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Posts Tagged ‘Londres’

Scénario de Stephen Moffat et Mark Gatiss, dessins de Jay. Publié chez Kurokawa.

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Présentation de l’éditeur :

Rapatrié d’Afghanistan à cause d’une blessure et de troubles psychologiques, le Dr. Watson retrouve un vieil ami de l’époque de la faculté de médecine qui lui présente son futur colocataire. D’un seul coup d’oeil, cette personne devine qu’il s’agit d’un médecin militaire de retour du Moyen-Orient, qu’un de ses proches est victime d’alcoolisme ou encore qu’il est suivi par un thérapeute. Le nom de ce colocataire ? Sherlock Holmes.

Grande fan de la série, j’étais curieuse de voir son adaptation en manga, mais je ne nourrissais pas non plus d’attentes extraordinaires. Le fait est que, peu ou prou, le manga est conforme à ce que je m’imaginais : une copie très rigoureuse d’Une étude en rose. N’espérez pas même un changement de point de vue.
Cet épisode se prête admirablement à l’adaptation, étant un des plus linéaires de la série. Cependant je me demande ce que cela va donner pour la suite qui l’est de moins en moins. Cette série est très visuelle, avec les difficultés et avantages que cela comporte pour une adaptation en manga, mais son rythme et ses intrigues à tiroirs risquent de constituer quelques obstacles supplémentaires dans l’élaboration des tomes suivants. Quoi qu’il en soit, ce tome nous offre une transposition très satisfaisante, si on excepte quelques petits accrocs de traduction.
Il y a eu un gros travail sur les personnages principaux qu’on reconnaît bien dans leurs expressions et même leur jeu d’acteur. Ce n’est par contre pas le cas des personnages secondaires. Je trouve cela dommage et pas uniquement pour une question de ressemblance physique. Si Sherlock et Watson sont évidemment l’intérêt principal de la série, les personnages secondaires en sont le sel. Malheureusement, ce support les prive de la profondeur qui est la leur dans la série.
De mon point de vue, c’est une lecture dispensable, un ouvrage pour les fans qui ont juste envie de retrouver leur série fétiche et d’admirer les dessins. Les éventuels lecteurs qui n’auraient pas vu la série y perdront en charme, mais apprécieront peut-être le scénario nerveux qui pousse à tourner les pages.

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Un roman de Christine Luce, publié chez les moutons électriques.

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Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.

Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.

En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Ayant déjà publié un roman jeunesse, Charlotte Caillou contre les Zénaïdes (chez Le Carnoplaste), Christine Luce livre ici une superbe fantasy spirite aussi trouble qu’un verre d’absinthe, comme une rencontre de Nerval avec Neil Gaiman.

Avec ces Papillons géomètres, Christine Luce nous offre une histoire de fantômes à la lueur des becs de gaz. Les brumes de l’après-vie se mêlent au fog londonien pour créer une ambiance délétère, lourde de mystère.
J’ai un faible pour les histoires de revenants et, à ma grande satisfaction, celle-ci se révèle plutôt atypique. Cet autre monde, une marche au-dessus du nôtre, est fascinant et les esprits qui y survivent obéissent à des règles que l’on découvre au fur et à mesure.
L’auteur a créé des personnages intelligents et sortant des carcans qu’il est plaisant de voir évoluer. Mary-Gaëtane est l’une d’entre eux. Elle est avant tout une femme pragmatique et indépendante. Elle vit avec une amie d’enfance, Maisy, métisse et un peu sorcière. Mary exerce le métier de médium. Si elle use parfois d’artifices pour abuser une clientèle qui ne demande pas mieux, son don est néanmoins réel et dangereux. C’est à cause de lui, et de son bon cœur, qu’elle va se retrouver mêlée à une double affaire de disparition : celle d’une jeune femme sans histoires et… du fantôme de celle-ci.
Tous les personnages qui gravitent autour de la médium se révèlent tout aussi complexes, mais c’est avec l’Enquêteur, fantôme en marge de ses pairs et réellement très intrigant, que Mary partage le premier rôle. Ils forment un duo aussi étrange et mal assorti qu’attachant. Leurs interactions rythment le roman, entre humour et révélations.
Le décor et l’ambiance sont parfaits, les personnages intéressants et le style recherché, malheureusement l’intrigue s’enlise un peu dans la seconde moitié. Rien de grave, cependant j’espérais un mystère un peu plus consistant. Au final, l’ensemble est un peu lent, sans que ce soit vraiment dérangeant, mais certaines pistes prometteuses restent inexploitées, ce qui est plus gênant. J’aurais souhaité en savoir beaucoup plus sur ces fantômes et les règles qui régissent leur société, sur la famille de Mary ainsi que sur l’Enquêteur dont on entrevoit tout juste le passé.
J’ai donc été un peu déçue par cette fin qui, après quelques longueurs et trop de promesses, semble trop vite expédiée. Les nombreuses questions demeurant en suspens laissent présager, du moins je l’espère, de nouvelles incursions dans cet univers. En tout cas, je retrouverais volontiers ces personnages.

