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Posts Tagged ‘Mexique’

Une nouvelle de Xavier Portebois, disponible en numérique chez Realities Inc.

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Futur lointain, la surpopulation n’est plus qu’un vieux souvenir, la médecine soigne ou régénère sans souci, le travail est assuré par des robots et les humains peuvent tranquillement voguer à travers l’univers, menant une existence oisive et exempte d’inquiétude. Ne serait-ce pas l’idée que la plupart des gens se font du Paradis ? (Sans les cantiques, c’est tout bénef.)
Sur notre bonne vieille Terre, Esteban est pris d’une lubie : fêter el dia de los muertos. Mais sa soirée ne va pas se passer comme il l’escomptait… Alors que la Mort n’est plus qu’un concept désuet dans ce monde parfait, Esteban la rencontre pourtant au détour d’une sépulture qui n’est même pas celle de ses aïeux… Si l’après-vie qu’elle lui propose ne le séduit pas, il n’a plus qu’une option : négocier pour sauver sa peau et réussir l’épreuve qu’elle lui imposera.
J’aime caler mes lectures sur la saison et celle-ci tombait à point nommé, d’autant que Xavier Portebois me surprend toujours par ses récits originaux. ¡Santa Muerte! ne déroge pas à la règle. C’est un texte très agréable à lire, un peu fantasque, amusant et léger, mais pas dénué d’une certaine réflexion sur l’humanité.
Esteban est un personnage plutôt sympathique, un gars lambda, ni bon ni mauvais, qui n’a pas fait un choix très judicieux. On s’identifie facilement à ce type. Malgré lui, Il doit subir un passage initiatique mis en scène avec subtilité et très symbolique. Heureusement, son parcours est agrémenté de quelques notes d’espoir et d’humour.
Tout en soulignant nos petits travers et nos contradictions, cette nouvelle est toujours empreinte de bienveillance. C’est tout à fait le genre de textes que j’aime lire à cette époque de l’année.

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Pour d’autres lectures halloweenesques, je vous conseille :
L’Arbre d’Halloween de Ray Bradbury
Le Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne
La boîte de Schrödinger spéciale Halloween (anthologie)
Maisons hantées (anthologie)

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Et puisqu’on parle de charger votre pile à lire… L’an dernier, les éditions Realities Inc ont publié une nouvelle de Noël que vous devriez garder sous le coude pour décembre : De Rouille et de Glace de Manon Bousquet.

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Como agua para chocolate, Les épices de la passion en français (ouais, je sais…), est un film mexicain réalisé par Alfonso Arau et basé sur le roman éponyme de Laura Esquivel. Celle-ci en a d’ailleurs écrit le scénario. En français, le roman s’intitule Chocolat amer et tous les amateurs de réalisme magique devraient le lire.
L’histoire se déroule au début du XXe siècle au Mexique. Laura Esquivel nous conte le destin de Tita, dernière-née d’une femme revêche qui, sous prétexte de tradition, veut la garder auprès d’elle et l’empêcher de se marier. Or, Tita est courtisée…
Pour se rapprocher de la femme qu’il aime et qu’on lui refuse, Pedro fait donc le choix d’épouser Rosaura, la sœur aînée de celle-ci. Il s’installe chez sa belle-famille, avivant ainsi les tensions.
Ma première rencontre avec Tita s’est faite par le biais de mes cours d’espagnol au lycée. J’ai eu à traduire l’un des premiers chapitres du roman et j’ai été touchée par l’histoire de cette jeune femme sur laquelle sa mère a reporté toutes les frustrations de son existence. Cependant, au-delà du fait que mama Elena est une sacrée peau de vache, la tradition est réelle. Cela donne à réfléchir.
Pour autant, n’imaginez pas que le film et le roman soient pesants ou emplis de rancœur. On est dans le réalisme magique, le fantasque, le romanesque. Le contexte historique troublé n’apparaît qu’en fond, les femmes sont au cœur du récit. Il y a Tita et sa mère, bien sûr, mais aussi Nacha, la vieille servante qui a élevé la petite dernière, et les autres filles de la maison. On s’attache vite à certaines d’entre elles.
Le roman développe davantage leurs histoires personnelles, surtout pour Gertrudis, la cadette, et j’admets avoir préféré de loin la lecture. Elle date un peu, mais je me souviens de chapitres courts, d’une écriture douce qui donne l’impression de chuchoter des confidences et de notes culinaires… Le film est fidèle au roman, mais ne possède pas sa magie. À vrai dire, je ne lui aurais peut-être pas trouvé grand intérêt si je n’avais pas connu toutes les ramifications de cette histoire familiale.
La vie de Tita est intimement liée à la cuisine. Chocolat amer est à rapprocher de ces romans qui vous entraînent dans un univers lié aux sens, avec cet éclat de petite magie du quotidien qui fait la différence, sans pour autant verser dans le surnaturel débridé. Pour exemple je citerai La Maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni, qui est assez connu.
Film ou roman, Laura Esquivel nous offre un récit d’accomplissement. Il parle de ce que l’on choisit de transmettre, en bien ou en mal, et de la difficulté que l’on peut avoir à se libérer des traditions pour n’en garder que le meilleur et construire sa propre vie. Vous adhèrerez ou non aux choix de Tita, mais vous ressentirez autour d’elle cette présence, ces liens qui l’unissent à plusieurs générations de femmes. C’est une sensation familière quand on répète soi-même les gestes que l’on a appris de ses parents ou de ses proches. C’est un savoir inconscient qui nous accompagne toute notre vie.
Le film date de 1992. C’est en le trouvant dans le catalogue de Netflix que je m’en suis souvenue et ai eu envie de retrouver ces personnages. Il peut paraître un peu vieillot, mais il n’est pas mauvais malgré quelques raccourcis à l’emporte-pièce. Je conseille de toute façon de lire le roman avant. Je crois sincèrement qu’à voir le film en premier vous vous gâcheriez la découverte.

