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Posts Tagged ‘féminisme’

Un roman de Rozenn Illiano.
À paraître début septembre en papier et numérique. Vous pouvez vous le procurer sur la boutique de l’autrice, mais aussi sur Kobo, Fnac et Amazon pour la version numérique.

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Présentation de l’éditeur :

« ‘Le Cercle’ désigne une société secrète cachée dans les ombres de l’Histoire depuis ses balbutiements, et fédère le peuple immortel que les humains nomment ‘vampires‘. »

En France, Saraï est une jeune immortelle assignée à résidence depuis toujours ou presque. Elle a été jugée pour avoir manifesté un pouvoir parapsychique interdit, un don qu’on lui a retiré avant de la marier de force et de la contraindre à ne jamais quitter sa maison.
En Italie, Giovanna est une mortelle qui vit en compagnie d’un vampire, et dont elle est la seule source de sang. Elle non plus n’a pas eu le choix : née dans une famille proche du Cercle, elle a dû se soumettre à leur autorité et quitter sa petite vie toute tracée.

Jusqu’à ce jour de novembre 2014, quand une éclipse solaire se produit. Le phénomène réveille le don endormi de Saraï. Giovanna, quant à elle, est agressée dans sa propre maison par un immortel, qui lui donne de force la vie éternelle. Depuis, le Cercle les menace de mort, car il ne tolère pas les écarts de ce genre.

Grâce à son don, Saraï entend l’esprit d’une ancienne Reine immortelle, Elisabeta, dont l’âme est piégée à l’intérieur d’une poupée de porcelaine. Elisabeta a tout perdu : son pouvoir, son règne, son enfant et son amant. Réduite aujourd’hui à l’état de fantôme, elle accepte de venir en aide à Saraï qui veut se confronter au Cercle, quitte à le détruire.

Bien qu’il porte le nom d’une seule d’entre elles, Elisabeta est le roman de trois femmes. Très différentes, elles ont toutefois en commun leur grand désir de liberté et une certaine rancœur envers la société qui les a asservies et les musèle.
Tout d’abord il y a Saraï, jeune vampire assignée à résidence, condamnée à cause de son don, que les Maîtres ont cru endormir, et mariée à un homme qu’elle n’a pas choisi, mais qui tente de la protéger envers et contre tout.
Ensuite l’on découvre Giovanna, née dans une famille au service des immortels depuis des siècles, que l’on a contrainte à tout quitter et à se faire passer pour morte afin de devenir la Gemella d’un vampire, à savoir sa réserve de sang personnelle.
Enfin, l’on rencontre Elisabeta, reine vampire déchue réduite à l’état de fantôme, mais qui en sait long sur le Cercle, nom donné à la société vampirique, et sur la façon dont les choses en sont arrivées là. Il est passionnant d’écouter sa voix, de découvrir comment une société matriarcale en est venue à renier ses femmes, à les contraindre à rester dans l’ombre de leurs époux, et comment peu à peu l’église a mis la main sur le Cercle tandis que les Immortels amorçaient leur long et inexorable déclin.
Par les voix successives de ces trois narratrices, on apprend à connaître leur univers, les lois qui le régissent, les complots qui visent à renverser ou maintenir le statu quo. Le lecteur est happé au cœur de ces destins entremêlés, tragiques, mais animés par l’espoir de lendemains meilleurs ou par le désir de vengeance. Ces femmes sont émouvantes dans leur façon de se révéler à nous, de survivre malgré les épreuves. J’ai aimé les trouver si nuancées. Je me souciais de leur sort et le récit d’Elisabeta est celui qui m’a le plus touchée. Pourtant, bien qu’elle soit à l’origine de l’histoire, la reine est un peu en retrait. Néanmoins, c’est elle qui donne à Saraï et Giovanna la force de chercher à s’émanciper, chacune à sa manière. Ensemble elles sont plus fortes, elles se complètent.
Rozenn Illiano a construit une intrigue toute en circonvolutions autour de personnages pleins d’idéaux, mais entraînés presque malgré eux dans un nid de serpents. Le roman se déploie comme une toile d’araignée, chaque vibration sur un fil se répercute sur les autres, nous surprenant souvent par des conséquences inattendues.
Elisabeta est une fantasy sombre et dense, entre jeux de pouvoir et manipulations. On peut y voir un roman féministe, cependant les hommes ne sont pas pour autant en arrière-plan ni tous présentés comme des monstres assoiffés de pouvoir, bien au contraire. Ce roman est tout en nuances, alliant agréablement les moments d’action et d’introspection. Durant les temps de latence, on s’imprègne fortement des sentiments des personnages. Il change résolument de ce qui se fait actuellement en récits vampiriques et c’est très appréciable. L’autrice polit patiemment son univers, de sorte que, même si ce petit pavé peut se lire indépendamment, vous aurez sans doute envie d’en savoir plus, tout comme moi.

