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Posts Tagged ‘folie’

Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.

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Présentation de l’éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l’extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l’autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer…

ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l’immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

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Un roman de Léo Henry et Jacques Mucchielli, publié en papier et numérique par les éditions Dystopia.

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sur le fleuve - leo henry et jacques mucchielli

Présentation de l’éditeur :
Amazonie, seizième siècle. Quelques dizaines d’âmes embarquent sur des radeaux pour percer les secrets du pays d’Eldorado. Nobles de la vieille Europe, gens d’églises ou mercenaires, Indiens de la montagne, tous se livrent à la merci du grand fleuve. Et l’un après l’autre, les hommes meurent assassinés. Est-ce bien un jaguar qui les a pris en chasse ? La forêt se referme. La folie rôde. Et l’eau continue de couler.
Léo Henry & Jacques Mucchielli ont publié trois recueils de nouvelles entre 2008 et 2012. « Sur le fleuve » est leur unique roman.

Si le sujet de Sur le fleuve peut sembler rebattu de prime abord – des conquistadors à la recherche de Manoa, mythique cité d’or – le roman se révèle original et très prenant. La forêt y est une entité, la quête de ces hommes et de cette femme va prendre de nombreux visages et la confrontation des peuples peut mener au pire. Au final, le but importe-t-il réellement plus que le cheminement ?
Pris dans le labyrinthe de la forêt, incapables de s’en dépêtrer, les personnages s’enfoncent dans l’immensité sauvage de la nature et s’y retrouvent pourtant enfermés. Ils vont se révéler dans la touffeur de ce huis clos. Ceux qui sont venus en conquérants, sûrs de leur force, n’ont pas idée de ce que leur présence a pu déclencher. Le sacrilège qu’ils ont commis a attaché un prédateur à leurs pas.
Le récit est divisé en deux pistes : celle que suit le groupe – les chapitres portant souvent sur un personnage en particulier – et celle du fauve, à l’affût. Les incursions du prédateur dans l’histoire m’ont beaucoup plu pour leur poésie et leur symbolisme. J’ai eu nettement plus de mal avec les autres personnages, même si la façon dont les auteurs dévoilent progressivement leurs histoires respectives est passionnante. Au contact de la forêt, ces individus en perdition se fragilisent. La nature, l’isolement et la rudesse des épreuves les mettent face à leurs propres failles. Petit à petit, le groupe se disloque.
Au fur et à mesure que l’on apprend à connaître ces hommes et cette femme, ils ne paraissent plus si froids. J’ai particulièrement apprécié Dumè, mercenaire Corse, qui est, je dois bien l’admettre, l’image même que les Corses ont d’eux-mêmes, avec son lot de défauts et de qualités… Dans son sillage, il apporte un peu de ma culture, notamment avec « les chasseurs en rêve », les mazzeri, bien que l’allusion soit fugace.
Ce récit est exigeant, mais apporte beaucoup en retour. La végétation se referme sur le lecteur, tout autant que sur le convoi, il participe à cette quête et se confronte aux côtés les plus sombres de l’humanité, à ses peurs, ses injustices, ses faiblesses…
L’impression que m’a laissé Sur le fleuve est indéfinissable, mais me marquera sans doute durablement.

Découvrez également l’avis de Lune.

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Une novella Fantastique de Céline Rosenheim, publiée aux éditions Flammèche.
Elle est disponible en papier et en numérique.

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Présentation de l’éditeur :

« Est-ce qu’être sombre signifie forcément être mauvais ? »

Voilà longtemps que Mélisande rêvait de découvrir les vastes paysages glacés d’Islande. Accompagnée de Liv, sa meilleure amie, l’étudiante espère que ce voyage lui permettra de panser les blessures laissées par ses récents échecs.
Mais le destin ne semble pas vouloir lui accorder de répit. Dehors, la terre tremble tandis que des cendres noires viennent couvrir la lande. Le caractère de Liv change brusquement, sans raison apparente, et Mélisande s’inquiète. Qui est cette jeune femme qu’elle seule semble voir ? Peuvent-elles vraiment faire confiance à Ármann, ce jeune homme qui leur offre l’hospitalité ?
Troublée, déboussolée, Mélisande cherche un bref soulagement dans les antidépresseurs. Elle ne sait plus ce qu’elle doit faire ni ce qu’elle doit croire. Car comment savoir où s’arrête la réalité et où commence la folie ?

L’intrigue d’Hiver noir se déroule en Islande et c’est en grande partie cela qui m’a attirée à la lecture du résumé. Ce pays ne ressemble à aucun autre. En outre, il s’agit de Fantastique, mon genre de prédilection. Je me suis donc lancée dans la lecture de cette novella avec de bons a priori et j’en suis plutôt contente.
Mélisande, la narratrice, est une jeune femme dépressive, solitaire et qui n’a pas une grande estime d’elle-même. Elle vient de rater ses examens et traîne sa peine sans trop savoir comment se libérer de ses angoisses ni que faire de sa vie. Une amie lui propose de partir en voyage, à la fois pour lui remonter le moral et l’aider à affronter un peu mieux le quotidien. Mélisande se laisse tenter, c’est l’occasion pour elle, qui n’a jamais quitté la France, de découvrir un pays qui l’a toujours fait rêver.
Je n’ai moi-même jamais visité l’Islande, par contre ma mère s’y est rendue plusieurs fois et j’avais donc en tête les lieux décrits par l’auteur. J’admets que cela peut aider. Je vous encourage d’ailleurs vivement à regarder des photos avant la lecture, ces paysages sont grandioses et il est fort difficile de rendre leur majesté à l’écrit. L’auteur a en tout cas bien exploité le cadre de son récit. Celui-ci va de pair avec les états d’âme du personnage.
Mélisande est un peu agaçante, surtout au début quand elle se dénigre, puis par la suite quand sa dépression l’empêche d’agir. J’ai souvent eu envie de la secouer, mais j’ai fini par m’attacher à elle. La jeune femme semble être tout le contraire de son amie Liv. Cette dernière est vive, téméraire, mais également plus froide.
Mélisande nous narre elle-même son histoire, ce qui permet à l’auteur de laisser la dépression du personnage, ainsi que la sensation ouatée des antidépresseurs quelquefois, imprégner le récit. Il y gagne en noirceur, mais aussi un peu en lourdeur. Ceci dit, c’est du bon Fantastique, sombre et inquiétant. L’ambiance est à couper au couteau et s’assombrit au fur et à mesure. Il ne se passe pas grand-chose, pourtant la tension est palpable. Pour cette raison ainsi que pour sa brièveté, cette novella se lit très vite.
Alors que leur périple a pris un tour imprévu, les deux jeunes femmes se trouvent isolées, reçues chez un homme au caractère des plus lunatiques. Peu à peu, un étau se referme sur Mélisande, sans qu’elle sache d’où vient le danger ni même s’il existe réellement… Perd-elle la raison, happée par sa dépression, ou son hôte, et peut-être même son amie, ont-ils des choses à cacher ?
On se pose beaucoup de questions en cours de lecture et c’est cela qui fait tout l’intérêt de cette histoire. La fin est un peu convenue, cependant j’ai dévoré ce livre d’un bout à l’autre, appréciant la dualité constante que l’auteur a si bien entretenue. J’ai parfois tremblé pour Mélisande, je me suis sentie étouffer dans ce huis-clos, tout en m’émerveillant par procuration de la splendeur de l’Islande. La lecture fut certes brève, mais intense et me laissera un bon souvenir.

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JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

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