Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘humanisme’

penny-dreadful

 

Mon avis sur les saisons précédentes est également sur le blog.

 

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas encore vu la saison 3.

 

Au cours de cette saison, les personnages suivent leur voie séparément, même si leurs destins restent entrelacés. Cela nous donne des récits éclatés dans lesquels nous les voyons se débattre contre leurs pulsions et leurs démons sans le secours des autres. Ils se retrouvent face à eux-mêmes et vient le moment des choix les plus décisifs de leur existence. On ne sait si ce qu’il reste de leur humanité va résister.
Les femmes sont le point fort de cette saison. Elles n’avaient que peu de place dans la première, à part Vanessa, tourmentée par ses démons, et en arrière-plan Brona, mourante, qui cherchait sa respiration dans ce quotidien sordide… Peu à peu, elles prennent le dessus, leurs personnages sont développés. Il est très intéressant de voir leur cheminement vers la liberté. Mais va-t-on les laisser s’affranchir ?
Parmi les nouveaux personnages que nous amène cette saison, j’ai beaucoup aimé celui du docteur Seward, une femme intelligente, déterminée, rationnelle mais pas dénuée de compassion. C’était une merveilleuse idée de faire revenir Patti LuPone sous ces traits. Dans ses deux rôles, elle a beaucoup apporté à la série par sa prestance et son jeu d’actrice.
Penny Dreadful est une de mes séries préférées. Une des rares que j’ai suivies religieusement, c’est-à-dire dès le début de chaque saison. Mon intérêt n’est jamais retombé, fait est assez rare pour être souligné. Je me lasse vite des séries… Or, celle-ci est une vraie merveille. J’aime la grande humanité qui s’en dégage, le sens aigu du détail dont les scénaristes ont fait preuve et la complexité des personnages. Telles des fleurs maladives, ils tentent de s’épanouir dans les ténèbres. Leur nature écorchée parle à ma sensibilité et les thèmes abordés, monstruosité, différence, recherche de soi et de sa propre humanité, me sont chers. Cette série sombre, composée de tableaux vivants, restera profondément gravée dans ma mémoire.
Néanmoins, la troisième saison m’a semblé en-dessous des deux précédentes. Après avoir vu les premiers épisodes, je ne m’en suis pas formalisée outre mesure. La deuxième saison était exceptionnelle (et je pèse mes mots), je savais que la comparaison serait difficile à tenir. Cette nouvelle saison paraissait plus brouillonne, tout ou presque était relativement prévisible et l’histoire allait un peu trop vite pour être correctement développée. Je ne comprenais pas pourquoi, après avoir tant laissé traîner certaines intrigues, celles-ci étaient bouclées aussi abruptement. Toutefois, c’était du prévisible logique, dont pardonnable, et puis de nouveaux personnages intéressants sont apparus et certains épisodes se sont révélés passionnants. J’ai été particulièrement fascinée par l’incursion dans le passé de Vanessa et de John Clare.
Entendons-nous bien, même si j’ai trouvé que les scénaristes avaient eu plus d’une fois recours à la facilité, j’ai regardé les sept premiers épisodes avec une fébrilité avide. Malgré les défauts que j’ai relevés, j’ai aimé cette saison. Cependant, mon indulgence était inféodée au fait que je pensais qu’il y aurait une suite. Je restais confiante parce que je me disais que ces intrigues qui se délitaient trouveraient un écho plus tard et rebondiraient, comme cela était déjà arrivé.
Puis vint le final… Et nous avons appris que Penny Dreadful ne serait pas renouvelée, mais qu’il avait toujours été prévu que la série se déroule en trois saisons. Je n’avais pas encore vu ces deux derniers épisodes, cependant la déception s’est faite plus prégnante. On ne traite pas de cette façon une série dont on connaît par avance la durée de vie. Ils ont délibérément choisi de clore certaines intrigues à la va-vite, elles ne pourraient pas se répercuter sur une prochaine saison pour être étoffées. Ils ont créé de nouveaux personnages dont le potentiel serait mort-né…
Ce n’est pas tant la fin désabusée qui m’a déplu – elle est on ne peut plus logique, même si elle manque un peu de finesse – mais l’aspect bâclé qui nimbe cette saison. Durant les deux premières, je n’avais jamais trouvé le scénario prévisible, jamais le traitement réservé aux personnages ne m’avait semblé expéditif. Penny Dreadful m’avait habituée à plus de minutie et de profondeur.
Malgré tout, cela reste une série à voir, une œuvre d’art à la grâce fragile. Le jeu d’Eva Green y est grandiose, mais les autres membres du casting ne sont pas en reste. Je suis certaine que Penny Dreadful restera une de mes séries préférées, une de celles que je revois de temps en temps avec toujours autant de plaisir.

Publicités

Read Full Post »

Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.