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Un roman de Jo Walton, publié dans la collection Lunes d’encre chez Denoël.

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Présentation de l’éditeur :

Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès ? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Patricia vit en maison de retraite, elle a 88 ou 89 ans, elle ne sait plus trop. Il faut dire qu’elle est un peu confuse, ses souvenirs se mélangent… D’un jour à l’autre, les choses lui semblent différentes, sa chambre, le personnel soignant… mais aussi le passé. Pour ce qui est de sa petite enfance, sa mémoire lui paraît intacte et linéaire, elle nous conte ses parents et son adolescence, ses études et la guerre… Mais quand arrive un choix important à l’orée de sa vingtaine, son existence semble se dédoubler. Dès lors, les chapitres et les situations s’alternent selon qu’elle a répondu « maintenant » ou « jamais » à la question fatidique.
J’ai aimé cette alternance et ces chapitres ni trop longs ni trop courts. Cela donne du rythme. Le contraste entre ces deux vies n’en est que plus flagrant, les subtilités du récit plus appréciables.
Jo Walton nous conte ces deux vies en parallèle, de l’enfance à la vieillesse. Elle donne peu à peu corps à cette femme dans tous les aspects de sa personnalité et de ses potentialités. Sous nos yeux, Patricia subit de nombreuses métamorphoses, les grandes lignes de sa vie étant toujours associées à un diminutif particulier. On la voit tour à tour frustrée ou épanouie, solitaire ou entourée, femme au foyer ou enseignante, mère et amante. Ces deux existences forment le Yin et le Yang, chacune porte en elle le germe de l’autre. Les deux m’ont plu, et c’est de leur mise en regard que naît tout l’intérêt, mais comme tout le monde j’avais ma préférée.
Jo Walton sait raconter le quotidien sans que cela devienne ennuyeux, elle en peint une fresque tout en clair-obscur. Patricia est un personnage formidable, quelle que soit la vie dans laquelle on la suit. C’est toujours la même femme, cohérente malgré les aléas, et on l’aime dans ses deux vies. J’ai ressenti une grande empathie à son égard, j’avais envie de l’aider et de la réconforter dans les moments difficiles et c’est en cela que réside le talent de Jo Walton : elle rend ses personnages véritablement vivants.
Les chapitres se font écho, la vie de Patricia avec Mark, sa vie sans lui, des épreuves et des joies, des faits inchangés parfois mais globalement deux vies très différentes, bien remplies, entre la maternité, la recherche du bonheur pour soi mais aussi l’envie de rendre le monde meilleur et plus sûr. Les personnages se croisent ou vivent des destins communs. Le tout rend compte de la complexité de l’existence et de ses ramifications. L’auteur a tissé un ouvrage d’une grande finesse avec un sens du détail qui force l’admiration.
En compagnie de Patricia, on vit près d’un siècle d’humanité, de luttes, de progrès, d’injustices, tous les conflits du XXe siècle et leurs possibles évolutions. Peu à peu, l’uchronie mondiale rejoint l’uchronie personnelle. Les variations s’élargissent comme par ricochet. Or, si l’un de ces mondes va vers un avenir plus radieux, ce n’est pas le cas du second. Et si nous avions gagné certains combats au détriment d’autres ?
Ce roman pose de nombreuses questions et cela dans tous les domaines. Il propose notamment une réflexion sur la lutte pour les droits des femmes ainsi que des homosexuels en tant qu’individus, mais également en tant que couples et familles. Nous nous retrouvons face à des situations aberrantes comme une femme devant renoncer à son métier parce qu’elle se marie, alors qu’en parallèle, en travaillant, elle n’aurait pas pu obtenir de prêt en étant célibataire… Les iniquités du quotidien nous sont décrites sans fard, comme par exemple une femme à qui on refuse le droit de voir sa compagne hospitalisée parce qu’elle n’est pas considérée comme un membre de sa famille…
Walton évoque de nombreux sujets, avec mise en situation, comme la contraception, les pressions psychologiques, le féminisme, le nucléaire, la vieillesse… Elle constate, ancre son propos dans le réel, sans faire la morale. Elle montre juste comment cela pourrait évoluer et donne aux gens l’occasion de se faire leur point de vue sur des sujets auxquels ils n’ont pas forcément réfléchi, que ce soit parce que ça ne les concerne pas directement, parce qu’ils n’ont pas conscience de certains faits ou que ces combats ont été gagnés et que l’on ne se rend pas forcément compte de leur valeur aujourd’hui.
Walton décrit également tout ce que l’on ne veut pas voir, comme la vieillesse et ses misères, la grande cruauté dont on peut faire preuve parfois sans en avoir conscience. Elle ne cherche ni à choquer ni à accuser, juste à montrer les choses dans leur vérité crue.
Mes Vrais Enfants est un récit intelligent, d’une grande profondeur, une uchronie complexe et émouvante. Walton a su créer une personne qui semble réelle et ce de sa petite enfance jusqu’à sa grande vieillesse. Deux fois. Et je ne parle pas de la galerie de personnages qui l’accompagnent. En fermant le livre, j’avais l’impression de quitter des amis. Elle m’a également fourni de nombreuses pistes de réflexion.
La fin était attendue et me semble cohérente. Je reprocherais juste à l’auteur de l’avoir un peu trop expliquée à mon goût. J’aime que l’on fasse confiance à mon intelligence, ceci dit je comprends aussi ce qui l’a poussée à clarifier son propos.
Ce roman est ambivalent, dans sa nature comme dans son récit. On pourrait le classer autant en fantastique qu’en science-fiction spéculative. Walton a fait preuve d’une grande maîtrise, de mon point de vue, c’est un chef-d’œuvre.

