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Un livre de Brontë Aurell, publié chez Gründ.

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Présentation de l’éditeur :

Pourquoi le fameux Hygge, cet art de vivre scandinave, fait-il tant rêver le reste du monde ?
Comment se fait-il qu’avec un climat si rude, nos cousins nordiques se déclarent parmi les peuples les plus heureux du monde ?

Brontë Aurell est partie à la recherche des éléments typiquement scandinaves, et plus largement nordiques, à travers la Suède, le Danemark, la Norvège, mais aussi la Finlande et même les Pays-Bas ou l’Allemagne. Au menu : balades en plein air, tartines de pain noir, vélo par tous les temps, boissons chaudes, mais surtout : confort, design, lumière et convivialité.
Vous tenez entre vos mains le guide ultime du bonheur à la scandinave, et vous verrez qu’il n’est pas difficile de se l’approprier.

Sommaire :
– Qu’est-ce que la Scandinavie ?
– Un peu de style
– À table !
– La vie au grand air
– En famille
– Culture
– Fêtes et traditions

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D’un point de vue esthétique, ce livre est très réussi. La jaquette, joliment travaillée, permet de voir en transparence la photographie qui habille une couverture en cartonnage épais. De nombreuses photos illustrent les chapitres, ce qui rend l’ouvrage très agréable à feuilleter. C’est vraiment un bel objet.
Ne vous laissez pas piéger par le titre qui surfe sur la mode. Il y a deux ou trois pages sur le hygge, intéressantes au demeurant, mais ça s’arrête-là. Le mot est d’ailleurs absent du titre original. L’auteur explique que hygge est un sentiment, quelque chose que l’on crée soi-même mais qui n’est pas aussi artificiel que la façon dont le présente les magazines… Selon les personnes, ce sentiment de bonheur tranquille ne naîtra pas des mêmes choses.
Cet ouvrage, lui, n’est pas là pour vous enseigner un art de vivre qui vous rendra plus heureux, mais pour vous faire connaître un peu mieux la Scandinavie, à savoir la Norvège, le Danemark et la Suède. L’autrice précise que les habitants de ces pays n’utilisent pas le terme « scandinave », mais que les étrangers ont souvent tendance à les regrouper sous cette appellation. Cela vaut peut-être pour le public britannique à qui elle destinait son livre au départ, néanmoins je n’ai pas l’impression que ce soit le cas dans nos contrées francophones (pas depuis les années 80 en tout cas).
Enfin bref, l’autrice aborde de nombreux sujets, toujours en les nuançant selon les spécificités de chaque pays. L’ouvrage est composé de chapitres thématiques (la famille, la culture, les fêtes, la cuisine, etc.) qui regroupent de courts textes qui parlent un peu de tout et de rien, sans suite logique. Parfois ça tient un peu du guide de voyage vous expliquant comment éviter les bévues… Elle saupoudre ses anecdotes d’humour et comme ce n’est pas le genre de livre qu’on lit d’une traite ça reste assez sympathique, même si parfois nous ne sommes pas culturellement réceptifs (les implications des chamailleries entre Danois et Suédois, par exemple, me sont un peu passées au-dessus de la tête. Je sens bien qu’il y a taquinerie, mais bon ça ne m’amuse pas vraiment…).
Il y a de tout dans ce livre, des passages sur l’histoire, sur le sport, sur la découpe du fromage… On vous parle des styles de décoration, des vêtements, de l’éducation, des créatures mythologiques et des sandwichs ouverts (que quelqu’un m’explique pourquoi ça n’a pas été traduit par tartines ?!!)… Lisez dans le désordre, piochez çà et là, et vous passerez un moment agréable moment à découvrir une autre culture. De temps en temps, vous trouverez quelque chose que vous aurez envie de prendre à votre compte.
Par exemple, ce livre comporte quelques recettes. L’une d’elles m’a horrifiée (gâteau de sandwichs, c’est de toi que je parle. Va traîner ta mayo hors de ma vue !!!), toutefois j’ai eu envie de tester celle des roulés à la cannelle. Elle est différente de la version américaine et me semblait appétissante.
Si je m’étais écoutée, j’aurais fait de nombreuses modifications (j’allège souvent les recettes et je les végétalise) mais j’ai voulu tester celle-ci avec le plus d’honnêteté possible, je l’ai donc suivie mot à mot, si ce n’est que je n’ai pas fait de dorure (par fainéantise) et pas ajouté de sirop ni de sucre sur le dessus après cuisson parce que je savais déjà que la dose de sucre serait à la limite du supportable pour moi.
Et Effectivement, c’est très, très sucré, au point que ça m’a agressé le palais. Même les becs sucrés à qui j’ai fait goûter ces roulés l’ont admis. Cela mis à part, (ce qui n’est après tout qu’une question de goût), c’est une bonne recette.

