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Un recueil de nouvelles de Rozenn Illiano.
Disponible auprès de l’auteur en numérique et en papier, ou sur TheBookEdition en impression à la demande.

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Ce n’est pas tant la nostalgie qui guide ces mots, mais bien quelque chose qui s’apparente plus à une blessure ancienne, de celles qui s’imposent à vous dès que le temps change, qui font vriller vos os sous l’humidité de l’air ou la tension des tempêtes. Je crois que c’est pour cela que je guette, à la fin de l’été, le moment où les journées raccourcissent. Parce que le jour se couche tôt, parce que la nuit s’empare du paysage alors que le soir n’a pas encore sonné. Un rythme d’ailleurs, un rythme d’autrefois posé sur les méridiens du Pacifique. Si j’attends la venue de l’automne et la promesse de l’hiver, c’est pour rejeter en bloc la chaleur et le soleil. Pour noyer dans le froid ces souvenirs doux-amers de jour mourant, de montagnes baignées d’orage. — La Boussole

Huit nouvelles parcourues de failles et de rêves sans issue, d’inévitables séparations et de retrouvailles au pied des tombes.

Ce livre comprend huit nouvelles qui ont été préalablement publiées dans le recueil Le Rêve du Prunellier (Unseelie Éditions, indisponible), ou sur Onirography.com et Wattpad. Elles ont été revues et corrigées pour la présente édition. Ce faisant, ces nouvelles ne sont pas inédites. Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page du livre.

Sommaire :
– Échos du froid
– Poe
– Le corbeau et l’écrivain
– Amélia des Tours
– L’attrape-rêves, L’attrape-rêves – 1
– Un parfum de pluie et de rouille, L’attrape-rêves – 2
– La Boussole, L’attrape-rêves — 3
– Souvenirs d’encre

Ma première lecture des écrits de Rozenn Illiano s’est faite avec Le Rêve du Prunellier, un recueil que j’ai vraiment beaucoup aimé. Ce fut donc avec plaisir que j’ai ouvert son dernier ouvrage, recueil de nouvelles également, dans lequel j’ai retrouvé certains textes du Prunellier, retravaillés et parfois assez différents des originaux, ainsi que de nouveaux récits.
Le style de Rozenn est toujours aussi délicat. Elle entremêle Fantasy douce et Fantastique avec sensibilité et poésie. On est dans le ressenti, le sensoriel. Pris individuellement, ce sont de beaux textes, mais il est dommage d’en découvrir certains sans le contexte créé par Le Rêve du Prunellier. En lisant ce recueil, on ne peut qu’approcher superficiellement l’univers, vaste et réfléchi, de Rozenn. Sans Layla des Tours, La Forêt d’Adria ou encore D’hiver et d’ombres – pour ne citer que ceux-ci – on ne réalise pas que ces récits s’imbriquent et forment une trame complexe. Amélia des Tours est probablement celui qui pâtit le plus de leur absence, alors que Poe, en sa qualité d’hommage, juste en lisière de la trame principale, était déjà un peu à part et se lit très bien seul.
Dans Fêlures, l’ambiance est douce-amère. Échos du froid donne le ton. Ce texte que j’aime énormément propose une suite à La Reine des Neiges d‘Andersen. J’apprécie son ambiance presque déliquescente, les dernières illusions qui se délitent dans un monde hivernal.
Poe ainsi Le corbeau et l’écrivain forment en quelque sorte un diptyque. La première laisse flotter un peu d’espoir quand la seconde n’est que noirceur. Ce sont deux magnifiques textes. On n’a pas besoin d’être lecteur d’Edgar Allan Poe pour les apprécier, ceci dit ça reste un plus.
Vient ensuite le cycle de l’attrape-rêve, plus onirique – forcément – et peut-être aussi plus personnel. J’ai été un peu moins touchée par ces textes, un brin trop lyriques pour moi. J’avais préféré la première version d’Un parfum de pluie et de rouille. Par contre, La Boussole m’a laissée une forte impression, il m’a beaucoup plu.
Le Dernier texte enfin, Souvenirs d’encre, a un thème assez classique, mais je l’ai néanmoins trouvé plaisant, surtout dans ses mises en abyme.
Rozenn Illiano est une rareté dans le paysage littéraire actuel de la SFFF, un auteur à découvrir si ce n’est déjà fait.

Découvrez également les avis d’Acr0 et de Chani.

