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Posts Tagged ‘Inde’

Un roman d’Alex Evans.
Uniquement disponible en numérique pour le moment, mais à un tout petit prix.

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sorcieres-associees_alex_evans

Résumé de quatrième de couverture :
Envoûtement de vampire, sabotage de zombies et invasion de gremlins font partie du quotidien du cabinet Amrithar et Murali, sorcières associées. Dans la cité plusieurs fois millénaire de Jarta, où la magie refait surface à tous les coins de rues, les maisons closes sont tenues par des succubes et les cimetières grouillent de goules, ce n’est pas le travail qui manque ! Mais tous vous le diront : les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Le premier chapitre peut être lu sur le blog de l’auteur.

Sorcières associées est exactement le genre de fantasy urbaine un brin steampunk dont j’avais envie depuis longtemps.
Nous y faisons la rencontre de deux femmes, Tanit et Padmé, qui ont ouvert un cabinet de consultations en problèmes magiques de tous genres dans une mégapole où le commerce est roi. À Jarta, le progrès technique côtoie l’archaïsme et le cadre, très indien, change beaucoup des cités européennes qui sont habituellement le lot du steampunk ainsi que de celles, états-uniennes, qui sont l’apanage de la fantasy urbaine. Dans Sorcières associées, on boit du thé, on porte des saris (du moins quand on vient du Paras) et on se déplace en rickshaw !
Ce monde n’est pas le nôtre, mais il pourrait aussi bien l’être (ou le devenir). Après s’être détournés de la magie et l’avoir en quelque sorte « perdue », ses habitants la retrouvent petit à petit et doivent réapprendre à gérer les possibilités de celle-ci, tout comme les problèmes qu’elle peut engendrer.
J’ai vraiment beaucoup aimé le background, cependant les personnages et l’intrigue ne sont pas en reste. Tanit et Padmé sont deux femmes très différentes, ce qui permet d’avoir plusieurs points de vue sur leur société, chacune s’exprimant à la première personne quand le récit se recentre sur elle. Tanit est indépendante, ancienne voleuse, puis espionne, elle est aussi débrouillarde que pragmatique. Padmé, quant à elle, est une femme de cœur, mais n’en perd pas pour autant la tête. Elle est aussi maman, ce qui contribue beaucoup à la complexité de son personnage et me l’a fait apprécier encore davantage. Les personnages secondaires qui gravitent autour des deux femmes ne manquent pas d’intérêt, toutefois j’espère en voir certains davantage développés dans la suite. Jihane, la fille de Padmé, est particulièrement attachante.
L’intrigue est tissée de diverses enquêtes qui, même si elles finissent pas se recouper un peu facilement, sont très plaisantes à suivre et ménagent leur lot de surprises. Cela ne manque pas de logique : ainsi agit le Pouvoir
Le point négatif de ce roman est indubitablement le nombre impressionnant de coquilles : des fautes bêtes qu’une relecture attentive aurait éliminées facilement. On pourrait dire que c’est typique de l’auto-édition, mais je ne serai pas si catégorique. Contrairement à mes habitudes, ça ne m’a pas découragée tant l’histoire m’a plu, alors je vous exhorte à passer outre, en espérant qu’elles soient vite corrigées (ce qu’a confirmé l’auteur). Après tout, c’est l’un des avantages du numérique que de permettre ce genre d’ajustement.
Sorcières associées a été une excellente découverte, une lecture très distrayante. J’espère pouvoir très bientôt lire la suite. J’avais déjà lu et beaucoup apprécié les nouvelles d’Alex Evans que je vous conseille également, ses thèmes de prédilection ainsi que son style valent le détour.

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tea time - sorcieres associees

Thé noir au lotus et tartelette poire-amandes, parfait pour accompagner cette lecture.

challenge ebooks

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De Philippe Pratx, publié chez Thot éditions.