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Découvrez également les avis de Boudicca et d’Elhyandra.

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Un roman de Ben Aaronovitch, publié chez J’ai Lu en petit et grand format.

Mon avis sur le premier tome est ici.

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Le résumé de l’éditeur spoile abondamment le tome un, je vais donc m’abstenir de le copier.

En ce qui concerne ma chronique, j’ai laissé filtrer quelques détails, mais rien qui risquerait de vous gâcher la lecture du premier tome.

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Malgré quelques défauts, le premier tome de cette série, qui mêle polar et fantasy urbaine de manière équilibrée et intelligente, m’avait beaucoup plu. Exit les créatures et situations mille fois rebattues ainsi que les fausses enquêtes qui font juste office de colorant alimentaire dans de l’eau plate. Ici, les personnages sont travaillés, les mythes bien exploités, et l’intrigue réfléchie.
Dans cette Londres contemporaine, la magie est une science connue uniquement d’une élite. Peter, jeune policier très banal de prime abord, a fait cette découverte par hasard et s’y est accroché histoire de ne pas finir préposé à la paperasse. Il est devenu l’apprenti du dernier magicien « officiel » du Royaume-Uni et appartient désormais à une unité spéciale (mais réduite) qui s’occupe exclusivement des affaires impliquant des êtres surnaturels ou l’usage de la magie. Pour autant, le savoir ne lui est pas tombé tout cuit dans le bec. Il a encore beaucoup à apprendre.
L’intrigue reprend exactement là où s’était arrêté le tome 1. Ce qui, étant donné la nouvelle affaire qui se profilait dans le paysage, était très prometteur. Si j’ai oublié quelques détails du volume précédent depuis le temps, certaines choses sont restées étonnamment claires dans ma mémoire, dont la fameuse femme au vagin denté.
Au-delà de ça, certains personnages souffrent encore des séquelles de l’affaire Punch. Peter est en quelque sorte livré à lui-même et ne sait pas trop comment réagir. Il se sent un peu coupable aussi, mais l’action va vite le rattraper. Il a vraiment la vedette dans ce tome, les autres se partagent les miettes, cependant c’est plutôt logique.
J’ai retrouvé avec plaisir l’univers urbain, moderne et néanmoins magique, de Ben Aaronovitch. Les démêlés politiques des génies du lieu sont moins prégnants, mais demeurent dans le paysage. Cette fois, le gros de l’intrigue se déroule à Soho, plus précisément dans le milieu du jazz et du burlesque. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur le père de Peter et sa carrière ratée. Nous avons d‘un côté l’affaire des jazzmen aux morts suspectes, de l’autre la mystérieuse femme au vagin denté qui continue de faire des victimes.
Le background est toujours aussi riche, il forme un filet serré aux motifs complexes, mais l’intrigue, elle, est plus simple que dans le premier tome. Elle démarre sur les chapeaux de roues, puis d’un coup commence à piétiner. L’une des enquêtes est très chaotique, quant à l’autre… Peter est le dernier à comprendre, je le crains. Cela demeure toutefois intéressant, bien qu’un peu brouillon.
Aux détours de l’enquête, on en apprend davantage sur le passé de Nightingale et de Molly, mais cela est encore assez anecdotique. Peter étant un narrateur plutôt égocentrique, qui du reste ne se pose pas souvent les bonnes questions, c’est assez cohérent.
Le personnage est égal à lui-même. Les défauts qui m’avaient déjà agacée sont toujours là. Peter n‘est pas un mauvais gars et il est loin d’être stupide, mais il est prétentieux et manque d’à-propos. De surcroît, certaines remarques, sous couvert d’humour, m’ont vrillé les nerfs… J’aime plus l’univers que le personnage, mais il demeure crédible et je reste persuadée que l’auteur lui a sciemment donné ces défauts. Cela ne le rend que plus humain.
Ce tome est un peu moins consistant, ceci dit je ne me suis pas non plus ennuyée. C’est une bonne série qui, à mon sens, relève le niveau de l’urban en général. En outre, la fin apporte un intérêt nouveau qui m’a donné envie de lire la suite rapidement. J’espère un bouleversement à la mesure de cette nouvelle donne.