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CRAAA

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un recueil de nouvelles SFFF

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Sir Terry Pratchett nous a quittés voilà peu de temps. Auteur prolifique, il nous laisse de nombreuses œuvres dont une majorité constitue ce monument que sont Les Annales du Disque-monde. Des romans à lire, relire et partager.
On aime ou pas, c’est vrai. Et je ne conseillerais à personne de les lire tous à la suite… Mais l’humour de Pratchett reste pour moi d’un réconfort certain et j’adore le Disque-monde, ses personnages barrés, les réflexions qui se glissent entre les pages aussi.
Mon hommage personnel à ce grand homme a été de lire à haute-voix dans mon jardin les deux premiers volumes des Annales. Traitez-moi de folle si vous le voulez. Je suis heureuse de l’avoir fait.
Et tant que j’y suis, je vais vous en parler un peu.
Tout le monde devrait lire Pratchett, ça ne résoudrait pas tous les problèmes de la race humaine, mais ça ne rendrait pas les gens plus cons (ce qui en soi est déjà pas mal).

La Huitième Couleur

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Loin dans l’espace, vogue une tortue géante. Sur son dos, quatre éléphants supportent le poids d’un disque, le fameux Disque-monde.
Cette série mondialement connue est composée d’une quarantaine de volumes. Bien qu’ils soient souvent présentés par cycles (selon les personnages récurrents concernés) on peut les lire indépendamment. Sauf en ce qui concerne les deux premiers volumes qui content les pérégrinations de Rincevent, le pire mage qui soit, et de Deuxfleurs, le premier touriste du Disque.
En général, on ne recommande pas de découvrir le Disque-monde avec ce roman qui n’est ni le plus réussi ni le plus attractif. Mais personnellement je l’aime beaucoup et je pense qu’il est une bonne introduction à l’univers de Pratchett. Vous peinerez peut-être un peu à vous immerger dans La Huitième Couleur, mais vous y apprendrez notamment à connaître la géographie discale et beaucoup d’autres particularités de ce monde étonnant ainsi que de ses habitants.
On pourrait dire que La Huitième Couleur s’apparente à une quête sans but (oui, c’est ironique). Rincevent, Deuxfleurs et le Bagage explorent le Disque et vont de problème en catastrophe, envoyant joyeusement balader tous les clichés de la Fantasy au passage.
Toi, le lecteur qui à un moment t’es demandé ce que tu foutais là alors que Frodon et Sam crapahutaient encore et toujours dans les marais, ces romans sont pour toi. Prends ta revanche et marre-toi !
Des rues sales d’Ankh-Morpork jusqu’à l’extrême bord du Disque, les deux acolytes vont croiser des dragons, des héros, participer à un jeu de rôle géant (sans le savoir), risquer leur peau à tout moment et nous divertir à leurs dépens.
Les références à des ouvrages connus de SFFF sont nombreuses, mais qu’on les capte ou non la lecture reste très agréable, drôle, légère, tout en n’étant pas dénuée de réflexion.
Comment ne pas passer directement à la suite ?

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Le Huitième Sortilège


Le Huitième Sortilège
reprend le cours des aventures de Rincevent et Deuxfleurs où se terminait La Huitième Couleur.
Cette suite semble d’emblée un peu plus construite, il faut bien l’admettre et elle est plus drôle encore, pleine d’action et de rebondissements. Une nouvelle fois, prenez tout ce que vous savez des clichés de la Fantasy et réjouissez-vous de les voir passés au shaker ! Par exemple, vous vous demandez ce que deviennent les vieux héros ? Eh bien vous le saurez en faisant la connaissance de Cohen le barbare… Vous apprendrez des choses sur les mœurs des tortues spatiales, vous vous interrogerez sur la réelle nature des boutiques magiques itinérantes et sur l’intérêt qu’il peut y avoir à sauver le monde quand on a cinq minutes entre deux courses-poursuites.
Ce volume offre une échappée particulièrement plaisante, une aventure pleine de personnages improbables et délirants. On ne s’ennuie pas une seconde, même à la relecture, et c’est également une belle histoire d’amitié.
Si vous ne connaissez pas encore le Disque-monde, j’espère de tout cœur vous avoir donné envie d’aller y faire un tour. Et n’oubliez pas d’emporter une boîte à images, ça peut servir.

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Un fix-up rose bonbon de Cécile Guillot, publié aux éditions du chat noir.