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lettres de shandili - philippe pratx

Quatrième de couverture :
Philippe Pratx, créateur et webmestre du site Indes réunionnaises, professeur de Lettres ayant exercé en France métropolitaine, en Afrique Noire, en Guyane et à la Réunion, photographe à ses heures, a très tôt touché à la création littéraire. Il poursuit en ce domaine un parcours personnel à l’écart des modes comme des traditions, jouant sur le brouillage des genres, les échos textuels et les limites du pouvoir des mots.
Après de longues années sur cette voie, il réunit pour les deux aeuvres publiées dans ce volume, les fruits de deux passions : pour la civilisation indienne et pour l’écriture.
Le recueil de nouvelles – métissé de roman épistolaire – Lettres de Shandili explore un univers indien à la fois consciencieusement scruté et réinventé. Mais ses enjeux littéraires vont au-delà : disant beaucoup tout en laissant toujours l’essentiel dans le pâle éclat du non-dit, les textes du recueil constituent en eux-mêmes et dans le tissu de correspondances qu’ils entretiennent, un paysage spirituel.
En regard, les poèmes du Devîsadangei, attribués au poète tamoul Aridam, sont un prolongement ou un préalable à ce paysage. Parce qu’une traduction se donne par essence comme perpétuellement par défaut, ces textes à la légèreté presque fruste veulent témoigner de la difficulté de tout langage à appréhender le spirituel.

Lettres de Shandili, évoquant par le titre un roman épistolaire, est en fait un recueil de nouvelles, bien qu’émaillé des lettres d’une jeune femme à un mystérieux destinataire. Ces lettres créent une forme de cohésion entre tous ces récits distincts, comme un recueil caché dans le recueil. Ce qui n’empêche pas les nouvelles elles-mêmes de se répondre ; elles s’effleurent les unes les autres, avec plus ou moins d’insistance, mais toujours en subtilité.
L’écriture est belle et tout en finesse, comme j’avais déjà pu l’apprécier dans Le Soir, Lilith du même auteur. J’ai retrouvé la même magie qui sourdait des résumés de films auxquels avait participé Lilith, mais pas seulement. Il se dégage de ces deux livres la même ambiance fantastique, bien que le roman soit plus sombre que le recueil.
Les récits qui composent ce singulier ouvrage sont très souvent écrits à la première personne, témoignant d’un événement marquant dans la vie du narrateur qui le rend ainsi d’emblée plus accessible au lecteur, l’impliquant intimement dans son histoire, même s’il trouvera sans doute un peu perturbant parfois de passer d’un confident à l’autre. Ce sont des nouvelles tissées d’ambiances et d’impressions plus que d’action ; elles forment un ensemble poétique qui cristallise la fragilité fugace d’instants qui sont ou deviennent hors du commun. Elles sont parfois terre-à-terre, à ce qu’il peut sembler de prime abord, souvent évanescentes ou ouvertement mystiques, elles se révèlent, en tout cas, toujours inspirées et parlent à l’âme du lecteur, le poussent à ressentir et réfléchir. Elles sont les étapes d’un cheminement, comme des lettres immenses sur un parchemin qu’on ne peut lire car on en fait partie.
L’ouvrage s’ouvre sur une nouvelle troublante, Urvashî, dont j’ai aimé l’ambiance floue, qui rappelle un délire fiévreux et qui séduira tout amateur de fantastique. Celle-ci donne le ton. Vient ensuite une succession de textes tout aussi fascinants que je ne pourrais tous évoquer sans gâcher la découverte à qui veut bien me lire. Il est très difficile d’évoquer une nouvelle sans lui enlever sa substantifique moelle.
J’ai adoré L’inventaire du coffre aux épices, ode aux sens, extrêmement poétique, La rivière et ses réflexions autant philosophiques que spirituelles… Et je ne peux omettre de mentionner Jeu de miroirs, texte brillant, un des joyaux de ce recueil et en même temps fermoir qui les relie tous.
Le Voleur est un des textes qui resteront le plus ancrés dans ma mémoire. Je l’ai lu à haute voix, il s’est imprégné dans mon esprit et m’accompagne encore, tout comme Arrière-saison, récit puissamment évocateur et fascinant qui fut pour moi comme un coup de poing reçu dans l’estomac.
Légèrement imprégnées de fantastique ou de réalisme magique, quelquefois de mythologie et mysticisme, ces nouvelles nous emmènent jusqu’en Inde, nous parlent de dieux, d’aspirations et de mystères, autant que de la vie quotidienne des gens que l’on croise en les lisant. Elles mettent à notre portée différentes facettes de l’âme indienne, tout en nous entraînant dans une quête personnelle et spirituelle d’harmonie.
J’ai aimé les fins ambiguës de certains textes, le fait que le chemin soit plus important que le lieu d‘arrivée. C’est un recueil qui se savoure et se médite.

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