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Découvrez également les avis de Lune, Cornwall, Dionysos, A.C. de Haenne, Acr0 et Lhisbei.

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Deuxième lecture pour le Challenge Lunes d’encre.

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Un roman d’Ugo Bellagamba, publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Cette version a été retravaillée et augmentée.

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Présentation de l’éditeur :

« Je suis une Victoire, ma chérie… Si tu préfères, un soldat, engagé dans une lutte dont l’origine se perd dans la nuit des temps. »

L’Orvet a fait de l’humanité son terrain de chasse, causant famines, guerres et destructions. De la Rome antique jusqu’aux étoiles les plus lointaines, ce roman retrace le combat et les sacrifices des Victoires, ces femmes qui luttent dans l’ombre pour nous protéger.
Lettrées, guerrières ou amantes, voici huit portraits de ces vigies qui jalonnent l’histoire et redessinent en creux notre futur.

Ugo Bellagamba est l’une des plus belles plumes de l’Imaginaire. Il l’a prouvé au fil de la demi-douzaine de livres qu’il a publiés, qui lui ont valu la reconnaissance de nombreux prix, dont le Grand Prix de l’imaginaire ou encore le prix Utopiales pour Tancrède, une uchronie. L’Origine des Victoires est peut-être son roman le plus personnel, tout en finesse et en subtilité, ancré dans les paysages du sud de la France.

