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Posts Tagged ‘Dystopia’

Un recueil de nouvelles d’Yves et Ada Rémy, publié en papier et numérique aux éditions Dystopia. Version revue par les auteurs.

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Les Soldats de la mer est un fix-up. Les nouvelles qui le composent s’entrelacent pour former un tout. Ces Chroniques Illégitimes Sous la Fédération sont l’ébauche d’un monde brumeux, à la fois reflet avancé (pour son époque) du nôtre et résonance lointaine de nos songes et chimères. Elles relatent des faits étranges qui ne peuvent prétendre à une place dans les livres d’Histoire de cette Europe, bien qu’elle n’en porte pas le nom, jumelle de la nôtre.
Dans ce monde parallèle et pourvu de deux lunes, naît et se développe la Fédération, coalition de nations figurant la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, etc. Celle-ci prend, au fur et à mesure de ses conquêtes et alliances, des allures d’Empire puissant mais perpétuellement en guerre. On apprend à la connaître au fil des nouvelles, par touches discrètes tout d’abord, comme si ce n’était pas vraiment le propos. Les récits s’articulent autour des soldats qui la servent et elle paraît n’être qu’un personnage secondaire, malgré un statut d’entité qu’on ne peut nier.
Je ne suis pas férue d’histoires militaires, mais je me suis laissée bercer par l’ambiance onirique des nouvelles. C’est, en grande partie, du Fantastique de haute volée, élégant, revisitant des thèmes classiques avec brio et originalité. Fantômes, vampires et revenants de tout poil raviront les amateurs du genre. Aucun de ces récits n’est convenu et la conclusion se révèle époustouflante.
Ce recueil est immersif, on sent l’odeur des embruns, le brouillard qui colle à la peau et glace l’échine, les fantômes qui rôdent. Le style, superbe, délié, est pour beaucoup dans le plaisir de lecture. J’avais déjà aimé Le Prophète et le Vizir, diptyque de nouvelles lu quelques semaines auparavant, mais Les Soldats de la mer m’a indubitablement impressionnée. L’ambiance de ces textes, et plus encore dans les derniers, m’a beaucoup rappelé celle des écrits de Julien Gracq, un auteur qui a durablement marqué mon imaginaire et mes perceptions littéraires. L’attente et l’étrange, les non-dits et l’onirisme sont d’importantes composantes de ces histoires.
Cet ouvrage est typique du Fantastique à la fois pour les thèmes visités, l’ambiguïté et l’atmosphère des récits, mais aussi l’élégance raffinée de l’écriture. Cependant, au-delà de l’amateur habituel de Fantastique à l’ancienne, tous les lecteurs aimant la belle littérature apprécieront ces nouvelles.
Je ne remercierai jamais assez les éditions Dystopia d’avoir réédité ce chef-d’œuvre, me permettant ainsi de le lire et, j’espère, de vous le faire connaître et aimer à votre tour.

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Un roman de Léo Henry et Jacques Mucchielli, publié en papier et numérique par les éditions Dystopia.

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Présentation de l’éditeur :
Amazonie, seizième siècle. Quelques dizaines d’âmes embarquent sur des radeaux pour percer les secrets du pays d’Eldorado. Nobles de la vieille Europe, gens d’églises ou mercenaires, Indiens de la montagne, tous se livrent à la merci du grand fleuve. Et l’un après l’autre, les hommes meurent assassinés. Est-ce bien un jaguar qui les a pris en chasse ? La forêt se referme. La folie rôde. Et l’eau continue de couler.
Léo Henry & Jacques Mucchielli ont publié trois recueils de nouvelles entre 2008 et 2012. « Sur le fleuve » est leur unique roman.

