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Posts Tagged ‘fin du monde’

Un roman de Karim Berrouka paru chez ActuSF.

 

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Paris n’est plus que ruines.
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole.
Heureusement, il reste des punks.
Et des bières.
Et des acides.
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge.
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse.
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie…

Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos !

Politiquement incorrect, taché de bière et de Lutte finale, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie est un condensé d’humour salutaire.

Avec le titre, le ton est donné. No future ? Ok, à votre service… Voilà les zombies !!!
Du jour au lendemain, débarquent des morts-vivants de base, c’est-à-dire cons comme des manches, lents mais tenaces et, surtout, avides de cerveaux humains. Face à cette Apocalypse balbutiante, mettons un groupe de punks qui vivent en collectif dans un squat. Ces personnages couvrent quasiment tout le spectre de ce que l‘on fait en matière de punk. Ça va de l’anarchiste militant aux punks destroy, sans oublier le freegan fan de films de zombies et, bien entendu, les punks à chiens…
Alors, que feraient des keupons face à l’Apocalypse ? Parce que c’est bien beau, mais comme le dit si bien Kropotkine : l’anarchie c’est pas le chaos !
Ils vont gérer… avec une logique bien à eux. Et je vous le dis tout net, on est plus du côté Punk de la Force que du côté zombie dans ce roman, ce qui m’allait tout à fait. Le gore et les cadavres ambulants ce n’est pas trop mon délire… Par contre, si vous êtes un habitué des romans de zombies, attendez-vous à être dérouté. Les codes sont là, mais les personnages n’ont pas trop envie de s’y plier…
Ils m’ont été sympathiques dès le départ. Les deux punks destroy m’ont beaucoup rappelé deux loups-garous rencontrés à la lecture d’une novella de Karim Berrouka. Mais, au-delà de ça, j’ai quelques valeurs communes avec certains de ces personnages (et je ne suis pas non plus toute seule dans ma tête, faut admettre que ça aide). Je trouvais amusant d’assister à cette Apocalypse par le biais de ces protagonistes, à la fois cyniques, bien qu’idéalistes, et décalés, eux qui se tiennent en-dehors de tout système. Leur vision des événements est totalement en dehors des clous et c’est rafraîchissant. Je les ai trouvés attachants, mais me suis surtout identifiée à Eva, a.k.a miss anti-tout… J’étais dans l’ambiance, j’anticipais en me marrant toutes les conneries qu’ils allaient faire et la première partie fut un plaisir à lire.
Cependant, le côté mystique de cette Apocalypse (qui pour le coup n’usurpe pas son nom) m’a un peu refroidie à mesure qu’il se développait. On va loin dans l’absurde et le cynisme, même pour moi. C’est d’autant plus grinçant quand sont impliqués de force des personnages réfractaires à toute religion. Entre les péripéties de chacun, plus ou moins intéressantes selon le cas, les anges chelous et les visions prophétiques façon LSD, cela devient vite répétitif et parfois lourd, même si les interrogations que l’on nourrit sur le devenir des personnages aident à tourner les pages. Je n’ai pas aimé la fin, même si elle est terriblement désabusée et étrangement logique.
Mon avis est donc mitigé, j’ai beaucoup apprécié la première moitié du roman, mais trouvé que cela s’essoufflait ensuite. Il y a beaucoup de personnages, qui ont tous un rôle important, cependant le caractère répétitif de leurs aventures peut lasser. Le Club des punks contre l’Apocalypse zombie est néanmoins un roman drôle et complètement barré, toutefois il n’est pas pour autant dénué de réflexion sur la société. Cet aspect-là est très intéressant et le tout ravira un public averti, mais si vous êtes allergiques au Punk ainsi qu’à l’absurde, ce n’est sans doute pas pour vous.

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Un roman SF de Robert Silverberg et Alvaro Zinos-Amaro, publié chez ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Hey-ho ! Hey-ho ! Écoutez la terrible chanson de la Fin des Temps !

777e année du 888e cycle de la 1111e Circonvolution du Neuvième Mandala.
L’univers se refroidit et glisse vers le bleu. Dans l’immensité de l’espace, l’antique berceau de l’Humanité file vers son funeste destin et les Terriens, seuls dans les milliers de galaxies à vivre éternellement, doivent s’habituer à l’idée de leur disparition prochaine.
Mais il est dit qu’un Roi sans Royaume pourrait bien changer le sort de l’univers. Et si c’était Hanosz Prime, qui vient justement d’abandonner ses titres et sa planète pour venir à la rencontre des légendaires seigneurs de la Terre, et trouver la réponse à cette obsédante question : Comment réagit un immortel face à l’imminence de sa mort ?