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Un roman d’Ophélie Bruneau, publié aux éditions du Chat Noir.

Vous pouvez également consulter mon avis sur le premier tome : L’Ours et la Colombe.

 

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Dans ce tome, notre sorcière moderne est de retour chez elle, à Londres, et tente de reprendre le cours de sa vie. Elle souffre encore des séquelles de sa dernière mission. Pour ne rien arranger, on lui a collé un vampire dans les pattes et une de ses amies sollicite son aide.
J’ai pris plaisir à retrouver Ana qui, ses dons mis à part, est une jeune femme de son temps. On peut facilement s’identifier à elle. Ana a une vie normale, des habitudes et des loisirs qui la rendent tangible. Et elle est amoureuse… mais ne sait pas comment faire comprendre à l’élu de son cœur qu’elle veut plus que son amitié.
Elle compte bien mettre à profit le prochain spectacle de sa troupe pour se rapprocher de Jayesh, sans savoir que son affection pour le jeune homme va l’entraîner sur une pente dangereuse.
L’ambiance sombre de ce roman et son décor de cabaret burlesque décati m’ont beaucoup plu. J’aurais aimé entrer un peu plus dans cet univers, cependant le principe même de la série est de nous offrir des intrigues brèves et enlevées. Celle de ce tome est plaisante bien qu’un peu trop basée sur l’action pour moi. On ne peut pas demander à un roman d’avoir le même impact qu’une série télé. En littérature, trop de visuel tue l’attention. C’est évidemment une considération personnelle, mais j’ai trouvé qu’il manquait quelque chose pour contrebalancer tout ce mouvement, d’autant que la première personne, quand elle décrit des actes, devient vite lourde.
Toutefois, le principe du piège dans lequel tombe notre sorcière m’a séduite. Ophélie Bruneau dessine des motifs qui me parlent. C’est peut-être aussi pour cela que j’aurais souhaité un récit plus conséquent.
Ce deuxième tome confirme les impressions que m’a laissées le premier : Ana l’étoilée est une série sympa, des romans qui se croquent vite entre deux lectures plus denses.

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Je vais cette fois vous parler de quatre nouvelles, toujours dans la collection micro des éditions Walrus.
Elles m’ont été envoyées dans le cadre du JLNN, je remercie donc les éditions Walrus et Lune.
D’ailleurs, vous pouvez lire l’avis de cette dernière sur 1888 et En Adon je puise mes forces sur son blog.

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1888 de Céline Etcheberry

1888

1888 nous entraîne dans le sillage de Jack l’éventreur. Présenté ici comme un dandy glacial, Jack n’a qu’une seule obsession : le temps. Rythmés par sa précieuse montre à gousset, ses crimes semblent lui apporter plus que la satisfaction de ses instincts de tueur.
La montre est, dans cette nouvelle, une entité à part entière, menaçante, intéressante dans ses tic-tacs comme dans ses silences inquiétants. Jack est-il tout simplement fou ou cette montre a-t-elle un réel pouvoir ?
On est ici dans le fantastique, car le doute demeure pour qui le souhaite. Cependant, si ambiguïté il y a, l’auteur exploite néanmoins très bien son idée et les meurtres, ici à rebours, de ce célèbre tueur. En peu de mots, elle nous plonge dans son récit. Sa façon de traiter le sujet est originale et j’ai beaucoup aimé son style.
Ce fut pour moi une excellente lecture, riche en suspense et émotions. La chute m’a laissée un peu perplexe et je ne l’ai pas trop appréciée, mais c’est bien mon seul regret.

