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Posts Tagged ‘roman-recueil’

Un roman d’Ugo Bellagamba, publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Cette version a été retravaillée et augmentée.

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Présentation de l’éditeur :

« Je suis une Victoire, ma chérie… Si tu préfères, un soldat, engagé dans une lutte dont l’origine se perd dans la nuit des temps. »

L’Orvet a fait de l’humanité son terrain de chasse, causant famines, guerres et destructions. De la Rome antique jusqu’aux étoiles les plus lointaines, ce roman retrace le combat et les sacrifices des Victoires, ces femmes qui luttent dans l’ombre pour nous protéger.
Lettrées, guerrières ou amantes, voici huit portraits de ces vigies qui jalonnent l’histoire et redessinent en creux notre futur.

Ugo Bellagamba est l’une des plus belles plumes de l’Imaginaire. Il l’a prouvé au fil de la demi-douzaine de livres qu’il a publiés, qui lui ont valu la reconnaissance de nombreux prix, dont le Grand Prix de l’imaginaire ou encore le prix Utopiales pour Tancrède, une uchronie. L’Origine des Victoires est peut-être son roman le plus personnel, tout en finesse et en subtilité, ancré dans les paysages du sud de la France.

Jeunes ou vieilles, guerrières et intellectuelles, les Victoires sont des femmes libres et puissantes qui ne craignent ni le combat ni le sacrifice. Depuis l’éveil de la conscience humaine, elles arpentent le monde, tâchant d’arracher leurs contemporains à l’attraction maléfique de l’Orvet, mi-prédateur mi-parasite. Cette créature extraterrestre se délecte du mal, du chaos et de la souffrance. L’Orvet manipule l’humanité, l’aidant même à développer ses connaissances quand cela l’arrange, pour mieux la dévorer.
L’Origine des Victoires est un fix up constitué de récits éclatés dont la succession ne tient pas compte de la chronologie, même si l’on fait en quelque sorte la rencontre de la première et de la dernière des Victoires. Chaque chapitre est dévolu à l’une de ces héroïnes froides et déterminées. Ces portraits de femmes sont fulgurants, figeant la Victoire à l’apogée de son allégorie. Ce sont les multiples facettes de la femme en général, mises en exergue par ce combat particulier contre le chaos. Cette lutte, pourtant à peine entraperçue entre les lignes des destinées de nos huit Victoires – et de leurs sœurs tout juste évoquées – est aussi fascinante que complexe, détaillée juste ce qu’il faut pour laisser l’imagination du lecteur travailler. La nature de l’humanité en général, mais plus particulièrement celle des femmes, est dépeinte avec brio dans ces pages.
L’intrigue laisse une large part aux ellipses. Si vous préférez les histoires développées à l’extrême, cela ne vous séduira probablement pas. Toutefois, il serait malvenu de considérer ces nouvelles – quelquefois sans début, souvent sans fin – comme des ébauches superficielles. Incisives, elles tranchent dans le vif d’un combat millénaire pour en extraire les moments clés et capturer l’essence des Victoires. Cette narration parcellaire m’a beaucoup plu et, d’un point de vue philosophique, cette lecture fut très intéressante. J’ai rechigné à abandonner certaines de ces femmes car leurs récits m’ont fascinée. Cependant, l’auteur joue de cette frustration.
Je n’ai pas toujours compris ou cautionné les actes de ces femmes. Je pense notamment à Claudia dans le premier texte. Enfin si, je ne comprends que trop son but, sans parvenir néanmoins à trouver son choix judicieux. Si elle n’avait pas tant attendu, elle n’aurait peut-être pas eu à le faire.
Il faut dire que cette première histoire m’a perturbée. Elle commence par un souvenir, la tiédeur d’un après-midi complice entre une mère et sa fille… Mais si l’une croit que l’on peut échapper à son destin, ce n’est pas le cas de l’autre. Selon moi, les femmes ont ancrées en elles, comme l’une des autres nouvelles le fait d’ailleurs remarquer, cette certitude que fuir parfois, ruser souvent, n’est pas de la lâcheté. Il faut quelquefois se ménager pour durer et perdre des batailles pour gagner une guerre, comme il faut savoir, aussi, quand il est nécessaire de se sacrifier.
Cette lecture m’a offert de nombreuses pistes de réflexion. La seule chose qui m’a retenue au début fut que je n’adhérais pas à l’idée-même de l’Orvet, non pas en tant que créature, mais comme principe du mal. On envisage assez vite qu’il ne fait qu’exacerber les mauvais penchants des êtres qu’il possède et on voit au fur et à mesure qu’il manipule l’humanité depuis très longtemps pour qu’elle soit à son goût, mais ses victimes n’en sont pas moins des marionnettes. Dans les premiers textes, cela les dédouane presque de leurs actes, comme si le mal était vraiment extérieur à l’humanité. Je trouvais cela trop manichéen, cependant ma perception a évolué à la lumière des récits. L’idée de base est plus profonde et l’auteur la ménage. L’ambivalence de la nature de l’Orvet, tout comme celle des Victoires, apparaît petit à petit. Ainsi, j’ai fini par trouver cette vision des choses très cohérente et vraisemblable.
L’auteur développe une vraie réflexion sur le mal et l’âme humaine au fil de textes parfaitement ciselés. Le style très travaillé s’accorde à merveille à l’intelligence du propos. Les silences font autant partie du récit que les références littéraires ou historiques.
La version poche parue au sein de la collection Hélios est une réédition retravaillée et augmentée. Le chapitre de Coppélia qui y a été ajouté est un plus non négligeable.
L’Origine des Victoires est un ouvrage atypique qui contourne habilement les évidences et m’a désarçonnée parfois. Ce n’est peut-être pas une lecture pour tout le monde. Elle demande de l’implication, une certaine disponibilité d’esprit et de la patience pour l’apprécier à sa juste valeur. Je l’ai, pour ma part, beaucoup appréciée.