*

techno-faerie-sara-doke

Présentation de l’éditeur :

Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde. L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’orginalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d’exception.

Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d’illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.

*

Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !

CRAAA

challenge_faerie

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

Read Full Post »

Ça fait un moment que je dois vous poster ces chroniques, mais bon le temps, les trucs à faire qui s’additionnent, tout ça, tout ça… Bref. C’est le jour du court, profitons-en !

***

Les deux nouvelles dont je vais vous parler s’inscrivent dans le Cycle de Lanmeur.
Si vous n’avez encore jamais lu aucun roman s’y rattachant, je vous invite à le faire. C’est un de mes plus grands coups de cœur (de toute ma vie, certes courte mais bien remplie, de lectrice).
Si vous souhaitez vous faire une idée, vous pouvez lire mes avis sur les deux premières intégrales ici et .

Il est tout à fait possible de lire et d’apprécier ces deux nouvelles sans connaître les romans.
Cependant, si vous préférez, voici un très léger topo sur Lanmeur :
A la base, il s’agit d’une planète, devenue empire. En découvrant le voyage spatial, les Lanmeuriens ont pu constater qu’il existait d’autres planètes peuplées d’êtres humains. Comment ? Pourquoi ? C’est encore un mystère, mais de cette découverte est née l’idée du Rassemblement qui, au fil des siècles, a pris de nombreux tours, plus ou moins bien intentionnés.

*

Le réveil des hommes blancs

Cette nouvelle a été publiée dans le n°72 de Bifrost.

Il y a quelque chose dans l’écriture de Christian Léourier, qui me bouleverse immanquablement. C’est le style, bien sûr, aussi précis que poétique, cette façon d’amener les émotions avec des mots jusqu’à l’âme du lecteur, mais c’est surtout cette manière de décrire l’humanité, dans ses pires attitudes comme ses meilleures, sans jamais tomber dans la caricature ou le manichéisme et encore moins dans la facilité.
Dans cette nouvelle, les Lanmeuriens se sont installés sur une planète qu’ils pensaient inhabitée et la préparent pour sa renaissance. Si vous avez lu L’homme qui tua l’hiver, vous vous souvenez de Nédim, cette planète si excentrée que son hiver semble interminable. Ici, Teirnstern, la planète dont il est question, s’approche à l’inverse tellement de son soleil qu’elle brûle littéralement et devient inhabitable durant de nombreuses années.
Au cours de ma lecture des romans lanmeuriens, j’ai pu explorer, plus ou moins longuement, de nombreuses planètes par les récits si évocateurs de l’auteur et découvrir chaque fois avec un certain émerveillement leurs particularités et l’humanité, à la fois autre et semblable, qui toujours s’y adapte. Cette nouvelle, aussi courte soit-elle, ne fait pas exception et elle a beaucoup à offrir.
C’est une histoire très émouvante, mais il est toutefois difficile d’en expliquer les raisons. Elle parle de naissance, dans toute la beauté et dureté que cela peut comporter, puis elle parle de choix, comme souvent dans ce cycle, et de ce qui fait de nous des humains.
J’ai beaucoup aimé la chute, mais déploré de ne pas avoir une suite à lire.

Je vous invite également à lire l’avis de Lune qui s’est bien mieux débrouillée que moi pour parler de ce magnifique texte.

Ajout du 19/10/2014 : Vous pouvez aussi lire l’avis de Lhisbei.

*

La Source

Cette nouvelle a été publiée dans le n°65 de Bifrost qui est d’ailleurs consacré à Christian Léourier.
Lisez-le !

La Source a la saveur d’une légende. C’est une histoire fragmentée qui m’a laissé l’image persistante des éclats du miroir de la Reine des neiges répandus devant moi, comparaison parfaitement en accord avec ce paysage sur lequel l’hiver s’apprête à plonger.
Alors que le froid semble vivant, presque prédateur, et qu’il aiguise ses griffes, nous assistons à un moment d’attente et surtout de réminiscences, un entre-deux riche de possibilités.
Comme toujours en ce qui concerne les récits lanmeuriens, c’est extrêmement poétique et raconté avec une grande sensibilité. Le style de Léourier s’adapte au récit, au propos comme à la planète et l’humanité qu’il va évoquer. C’est à chaque fois une nouvelle facette d’une même écriture. Ici le récit prend l’apparence d’un chant à plusieurs voix. C’est ce qui donne à la fois cette image de fragmentation, mais également de parfaite harmonie polyphonique quand s’accordent, à mesure qu’ils se rassemblent, les différents points de vue et récits.
La Source, titre aux implications aussi diverses qu’évocatrices au cours de la lecture, nous murmure des interrogations sur la conscience des êtres et des choses, sur l’art, sur la générosité et le don véritable.
Il s’agit vraiment pour moi d’une chanson en prose et elle est magnifique.

*

logo_vert JLNN

Read Full Post »