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En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri

En Adon je puise mes forces

Dans la quiétude d’une tombe, Elthya, une jeune prêtresse, veille aux derniers sacrements qui aideront son défunt roi à passer de l’autre côté. Cependant, son rituel est sur le point d’être perturbé par deux créatures pour le moins étranges.
C’est la rencontre de deux mondes en total décalage, celui d’Elthya et de ses dieux avec celui de Vjlir, policier extraterrestre à la poursuite d’un prisonnier évadé. Or, ce chef de la pègre interstellaire ne compte pas se laisser attraper aussi facilement. Ce n’est toutefois pas vraiment le contraste entre les deux civilisations ou le potentiel comique de la situation que l’auteur a choisi d’exploiter. Cependant, le récit n’en est que plus original selon moi.
Ce mélange de SF et de mythologie m’a plu et si je suis restée un peu en-dehors de la réflexion philosophique qui l’accompagne (surtout à cause de l’aspect religieux de l’affaire en fait, même s’il y a moult façons de voir les choses), j’ai néanmoins apprécié l’idée et elle m’a donné du grain à moudre.
C’est un très bon texte, bien pensé, agréable à lire. Les débuts rocambolesques y amènent un peu d’humour pour contrebalancer la réflexion et l’équilibre entre les deux se fait.
J’ai beaucoup aimé cette lecture.

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Hérésie minérale de Stéphane Desienne

Hérésie minérale

Des quatre textes présentés dans ce billet, celui-ci est mon préféré.

Je me suis vraiment passionnée pour cette histoire qui mêle science et religion afin de poser d’intéressantes questions sur la notion d’intelligence, de vie et de communauté. La problématique, ainsi que la façon dont elle est traitée, m’a beaucoup plu et est évidemment la raison majeure qui m’a fait aimer ce texte. Cependant, je l’ai de surcroît trouvé très bien écrit. J’ai apprécié la façon dont sont amenées les révélations au fur et à mesure, ce suspense maintenu sans pour autant frustrer le lecteur, et le rythme que cela apporte au récit.
Dès les premières lignes, nous comprenons que nous nous trouvons au cœur d’un procès, mais un procès ecclésiastique et même inquisitorial, ce qui a son importance. Le père Franck comparait et c’est son témoignage que nous invite à suivre l’auteur. Or, il semblerait que ce procès soit bien plus important pour l’humanité tout entière qu’une simple affaire d’église.
La prégnance de la religion, mais aussi l’aspect mercantile du voyage spatial et de notre société de consommation sont au centre de cette réflexion.
Le père Franck évoque un voyage dans l’espace et surtout une découverte importante, d’un point de vue scientifique, mais aussi humain. Les responsabilités qui pèsent sur lui m’ont touchée, son combat m’a émue. J’ai lu ce texte avec une certaine fébrilité et c’est au final un vrai coup de cœur.
J’ai tout aimé dans cette nouvelle, l’intrigue en elle-même, qui est prenante, la problématique abordée, le style… J’ai juste le regret de ne pouvoir qu’extrapoler sur ce que va engendrer la décision qui est prise à la fin.
Je vous invite de tout cœur à découvrir cette nouvelle.