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Présentation de l’éditeur :
Lottie est une jeune Londonienne bien sous tous rapports, même si elle préfère s’informer des dernières modes plutôt que d’apprendre les convenances d’une future femme à marier. Cependant, lorsque des engeances monstrueuses sorties tout droit d’une dimension parallèle s’attaquent à elle au cours d’une promenade, la lady saute sur l’occasion de chambouler son quotidien. Mise au parfum par Mr Rabbit, un jeune horloger garant de la fermeture de ces portails, Lottie décide de partir à l’aventure. Dans son empressement passionné, elle embrigade sa sœur et sa meilleure amie avec lesquelles elle forme désormais le Pink Tea Time Club. Un groupe de lecture, en apparences, où l’on parle monstres, créatures fantastiques, royaumes féériques et autres mondes. Pour la soif de découverte, pour sauver Londres mais surtout, pour passer le temps. En toute bienséance, cela va de soi…

Préalablement publiées sous forme de feuilleton numérique, les nouvelles composant The Pink Tea Time Club ont été regroupées dans une version papier. Les liens entre les intrigues placent ainsi l’ouvrage à la lisière entre le recueil et le roman. Je pense que le plaisir de lecture et la perception de la continuité ne sont pas les mêmes quand on lit tout à la suite, d’où cette précision. Cela est d’autant plus frappant que l’ouvrage et très court et se lit en quelques heures. J’aurais probablement eu plus de patience avec l’un des personnages si j’avais découvert ces aventures petit à petit.
Cécile Guillot nous entraîne cette fois à l’ère victorienne, sur les traces d’une troupe des plus improbables. Elijah Rabbit, héros un peu tiède et hésitant chargé d’empêcher l’intrusion de créatures venant d’autres dimensions, se trouve affublé bien malgré lui d’assistantes pour le moins inattendues. Sous l’égide de l’inconséquente Lottie, trois demoiselles de bonne famille vont s’immiscer dans ses activités ésotériques, pour le pire et le meilleur… L’horloger est facilement débordé par cette bande de jeunes filles, mais les uns vont évoluer au contact des autres et s’affirmer dans leurs choix de vie. C’est ce qu’il y a de plaisant dans ces histoires qui, cela mis à part, manquent un peu de profondeur.
Les personnages eux-mêmes, s’ils sont pour la plupart sympathiques, ne sont pas particulièrement développés. La pragmatique Vivian, qui a ma préférence, assure la bonne marche de l’équipe et sa cohésion, mais c’est sans nul doute Lottie, capricieuse bien que dotée d’un grand cœur, qui évolue le plus. Pour autant, j’avoue avoir eu un peu de mal à supporter les gamineries de cette dernière, mais les histoires sont sympathiques. On plonge dans une ambiance girly, rubans roses et tasses de thé qui n’est pas déplaisante. Les clins d’œil à de grands classiques de la littérature sont nombreux et amusants. Cette lecture est idéale pour mettre un peu de légèreté dans votre vie au cours d’un après-midi pluvieux.

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Une nouvelle de Paolo Bacigalupi, publiée en format poche et en numérique aux éditions Au Diable Vauvert.

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L’alchimiste de Khaim est une courte nouvelle de fantasy qui rappelle beaucoup les fables et les contes. Dans ce monde, la magie existe mais est prohibée car elle favorise la pousse d’un roncier empoisonné, particulièrement résistant et volubile, qui envahit tout. Rien ne permet de s’en débarrasser, si on le brûle, les cosses éclatent et répandent des graines qui s’enracinent et se développent à grande vitesse. Un artisan, autrefois riche et aujourd’hui déchu, pratique la magie en secret pour soigner sa fille, alors qu’en parallèle il consume son existence dans la quête d’un moyen de détruire le roncier. Après de longues années de travail intensif, il touche au but, mais que feront les dignitaires de la cité de son invention ?
Je vous le disais, cela ressemble à un conte, ou une fable pour sa morale. C’est une histoire évidente, mais joliment racontée et la métaphore, aussi simple soit-elle, est bien trouvée. Elle peut s’appliquer à de nombreuses ressources que nous gaspillons et dont l’épuisement fatal nous fait avancer toujours plus vite vers notre chute.
L’alchimiste est un homme qui peut sembler égoïste au départ, effet renforcé par la scène qui nous le présente. Pourtant, en apprenant à le connaître, on se rend compte que derrière son orgueil se cache avant tout un humaniste, soucieux de sa patrie et de ses concitoyens. Il est émouvant et idéaliste dans sa quête désespérée contre le roncier, alors même qu’il se sent coupable de devoir utiliser la magie pour sauver sa fille quand d’autres, plus puissants, en usent pour nourrir leur folie des grandeurs. De fait, on sait d’avance qu’il risque quelques déconvenues, mais, comme lui, on espère, on veut avoir foi en l’humanité.
L’histoire est évidente, vous disais-je, mais peut aussi surprendre sur certains points. Elle m’a plu dans sa simplicité et la douceur de son écriture. En outre, je trouve qu’elle illustre bien le précepte « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Quant à savoir si l’alchimiste laissera son invention être dévoyée impunément, il vous faudra lire la nouvelle pour en avoir le cœur net.