Écrit à quatre mains, Glissement vers le bleu est un conte doux-amer sur la chute de la civilisation humaine. Robert Silverberg, auteur rôdé à tous les exercices de style à qui l’on doit quelques chefs-d’œuvre de la science-fiction tels que Le Cycle de Majipoor, L’Oreille interne ou encore Les Monades urbaines, entraîne dans un jeu de cadavres exquis un Alvaro Zinos-Amaro qui se coule avec bonheur dans ce récit post-moderne teinté d’ironie malicieuse.

Glissement vers le bleu est un ouvrage un peu particulier, en forme de… Eh bien, en forme de mandala, tout en circonvolutions (vous comprendrez vite en le lisant). Il est composé de deux novellas, écrites par deux auteurs différents, qui ensemble forment un roman.
Comme cela est expliqué dans la préface, il est né de la volonté d’un directeur de collection de rapprocher les écrits de jeunes auteurs de SF d’autres déjà connus. C’est un peu une sorte de parrainage. Pour ce projet, Silverberg a repris un texte qui lui tenait à cœur mais qu’il avait abandonné, sentant bien que celui-ci n’allait nulle part. Il en a extrait le meilleur, l’a retravaillé. Ainsi est née la première novella, à son co-auteur de se débrouiller avec ça.
Je suis assez peu familière de l’œuvre de Silverberg, mais pas néophyte non plus, par contre je n’avais jamais rien lu d’Alvaro Zinos-Amaro et je dois dire qu’il s’est brillamment tiré de cet exercice difficile. Son travail est admirable de minutie, aucun détail du texte de Silverberg ne lui a échappé.
Il a produit une suite qui reste dans l’esprit de la première novella, tout en prenant ses aises, parvenant à maintenir une continuité de ton chez le narrateur sans imiter Silverberg. La variation dans le style est bien là, mais ne dissone pas. On sent le changement sans le sentir… Mais avec ce roman, vous ne serez plus à une contradiction près.
L’univers tout entier glisse vers le bleu. Il se dissout. Et un narrateur, qui semble bien au fait de ces temps futurs nous le raconte à nous, lecteurs du XXIe siècle, avec un luxe de circonlocutions et d’effets de répétitions qui rappellent les chants des troubadours, donnant à l’histoire un petit côté sans âge. On prend un fil, on tire dessus puis on le lâche, on le reprendra plus tard… Les paroles tournent autour du lecteur, tout à fait dans l’esprit de ce qui lui est conté. Et l’univers glisse néanmoins, petit à petit, alors que se dessine le dernier mandala…
Les deux parties sont intéressantes. Silverberg met tout en place, nous hameçonne, nous balade, léger ou grave quand il le faut. Et Zinos-Amaro reprend toutes les pistes laissées par son prédécesseur de façon intelligente autant que personnelle. Il fait siens histoire et personnages. Son humour acéré se fait l’écho de celui, plus cabotin, de son co-auteur.
Cependant, la fin ne m’a pas spécialement plu. Elle est tout à fait logique, sans se révéler totalement prévisible, mais je ne sais pas, il m’a manqué quelque chose. Elle démontre pourtant avec quel soin méthodique Zinos-Amaro a relié tous les fils au passage, se servant même de détails du début qu’on a pu oublier en cours de route. C’est une collaboration on ne peut plus réussie.
Glissement vers le bleu offre plusieurs niveaux de lecture. Je le vois personnellement comme un conte philosophique sur la muabilité des choses et il m’a en tout cas donné à réfléchir.

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Un roman de Karen Thompson Walker, publié chez Presses de la Cité.

Une journée d’octobre apparemment comme les autres, l’humanité découvre avec stupeur que la vitesse de rotation de la Terre a ralenti. Les jours atteignent progressivement 26, 28 puis 30 heures. La gravité est modifiée, les oiseaux, désorientés, s’écrasent, les marées se dérèglent et les baleines s’échouent… Tandis que certains cèdent à la panique, d’autres, au contraire, s’accrochent à leur routine, comme pour nier l’évidence que la fin du monde est imminente. En Californie, Julia est le témoin de ce bouleversement, de ses conséquences sur sa communauté et sa famille. Adolescente à fleur de peau, elle est à l’âge où son corps, son rapport aux autres et sa vision du monde changent : l’âge des miracles. Entre roman d’anticipation et roman d’apprentissage, L’Âge des miracles est un livre visionnaire sur la capacité d’adaptation de l’homme, poussée ici à son paroxysme.