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Anastasis d’Aude Cenga

Anastasis

Laisse-moi entrer, murmure la voix à l’oreille de Lodrick alors que celui-ci se trouve dans une situation désespérée. C’est là le début de l’histoire et de ce qui va, à jamais, changer cet homme, mais aussi son entourage.
En lisant le résumé de l’éditeur, j’ai tout de suite deviné de quelle créature il s’agissait, cependant, même si ça me paraît évident et que l’auteur nous le dévoile dans les premières lignes, je préfère vous en laisser la surprise.
Pour autant, c’est dans les ambitions de ladite créature que tient toute la singularité du récit. On ne la croise pas souvent, il faut le dire, et jamais, en tout cas, je ne l’avais vue traitée de la sorte. Ça ne pouvait qu’éveiller mon intérêt.
C’est original, prenant, mais également assez gore, potentiellement perturbant et très malsain. Âmes sensibles s’abstenir, même si le sujet justifie toute cette violence. J’avoue que je ne suis pas cliente, mais ça ne m’a pas non plus traumatisée.
Cette nouvelle est taillée dans le vif (si j’ose dire avec une telle intrigue) et s’il y a bien un début, la fin reste très ouverte. Ça ne me dérange pas, j’aime bien la façon abrupte dont elle se termine, mais certains, qui apprécient les nouvelles plus structurées, pourront se sentir frustrés.
Ça reste un texte à lire pour les amateurs du genre. Les férus de zombies, même s’il ne s’agit pas de ces créatures-ci, pourront aussi y trouver leur compte.

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Un roman de Lilith Saintcrow, publié chez Le livre de poche.

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Le mystère du drake mécaniste de Lilith Saintcrow

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Le résumé de quatrième de couverture étant totalement à côté de la plaque, je ne le recopierai pas ici.

A propos dudit résumé (ou comment je ne peux me taire face à de tels contresens) :
Si vous l’avez lu et qu’il vous a attiré, laissez-moi remettre les pendules à l’heure. On nous promet un « mentaliste renégat », en fait il n’a pas de licence, donc ne peut travailler, et est dans la dèche. Ce gars n’est ni un traître ni un rebelle. On nous parle d’une « sorcière travaillant pour un service médico-légal », euuuuuh… Je ne vois pas vraiment le rapport. Elle est enquêtrice au service de la reine. Elle peut faire parler les morts, mais c’est loin d’être mis en avant. Elle passe plutôt son temps à jouer les chiens renifleurs.
Enfin, le résumé nous promet un duo de personnages qui se détestent cordialement, ce qui est complètement faux. Ils ne se connaissent pas au début du roman et apprennent vite à s’apprécier même si leurs capacités les opposent par nature. En effet, Clare est la logique incarnée, or la magie est illogique par essence, du moins selon le système développé par Lilith Saintcrow (ce qui est absurde de mon point de vue car, si magie il y a, elle obéit sans nul doute à une forme de logique, mais passons).
On peut penser que cela n’a guère d’importance qu’ils se détestent ou s’apprécient, mais en fait cela joue sur la dynamique de l’histoire, c’est beaucoup moins drôle, impertinent ou tendu que ça aurait pu l’être, d’autant que ces deux personnages sont loin de former une véritable équipe et sont vite expédiés chacun de leur côté sur des pistes différentes, même si celles-ci sont liées.

Mon résumé (pour ceux qui tiennent absolument à savoir de quoi le livre parle vraiment et qui ont envie de se faciliter la vie, parce que c’est très difficile d’entrer dans cette histoire) :
Emma Bannon est une sorcière Prima, autrement dit le rang le plus élevé parmi les sorciers. En gros, cela signifie qu’elle peut accomplir plusieurs actes magiques en même temps. Elle est entièrement dévouée à Britannia, l’esprit régnant du pays qui s’incarne dans le corps d’un humain pour régner. En l’occurrence, il s’agit de la jeune reine Victrix.
Cette fois, notre chère Emma a reniflé un complot auquel sont mêlés des mentah (des humains, ayant une logique et des capacités de mémoire, de calcul, etc. proches de celles d’un ordinateur. Ils ne supportent pas l’illogisme et sont en outre très gênés par les émotions). Dans le cadre de son enquête, Emma va devoir protéger un mentah pour qu’il ne finisse pas comme certains de ses confrères qui ont été tués et mutilés, tout en le gardant à l’œil pour s’assurer qu’il ne fait pas partie des traîtres.
C’est en gros tout ce dont l’auteur nous bombarde dans le premier chapitre et c’est à peu près tout. Complot il y a, complot il faudra déjouer, tout en essayant de ne pas s’endormir en route.

