personnages ne sont pas très crédibles à mon sens, trop caricaturaux. J’ai eu du mal à m’intéresser à eux individuellement, pourtant je me souciais du sort de la communauté. J’ai alterné entre les moments d’intérêt, concernant les questions philosophiques que pose le récit, et l’indifférence face à leurs petites histoires. Néanmoins, mes yeux se sont embués pour eux et ça n’est pas rien. Je suppose que, mine de rien, j’ai fini par m’attacher…
Même si elle est basée sur des faits et des préceptes connus, cette réflexion sur l’humanité, la vie en communauté et les manipulations en tous genres m’a beaucoup apporté. Je comprends pourquoi beaucoup de gens parlent de ce roman comme d’un incontournable.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un livre SFFF parlant d’une ou de femme(s) dans la guerre.

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