Si le sujet de Sur le fleuve peut sembler rebattu de prime abord – des conquistadors à la recherche de Manoa, mythique cité d’or – le roman se révèle original et très prenant. La forêt y est une entité, la quête de ces hommes et de cette femme va prendre de nombreux visages et la confrontation des peuples peut mener au pire. Au final, le but importe-t-il réellement plus que le cheminement ?
Pris dans le labyrinthe de la forêt, incapables de s’en dépêtrer, les personnages s’enfoncent dans l’immensité sauvage de la nature et s’y retrouvent pourtant enfermés. Ils vont se révéler dans la touffeur de ce huis clos. Ceux qui sont venus en conquérants, sûrs de leur force, n’ont pas idée de ce que leur présence a pu déclencher. Le sacrilège qu’ils ont commis a attaché un prédateur à leurs pas.
Le récit est divisé en deux pistes : celle que suit le groupe – les chapitres portant souvent sur un personnage en particulier – et celle du fauve, à l’affût. Les incursions du prédateur dans l’histoire m’ont beaucoup plu pour leur poésie et leur symbolisme. J’ai eu nettement plus de mal avec les autres personnages, même si la façon dont les auteurs dévoilent progressivement leurs histoires respectives est passionnante. Au contact de la forêt, ces individus en perdition se fragilisent. La nature, l’isolement et la rudesse des épreuves les mettent face à leurs propres failles. Petit à petit, le groupe se disloque.
Au fur et à mesure que l’on apprend à connaître ces hommes et cette femme, ils ne paraissent plus si froids. J’ai particulièrement apprécié Dumè, mercenaire Corse, qui est, je dois bien l’admettre, l’image même que les Corses ont d’eux-mêmes, avec son lot de défauts et de qualités… Dans son sillage, il apporte un peu de ma culture, notamment avec « les chasseurs en rêve », les mazzeri, bien que l’allusion soit fugace.
Ce récit est exigeant, mais apporte beaucoup en retour. La végétation se referme sur le lecteur, tout autant que sur le convoi, il participe à cette quête et se confronte aux côtés les plus sombres de l’humanité, à ses peurs, ses injustices, ses faiblesses…
L’impression que m’a laissé Sur le fleuve est indéfinissable, mais me marquera sans doute durablement.

Découvrez également l’avis de Lune.

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Un recueil de nouvelles d’Yves et Ada Rémy, publié en papier et numérique par les éditions Dystopia.

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Les ouvrages des éditions Dystopia ont cela de particulier qu’ils sont exempts de résumés de quatrième de couverture, laissant ainsi au lecteur la possibilité d’ouvrir ces livres sans a priori. Les couvertures elles-mêmes, toujours travaillées, contribuent à l’aura de mystère qui plane sur les ouvrages, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Je vous invite donc à lire cette chronique uniquement si vous souhaitez savoir où l’on compte vous emmener. Quoi qu’on en pense, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de pouvoir plonger totalement dans l’inconnu en tournant des pages.

Le Prophète et le Vizir est en fait un court et flamboyant recueil composé de deux nouvelles. Pour autant, ces textes sont de ceux que l’on déguste bouchée par bouchée.
Le style est évocateur, raffiné et élégant, un vrai plaisir à lire. Le lecteur se glisse dans cette histoire, emporté par les mots, prêt pour les merveilles qu’il s’attend à découvrir au détour des pages. En effet, ces textes tiennent indubitablement des Contes des mille et une nuits. Merveilleux et cruels, oniriques et intelligents, ils captivent qui veut bien s’y laisser prendre.
La première nouvelle, L’Ensemenceur, est aussi la plus longue. Elle possède une saveur toute particulière, mais également un côté fantasque et éclatant qui m’a beaucoup rappelé le réalisme magique espagnol. Loin de délirer ou de se montrer naïfs, les personnages veulent au contraire prendre leur destin en mains et sont prêts à tout pour cela, ne négligeant aucune piste, de la plus pure vilénie en passant par la magie. Ils croient et donnent ainsi force de vérité à tout ce qui pourrait nous sembler invraisemblable. Dans le réalisme magique, le quotidien semble toujours plus grand, plus lumineux, porteur de plus de possibilités et moins cloisonné par des limites triviales. C’est tout cela que m’a évoqué ce recueil.
La première nouvelle nous mène à la suite d’un pêcheur, au XIVe siècle de notre ère, devenu devin par la force des choses et que son don pousse à l’errance. De son périple autour de la méditerranée, au gré de ses rencontres, puis de ses intuitions, il ramène autant de victoires que de défaites. Mais la sapience de Kemal a une autre particularité : ses visions, d’un avenir très lointain et ainsi invérifiable, se rapprochent inexorablement de sa propre époque, lui procurant ainsi à la fois espoir et angoisse. Que finiront-elles par lui révéler sur son propre avenir ? Qu’adviendra-t-il de lui quand son pouvoir se sera entièrement consumé ?
Le personnage est aussi subtil qu’intéressant. Il est faillible, malgré son bon fond, et très humain dans les doutes qui le taraudent.
J’ai beaucoup aimé la façon dont les auteurs ont tissé des liens, prétendument invisibles, mais logiques, entre le passé et l’avenir. Allant d’une époque à l’autre, ils nous offrent une lecture de l’Histoire inédite, en se servant de ses zones d’ombres pour en exhumer des secrets de leur cru.
Ainsi ce texte, comme celui qui le suit, a valeur de fable, sans pour autant être lisse ou linéaire, et encore moins manichéen.
Si j’ai apprécié la première histoire, le second texte, celui qui offre à ce recueil l’autre partie de son titre, est néanmoins mon préféré. Les deux récits sont liés, l’un découlant directement de l’autre. On change de décor et de personnages, ou presque. La nouvelle est plus courte, mais plus intense.
Elle tranche avec celle qui la précède et qui nous ballottait au gré des voyages de son personnage, car elle nous plonge dans une attente fébrile. Elle est aussi plus onirique, plus fantasque, plus cynique. Elle figure une partie d’échecs que le Vizir engage contre le Destin. Entrelacée d’intermèdes qui mettent en valeur la progression de la partie, elle n’a de cesse de renforcer ce sentiment d’attente et d’inéluctabilité. Pourtant, l’on sent aussi que l’on pourrait être surpris.
J’ai beaucoup aimé la fin, bien qu’elle soit un peu abrupte à mon goût. Non pas que j’aurais apprécié plus de précisions, ceci dit.
Ce superbe recueil, tout en subtilité, qu’il s’agisse de son fond comme de sa forme, est un vrai petit bijou.