Mon avis :
J’ai été très déçue par ce roman et pas seulement parce que le résumé me promettait tout autre chose. Certes les attentes ont du poids dans la façon dont on perçoit un récit, mais j’étais tout à fait prête à dépasser cela (je ne considère que de très loin les résumés, j’arrive très bien toute seule à me faire suffisamment de fausses idées), je ne demandais pas mieux que d’apprécier une bonne lecture steampunk. Je n’ai pourtant pas réussi à accrocher à cette histoire.
Cela tient surtout au fait que l’intrigue est un fouillis particulièrement inextricable et que l’auteur gère très mal le rythme de son récit. Je ne suis pas fan des lectures prémâchées dans lesquelles l’auteur se sent obligé de tout expliquer, mais là Lilith Saintcrow nous jette directement dans le grand bain sans s’inquiéter qu’on nage bien ou pas. L’univers est censé nous être acquis, ce qui peut avoir son charme ou vite devenir exaspérant. De mon point de vue, il faut veiller à garder un équilibre dans ce que le lecteur ignore, sinon il y a bien un moment où il va lâcher l’affaire. Or, elle ne s’en préoccupe pas. On rame, sans savoir de quel côté aller, au lieu de découvrir avec une curiosité avide ce que l’auteur nous a concocté.
Elle passe son temps à balancer des termes propres à son récit ou à vaguement évoquer des bribes d’événements antérieurs qu’elle n’éclaircira pas. Elle n’explique jamais rien et quand on finit par tout intégrer on ne peut que se dire que c’est un rien bancal et que, franchement, tout ça pour en arriver là c’est vraiment compliquer la lecture pour pas grand-chose. Je n’étais pas au mieux de ma forme quand j’ai lu ce livre, cela a sans doute joué sur ma perception des choses, mais je persiste à penser que c’est beaucoup de blabla, même les scènes de combat sont interminables, et beaucoup de gymnastique cérébrale (pour retenir tous ces termes liés à la magie) particulièrement inutiles. Malheureusement, l’histoire elle-même et l’univers créé par l’auteur ne rattrapent pas ces lourdeurs, loin de là.
Peut-être est-ce parce que j’ai lu beaucoup de steampunk dernièrement, de qualité qui plus est, que j’ai trouvé que dans ce bouquin les caractéristiques du genre ne sont pas bien exploitées. L’auteur centre plus son roman sur la magie et son système, même si elle l’a développé, est plutôt brouillon et pas franchement intéressant à mon goût. Ajoutons à cela que cet univers alternatif me laisse perplexe. On ne sait pas grand-chose à son sujet, si ce n’est qu’il y a de la magie dans ce monde, que des gens sont des ordinateurs vivants et que le pays est dirigé par un esprit séculaire qui passe de corps en corps. Mouais, bon… L’auteur ne s’est pas vraiment foulée. Elle a gardé des noms latins pour Londres et la Grande-Bretagne, mais s’est amusée à changer ceux de lieux connus, comme par exemple des quartiers de Londres, ou ceux de personnages historiques en ajoutant ou en modifiant une lettre. Je ne trouve aucune logique à cela et je suis comme Clare, j’ai besoin de logique. Ce ne sont pas des noms bidouillés qui font un univers solide et tant qu’à faire du bidouillage, autant foutre la paix au latin qui visiblement n’a rien à faire là.
Tant que nous sommes dans le registre linguistique… Un personnage étant allemand et un autre italien, il y a quelques passages dans ces deux langues et ils ne sont pas traduits. C’est agaçant, même si c’est ponctuel. J’aime bien savoir ce que les gens se disent, même si l’on comprend assez aisément grâce au contexte (d’autant qu’il s’agit le plus souvent de jurons…). De surcroît, si son allemand est aussi approximatif que son italien, elle aurait dû s’abstenir.
Le style est haché et assez lourd. On a souvent droit aux mêmes phrases pour se référer à des personnages ou les décrire, comme par exemple les traits enfantins d’Emma. La narration est omnisciente, ce qui accentue une forme de mise à distance vis-à-vis des protagonistes. Parfois l’auteur nous entraîne dans leurs pensées. Celles-ci sont écrites en italique et sont surtout composée de non-dits. Elles servent surtout à montrer combien ils se méfient les uns des autres.
Les personnages sont extrêmement froids. Ils ne sont pas dénués d’intérêt, mais tirent vers la caricature, surtout Emma, ce qui a eu le don de m’énerver. Elle est têtue, se croit plus forte qu’elle ne l’est, n’est pas fichue de réfléchir avant de se jeter dans un piège… Elle est soi-disant dévouée mais agit inconsidérément tout au long de l’histoire… Elle me donnait l’impression d’entendre une craie qui crisse sur un tableau noir. Ceci dit, c’est comme ça que le personnage est construit, il est vraisemblable, même s’il m’est antipathique.
Sa relation avec son bouclier (une sorte de garde du corps) est tortueuse et sans réel intérêt. Elle est dépendante de lui, mais ne peut totalement lui faire confiance. Elle passe son temps à essayer de montrer que c’est elle qui tient les rênes… Ses atermoiements et jeux de pouvoir sont certainement les aspects du récit qui m’ont le plus ennuyée. Amenée ainsi, la situation n’a ni profondeur ni intérêt, alors que l’idée même aurait pu avoir plus de potentiel. Au final Mikal, le bouclier, fait surtout office de bon gros toutou. On ne sait pas vraiment quelle est sa vraie nature, mais l’auteur nous donne suffisamment d’indices à ce sujet pour le deviner.
Les personnages masculins du roman sont surtout les faire-valoir d’Emma, d’autant qu’ils ont tous pour elle une certaine admiration… Clare est le plus sympa du lot, mais son statut de mentah, imperméable aux émotions fortes, allié à sa banalité, le rendent un peu fadasse. Il est malgré tout mon préféré.
Il y a à la fin du livre une hiérarchie des sorciers qui arrive un peu tardivement, lue avant on ne l’intègre pas, lue après on n’en a plus besoin. On trouve aussi un passage d’un livre de Clare sur la déduction qui, sorti de son contexte, n’a pas vraiment d’intérêt, si ce n’est d’équilibrer la donne, puisqu’on parle des mages, autant parler aussi des mentah…
L’action ne démarre vraiment qu’au dernier tiers du livre, c’est trop tard, même si ça avive l’intérêt du lecteur. Le potentiel des personnages est peu exploité, de même que l’univers, le style assez lourd empêche de réellement s’investir dans le récit. J’ai vraiment essayé et si quelques passages ont pu retenir mon attention, je me suis surtout beaucoup ennuyée avec ce roman et je ne lirai sûrement pas la suite.