roulé à la cannelle

Souvent, quand on trouve des recettes dans des livres qui ne sont pas totalement consacrés à la cuisine, elles sont juste là pour faire joli et sont pleines de défauts, de non-sens ou carrément pas réalisables. Ce n’est pas le cas de celle-ci. Elle est claire et facile à réaliser, bien qu’elle prenne un peu de temps, et elle ne demande pas de grandes compétences en pâtisserie. L’autrice préconise l’usage d’un robot, mais pas d’inquiétude si vous n’en possédez pas, je l’ai faite à l’ancienne en pétrissant la pâte à la main et ça ne prend pas beaucoup plus de temps. C’est même plutôt agréable à faire avec les enfants.
À l’occasion je tenterai une adaptation plus à mon goût et je testerai d’autres recettes, comme les brioches de Sainte Lucie (mais vade retro gâteau de sandwichs !!!)
Vous l’aurez compris, c’est la partie cuisine que j’ai préféré, même si elle m’a parfois décontenancée (j’ai des origines italiennes du côté paternel et ce que fait la Suède de notre patrimoine culinaire est inacceptable !!! 😛 )
J’ai appris des choses avec ce livre, cependant je l’ai lu de façon linéaire ce qui n’est pas la chose à faire pour l’apprécier. Les entrées sont très courtes, elles vont à l’essentiel, mais tout se mélange. On passe sans cesse du coq à l’âne, puis on revient au coq… Il n’est pas toujours aisé d’y trouver ce qu’on y cherche et c’est dommage.
Hygge, l’art de vivre à la scandinave demeure toutefois un très bel ouvrage, un de ceux qu’on aime offrir à Noël ou aux anniversaires et feuilleter de temps en temps chez soi, au calme, justement lors d’un moment hygge. À réserver aux amoureux des pays nordiques ou des voyages.

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Un recueil d’illustrations de Chas Addams, publié par Huginn & Muninn.

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Présentation de l’éditeur :
Charles Addams a créé la Famille Addams dans les pages du New Yorker dans les années 1930, et elle est aujourd’hui devenue la famille la plus étrange de la pop culture. Retrouvez dans ce livre plus de 200 dessins au trait ou en couleurs, portraits d’une famille absolument anormale, ou scènes d’une vie gothique quotidienne – dont certains inédits à ce jour. Et régalez vous de ces chefs d’œuvres d’humour tranchant comme un couteau bien affûté.

Une fois de plus, les éditions Huginn & Muninn nous gratifient d’un ouvrage magnifique. La couverture cartonnée très travaillée, texturée et douce au toucher donne le ton. L’objet est luxueux, conçu pour ravir les collectionneurs et étoffer les bibliothèques. Il serait cependant idiot de s’arrêter à cette considération.
Mise en page soignée, papier épais, tout est fait pour rendre l’objet esthétique, mais également pour mettre en valeur la richesse de son contenu. Les illustrations sont présentées en pleine page, accompagnées de leur légende quand il y a lieu, et l’on peut ainsi apprécier à loisir la grande qualité du dessin et des encrages. Suivre l’évolution des personnages comme celle de la technique de l’illustrateur est très intéressant.
De sa naissance entre les colonnes du New Yorker jusqu’au décès de Chas Addams, cet ouvrage retrace l’histoire de cette famille si délicieusement macabre qui a su, au grand étonnement de son créateur lui-même, s’enraciner dans notre imaginaire collectif. L’humour noir se marie aux scènes d’un quotidien à la bizarrerie douce ou grinçante. Les dessins sont splendides.
Si les films et séries dérivés sont évoqués, ici ce n’est pas vraiment le propos. Avant toute chose, cet ouvrage se consacre aux illustrations de Chas Addams. Dessins connus ou inédits, raretés et notes de l’auteur sur le processus créatif qui a donné vie aux Addams, tout y est. Les fans seront comblés.
Les personnages donnent le rythme. On commence avec Morticia, la première née, la matriarche, mais chacun d’entre eux est mis en valeur non seulement grâce aux illustrations qui le mettent en scène, mais aussi grâce aux notes de son créateur, très détaillées, qui avaient été rédigées dans les contrats de la série télé des années soixante. À cela s’ajoute une analyse, plus ou moins fine, de leurs incarnations et évolution individuelle dans les différents supports médiatiques.
Au gré des feuilletages, vous ferez de belles, ou déconcertantes, découvertes dans cet album. C’est une intéressante rétrospective, un superbe cadeau pour tous les fans ainsi que les amateurs de beaux livres.