Jeunes ou vieilles, guerrières et intellectuelles, les Victoires sont des femmes libres et puissantes qui ne craignent ni le combat ni le sacrifice. Depuis l’éveil de la conscience humaine, elles arpentent le monde, tâchant d’arracher leurs contemporains à l’attraction maléfique de l’Orvet, mi-prédateur mi-parasite. Cette créature extraterrestre se délecte du mal, du chaos et de la souffrance. L’Orvet manipule l’humanité, l’aidant même à développer ses connaissances quand cela l’arrange, pour mieux la dévorer.
L’Origine des Victoires est un fix up constitué de récits éclatés dont la succession ne tient pas compte de la chronologie, même si l’on fait en quelque sorte la rencontre de la première et de la dernière des Victoires. Chaque chapitre est dévolu à l’une de ces héroïnes froides et déterminées. Ces portraits de femmes sont fulgurants, figeant la Victoire à l’apogée de son allégorie. Ce sont les multiples facettes de la femme en général, mises en exergue par ce combat particulier contre le chaos. Cette lutte, pourtant à peine entraperçue entre les lignes des destinées de nos huit Victoires – et de leurs sœurs tout juste évoquées – est aussi fascinante que complexe, détaillée juste ce qu’il faut pour laisser l’imagination du lecteur travailler. La nature de l’humanité en général, mais plus particulièrement celle des femmes, est dépeinte avec brio dans ces pages.
L’intrigue laisse une large part aux ellipses. Si vous préférez les histoires développées à l’extrême, cela ne vous séduira probablement pas. Toutefois, il serait malvenu de considérer ces nouvelles – quelquefois sans début, souvent sans fin – comme des ébauches superficielles. Incisives, elles tranchent dans le vif d’un combat millénaire pour en extraire les moments clés et capturer l’essence des Victoires. Cette narration parcellaire m’a beaucoup plu et, d’un point de vue philosophique, cette lecture fut très intéressante. J’ai rechigné à abandonner certaines de ces femmes car leurs récits m’ont fascinée. Cependant, l’auteur joue de cette frustration.
Je n’ai pas toujours compris ou cautionné les actes de ces femmes. Je pense notamment à Claudia dans le premier texte. Enfin si, je ne comprends que trop son but, sans parvenir néanmoins à trouver son choix judicieux. Si elle n’avait pas tant attendu, elle n’aurait peut-être pas eu à le faire.
Il faut dire que cette première histoire m’a perturbée. Elle commence par un souvenir, la tiédeur d’un après-midi complice entre une mère et sa fille… Mais si l’une croit que l’on peut échapper à son destin, ce n’est pas le cas de l’autre. Selon moi, les femmes ont ancrées en elles, comme l’une des autres nouvelles le fait d’ailleurs remarquer, cette certitude que fuir parfois, ruser souvent, n’est pas de la lâcheté. Il faut quelquefois se ménager pour durer et perdre des batailles pour gagner une guerre, comme il faut savoir, aussi, quand il est nécessaire de se sacrifier.
Cette lecture m’a offert de nombreuses pistes de réflexion. La seule chose qui m’a retenue au début fut que je n’adhérais pas à l’idée-même de l’Orvet, non pas en tant que créature, mais comme principe du mal. On envisage assez vite qu’il ne fait qu’exacerber les mauvais penchants des êtres qu’il possède et on voit au fur et à mesure qu’il manipule l’humanité depuis très longtemps pour qu’elle soit à son goût, mais ses victimes n’en sont pas moins des marionnettes. Dans les premiers textes, cela les dédouane presque de leurs actes, comme si le mal était vraiment extérieur à l’humanité. Je trouvais cela trop manichéen, cependant ma perception a évolué à la lumière des récits. L’idée de base est plus profonde et l’auteur la ménage. L’ambivalence de la nature de l’Orvet, tout comme celle des Victoires, apparaît petit à petit. Ainsi, j’ai fini par trouver cette vision des choses très cohérente et vraisemblable.
L’auteur développe une vraie réflexion sur le mal et l’âme humaine au fil de textes parfaitement ciselés. Le style très travaillé s’accorde à merveille à l’intelligence du propos. Les silences font autant partie du récit que les références littéraires ou historiques.
La version poche parue au sein de la collection Hélios est une réédition retravaillée et augmentée. Le chapitre de Coppélia qui y a été ajouté est un plus non négligeable.
L’Origine des Victoires est un ouvrage atypique qui contourne habilement les évidences et m’a désarçonnée parfois. Ce n’est peut-être pas une lecture pour tout le monde. Elle demande de l’implication, une certaine disponibilité d’esprit et de la patience pour l’apprécier à sa juste valeur. Je l’ai, pour ma part, beaucoup appréciée.

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CRAAA

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre de SFFF féministe. Ouvertement féministe ou gommant les genres.