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Un roman de Julien Pinson, publié chez Voy’El.

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la plume de Quetzalcoatl - Julien Pinson

Présentation de l’éditeur :
Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même.
Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses.
Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.


La plume de Quetzalcoatl
est à la fois une uchronie mâtinée de steampunk, une fantasy mythique aux inspirations largement détournées, mais aussi un roman d’aventures, voire d’espionnage, un peu à la mode feuilletoniste. Et le mélange fonctionne plutôt bien.
Il semble impossible de déterminer avec certitude à quelle époque se passe cette histoire tant se mêlent des références très diverses. On rencontre par exemple un vieil homme qui porte la toge, mais également un chapeau melon, certains moyens de transport sont très modernes, parfois même futuristes, cependant ils en côtoient d’autres pour le moins archaïques. Le fait que la magie, d’une certaine façon, soit encore présente, concourt sûrement à retarder l’avancée dans certains domaines, alors qu’elle permet de faire un bond en avant dans d’autres.
Dans ce roman, les dieux, de toutes mythologies confondues, prennent part à la vie politique ou commerciale et les créatures mythiques et légendaires vivent parmi les humains. On se rend compte au fur et à mesure que plusieurs faits divergent dans les récits mythiques que l’on connaît qui sont évoqués, mais aussi dans tout ce qui concerne la partie historique qui n’est pas, comme on aurait pu le penser, complètement occultée. Cela va du petit détail comme un caducée à un seul serpent à la guerre de Troie elle-même. Ce sont ces divergences qui expliquent, avec plus ou moins de subtilité selon les cas, comment le monde a dévié.
Même si les dieux intervenaient auparavant dans les affaires humaines, il semblerait que c’est avec la guerre de Troie, à la fois fait historique et mythe fondateur dans ce roman, que l’uchronie a véritablement commencé. Cette guerre apparaît fort différente de celle que nous conte l’Iliade, ce qui peut laisser le lecteur perplexe. Je ne suis pas particulièrement enthousiaste face à cette version de l’histoire, c’est la partie de la réécriture mythologique qui m’a le plus gênée, mais elle sert réellement le roman. On ne nous explique pas tout non plus, néanmoins il est évident que c’est à la guerre de Troie qu’on doit la Convergence qui a fait s’incarner dans le monde des humains les créatures mythiques. Ce n’est pas vraiment un spoiler, ce n’est pas le fait le plus important du roman, mais je trouve que l’explication, aussi bien amenée soit-elle, intervient un peu tard dans le récit et aurait permis de mieux l’apprécier en étant dévoilée un peu avant.
Tout ce qui est mythique dans ce roman a vraiment été détourné, n’attendez pas de retrouver vos repères. La réécriture est harmonieuse, les différentes mythologies qui prennent part au récit se mêlent plutôt bien. Cependant, j’ai pour ma part préféré me concentrer sur l’intrigue elle-même que sur le background, même si je reconnais volontiers que l’auteur a fait preuve de beaucoup d’inventivité.
Dans ce roman, l’Empire romain a perduré et continué de s’étendre, malgré une résistance parfois tenace et de nombreux ennemis. Arthorius, le personnage principal, est un Pacifieur impérial, en d’autres termes un médiateur neutre, bien que mandaté par l’Empire. Son travail est de désamorcer les conflits entre les Natifs du Nouveau Monde et l’Empire ou les négociants du Comptoir international. Par un concours de circonstances, il se retrouve chargé d’une mission périlleuse, autant dans son exécution que dans ses implications politiques et comprend vite qu’il est pris au piège dans un vrai panier de crabes et qu’il aura du mal à en sortir vivant.
C’est le point de départ de notre histoire, mais celle-ci est sous-tendue par de nombreuses ramifications. L’ensemble est cohérent, inventif et très plaisant à découvrir malgré quelques petits bémols, comme par exemple de trop nombreuses coquilles.
Les personnages sont de loin le point fort de ce récit. Si le trait est un peu forcé parfois, ils sont néanmoins attachants, intéressants à voir évoluer et dynamiques. Le duo Arthorius et Dom fonctionne bien. Si le Pacifieur apparaît comme pondéré et rusé, son comparse Satyre apporte quant à lui un peu de piquant, avec son caractère bien particulier.
La plume de Quetzalcoatl est un peu dans l’esprit de la série Jean-Philippe Lasser, détective des dieux pour ceux qui connaissent, mais en moins barré.
C’est drôle, entraînant, plein de retournements de situations, et s’ils sont quelquefois un peu faciles ils marchent quand même étrangement bien. On se demande parfois où on va et pourquoi tant de détours, mais c’est divertissant, comme devrait l’être tout bon roman d’aventures et ça reste aussi bien mené et savoureux que logique. Bien qu’il s’agisse d’un one-shot, la fin reste ouverte et j’ai trouvé ça très bien.
A la fin de l’ouvrage, vous trouverez en plus d’un lexique et d’une table de conversion de mesures, un petit texte dans lequel l’auteur explique ses choix toponymiques, ce qui en soi est une très bonne initiative.