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Un ouvrage publié chez Mnémos et composé par le Collectif Jadis (c’est mieux expliqué sur le site de l’éditeur que je ne pourrais le faire moi-même).

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Présentation de l’éditeur :

UNE VILLE INFINIE

JADIS, un monde urbain où se succèdent à perte de vue jardins, ruines et palais à l’architecture fantasque inspirée de la Renaissance…

JADIS, la cité aux mille vies où chacun peut défier Dame Fortune, tisseuse du destin, pour gravir la Pyramide des Fanfreluches.

En ce jour, Maestro, le célèbre artiste, a convoqué trente plumes des plus affûtées. Son défi : que chacune narre la plus extraordinaire et la plus mouvementée des aventures qu’il lui ait été donné de vivre !

UN JEU LITTERAIRE

Charlotte Bousquet, Mathieu Gaborit, Régis Antoine Jaulin et Raphaël Granier de Cassagnac ont choisi un personnage parmi les trente dessinés par Nicolas Fructus.

Ensemble, ils ont exploré pour vous JADIS.

Pendant un an, ils se sont livrés à un exercice passionnant, poussant loin l’écriture d’un récit à plusieurs mains. Ils ont échangé textes et illustrations, se sont lancé des défis et finalement rencontrés, pour jouer une pièce de théâtre ou se dire la bonne aventure.

De ces échanges est née l’histoire que raconte ce livre. Hommage vibrant aux inventions de Léonard de Vinci, aux récits picaresques de Don Quichotte, autant qu’aux mousquetaires d’Alexandre Dumas, JADIS compose une uvre de fantasy baroque, un livre-monde foisonnant et magnifiquement illustré, un récit aux personnages inoubliables.

4 récits haletants et originaux dont une pièce de théâtre !

Plus de 100 illustrations dont les 22 lames du tarot de Dame Fortune !

« Ami, que tu sois majestès ou hypocritès, ta place dans la Pyramide est déterminée par le fil que Dame Fortune tisse pour toi sur son rouet. S’il vient à se rompre, elle le teindra à nouveau et le remettra sur son ouvrage. Tu reviendras toujours, différent et oublieux de ta vie passée, après autant de petites morts. À moins que tu ne croises la route d’un sieur, et qu’il ne brûle ton fil à jamais… »