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Un ouvrage thématique de Virginie Barsagol et Audrey Cansot, publié chez ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Un parcours dans le temps à la rencontre des fées, des plus célèbres aux plus inattendues. Attraper les fées là où elles se cachent, des territoires littéraires aux œuvres cinématographiques en passant par la BD et la peinture, autant de champs que les reines du merveilleux ont investis au fil des siècles. La lecture du guide est aussi un voyage qui tente de révéler la profusion des regards portés sur la figure féerique, ainsi que son évolution, riche et complexe au fil des époques traversées.

Audrey Cansot, diplômée en cinéma à la Sorbonne, a travaillé pour la production cinématographique et écrit pour le théâtre.

Virginie Barsagol est certifiée de Lettres modernes et suit un cursus universitaire en psychologie.

Toutes deux collaborent à divers sites internet et revues.

Ce Guide des Fées a été l’une des premières publications des éditions ActuSF que j’ai achetées, il a de cela six bonnes années, et le voici maintenant disponible en numérique.

Le Guide des Fées de Virginie Barsagol et Audrey Cansot est un ouvrage d’introduction, concis mais complet, à l’histoire de la fée à travers les époques. Attention cependant, il est plus souvent question de fées littéraires que de Petit Peuple. Les auteurs ont choisi de suivre le fil chronologique, décrivant ainsi l’origine et l’évolution des fées depuis l’Antiquité, en se basant sur leurs ancêtres mythiques comme premières nées, jusqu’à nos jours.
Ce guide est parfaitement organisé et didactique. Il est aisé d’y trouver ce qu’on cherche, d’autant qu’une synthèse chronologique est disponible en fin de livre. Chaque période est constituée d’une introduction et de textes thématiques sur les tendances du siècle et les archétypes qu’y incarne la fée. On nous explique par exemple à quand remonte l’apparition des fées marraines ; on verra leur évolution au fil du temps dans d’autres fiches. Les représentantes célèbres de la gent féerique, ainsi que certaines de leurs sœurs un peu moins connues, ont également droit à une présentation succincte.
Une notice bibliographique fournie les accompagne toujours, présentant les textes où la fée apparaît directement comme indirectement. Y sont notées de même ses apparitions dans d’autres médias comme la musique ou la peinture ainsi que les références des fiches du livre dans lesquelles elle est mentionnée (des liens auraient été appréciables dans la version numérique, mais il est très facile de s’y retrouver avec les numéros de fiches). Si ce guide se veut un résumé permettant à l’amateur d’embrasser rapidement des siècles de féerie, on trouve toujours les références nécessaires pour approfondir le sujet grâce à d’autres ouvrages.
Ce Guide des Fées n’est pas exempt de quelques erreurs (dont une confusion entre Louis XIV et Louis XV) et de raccourcis discutables, mais demeure une bonne base pour se lancer à la découverte du Merveilleux français. Comme il est plutôt complet et syncrétique, même les connaisseurs pourront peut-être y apprendre quelque chose. C’est un ouvrage pratique, agréable à parcourir, destiné à tous ceux qui veulent aller voir au-delà du conte de fées.

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Une nouvelle de Cécile Guillot, disponible sur The book edition.

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Le boudoir aux souvenirs -Cécile Guillot

Passez les portes du Boudoir…
Rencontrez sa singulière vendeuse et laissez-vous conter l’histoire de ces robes fabuleuses…

Le boudoir aux souvenirs est un petit livret dont la jolie couverture aux teintes roses et beiges, à l’image de la boutique dont il est question dans la nouvelle, fait délicieusement vintage et met tout de suite le lecteur dans l’ambiance.
La nouvelle est assez courte, une trentaine de pages, mais c’est un très beau texte. Elle est auto-éditée et vous trouverez peut-être le prix un peu élevé, mais cela vaut le coût aussi bien que le coup.
Il s’agit de fantastique, un genre que j’affectionne tout particulièrement. C’est un texte d’ambiance, dont le rendu est excellent, cependant l’histoire elle-même est consistante. La littérature se mêle à la mode et aux souvenirs d’un personnage qui semble froid de prime abord et qui se révèle attachant, voire fascinant, en pourtant peu de pages. Les robes présentes dans la boutique et les anecdotes qui leurs sont liées à travers les époques sont le fil rouge du récit. J’ai beaucoup apprécié cela, d’autant que l’auteur a eu la bonne idée d’ajouter en bonus des images de ces robes à la fin du livret, ce qui permet de les visualiser au mieux.
S’attacher à ce qui peut sembler de l’ordre du détail est une excellente façon de voyager à travers les souvenirs du personnage et surtout de suivre son évolution personnelle en même temps que celle de la mode ou de la pensée humaine. Je ne vous dirai pas quels sont les éléments fantastiques de cette nouvelle, mais le choix n’est pas étonnant quand on connaît les écrits de l’auteur et j’en ai été ravie.
Le boudoir aux souvenirs est avant tout le récit d’une émancipation, une très belle histoire douce-amère, très féminine et, pour moi, un petit coup de cœur.