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Des fois c’est bien de regrouper des nouvelles dans un seul billet. Les trois que je vais vous présenter aujourd’hui n’ont pourtant que peu de points communs : elles sont publiées chez Walrus et uniquement disponibles en numérique.

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Voler (de ses propres ailes) de Cécile Duquenne

Voler (de ses propres ailes) de Cécile Duquenne

Voler (de ses propres ailes) est une petite nouvelle sympa dont le titre, qui devient de plus en plus évocateur au fil de la lecture, est fort bien trouvé. J’aime les thèmes abordés dans cette histoire et le style de l’auteur est toujours aussi plaisant, ce fut donc un très bon moment de lecture.
Olivia, sur qui est centrée l’intrigue, est une voleuse, mais d’un genre bien particulier. C’est original, finement amené et développé, ce fut un plaisir de la voir évoluer et tout mettre en œuvre pour accomplir la tâche qu’on lui a confiée. On s’attache vite à elle, on partage ses espoirs, et l’histoire file à toute allure.
La seule chose qui me chiffonne un peu est que j’adore la mythologie toltèque et je n’aime pas vraiment ce que l’auteur en fait dans ce texte. Ceci dit c’est une affaire de goût et non de qualité. Les lecteurs moins casse-pieds que moi apprécieront l’originalité des choix de Cécile Duquenne.
Le tout est cohérent, se lit bien trop vite et, j’espère, vous donnera envie de découvrir les autres écrits de l’auteur qui en valent vraiment la peine.

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La clé de l’eau d’Agnès Evans

La clé de l'eau d'Agnès Evans

La clé de l’eau est un très beau texte qui a la saveur des contes et légendes, bribes tronquées de mythes plus anciens, et l’atmosphère éthérée des songes. Cette impression est renforcée par la nature des personnages que l’auteur a voulus archétypaux. Intelligemment mis en scène, ils apportent à l’histoire une dimension supplémentaire, expression sans paroles d’impressions, de souvenirs, qui parlent à l’inconscient de chaque lecteur et l’aident à fondre sa conscience dans le récit.
En nous glissant entre les pages, aussi virtuelles soient-elles, nous suivons, narrée par une fillette qui peut entendre les esprits, l’expédition d’une caravane à travers le désert. Composée de gens de tous horizons, cette micro-société mouvante ne manque pas d’intérêt. Si certains voyagent pour affaires ou en tant que pèlerins, la plupart des membres de la caravane sont à la recherche d’un avenir meilleur dans ce pays mourant que l’eau fuit.
En même temps que la narratrice, nous apprenons ce qui a engendré une telle situation. Le temps semble s’engluer dans un instant fluctuant entre deux réalités et c’est ainsi que sera décidé si ces hommes et ces femmes vont ou non pouvoir se libérer de leur propre malédiction.
Ce récit, vraiment très agréable à lire, m’a beaucoup plu. Il est aussi pourvoyeur d’inspiration qu’il est inspiré. Le style est délicat, poétique, et je n’ai à déplorer que quelques coquilles, trop nombreuses pour passer inaperçues. C’est d’autant plus dommage que ce sont des défauts vraiment mineurs qu’une bonne relecture aurait pu éradiquer vite fait bien fait.
La clé de l’eau fut une excellente découverte et j’espère vous avoir incité à vous pencher sur cette belle nouvelle.

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Carpe Sesamum
d’Esteban Bogasi