Ce livre a été lu dans le cadre du club de lecture de Vampires et Sorcières. C’était l’ouvrage choisi pour le mois de septembre 2013.

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Un roman d’urban fantasy de Ben Aaronovitch, publié chez J’ai Lu (en grand format dans la collection Nouveaux millénaires, puis en poche à partir de la fin août 2013).

Les rivières de Londres - Le dernier apprenti sorcier t1 - Ben Aaronovitch

Quatrième de couverture :

L’agent Peter Grant ne croyait pas aux fantômes, jusqu’au jour où un étrange personnage lui affirme avoir assisté au meurtre sur lequel il enquête. Un témoin providentiel… s’il n’était mort depuis plus d’un siècle !
Et Peter n’est pas au bout de ses surprises : recruté par l’énigmatique inspecteur Nightingale, il intègre l’unité de la police londonienne chargée des affaires surnaturelles.
Au programme, traquer vampires, sorcières et autres créatures de la nuit ; faire respecter les divers accords passés entre les forces occultes de Londres ; réconcilier les divinités qui se partagent la Tamise, sans devenir esclave de leurs charmes ; et bien sûr apprendre le latin, le grec ancien et une montagne d’incantations bizarres et pour le moins rébarbatives.
Peter doit en passer par là, s’il veut un jour devenir à son tour le dernier sorcier de Londres…