Et si la fin du monde arrivait lentement, presque sans qu’on s’en aperçoive ? C’est vrai, on attend toujours quelque chose de spectaculaire… On ne s’imagine pas le monde que l’on connaît périclitant lentement, même si on dit souvent le contraire avec tout ce qui se passe à l’heure actuelle… Mais si la fin du monde arrivait réellement sans tambour ni trompette, sans catastrophe vraiment notable, se faufilant doucement dans notre quotidien jusqu’à ce qu’il soit trop tard, alors que l’on se rend enfin compte du changement, pour faire machine arrière. Comment nous adapterions-nous quand surviendraient les premiers effets ?
L’âge des miracles est un roman d’anticipation très réaliste, peut-être pas d’un point de vue scientifique, je ne suis pas apte à en juger, mais d’un point de vue sociologique. Comment réagirait-on si la Terre commençait subitement à ralentir ? Et que se passerait-il pour les créatures vivantes peuplant la planète à mesure que se rajoutent des minutes aux jours comme aux nuits ? Que deviendraient nos habitudes, notre mode de vie ? Et surtout comment survivre ?
On ne se rend pas forcément compte de ce qu’impliquent des nuits et des journées plus longues, pourtant ça ne concerne pas seulement notre rythme de vie et l’auteur nous brosse avec minutie un tableau peu reluisant de ce qui adviendrait alors de l’humanité.
Julia, qui entrait à peine dans l’adolescence quand sont survenus les premiers changements, nous raconte comment le ralentissement a agi sur son monde, mais également sur elle, sur ses proches, de manière presque insidieuse. Toutes ces histoires parallèles, celle de la planète et de la famille de Julia, de ses camarades de classe, son quartier, son pays, se répondent les unes les autres, se mêlent et sonnent vraies.
Le parallèle entre ce ralentissement général et les changements dus à l’adolescence est fait avec subtilité et délicatesse. L’auteur a vraiment bien travaillé son sujet, ne laissant au hasard aucune conséquence, générale ou individuelle, induite par le ralentissement.
Si Julia a vieilli quand elle se penche finalement sur le récit de cette période de son existence, c’est néanmoins son regard de jeune fille qui se pose encore, la plupart du temps, sur ces événements. Elle était à cet âge charnière où l’on ne sait plus trop si l’on est encore un enfant ou déjà un adolescent et cela se ressent dans le récit. Le style est superbe, mais cette narratrice ne plaira pas à tout le monde. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été publié sous deux couvertures différentes, privilégiant chacune une représentation particulière de cette histoire : la quête initiatique pour la jeunesse, l’anticipation dans sa globalité pour les adultes. Mais peu importe l’artifice censé attirer le lecteur, le texte est le même et il faut accepter de se mettre à la place d’une enfant… Le récit ne manque pas de maturité, mais les priorités de Julia n’étaient pas forcément les mêmes que celles des adultes à l’époque.
Ce roman peut sembler sombre et un peu désespérant par moments, alors que les faits se succèdent, détaillés d’une manière un peu pointilleuse par une Julia légèrement psychorigide qui semble vouloir consigner la moindre petite chose. Elle est un peu froide parfois, comme pour cacher son incapacité à gérer tous les événements auxquels elle se trouvait confrontée à un âge où elle est était encore trop jeune pour les comprendre. Et le récit est très lent, bien sûr, à l’image de la course de la Terre qui peu à peu ralentit, mais sans pour autant devenir lourd. Si l’atmosphère peut se faire pesante par instants, c’est que l’on sait que tout ce que l’on connaît est en pleine déliquescence et que c’est inéluctable.
Ce roman est mélancolique, c’est d’autant plus frappant qu’il est très réaliste, mais aussi extrêmement bien écrit. Je l’ai adoré. C’est dans la banalité des événements qu’il décrit et des sentiments de Julia qu’il est le plus bouleversant. Le diable se cache dans les détails et Karen Thompson Walker a à cœur de nous le montrer, mais également de nous le faire ressentir.
L’âge des miracles, c’est aussi la quête initiatique de Julia lors de cette année d’entrée au collège, de grands changements dans sa vie. L’auteur nous décrit ces petites choses qui font que la vie bascule d’un côté ou de l’autre. Une amie qui s’en va et creuse le vide autour de celle qui reste, des mots échangés, ou pas, une boîte de conserve de plus ou de moins dans un placard… Tout a son importance. L’âge des miracles est un texte très réfléchi, très bien construit, ne laissant rien au hasard et dans lequel l’évolution de Julia et du monde vont de concert, de façon chaotique, incertaine, mais crédible. Cette vraisemblance me touche tout particulièrement.
Je n’ai qu’un seul reproche, les petites anticipations du récit, « si j’avais su que », sont très nombreuses et ont fini par me gêner. Dans un tel récit, on n’a pas vraiment besoin d’une dose de stress supplémentaire… J’ai déjà eu du mal à ne pas me ruer dans le supermarché le plus proche pour faire des réserves… Eh oui, je suis toujours aussi paranoïaque. Mais l’écriture de l’auteur y est vraiment pour quelque chose, on ressent l’inquiétude des personnages, on sait que cette situation est plausible et qu’on pourrait se trouver à leur place.
J’ai eu des sentiments assez ambivalents au cours de cette lecture, j’avais toujours un peu de mal à m’y plonger, redoutant ce que j’allais lire. Mais, une fois le livre ouvert, c’était une torture de devoir le reposer. Et je l’ai aimé, vraiment. C’est un ouvrage que je vous conseille si vous êtes d’humeur à lire de l’anticipation qui ne verse pas dans le sensationnalisme et qui reste très humaine.