Carpe Sesamum d'Esteban Bogasi

Vladimir le vampire a de gros soucis. Il est coincé sur une plage, à quelques heures du lever du soleil. C’est l’occasion de réfléchir aux actes qui l’ont mené là ou alors… de s’acharner sur le cercueil que son ex-femme a eu la bonté de lui laisser, cercueil sécurisé dont il a malheureusement oublié le mot de passe. C’est ballot, hein…
Mais il n’y a jamais moyen de mourir en paix et Vladimir va l’apprendre à ses dépens en faisant un certain nombre de rencontres plus cocasses les unes que les autres au cours de cette étrange fin de nuit.
C’est un texte drôle, incisif, déjanté. On en viendrait presque à oublier les malheurs de ce pauvre Vladimir. Malgré tout, on compatit forcément. Qui ne s’est jamais retrouvé à sa place, à la recherche d’un mot de passe important et néanmoins désespérément oublié ? Bon, on a rarement l’occasion d’en chercher un aussi vital, mais l’idée est là et c’est d’autant plus amusant qu’une part de nous ne peut que la trouver réaliste. Sans parler de tous ces casse-pieds qui ne laissent pas à notre vampire cinq minutes de tranquillité…
C’est une lecture très distrayante. La chute est abrupte, mais étonnante, et elle renforce l’atmosphère d’absurdité qui se dégage de cette nouvelle.
Si vous aimez les récits un peu barrés, aussi cyniques que drôles, celui-ci est fait pour vous.

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Un recueil de nouvelles de Megan Lindholm / Robin Hobb, publié chez J’ai Lu.

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L'héritage et autres nouvelles

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Avant de choisir le pseudonyme de Robin Hobb sous lequel elle écrit ses grandes sagas de fantasy (L’assassin royal, Les aventuriers de la mer…), Megan Lindholm est l’auteur de plusieurs nouvelles et d’une dizaine de romans (Le dernier magicien, La nuit du prédateur, avec Steven Brust, Le cycle de Ki et Vandien…). Mais quel que soit le nom qu’elle emprunte ou le genre qu’elle explore, la reine de l’Imaginaire nous donne, à travers les neuf nouvelles qui composent ce recueil, un vertigineux aperçu de ses talents de conteuse.

Sommaire :

  • Une note de lavande
  • La Dame d’Argent et le quadragénaire
  • Coupure
  • Le Cinquième Chat écrasé
  • Chats errants
  • Finis
  • Boîte à rythme
  • L’héritage
  • Viande pour chat

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Comme son titre l’indique, cet ouvrage est un recueil de nouvelles. Il y en a neuf en tout. Les sept premières sont signées Megan Lindholm et les deux dernières Robin Hobb. Ceci a son importance car l’auteur fait une distinction entre les univers, mais aussi la façon d’écrire, qui sont attachés à ces deux noms de plume. Elle nous l’explique d’ailleurs plutôt bien dans son introduction.
Cette collection d’histoires plus ou moins longues est en effet assortie de courtes présentations pour chaque texte. Grâce à elles, on voit la femme qui se cache derrière les nouvelles. Elle nous conte comment celles-ci sont nées, s’il y a une anecdote particulière ou une réflexion qui s’y rapporte ou simplement ce qu’elle a ressenti en les écrivant. Il est très plaisant de se retrouver ainsi dans l’atelier de travail de l’écrivain et de voir comment elle appréhende son travail et développe ses idées. Ceci est d’autant plus vrai qu’elle a une sensibilité particulière et une approche de son métier vraiment intéressante.
Si j’apprécie ses romans de manière générale, je trouve que c’est dans l’art de la nouvelle que cet auteur, quel que soit le nom de plume sous lequel elle officie, excelle vraiment. De mon point de vue, Megan Lindholm est une conteuse de grand talent et c’est un compliment que je garde précieusement pour de trop rares auteurs.
Pour autant, tous les textes de ce recueil ne m’ont pas forcément séduite. Mais ce n’est pas une question de qualité et nous verrons ceci en détails.

Une note de lavande.
L’histoire peut sembler banale et soudain on lit un mot, on fronce les sourcils, on le relit. Et on enchaîne en se demandant de quoi parle le narrateur, alors que celui-ci nous racontait jusque-là son enfance morose dans un appartement miteux, avec une mère complètement allumée qui aime la musique plus que tout au monde.
Puis les choses s’éclaircissent, la nouvelle se révèle vraiment originale. Pourtant… Je ne l’ai pas du tout aimée et ces soixante pages sont très difficilement passées. C’est un très bon texte, je vous assure. L’écriture est délicieuse, le sujet intéressant, certaines choses auraient dû me parler. Mais j’ai fait un blocage. Je suis restée focalisée sur cette mère qui préfère courir après des chimères plutôt que veiller au bien-être de son fils. Et ça n’est pas passé, tout simplement, aussi stupide que puissent être mes raisons, ça m’a mis les nerfs en pelote et j’ai dû faire un réel effort pour le terminer.
J’ai également été gênée par le fait que le narrateur, s’il raconte cette histoire alors qu’il est presque adulte, a des réactions assez peu plausibles. Il m’a semblé avoir été un enfant parfois trop intelligent pour son âge, parfois pas assez. C’était vraiment étrange, voire dérangeant et difficile à expliquer.
Quoi qu’il en soit, ce texte vaut la peine d’être lu et je vous invite à me dire ce que vous en avez pensé.