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De Charlotte Bousquet.
Publié chez Argemmios.

 

« Les fées, c’est comme la Vierge de Guadalupe, j’ai cessé d’y croire à dix ans. Quand j’ai tué pour la première fois. »

À Ciudad Juárez, des femmes sont assassinées. Pour le sexe. Pour le fun. Pour leurs organes, aussi. La routine. Sauf qu’une inconnue voilée de blanc apparaît, à chaque fois, près des cadavres.

La Llorona.

En pleine guerre des cartels, les Feds ont autre chose à faire que courir après une légende. Alors, ils ont fait appel à moi, Eva Vargas, la meilleure tueuse à gages et spirite du Mexique. Mais entre les fantômes du passé, les narcos et mon fichu cœur d’artichaut, il va falloir autre chose qu’un tequila blanco pour y arriver sans me brûler les ailes…

Décidément, Charlotte Bousquet arrivera toujours à m’étonner. Aucun de ses ouvrages ne ressemble à l’autre et son style, différent et semblable à la fois, toujours reconnaissable en tous cas, s’adapte à chaque nouvelle histoire comme si c’était elle qui était faite pour lui et non l’inverse.
Llorona on the rocks est un récit vif, sans complaisance. On nous promet du sang, du cynisme, de l’action et des fantômes, une histoire un peu entre James Bond et de la bonne fantasy urbaine. Et on ne nous floue pas, c’est le moins qu’on puisse dire.
Llorona est un thriller surprenant qui se lit très vite et qui donne plus l’impression de regarder un film (et même d’écouter sa bande-son) que de lire un livre, tout en gardant l’avantage littéraire de nous faire entrer dans les pensées des personnages.
L’action est bien dosée, haletante la plupart du temps, mais laissant à quelques moments d’attente, de rêve ou d’introspection l’opportunité de semer le trouble dans l’esprit du lecteur afin qu’il sache bien que jamais, jusqu’à la toute fin, le mystère n’est totalement éclairci ou l’histoire arrêtée et que tout peut encore se produire.
C’est un très bon livre, divertissant mais aussi instructif, il pousse à une certaine réflexion sur la condition des femmes. J’ai vraiment apprécié cette lecture, mais quelque chose que je ne saurais pas vraiment définir m’a empêchée de passer au stade supérieur et de réellement l’adorer. Est-ce parce qu’une grande partie de l’univers musical qui imprègne l’histoire m’est étranger ? Non, je ne le crois pas, j’ai aimé découvrir celui-ci. Est-ce que cela tient au personnage alors, dont les propensions à se la jouer et à s’écouter parler m’ont souvent agacée ? Je ne sais pas… Vers la fin j’appréciais Evelia, je lui pardonnais volontiers ces petits accrochages…
Peut-être aurais-je aimé que la mythologie et le folklore prennent une plus grande place dans cet ouvrage…
Cela dit, l’épilogue laisse présager du meilleur et si l’auteur a dans l’idée d’écrire un autre roman de ce genre, je le lirai sans aucun doute.
Enfin, une mention spéciale pour les annexes qui complètent agréablement le roman et dont j’ai apprécié la lecture. Il y a deux articles très intéressants, l’un sur les féminicides de Ciudad Juarez et l’autre sur Frida Kahlo, mais également la playlist de l’ouvrage et quelques recettes de boissons, idée originale et très sympathique.
Il y a en outre un glossaire, mais j’aurais préféré pour ma part des notes de bas de page à la place. Je n’aime pas interrompre ma lecture pour simplement chercher la signification exacte d’un mot d’argot… Ce qui me fait de surcroît penser que si, lisant l’espagnol, je n’ai pas été gênée que ne soient pas traduites les bribes de chansons qui jalonnent le texte, ce ne sera peut-être pas le cas de tout le monde… Oh, c’est assez facilement compréhensible je crois et pas vraiment nécessaire non plus de tout saisir, mais ces paroles participent à la création d’une certaine ambiance, c’est donc un peu dommage de passer à côté.

 

Ce livre entre dans la catégorie imaginaire pour le défi ABFA et V&S 2011.

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