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Un roman de Lauren DeStefano, publié chez Castelmore.

L’humanité croyait son avenir assuré. La science avait créé des enfants parfaits, immunisés contre toutes les maladies. Mais qui pouvait imaginer le prix à payer ? Car désormais, personne ne survit au-delà de vingt-cinq ans. Le monde a changé. Pour les jeunes femmes, la liberté n’est plus qu’un souvenir. Au nom de la survie de l’espèce, elles sont kidnappées et contraintes à des mariages polygames. Rhine a seize ans. Quand elle se réveille dans une prison dorée, elle n’a qu’une idée en tête : fuir. Qu’importe l’amour que lui portent son mari et ses sœurs épouses. Quand on n’a que quelques années à vivre, la liberté n’a pas de prix.

Vaut-il mieux vivre retiré du monde, dans un confortable cocon, en se considérant déjà mort ou dans la réalité comme si on avait la vie devant soi ?
La recherche d’un antidote peut-elle tout justifier ?

Ce roman m’intriguait beaucoup et il faut dire que le sujet en lui-même est bien trouvé. Futur incertain, manipulations génétiques qui ont mal tournées, cela n’a rien de bien novateur dit comme ça, mais avec ce petit côté Barbe Bleue en plus, ces possibles réflexions sur la condition féminine, l’éthique scientifique et les paradis artificiels, l’idée ne manquait pas de charme.
Seulement voilà, elle n’est pas suffisamment exploitée à mon goût. Tout ce qui fait le sel du récit y est en fait plutôt secondaire. L’auteur avait la matière pour faire de ce Dernier Jardin un roman grandiose, un huis clos effrayant et surtout mystérieux. Elle aurait pu jouer beaucoup plus sur les apparences, mais a malheureusement préféré s’attarder sur d’autres aspects de l’histoire. Le fait qu’Éphémère soit une trilogie y est sans doute pour beaucoup, il faut se ménager quelques révélations. Mais c’est quand même dommage, surtout que certaines d’entre elles, concernant l’histoire globale, semblent assez prévisibles pour la suite.
Au final, tout semble très manichéen. J’aurais aimé qu’on me mène en bateau, être captivée, surprise, ne pas savoir distinguer le vrai du faux, j’aurais voulu des personnages plus nuancés, ne pas savoir tout de suite qui sont les gentils, qui sont les méchants…
Je ne m’attendais pas non plus à ce que l’histoire verse dans le glauque, après tout c’est un roman pour ado, mais j’espérais quand même un peu plus de maturité, quelque chose de moins artificiel.
Le fait que la narratrice ne soit pas omnisciente, puis qu’elle raconte l’histoire au présent ménage certes un peu de mystère, surtout concernant les véritables motivations des gens qui l’entourent et qu’elle ne peut qu’interpréter, mais pas autant qu’il l’aurait fallu. Habituée au fantastique et à ses univers troubles, j’ai trouvé que ça manquait de nuance et de crédibilité. Il est très dommage de ne pas avoir suivi cette piste.
Rhine étant forcée à l’observation, on passe donc beaucoup de temps à suivre ses atermoiements et autres suppositions. C’est bien écrit, mais si on a dépassé l’âge on aura forcément du mal à s’immerger dans l’histoire et à apprécier l’héroïne. J’aurais préféré une alternance des points de vue qui aurait pu être très enrichissante dans cette histoire et qui aurait sans doute généré plus d’empathie pour ceux qui, comme moi, n’ont pas réussi à s’attacher à l’héroïne.
L’histoire est tout de même plaisante sur bien des points, même si ce n’était pas ce que j’espérais. Le public cible y trouvera facilement son compte.
Quant à moi qui suis une vieille grincheuse, même si j’ai réussi à faire abstraction de cette romance un peu trop cousue de fil blanc et du côté très girly de ce récit, j’ai quand même eu du mal à trouver le reste de l’histoire vraisemblable.