Peter Grant est en passe de terminer le stage de deux ans qui le fera entrer définitivement dans la police. Mais quand il apprend sa future affectation, il déchante très vite. Peter veut être sur le terrain, pas remplir de la paperasse à longueur de journée pour faire gagner du temps aux autres. Pour échapper à ce sort, il n’a qu’une option, retrouver le fantôme qu’il a croisé l’autre soir, alors qu’il avait pour mission de surveiller une scène de crime et, peut-être, résoudre cette affaire.
Peter est un policier sans grande envergure. On lui reproche de se laisser trop facilement distraire par tout et n’importe quoi, mais aussi de manquer d’à-propos. Ce qu’il nous démontre d’ailleurs tout au long du roman… Pourtant, son enquête se révèle très agréable à suivre, d’autant qu’elle est mâtinée d’un humour so british terriblement caustique.
Le récit est moderne et se passe à Londres à notre époque. Si Peter se laisse facilement entraîner dans le surnaturel, celui-ci n’est pourtant pas monnaie courante. On nous explique d’ailleurs que la magie a peu à peu disparu et les rares gens au courant de sa réalité la considèrent avec beaucoup de circonspection.
L’histoire en elle-même est plutôt originale et il y a en fait deux intrigues en parallèle, en plus de la découverte du monde surnaturel par notre narrateur ainsi que celle de son potentiel en tant que magicien. Il trouve dans cette capacité à percevoir le surnaturel un moyen d’échapper à un travail de bureau et ne va pas le laisser échapper aussi facilement.
La première intrigue est liée au meurtre du tout début et c’est la plus consistante. Elle est vraiment bien trouvée et parfaitement construite. Ça change de tous ces romans dans lesquels l’enquête n’est qu’un prétexte. La seconde intrigue, par contre, est un peu plus délayée, même si elle prend de la place (un peu trop parfois), et concerne les différends des deux esprits de la Tamise et de leurs enfants. Evidemment, ces deux histoires qui s’entrecroisent vont se trouver liées, mais de manière plutôt inattendue. Le tout est plaisant, mais parfois un peu lent, ce qui n’aide pas à tourner les pages. Je pense qu’il faut bien connaître Londres, les légendes locales et la Tamise, pour apprécier toutes les subtilités de cette histoire. Néanmoins, un lecteur averti s’en sort à bon compte.
Il y a des longueurs qui gâchent en partie l’originalité du propos, c’est un fait, mais le problème de rythme de ce roman vient surtout de la narration. Peter a tendance à relater les faits en les énumérant de façon froide, comme s’il écrivait un rapport. Si c’est pour coller à son image de policier, c’est peut-être un peu exagéré. La narration à la première personne a ses limites et doit être vivante. On sait que, par essence, elle ne peut pas être exhaustive, mais celle-ci nous offre les inconvénients, en adjoignant ceux de la narration à la troisième personne, sans avoir les avantages d’aucune des deux, c’est-à-dire l’implication émotionnelle pour la première et l’omniscience pour la seconde. Ce roman manque cruellement d’empathie.
Sans l’humour qui colore les dialogues, le récit de Peter lui-même serait assez plat. Pourtant il semble être un gars sympa de prime abord, même si pas vraiment attachant de mon point de vue car il est aussi très superficiel. J’en suis arrivée à le trouver de plus en plus exaspérant au fil de l’histoire, mais je sais que ce n’est pas forcément mérité. Il est ambitieux, mais un peu nonchalant, se laisse facilement distraire et se montre très curieux sur des points de détail, alors qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel, comme par exemple ce qui est arrivé à ses prédécesseurs. Ce n’est pas non plus à lui qu’il faut demander de prendre des initiatives, du moins au début… Ce sont sa mauvaise foi et les piques de supériorité qu’il dégaine parfois dans sa façon de juger autrui qui m’ont le plus agacée.
Il est amoureux de Lesley, une de ses collègues de la même promo, nettement plus vive que lui, mais qui fait semblant de ne pas voir ses tentatives pour se rapprocher d’elle. Leur relation est assez marrante, on voit clairement qu’elle joue les amies, mais veut quand même se le garder sous le coude, juste au cas où… Et avec les événements qui ont lieu dans ce roman, ça donne plus encore envie de savoir ce qui va leur arriver. J’avoue m’être plus intéressée aux personnages secondaires comme Lesley, certes, mais aussi Molly, la mystérieuse domestique, et Nightingale, le maître de Peter, particulièrement charmant avec ses manières désuètes.
C’est un roman distrayant, une mise en place prometteuse pour la suite de la série qui, j’espère, se révèlera tout aussi originale que ce premier volume et, avec un peu de chance, moins longuette. Si cet ouvrage vous tente, il est prévu en poche pour fin août 2013, alors pourquoi s’en priver ?

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