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Un recueil de nouvelles de Léo Henry, disponible en numérique aux éditions Dystopia.
Cet ouvrage est une réédition augmentée de la version papier parue aux éditions de l’Oxymore.

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Sommaire :

  • Les Mystères du Labyrinthe ou le Vertige de la Quête, Préface de Mélanie Fazi
  • Défait
  • Merry Élodie
  • Memory Lane
  • Art de la Fugue, pièce pour deux voix et un silence
  • Riches Heures
  • Notes pour un Labyrinthe
  • Ultimes Rinçures
  • Ex Nihilo Nihil
  • Ne la laisse pas s’enfuir
  • Inspire
  • La Chute d’Hamidärlah
  • Lettre Ouverte à cet Autre qui est Moi
  • L’Arbre de la vie
  • Marcheterre
  • D’autres viendront après moi
  • Ceci n’est pas ce que m’a dit Agathe
  • Nataraja
  • Les Crépuscules

Ah, les éditions de l’Oxymore et leurs merveilles… Que de nostalgie quand j’y songe !
Dans les plus profondes strates de la Bibliothèque, se cache une ligne d’ouvrages, les « petits » de l’Oxy, tranches sombres et récits marquants. Parmi ceux-ci, se trouve un exemplaire des Cahiers du labyrinthe, premier ouvrage de Léo Henry que j’ai lu et également son premier publié.
Le Fantastique est mon genre préféré et je garde une affection particulière pour ce recueil. C’est avec grand plaisir que j’ai découvert la version de Dystopia, qui comporte en outre quelques autres textes parus dans Emblèmes, revue thématique de l’Oxymore, et dans certaines de ses anthologies de la collection Emblémythiques. Comme son nom l’indique, celle-ci était consacrée aux créatures mythiques. Je suis heureuse que ces nouvelles aient été rééditées, même si ce n’est que sous forme numérique, et je vous invite chaleureusement à les découvrir.
Le nombre de publications en littérature Fantastique est très restreint dans nos contrées, mais la qualité est le plus souvent au rendez-vous. Ce recueil en est un exemple flagrant. À dire vrai, on y trouve aussi un peu de SF, mais, de mon point de vue, l’esprit des textes reste très Fantastique. Souvent sombres, pas forcément effrayants, ils sont intimes et poétiques.
Le Fantastique de Léo Henry est à la fois moderne et intemporel, imagé, mais ancré dans le quotidien. Les textes, évocateurs, pas forcément à chute, mais souvent troubles, doubles, laissent le lecteur pensif. Le ton est juste, posé, il invite avec subtilité à pénétrer ces univers qui, de prime abord, pourraient ne pas sembler engageants.
Le lecteur qui accepte d’entrer les yeux et l’esprit grands ouverts dans le labyrinthe a l’assurance de voir sous le voile terne une vérité insoupçonnable. On se perd, on se retrouve, accroché au fil que déroulent des récits enchevêtrés à des émotions toujours renouvelées. Dans ces textes, la fragilité de l’instant côtoie l’éternité et ils me bouleversent toujours autant.
En tournant les pages, vous passerez d’incursions dans la vie d’une étudiante mélancolique aux épopées oniriques de scénaristes d’un nouveau temps. Vous voyagerez dans l’inconscient d’un jeune garçon catatonique, vous égarerez dans les méandres tortueux d’une mémoire éclatée ou participerez au quotidien d’un émissaire de la Mort. Venez entrevoir des fées (peut-être), des poètes déchus et des dieux perdus (ou l’inverse), explorez les mystères de l’individualité et de l’identité ainsi que tant d’autres chemins de traverse.
Sous la peur, l’angoisse et la mélancolie, se cachent parfois la beauté et l’espoir. Mais l’inverse reste également valable. Lire ce recueil équivaut à saisir des poignées de vie qui s’écoulent comme du sable entre vos doigts.
Lisez-le.

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