Il est vraiment très difficile de parler de cet ouvrage à la fois magnifique et pluriel. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un livre-univers, décrivant un monde fascinant dans ses moindres détails. Celui-ci prend des allures mythiques, ou en tout cas semble largement nourri de mythologies et de littératures plus que familières. Il a toutefois sa propre personnalité ainsi que son symbolisme qui le rend très évocateur. Connu et inconnu s’entrelacent et créent une impression troublante, comme un rêve en train de s’échapper.
Cependant, Jadis est aussi un récit de destins entremêlés, une intrigue globale aux multiples ramifications. Les personnages en sont les voix. Ils se croisent, s’éloignent, se rejoignent, chacun dévoilant de nouvelles facettes de l’histoire. Les personnages principaux étant chacun écrits par un auteur différent, le lecteur peut apprécier une diversité de styles qui ajoute encore à l’immersion dans cet univers complexe et rend la lecture plus vivante.
Mon protagoniste préféré est Desiderio, à cause de ses ressemblances avec Cyrano, mais tous sont passionnants. On ne s’ennuie pas une minute dans leur sillage.
L’ouvrage est constitué de feuillets épars dans lesquels les héros content leur quête personnelle. Ils sont liés par un événement dont ils ne sont pas sûrs de comprendre l’origine ni le but, mais aussi confrontés à leurs propres démons. En suivant leurs aventures, on découvre la cité de Senanq, mais aussi le monde jadisien dans le détail.
Un lexique très complet se trouve en fin d’ouvrage. J’ai, pour ma part, préféré le lire une bonne fois pour toutes que de devoir y revenir sans cesse en cours de lecture. Mais on peut tout à fait suivre sans avoir envie de chercher la moindre référence.
Le récit est organisé en carnets. Les changements de personnages, et donc de fils narratifs, entretiennent le suspense. Cependant, on peut aussi choisir de lire les récits de chaque protagoniste séparément avant d’en venir à la scène finale et l’épilogue. Des notes permettent de remettre tous ces passages dans l’ordre et de les suivre chronologiquement si on le souhaite. Je suis fainéante, je me suis contentée de suivre l’ouvrage de façon linéaire et je ne m’en plains pas, les ruptures temporelles ou narratives ne me gênent pas, bien au contraire. J’ai toutefois apprécié qu’il soit possible de découvrir cette histoire de multiples façons.
L’intrigue est prenante, tissée de meurtres (or, en Jadis les meurtres peuvent avoir plusieurs dimensions) et de mystères. Qui est l’ennemi ? Qui est l’instigateur de tout cela ? Est-ce une manipulation de l’Optimate Maestro, ou bien un simple motif picaresque de Dame Fortune sur sa tapisserie ?
Les illustrations sont magnifiques et très travaillées. Elles ne sont pas qu’un décor et sont parfaitement intégrées au récit. Elles sèment des indices, elles sont aussi importantes que les mots avec lesquels elles forment une fresque grandiose.
La finesse avec laquelle les auteurs et l’illustrateur ont poli leur création est admirable. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un ouvrage superbe et de très grande qualité, un vrai chef-d’œuvre dont je vous conseille chaleureusement la découverte. L’univers riche qu’ils ont tissé ferait une excellente base pour un jeu de rôle.

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Willow Hall… Les murs semblent me chuchoter des prières que je ne comprends pas… Les ombres s’allongent, chaque coin paraissant cacher quelque monstre à l’affut… Tout ici n’est que ténèbres et désespoir. La fillette dont je dois m’occuper reste plongée dans un silence indifférent. Elle est parfois entourée d’étranges papillons sortis de je ne sais où… créatures magnifiques mais qui m’arrachent à chaque fois un frisson involontaire.

Willow Hall est un superbe ouvrage relié, avec jaquette, issu de la collaboration de Cécile Guillot pour le texte et Mina M pour les illustrations.
Le récit nous est conté par le biais de lettres rédigées par Emily, jeune gouvernante fraîchement entrée au service de la famille Andrews. J’ai beaucoup apprécié cette narration épistolaire. La jeune femme écrit à son fiancé, agrémentant parfois son courrier de coupures de presse découvertes dans le grenier. En tâchant d’apprivoiser Lorena, l’enfant dont elle a la charge, elle découvre petit à petit le passé troublé de cette famille et n’a personne avec qui en discuter. Découvrir ses pensées au travers de sa correspondance permet de s’imprégner de l’intrigue, mais à distance, comme si on observait les événements du coin de l’œil. La subjectivité du personnage n’est pas dérangeante, au contraire elle prend part à l’atmosphère, lui conférant davantage de mystère. Pourtant l’étrangeté de Lorena pourrait facilement s’expliquer. Les tourments dans lesquels Emily se débat paraissent nimbés d’une certaine poésie quand elle s’égare à les conter.
La gouvernante, seule dans cette maison auprès d’une enfant qui ne communique pas, aurait-elle les nerfs qui lâchent ? Y a-t-il une malédiction qui pèse sur le manoir au saule pleureur ?
Les illustrations sont vraiment magnifiques. Elles apportent beaucoup au texte, complétant à merveille la brièveté des lettres. Elles happent le lecteur, lui font ressentir la froide épaisseur du brouillard, l’atmosphère oppressante du manoir, et entrevoir les personnages éthérés qui évoluent parmi les ombres.
Cet ouvrage m’a beaucoup plu et je le recommande à tous les amateurs de Gothique et de Fantastique à l’ancienne.

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Une nouvelle de Neil Gaiman, illustrée par Chris Riddell.

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the sleeper and the spindle

A thrillingly reimagined fairy tale from the truly magical combination of author Neil Gaiman and illustrator Chris Riddell – weaving together a sort-of Snow White and an almost Sleeping Beauty with a thread of dark magic, which will hold readers spellbound from start to finish. On the eve of her wedding, a young queen sets out to rescue a princess from an enchantment. She casts aside her fine wedding clothes, takes her chain mail and her sword and follows her brave dwarf retainers into the tunnels under the mountain towards the sleeping kingdom. This queen will decide her own future – and the princess who needs rescuing is not quite what she seems. Twisting together the familiar and the new, this perfectly delicious, captivating and darkly funny tale shows its creators at the peak of their talents. Lavishly produced, packed with glorious Chris Riddell illustrations enhanced with metallic ink, this is a spectacular and magical gift.

The Sleeper and the Spindle, nouvelle récompensée par le prix Locus, est initialement parue dans l’anthologie Rags and Bones : new twists on timeless tales, dirigée par Melissa Marr et Tim Pratt. Elle a été rééditée par Bloomsbury sous une très belle forme, en hardcover et de surcroît abondamment illustrée par Chris Riddell. La version souple devrait sortir sous peu, mais je vous conseille vraiment le superbe hardcover qui d’ailleurs n’est pas beaucoup plus cher.
Les illustrations sont magnifiques, en noir, blanc et doré, très détaillées. Elles apportent du cachet à cette nouvelle. L’objet-livre est très beau. Je ne suis pas fan des jaquettes en général, mais je trouve l’effet de celle-ci, en ébauches et transparences sur une couverture blanche et noire, très réussi.
Comme son titre l’indique, ce conte revisité s’inspire de La Belle au bois dormant, mais pas seulement… Ce ne sera pas un spoiler si je vous dis qu’une autre princesse, que dis-je, une reine, va s’inviter dans ces pages et partir à l’aventure.
J’imagine de plus que beaucoup ont entendu parler de cette nouvelle, non pour ce qu’elle conte réellement, mais en grande partie à cause du dessin de la scène du baiser qui semble avoir choqué pas mal de monde… Il en a été fait un tel foin que l’on a sorti cela de son contexte et oublié l’histoire qui allait avec. Je ne compte pas m’attarder sur le sujet, trouvant la véhémence de ces réactions particulièrement stupide… Sérieusement, remettons les choses à leur place, Thalie la lune et le soleil, texte dans lequel la jeune femme endormie est violée et réveillée par l’un des deux jumeaux qu’elle ne sait même pas avoir mis au monde, est une version de l’histoire révoltante. Par contre, une femme qui en embrasse une autre n’a rien de choquant ni de dérangeant.
Et si vous pensez qu’en vous révélant cela je vous ai gâché la surprise, je vous rassure, il n’en est rien. Par bien des aspects, The Sleeper and the Spindle possède une intrigue prévisible, ce n’est pas non plus la plus grandiose nouvelle que Gaiman ait écrite, mais elle a ses petites originalités. Peut-être la percerez-vous trop tôt à jour, peut-être pas, mais vous apprécierez sûrement votre lecture et pas uniquement pour la beauté des illustrations. C’est une jolie réécriture, peut-être pas transcendante, mais moi qui n’ai jamais vraiment apprécié ce conte dans ses versions les plus connues, je le trouve mieux ainsi, plus proche de ce qu’est censé être un conte, plus cruel aussi.
J’ai lu de nombreux commentaires sur la fin, mais aussi sur l’aspect féministe que l’on veut faire ressortir de cette histoire. Ne peut-on pas simplement la voir dans son entier au lieu de la détailler morceau par morceau ? Doit-on vraiment à tout prix y trouver une morale ? Chacun se fera sa propre opinion.
La meilleure réécriture de La Belle au bois dormant que j’ai pu lire reste indubitablement Une histoire de désir de Delphine Imbert publiée dans l’anthologie Contes de villes et de fusées, éditée par Ad Astra. Si vous en avez l’occasion, ne vous privez pas de cette découverte.

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Challenge Winter Mythic Fiction

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Roman graphique.
Textes de Tiphaine Zanutto et illustrations de Diane Ozdamar.
Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Graphicat.

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abyssia

Présentation de l’éditeur :
À une époque dominée par les technologies et les industries polluantes, les hommes détruisirent ce qu’il restait de la couche d‘ozone, gage de leur vie sur Terre. Contraints de coloniser un autre monde les abritant du rayonnement solaire meurtrier, ils trouvèrent leur salut dans les profondeurs marines.

Abyssia, cité encerclée par l’étrangeté aquatique, dernier bastion de l’humanité, se heurta à un peuple doué de conscience : les Nouveaux Atlantes.
Lui, presque homme, n’aurait, dans un monde normal, jamais dû ouvrir les yeux.
Il n’en fut pas ainsi.
Elle, si humaine, promise à une vie superlative, fut hélas condamnée à errer dans les abysses.
Comment Ernestine, créatrice funeste, scientifique funambule oscillant entre devoir et moralité, scellera-t-elle son destin et celui de Grim ?

Ce sont les illustrations qui m’ont décidée à m’offrir ce livre. J’achète rarement des ouvrages graphiques sans les voir auparavant, mais les éditions du Chat Noir ont mis en ligne une vidéo durant la période de précommandes. C’est comme cela que j’ai été ferrée et je ne le regrette pas, d’autant que j’ai eu une sublime dédicace.
L’ouvrage est superbe et toutes les illustrations magnifiques, à la hauteur de ce que j’en attendais (et je suis assez difficile). J’ai adoré les parcourir, en apprécier les détails et les couleurs… L’ambiance un brin steampunk m’a particulièrement plu. J’aurais pu craindre que l’histoire soit en reste face à un si bel écrin, mais il n’en est rien.
Les premières pages m’ont semblé un peu hésitantes, j’ai l’habitude que les scénarios de ce genre d’ouvrages soient plus concis et aillent droit au but. Je ne comprenais pas l’intérêt d’autant de personnages. Cela est venu petit à petit, créant une harmonie douce-amère dans ce reliquat de civilisation humaine, sous les eaux, en proie à une guerre qui affaiblit ses dernières ressources.
Il est étrange de découvrir une forme d’harmonie dans le désastre, mais ce fut le cas. J’ai trouvé de la beauté dans les mots, fragile et parfois effrayante.
L’histoire est belle et tragique, assez différente de ce que le résumé de l’éditeur m’en avait laissé supposer, mais je m’attarde en général peu sur les résumés, préférant garder la magie de la découverte. Je vous encourage à faire de même, au moins pour ce livre-ci.
Le personnage d’Ernestine, complexe et torturé, m’a émue. J’ai accompagné durant quelques pages son évolution dans ce monde hostile, j’ai vu croître l’opposition entre sa conscience et ce qu’elle pensait être nécessaire pour sauver son peuple. J’ai vu poindre l’issue inévitable et pourtant je m’interrogeais toujours.
Abyssia est un très bel ouvrage, dans le fond comme la forme, ce fut un plaisir de le lire et l’admirer.

Je me dois de préciser qu’il manque une page de texte à cette première édition. Elle a été ajoutée sous forme de feuillet, avec une jolie mise en page pour compenser.

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Un très bel album de 146 pages, écrit et illustré par Hélène Larbaigt et publié chez Mnémos dans la collection Ourobores.

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Présentation de l’éditeur :

Préface de Claudine Glot, postface de Pierre Dubois

Grouillant et grinçant, tel un concert de voix dissonantes, il s’avance.
L’Étrange Cabaret, le cirque des curiosités, le spectacle de monstres chimériques, le music-hall des fées désenchantées.

Oserez-vous franchir ses lourdes tentures pourpres pour assister au plus dangereux et déli­cieux des spectacles ?
Voyagez avec les fées de la Belle Époque, dans les cités du Vieux et du Nouveau Monde, mais méfiez-vous, le Cabaret recèle des secrets qui vous envoûteront… Que s’est-il passé dans la loge 633 que l’on dit hantée, où une fée fut assassinée ? Que cherche réellement Morte Vanité, elle qui fait errer le Cabaret à travers le monde entier ?

Dans une ambiance steampunk, Art nouveau et burlesque, Hélène Larbaigt nous livre une œuvre étonnante entre Lewis Caroll et Tim Burton.
À la fois récits, portraits et contes, ce livre dévoile 12 fées sombres et mystérieuses au travers de plus de 80 magnifiques illustrations, affiches, menus et documents facsimilés.

Helène Larbaigt nous montre son immense talent dans ce très beau livre enchanteur. Une prouesse et la révélation d’une artiste complète qu’ont immédiatement salués dans leurs préface et postface, Claudine Glot et Pierre Dubois, les deux grands spécialistes des fées.

L’Étrange cabaret est un magnifique livre illustré, cartonné.


« Mortels, entendez-vous cet écho lointain ? C’est la maléficiante mélopée d’un mélancolique cabaret. »

Magnifiques, envoûtants, sombres, déliquescents, marqués du sceau de la fatalité à tous les égards, ainsi se présentent à vos yeux ébahis l’Étrange Cabaret et ses fées désenchantées ! Morte Vanité, la sublime, avec sa troupe de fées écorchées, ses insolites serviteurs et son Cabaret qui change de forme et de lieu à l’envi, vient pour enchanter les humains ou les perdre, allez savoir…
Dans notre monde désenchanté, où la magie se fait rare et se paie au prix fort, le Cabaret apparaît comme l’un des derniers vestiges, à la fois désuet et résistant, d’une autre époque, plus féerique, plus vivante. Il est le refuge des fées perdues, malmenées, désavouées autant que désabusées et les âmes humaines viennent s’y brûler comme de fragiles papillons attirés par la lumière.
Le goût du détail d’Hélène Larbaigt, dans le dessin comme dans le texte, est acéré et ravira le lecteur exigeant. Le vocabulaire est recherché, précis et précieux à la fois, tout en finesse, pour affermir l’aspect suranné des histoires qui nous sont ici contées et rehausser leur écrin de couleurs.
Élégant, raffiné, l’Étrange Cabaret a été poli avec soin par son auteur qui en a fait une vraie merveille, délicieuse à feuilleter, mais également à lire. Suçant la moelle des légendes qui sont elles-mêmes des mythes tronqués, le cabaret se nourrit de notre imaginaire et nous le restitue de manière forte et évocatrice, faisant ainsi revivre à sa façon de vieilles histoires, éveillant des échos dans nos mémoires de rêveurs engourdis.
Des affiches, programmes, menus jalonnent les pages et renforcent l’ambiance ainsi que la cohérence de cet univers, tout en lui ajoutant une esthétique élégante. L’auteur nous présente certaines des fées, les têtes d’affiche pourrait-on dire, nous raconte leur naissance, ce qui les a amenées au cabaret ou d’autres mésaventures qui leurs sont arrivées en cours de route. Toutefois, prenez garde, aucun détail n’est laissé au hasard, il y a des strates dans ces récits et il ne tient qu’à vous de les explorer.
J’ai particulièrement aimé le conte de Noël et la magie, si bien retranscrite, de la ville de Prague qui y est dépeinte. Cependant, toutes ces histoires, ces belles et tristes vies de fées, sont magnifiques et émouvantes. Toutes m’ont séduite et passionnée. Vous aussi, venez à la rencontre d’Ona Oknata et de sa destinée aussi remarquable que cruelle, de Bast la rugissante, de Morte Vanité et du fantôme aux mains rouges qui hante le blanc d’entre les lignes, compatissez aux peines de cœur de Rosie la veuve noire et aux amours maudites de Sa’di… Venez réchauffer votre imagination au brasier de leur féerie !
Je me suis attachée à toutes ces fées bigarrées, abîmées et néanmoins fortes, victimes autant que nous du désenchantement, mais qui se battent pour rester vivantes. En outre se trouve, caché entre les pages, un magnifique hommage à un auteur que j’adore et qui m’a exquisément ravie. Je ne saurais dire quel conte a ma préférence, car tous sont liés et tissent la mélopée, aussi mélancolique soit-elle, de ce fabuleux cabaret.
Petit à petit, entre ces portraits et ces histoires pleines de cachettes et de recoins l’on découvre en filigrane le cabaret lui-même, personnage à part entière, se mouvant comme le château de Hurle pour paraître dans le lieu qui sied à son humeur — ou serait-ce à celle de la mystérieuse fée aux bottines parfumées ? Fantasque, burlesque, peuplé de créatures singulières et fascinantes, il donne envie au lecteur de se perdre dans son univers inquiétant, de suivre la cohorte des Jack pour explorer ses corridors et rencontrer ses fatales pensionnaires.
Comme une enseigne qui brille à l’attention des amateurs qui se reconnaîtront immédiatement, l’ouvrage est préfacé par Claudine Glot, qui donne le ton, et postfacé par Pierre Dubois qui nous reconduit gentiment vers la porte, bien qu’avec une gouaille un peu grimaçante pour la forme.
Une fois la dernière page tournée, l’histoire bue jusqu’à la lie, je me suis sentie bien seule et nostalgique, loin des lumières de ce cabaret brinquebalant et de ses fées tant aimées. Alors dans la nuit je vais guetter l’écho lointain, la maléficiante mélopée d’un mélancolique cabaret et j’invite tous les rêveurs à faire de même.

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Je vous présente Morte Vanité. N’est-elle pas magnifique ?

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