Un rhinocéros indien pourrait facilement me faire croire qu’il est une licorne (bon d’accord Beagle m’a prévenue,) j’accepte facilement ce que les auteurs me racontent de plus bizarre, mais ce roman-ci manque souvent de logique. Je n’ai pas réussi à y croire et c’est probablement ce qui m’a gênée le plus.
Entre autres choses, je veux bien croire qu’en un tel monde, alors que l’humanité est en pleine perdition, les femmes soient les premières victimes. Je veux bien croire qu’on les instrumentalise plutôt que de leur accorder le statut privilégié que devrait en toute logique justifier cette situation. Par contre, là où j’ai du mal à suivre c’est quand celles que les Ramasseurs ne vendent pas sont tuées. Parce qu’un seul homme n’en a pas voulu ? Une trentaine de filles qu’ils se sont donné un mal fou à enlever ? Sachant qu’il leur en faudra sans doute encore un bon nombre pour leur prochain client, j’ai beaucoup de mal à trouver de la logique à cet acte tout à fait gratuit et pour le moins stupide si les femmes sont une marchandise si précieuse…
C’est un détour un peu facile, comme il y en a tant d’autres.
Mais tout autant que du récit lui-même, cette impression d’invraisemblance qui ne m’a pas quittée vient aussi des réactions des personnages. Jenna par exemple, dont la triste histoire aurait pu être un pilier de ce roman, perd de sa crédibilité comme on souffle une bougie. Je ne m’explique toujours pas certaines de ses réactions, même si d’autres suivent un plan bien précis. Et pourtant c’est un merveilleux personnage, de loin mon préféré avec Rose. Ce sont elles qui ont rendu ce récit émouvant pour moi.
Rhine est quant à elle d’une étonnante incohérence et je ne parle pas là du fait qu’elle puisse d’une certaine façon s’attacher à son époux (après tout, syndrome de Stockholm, etc.) Vous parler de ses plus grandes incohérences vous gâcherait l’histoire, alors je vais me contenter d’une petite…
Rhine aime beaucoup se poser en moralisatrice, défenderesse des valeurs de l’humanité d’autrefois, elle vous parlera de liberté, de respect des morts, des femmes et de tout un tas d’autres concepts, mais ça ne la gêne pas d’avoir pour domestique personnelle une petite fille qui ne doit même pas avoir la moitié de son âge et qu’elle appelle à la moindre occasion pour se faire masser les chevilles ou couler un bain…
C’est marrant comme pour Rhine tout est relatif…
Et Linden, le fameux époux en question… Que devient-il dans tout ça ? Comment peut-il ne pas comprendre ce qui se passe autour de lui ? (S’il le sait, franchement c’est un excellent acteur. Mais s’il ne le sait pas, il devrait arrêter la luzerne) Pourquoi personne ne lui dit rien ?
Parfois je me suis demandé s’il n’avait pas autant de personnalités que d’épouses…
C’est d’autant plus déroutant qu’en fait ils sont tout à fait cohérents pendant une partie du récit, leurs réactions étant motivées par la vie qu’ils ont eue, mais que par à-coups leur psychologie semble changer du tout au tout et ça part en vrilles.
Il y a beaucoup de facilités de toutes sortes dans ce récit et ça enlève au côté dramatique, voire horrifique, dont ne peut pas se passer une telle problématique. Je crois que si on choisit un sujet aussi malsain, l’édulcorer devient vite d’un goût plus douteux encore. Il y aurait vraiment eu matière à faire de ce Dernier Jardin un roman adulte. La version jeunesse, pour bien écrite qu’elle soit et agréable à lire ne me marquera pas.
Je conseille toutefois ce livre aux filles de l’âge de Rhine. Ce n’est pas le roman du siècle, mais ça peut être une plaisante lecture qui, de surcroît, n’est pas dénuée de réflexions intéressantes, même si on ne fait que les effleurer.