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CRAAA

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre de SFFF féministe. Ouvertement féministe ou gommant les genres.

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Un fix up de Claire Krust, publié chez ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.
Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.

Jeune lilloise, étudiante en métiers de la rédaction, Claire Krust signe ici un premier roman envoûtant, cruel et poétique.

Les Neiges de l’éternel est un fix-up en cinq parties, comme une suite de tableaux partageant ambiance et personnages. Elles s’apparentent à des nouvelles qui peuvent tout à fait se lire séparément, mais composent ensemble un puzzle élégant, bien qu’incomplet en quelque sorte. Elles ne sont pas présentées de façon chronologique et chaque partie se focalise sur un personnage différent. Les unes et les autres se recoupent, mais laissent des zones d’ombre dans l’histoire globale.
L’action se déroule toujours en hiver, saison des mystères et de l’introspection. Les personnages semblent souvent très seuls, coupés du monde, même quand ils sont entourés. Ils nous sont présentés à un moment clé de leur existence, le récit se recentre alors sur eux. On a pu ou non les rencontrer auparavant dans d’autres chapitres, à d’autres époques, mais ils nous apparaissent différents selon qu’ils sont vus par d’autres ou que l’on partage leurs sentiments quand l’histoire se focalise sur eux. Ils évoluent beaucoup tout au long de l’ouvrage. Il faut dire qu’il y a un siècle d’écart entre l’événement déclencheur et sa dernière conséquence connue. Seule la dernière partie m’a semblé un peu convenue, tout en restant néanmoins agréable à lire.
Dans ces récits, Claire Krust instille un fantastique diffus, presque du réalisme magique. Elle a su créer une histoire de fantôme très intéressante, sur fond de saga familiale dans un Japon féodal fantasmé. Les personnages ne sont pas forcément attachants, car souvent très égoïstes, mais on ne peut s’empêcher de s’inquiéter de leur devenir, d’espérer une alternative plus heureuse ou tout simplement plus humaine. