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Posts Tagged ‘l’Atalante’

Un roman de Jeanne-A Debats publié chez l’Atalante.

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plaguers

Présentation de l’éditeur :

La terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Seul atout de l’humanité : les réacteurs Alyscamps qui puisent l’énergie dans les dimensions non exprimées de la réalité.
Dans ce monde les adolescent sont victimes d’une étrange maladie, la Plaie, qui les rend capables de créer ex nihilo, semble-t-il, toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.
Le monde les rejette.

Quentin est un Plaguer, sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées partout où elle passe. Ils se rencontrent lors de leur incarcération dans la Réserve parisienne…

Chez Jeanne-A Debats, aucune crainte des ambiguïtés de la nature humaine, aucune inhibition quant à notre évolution. Une vraie rencontre de l’émotion et de la raison.

L’action de Plaguers se situe environ un siècle après le nôtre. Ce qui reste de la couche d’ozone ne filtre plus suffisamment les rayons du soleil, les humains doivent porter des masques dehors et oxygéner leurs habitations, la flore est moribonde, les animaux ont quasiment tous disparus… Et sur cette planète en pleine déliquescence des adolescents mutent subitement, sans qu’aucune thérapie génique ne puisse restaurer leur ADN. Ils sont affligés de ce qu’on appelle la Plaie, un pouvoir sur les éléments ou le vivant, les effets diffèrent selon l’individu. Est-ce un don ou une malédiction ? Cela reste à voir.
Comme toujours, quand l’humanité ne comprend pas, elle rejette ce qui est différent. Ces adolescents, à défaut de pouvoir être éradiqués car trop nombreux, sont relégués dans des réserves. Plaguers nous conte l’histoire de ces jeunes par la voix de Quentin, un plaguer qui fait naître des sources. Extirpé de force de son milieu privilégié, il va devoir s’adapter, trouver sa place parmi ses camarades et surtout grandir.
J’ai lu ce roman à toute vitesse, les chapitres courts m’y ont aidée, mais j’étais surtout prise dans l’histoire. Jeanne-A Debats a une façon de raconter qui me fait toujours cet effet. Le fait que je me sente proche de ses personnages y est probablement pour quelque chose, mais j’aime aussi beaucoup son style. Et puis l’intrigue est vraiment prenante.
Plaguers est un roman d’apprentissage, avec tout ce que cela implique. Les personnages se cherchent, se découvrent. Je me suis passionnée pour leurs destins et attachée même aux plus exaspérants. Ce sont leurs failles, réelles, plausibles, qui les rendent ainsi. Ils sont réfléchis, bien construits. Ça fait du bien pour une fois de ne pas tomber sur des caricatures d’adolescents. Et même si on les voit évoluer derrière le filtre du regard de Quentin, ils offrent différents points de vue sur leur société.
J’ai aimé découvrir la vie en communauté au sein de la réserve. Elle semble au départ en totale anarchie. À mesure que Quentin prend ses marques, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Cette organisation m’a semblé un peu trop idyllique par moment, je me demandais comment elle pouvait tenir debout, surtout avec autant de jeunes, qui plus est nantis de pouvoirs parfois dévastateurs. Je m’en suis méfiée aussi, c’est dans ma nature… Pourtant j’ai aimé cet endroit, je m’y serais presque sentie à la maison.
Si comme moi vous avez été nourris aux comics et à la SF dès l’âge le plus tendre, vous pensez peut-être que l’idée de départ est plutôt convenue. Les X-men, tout ça, tout ça… Bref. Non, ce n’est pas le cas. L’auteur a su insuffler de l’originalité à son récit. C’est très loin de ce que l’on pourrait en attendre en se fiant au résumé.
Cela donne à réfléchir sur l’humanité et son devenir. Malgré les épreuves que subissent les personnages, j’ai trouvé ce récit empreint d’espoir et de tendresse. Cette lecture m’a laissé un sentiment de nostalgie et je pense qu’elle continuera longtemps de me trotter en tête.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Une œuvre de SF écrite par une femme.
– Lire un livre de cli-fi (climate fiction). Ou éco-fiction (pour écologie fiction).
– Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.

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Sir Terry Pratchett nous a quittés voilà peu de temps. Auteur prolifique, il nous laisse de nombreuses œuvres dont une majorité constitue ce monument que sont Les Annales du Disque-monde. Des romans à lire, relire et partager.
On aime ou pas, c’est vrai. Et je ne conseillerais à personne de les lire tous à la suite… Mais l’humour de Pratchett reste pour moi d’un réconfort certain et j’adore le Disque-monde, ses personnages barrés, les réflexions qui se glissent entre les pages aussi.
Mon hommage personnel à ce grand homme a été de lire à haute-voix dans mon jardin les deux premiers volumes des Annales. Traitez-moi de folle si vous le voulez. Je suis heureuse de l’avoir fait.
Et tant que j’y suis, je vais vous en parler un peu.
Tout le monde devrait lire Pratchett, ça ne résoudrait pas tous les problèmes de la race humaine, mais ça ne rendrait pas les gens plus cons (ce qui en soi est déjà pas mal).

La Huitième Couleur

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Loin dans l’espace, vogue une tortue géante. Sur son dos, quatre éléphants supportent le poids d’un disque, le fameux Disque-monde.
Cette série mondialement connue est composée d’une quarantaine de volumes. Bien qu’ils soient souvent présentés par cycles (selon les personnages récurrents concernés) on peut les lire indépendamment. Sauf en ce qui concerne les deux premiers volumes qui content les pérégrinations de Rincevent, le pire mage qui soit, et de Deuxfleurs, le premier touriste du Disque.
En général, on ne recommande pas de découvrir le Disque-monde avec ce roman qui n’est ni le plus réussi ni le plus attractif. Mais personnellement je l’aime beaucoup et je pense qu’il est une bonne introduction à l’univers de Pratchett. Vous peinerez peut-être un peu à vous immerger dans La Huitième Couleur, mais vous y apprendrez notamment à connaître la géographie discale et beaucoup d’autres particularités de ce monde étonnant ainsi que de ses habitants.
On pourrait dire que La Huitième Couleur s’apparente à une quête sans but (oui, c’est ironique). Rincevent, Deuxfleurs et le Bagage explorent le Disque et vont de problème en catastrophe, envoyant joyeusement balader tous les clichés de la Fantasy au passage.
Toi, le lecteur qui à un moment t’es demandé ce que tu foutais là alors que Frodon et Sam crapahutaient encore et toujours dans les marais, ces romans sont pour toi. Prends ta revanche et marre-toi !
Des rues sales d’Ankh-Morpork jusqu’à l’extrême bord du Disque, les deux acolytes vont croiser des dragons, des héros, participer à un jeu de rôle géant (sans le savoir), risquer leur peau à tout moment et nous divertir à leurs dépens.
Les références à des ouvrages connus de SFFF sont nombreuses, mais qu’on les capte ou non la lecture reste très agréable, drôle, légère, tout en n’étant pas dénuée de réflexion.
Comment ne pas passer directement à la suite ?

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Le Huitième Sortilège


Le Huitième Sortilège
reprend le cours des aventures de Rincevent et Deuxfleurs où se terminait La Huitième Couleur.
Cette suite semble d’emblée un peu plus construite, il faut bien l’admettre et elle est plus drôle encore, pleine d’action et de rebondissements. Une nouvelle fois, prenez tout ce que vous savez des clichés de la Fantasy et réjouissez-vous de les voir passés au shaker ! Par exemple, vous vous demandez ce que deviennent les vieux héros ? Eh bien vous le saurez en faisant la connaissance de Cohen le barbare… Vous apprendrez des choses sur les mœurs des tortues spatiales, vous vous interrogerez sur la réelle nature des boutiques magiques itinérantes et sur l’intérêt qu’il peut y avoir à sauver le monde quand on a cinq minutes entre deux courses-poursuites.
Ce volume offre une échappée particulièrement plaisante, une aventure pleine de personnages improbables et délirants. On ne s’ennuie pas une seconde, même à la relecture, et c’est également une belle histoire d’amitié.
Si vous ne connaissez pas encore le Disque-monde, j’espère de tout cœur vous avoir donné envie d’aller y faire un tour. Et n’oubliez pas d’emporter une boîte à images, ça peut servir.

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Un roman d’Anne Larue, publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne.

Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace.

En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau.

Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna.

Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps…

Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football.

Les femmes ne sont pas toujours d’excellents cobayes, les chevaux sont des êtres supérieurs et les blondes se rebellent… Tout un programme, n’est-ce pas ?

J’ai bien du mal à savoir par quel bout prendre cet étonnant roman et plus encore à savoir quoi vous en dire. Si ce n’est qu’il possède plusieurs niveaux de lecture, qu’on peut aisément s’en tenir à un seul, mais que ce serait bien dommage car c’est l’ensemble qui fait tout l’intérêt de cette histoire. Car la Vestale du Calix est certes un roman très distrayant, bourré d’un humour qui va du plus lourdingue au plus pointu et truffé de références en tous genres, mais également une intéressante satire sociale qui porte entre ses lignes un message féministe qui, s’il ne prend pas trop de place par rapport à l’ensemble de l’histoire, est quand même très présent. Il faut le savoir, ça ne marche pas avec tout le monde et en général je fais partie des gens avec qui ça ne fonctionne pas. Je n’ai rien contre le féminisme et encore moins contre les romans engagés, mais je n’aime pas avoir l’impression qu’on me fait la leçon. Ce livre-ci n’a jamais dépassé mes limites, mais l’a failli quelques fois.
Je crois que c’est le genre de récit qu’on aime ou qu’on déteste d’emblée. Et moi j’ai plutôt apprécié… Si ce n’est que j’ai trouvé l’usage du symbolisme un peu trop facile parfois, mais c’est aussi ce qui fait que ce livre reste aussi accessible quand l’auteur s’amuse à nous balader. Et il faut dire qu’elle ne se gêne pas pour ça…
La Vestale du Calix est une histoire simple dans un complexe écrin, c’est très bien écrit, mais c’est vraiment particulier. Il y a, entre autres choses, ce permanent foisonnement de détails et d’anecdotes qui peut parfois sembler être du babillage, mais qui au final fait tout le sel de ce récit. Et cela accentue considérablement cette manière qu’a l’auteur d’essayer de nous perdre entre les dédales de son histoire et de nous faire croire qu’on ne sait pas où elle veut nous emmener.
J’ai beaucoup aimé cette façon de raconter, ainsi que l’ironie tout à fait délicieuse de voir notre société décortiquée et sujette à toutes sortes d’interprétations plus ou moins oiseuses en 4660 où elle fait figure de Moyen Âge.
Ce que nous sommes, mais de manière plus générale ce que l’humanité a été, est et sera, se trouve analysé, bousculé, parfois tourné en ridicule dans ce roman, mais nous invite toujours à la réflexion.
Le monde change, les connaissances scientifiques évoluent, mais les préoccupations des personnages d’Anne Larue semblent toujours les mêmes de siècle en siècle.
Que restera-t-il de nous dans deux mille ans ? Comment verra-t-on alors cette société qui est la nôtre ? Nous-mêmes nous trompons-nous sur notre interprétation du passé ? Apprenons-nous des erreurs de nos prédécesseurs ou les humains sont-ils voués à toujours se fourvoyer dans leurs propres pulsions malgré l’évolution cyclique de leur monde ?
Ce ne sont que quelques questions parmi d’autres, des pistes à explorer ou non en suivant les déboires d’Anna et Ankh.
La Vestale du Calix est un roman intelligent et drôle, original et déjanté qui parfois verse joyeusement dans l’absurde. C’est certes un peu surfait aussi, mais cet inclassable mélange de SF, de mythologie, de littérature et de philosophie gagne à être découvert.

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Un roman fantastique d’Anne Fakhouri, publié chez l’Atalante.

Louise Gaucher travaille dans un service de réanimation. Dès qu’elle le peut, elle s’assoupit auprès de ses malades plongés dans le coma. Elle a le don de voyager dans le « monde des rêves » où les patients choisissent entre la vie et la mort.
Simon Larcher est flic. Il ne boit plus, ne baise plus et ne joue à rien. Il voudrait juste nettoyer le monde de son horreur et de sa tristesse.
Une nuit de janvier, un enfant de la DDASS disparu est retrouvé dans le parc du Chais, propriété de la puissante et riche famille de Louise…
Dans Narcogenèse, Anne Fakhouri convoque les grandes peurs enfantines et les personnages de conte pour nous faire vivre la genèse de l abandon et de l infanticide. Sur fond de secret de famille, les deux enquêtes menées par Simon et Louise nous emmènent aux frontières du fantastique.

Ce livre-là m’a poursuivie.
Bien avant sa publication, je trouvais sur ma route, toujours quand je m’y attendais le moins, ce titre énigmatique qui semblait m’attendre. Et j’avais beau tenter de l’ignorer, il revenait sans cesse…
Ensuite il y a eu l’illustration de couverture, superbe, intrigante, puis les premiers chapitres sur le blog de l’Atalante… Mais je crois qu’il m’avait ferrée avant ça. Il fallait que je lise ce bouquin et j’ai commencé à l’attendre avec impatience…
Ça fait un moment que ce billet attend, lui aussi… Pas parce que je n’ai pas apprécié cette lecture, bien au contraire, c’est un grand coup de cœur, mais peut-être parce que j’aurais du mal à vous expliquez pourquoi je l’ai aimée sans trop dévoiler l’histoire. Je ne saurais pas quoi en dire, sinon vous exhorter à la lire.
Je vais néanmoins essayer de vous faire partager, un peu, ce qu’a été cette lecture pour moi, même si mes mots seront forcément maladroits.
Tout d’abord, nous allons passer outre le résumé de quatrième de couverture qui est un peu trop surfait à mon goût et je vous dirai simplement que Narcogénèse est l’histoire d’une famille et des secrets de celle-ci, une histoire de peurs enfantines également, de cauchemars, de sorcellerie et de croquemitaine… Jamais pourtant vous ne serez vraiment sûrs de ce que vous lisez.
Il y a la famille Gaucher avec ses mystères et ses propres démons, puis il y a ces disparitions d’enfants, une quête, une enquête qui s’entremêlent…
C’est du fantastique dans la plus pure tradition du terme, trouble, incertain, étrange, dans lequel la réalité et l’onirisme se mêlent tant qu’il devient impossible de distinguer ce qui est vrai ou faux. Où s’arrête le rêve ? Faut-il croire à une explication logique de cette histoire ou bien voir au-delà ?
L’héritière d’Owlon mis à part, cela faisait longtemps que je n’avais pas été à ce point absorbée par un roman du genre. Je suis difficile, très difficile quand il s’agit de fantastique, mais là je suis conquise.
L’ambiance est sombre, sans jamais être pesante, elle est effrayante sans aller au-delà de mes limites de peureuse, l’intrigue est si bien menée qu’elle a réussi à me surprendre presque jusqu’à la fin et à me faire passer outre certains petits accrochages au final sans importance.
J’ai dévoré cette histoire presque sans temps morts et je sais qu’elle fait indéniablement partie de celles qui resteront toujours gravées dans ma mémoire.
Ce livre-là n’a pas fini de me poursuivre…
Si vous aimez le fantastique, mais aussi les thrillers psychologiques, bien que dans une moindre mesure, je vous le conseille chaleureusement.

Anne Fakhouri parle très bien de son livre dans le café littéraire des Imaginales sur le fantastique et je vous invite à l’écouter pour vous en faire une idée plus précise.

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