La Dame d’Argent et le quadragénaire.
J’ai une affection particulière pour cette nouvelle que j’ai déjà lue sous une autre traduction (celle de Lionel Davoust) dans l’excellente anthologie De Brocéliande en Avalon. Après Une note de Lavande qui m’a fortement déplu, ce fut donc un bonheur de relire cette nouvelle, toujours aussi sympathique.
J’aime peut-être ce texte parce qu’il s’agit de fantastique au sens le plus strict du terme, mais sincèrement, je ne saurais pas expliquer pourquoi je l’apprécie autant. C’est un récit amusant, mais pas hilarant, ce n’est pas une question d’originalité, mais plutôt d’ambiance. Oui, c’est le mot qui convient, je crois. J’aime l’ambiance un brin onirique de ce texte et suivre le quotidien de cet écrivain pragmatique qui rame inlassablement et voit sa vie réenchantée presque malgré elle.
C’est un très bon moment de lecture.

Coupure.
Comme l‘a si bien chanté Joe Cocker : every generation has it’s way, a need to disobey… Il s’agit ici de coupure entre les générations, mais aussi d’une autre sorte, plus intime…
Ce texte-ci est du grand art, je le dis le plus sincèrement du monde. Il m’a fait passer par toute une palette d’émotions violentes et j’ai réellement apprécié la profondeur de la réflexion. Plus qu’un texte sur l’apparence et sur les choix que l’on fait la concernant, c’est une réflexion sur l’évolution de l’humanité, la formation de l’individualité et la façon dont elle se fond dans le groupe, mais surtout sur notre corps et jusqu’à quel point il nous appartient. J’ai été profondément choquée par cette nouvelle, mais c’est un choc bénéfique et je conseille à tous de la découvrir.
Sur le thème de l’apparence et du modelage du corps, quoique sur un axe de réflexion différent, vous pouvez aussi découvrir l’excellent texte de Lionel Davoust : Tuning Jack dans le non moins excellent recueil L’importance de ton regard.
J’ai probablement été plus touchée par Coupure, parce que je suis une femme, parce qu’il y a une dimension légèrement plus mystique aussi qui l’accompagne. Mais ça n’enlève rien aux qualités de Tuning Jack et à la réflexion que ce texte propose, et puis les deux sont intéressants à découvrir en parallèle.
D’ailleurs, ces deux nouvelles ont un autre point commun qui fait que je les apprécie. Elles proposent une réflexion, mais n’imposent pas un point de vue. Au contraire, elles donnent la possibilité au lecteur de comprendre les motivations et arguments de chacun.
Coupure est un de mes textes préférés de ce recueil, un vrai coup de cœur.

Le Cinquième Chat écrasé.
On passe ensuite à une nouvelle plus légère et hallucinante d’un bout à l’autre. Elle est d’un tel cynisme que je ne pouvais que l’apprécier. Il s’agit de fantastique, mais au sens large, et ce texte est vraiment très drôle.
Le Cinquième Chat écrasé, ou comment la bizarrerie peut surgir dans le quotidien, c’est tout un programme et, franchement, c’est jubilatoire. Mon estomac s’est retourné deux ou trois fois, mais qu’importe !
Imaginez deux serveuses dans une voiture. L’une est pragmatique, l’autre complètement écervelée. Et la première regrette de s’être engagée dans une telle galère alors que la seconde s’amuse à compter les chats écrasés en s’empiffrant… Quand s’ajoute au duo un auto-stoppeur qui se révèle des plus déjantés, l’histoire peut partir en vrilles à tout moment et ne va pas manquer de le faire.
Derrière ce texte farfelu, il y a encore une fois une réflexion intéressante et elle porte ici sur ce qui fait un héros au sens livresque du terme, sur la facilité qui caractérise parfois leur cheminement et qui agace le lecteur ordinaire.
La nouvelle est très bien pensée, la fin exquise et je me suis bien marrée.

Chats errants est une nouvelle plus sérieuse, grinçante et mélancolique. Elle nous parle d’enfance difficile, de rêves brisés et d’amitié improbable. Ici l’espoir se cache là où on ne l’attend pas forcément, mais c’est un très beau texte et du bon fantastique.