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Un roman d’Anne Larue, publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne.

Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace.

En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau.

Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna.

Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps…

Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football.

Les femmes ne sont pas toujours d’excellents cobayes, les chevaux sont des êtres supérieurs et les blondes se rebellent… Tout un programme, n’est-ce pas ?

J’ai bien du mal à savoir par quel bout prendre cet étonnant roman et plus encore à savoir quoi vous en dire. Si ce n’est qu’il possède plusieurs niveaux de lecture, qu’on peut aisément s’en tenir à un seul, mais que ce serait bien dommage car c’est l’ensemble qui fait tout l’intérêt de cette histoire. Car la Vestale du Calix est certes un roman très distrayant, bourré d’un humour qui va du plus lourdingue au plus pointu et truffé de références en tous genres, mais également une intéressante satire sociale qui porte entre ses lignes un message féministe qui, s’il ne prend pas trop de place par rapport à l’ensemble de l’histoire, est quand même très présent. Il faut le savoir, ça ne marche pas avec tout le monde et en général je fais partie des gens avec qui ça ne fonctionne pas. Je n’ai rien contre le féminisme et encore moins contre les romans engagés, mais je n’aime pas avoir l’impression qu’on me fait la leçon. Ce livre-ci n’a jamais dépassé mes limites, mais l’a failli quelques fois.
Je crois que c’est le genre de récit qu’on aime ou qu’on déteste d’emblée. Et moi j’ai plutôt apprécié… Si ce n’est que j’ai trouvé l’usage du symbolisme un peu trop facile parfois, mais c’est aussi ce qui fait que ce livre reste aussi accessible quand l’auteur s’amuse à nous balader. Et il faut dire qu’elle ne se gêne pas pour ça…
La Vestale du Calix est une histoire simple dans un complexe écrin, c’est très bien écrit, mais c’est vraiment particulier. Il y a, entre autres choses, ce permanent foisonnement de détails et d’anecdotes qui peut parfois sembler être du babillage, mais qui au final fait tout le sel de ce récit. Et cela accentue considérablement cette manière qu’a l’auteur d’essayer de nous perdre entre les dédales de son histoire et de nous faire croire qu’on ne sait pas où elle veut nous emmener.
J’ai beaucoup aimé cette façon de raconter, ainsi que l’ironie tout à fait délicieuse de voir notre société décortiquée et sujette à toutes sortes d’interprétations plus ou moins oiseuses en 4660 où elle fait figure de Moyen Âge.
Ce que nous sommes, mais de manière plus générale ce que l’humanité a été, est et sera, se trouve analysé, bousculé, parfois tourné en ridicule dans ce roman, mais nous invite toujours à la réflexion.
Le monde change, les connaissances scientifiques évoluent, mais les préoccupations des personnages d’Anne Larue semblent toujours les mêmes de siècle en siècle.
Que restera-t-il de nous dans deux mille ans ? Comment verra-t-on alors cette société qui est la nôtre ? Nous-mêmes nous trompons-nous sur notre interprétation du passé ? Apprenons-nous des erreurs de nos prédécesseurs ou les humains sont-ils voués à toujours se fourvoyer dans leurs propres pulsions malgré l’évolution cyclique de leur monde ?
Ce ne sont que quelques questions parmi d’autres, des pistes à explorer ou non en suivant les déboires d’Anna et Ankh.
La Vestale du Calix est un roman intelligent et drôle, original et déjanté qui parfois verse joyeusement dans l’absurde. C’est certes un peu surfait aussi, mais cet inclassable mélange de SF, de mythologie, de littérature et de philosophie gagne à être découvert.

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