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Un roman d’Anne Larue, publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne.

Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace.

En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau.

Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna.

Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps…

Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football.

Les femmes ne sont pas toujours d’excellents cobayes, les chevaux sont des êtres supérieurs et les blondes se rebellent… Tout un programme, n’est-ce pas ?

J’ai bien du mal à savoir par quel bout prendre cet étonnant roman et plus encore à savoir quoi vous en dire. Si ce n’est qu’il possède plusieurs niveaux de lecture, qu’on peut aisément s’en tenir à un seul, mais que ce serait bien dommage car c’est l’ensemble qui fait tout l’intérêt de cette histoire. Car la Vestale du Calix est certes un roman très distrayant, bourré d’un humour qui va du plus lourdingue au plus pointu et truffé de références en tous genres, mais également une intéressante satire sociale qui porte entre ses lignes un message féministe qui, s’il ne prend pas trop de place par rapport à l’ensemble de l’histoire, est quand même très présent. Il faut le savoir, ça ne marche pas avec tout le monde et en général je fais partie des gens avec qui ça ne fonctionne pas. Je n’ai rien contre le féminisme et encore moins contre les romans engagés, mais je n’aime pas avoir l’impression qu’on me fait la leçon. Ce livre-ci n’a jamais dépassé mes limites, mais l’a failli quelques fois.
Je crois que c’est le genre de récit qu’on aime ou qu’on déteste d’emblée. Et moi j’ai plutôt apprécié… Si ce n’est que j’ai trouvé l’usage du symbolisme un peu trop facile parfois, mais c’est aussi ce qui fait que ce livre reste aussi accessible quand l’auteur s’amuse à nous balader. Et il faut dire qu’elle ne se gêne pas pour ça…
La Vestale du Calix est une histoire simple dans un complexe écrin, c’est très bien écrit, mais c’est vraiment particulier. Il y a, entre autres choses, ce permanent foisonnement de détails et d’anecdotes qui peut parfois sembler être du babillage, mais qui au final fait tout le sel de ce récit. Et cela accentue considérablement cette manière qu’a l’auteur d’essayer de nous perdre entre les dédales de son histoire et de nous faire croire qu’on ne sait pas où elle veut nous emmener.
J’ai beaucoup aimé cette façon de raconter, ainsi que l’ironie tout à fait délicieuse de voir notre société décortiquée et sujette à toutes sortes d’interprétations plus ou moins oiseuses en 4660 où elle fait figure de Moyen Âge.
Ce que nous sommes, mais de manière plus générale ce que l’humanité a été, est et sera, se trouve analysé, bousculé, parfois tourné en ridicule dans ce roman, mais nous invite toujours à la réflexion.
Le monde change, les connaissances scientifiques évoluent, mais les préoccupations des personnages d’Anne Larue semblent toujours les mêmes de siècle en siècle.
Que restera-t-il de nous dans deux mille ans ? Comment verra-t-on alors cette société qui est la nôtre ? Nous-mêmes nous trompons-nous sur notre interprétation du passé ? Apprenons-nous des erreurs de nos prédécesseurs ou les humains sont-ils voués à toujours se fourvoyer dans leurs propres pulsions malgré l’évolution cyclique de leur monde ?
Ce ne sont que quelques questions parmi d’autres, des pistes à explorer ou non en suivant les déboires d’Anna et Ankh.
La Vestale du Calix est un roman intelligent et drôle, original et déjanté qui parfois verse joyeusement dans l’absurde. C’est certes un peu surfait aussi, mais cet inclassable mélange de SF, de mythologie, de littérature et de philosophie gagne à être découvert.

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