Finis.
L’introduction a pesé son poids dans ma façon de percevoir cette nouvelle et j’ai trouvé ça dommage au final. Alors j’aimerais vous inviter à lire celle-ci après le texte et à zapper le paragraphe que je lui consacre si vous voulez lire ce récit sans a priori.
Megan Lindholm a souhaité prendre une histoire classique à contrepied dans cette nouvelle. Pourtant, le tout est prévisible et la fin est d’autant moins subtile que l’auteur en rajoute une couche, faisant tomber la chute à plat au lieu de la rehausser. Elle s’est montrée trop insistante et ça a gâché ses efforts.
Au-delà de ces considérations, c’est une lecture très plaisante et si l’auteur n’avait pas insisté sur le fait qu’elle a voulu lui insuffler une originalité particulière, ça ne m’aurait pas choquée outre mesure. J’ai beaucoup aimé ce texte, la façon dont il est construit, le style, l’idée en elle-même. J’en garderai un bon souvenir malgré tout.

Boîte à rythme est un de mes textes préférés. Encore une fois, c’est du grand art et, surtout, c’est subtile, pas de morale, pas de choix meilleur qu’un autre. Tous les points de vue se défendent, même si évidemment on adhère plus facilement à l’un qu’à l’autre. Ce que j’aime chez Megan Lindholm, c’est qu’elle n’impose jamais rien, la réflexion coule, riche et complexe, multiple, mais jamais pré-mâchée, il ne tient qu’au lecteur d’en faire son miel à sa convenance.
Cette nouvelle-ci parle de parentalité, mais surtout de deux façons différentes de voir la vie et donc de la vivre. Aucune n’est parfaite et ce récit m’offre un autre coup de cœur.

Les deux dernières nouvelles sont signées Robin Hobb et se passent donc dans l’univers habituel de celle-ci. Le style diffère, il prend des tournures un peu moins subtiles, voire moins pointues, à mon goût, mais plus contemplatives également.

L’héritage m’a vraiment plu. Cette nouvelle se passe à Terrilville et évoque donc, pour qui l’a lue, la série des Aventuriers de la mer. Vous pouvez toutefois l’apprécier sans connaître cette dernière.
Cerise, principale protagoniste, se voit spoliée de son héritage, mais se rendra vite compte que nous ne tenons pas de nos ancêtres que des biens matériels. Ce récit initiatique fut une lecture très agréable, sans morale trop appuyée pour gâcher l’ensemble.
C’est une belle histoire et elle m’a donné envie de me replonger dans les écrits plus longs de Robin Hobb.

Viande pour chat.
Eh oui, décidément, ce recueil est peuplé de chats, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai particulièrement apprécié celui qui participe à cette histoire. Pourtant cette dernière nouvelle, tout comme la première, m’a semblé longue, mais longue… Interminable.
Ce n’est qu’une surenchère d’événements qui peuvent paraître exagérés, entre un homme autoritaire, aussi stupide que cruel, et une femme, prise à la gorge, qui ne sait comment s’en sortir. C’est pourtant terriblement réaliste, déplaisant à lire, certes, même si c’est bien écrit, mais toutefois plausible. Ce récit est d’ailleurs dérangeant dans ce qu’il a de vrai. Ce genre de loustic existe, malheureusement, et s’ils ne sont pas tous aussi radicaux, l’idée est là.
Il n’en reste pas moins que ce récit est vraiment interminable. Je dois avoir un problème avec les nouvelles de cet auteur quand elles dépassent une certaine longueur. J’ai alors l’impression qu’elle commence à se répéter et ces multiples rengaines crissent dans mon esprit comme une craie sur un tableau noir. Ça me le fait aussi, un peu, avec ses romans.
Le sujet, pourtant, est bien trouvé et méritait d’être aussi bien traité qu’il l’a été. Le chat est, selon moi, le personnage le plus intéressant de cette historie et il lui apporte un regain d’intérêt quand elle s’enlise dans les épreuves que subit Romarin. On passe sinon beaucoup de temps à attendre que cette dernière réagisse et si on comprend pourquoi elle ne le fait pas, ça reste quand même très pénible à suivre.

Ce recueil a donc mal commencé et mal fini pour moi avec les deux nouvelles que j’ai le moins appréciées. Mais, encore une fois, il s’agit plus d’une question de sensibilité personnelle que d’un réel problème provenant du texte. De surcroît, les autres récits m’ont véritablement ravie. C’est une lecture que je ne regrette pas et qui m’a beaucoup apporté.
Si vous aimez ou voulez découvrir l’écriture de Megan Lindholm (j’insiste sur ce point, Megan Lindholm, pas Robin Hobb) ce recueil saura vous séduire et vous donner envie de lire d’autres textes de son auteur. Ces excellentes nouvelles, pourvoyeuses de réflexion, mais jamais moralisatrices, plairont à tout lecteur, même ceux qui ne sont pas amateurs de fantastique, SF et fantasy.

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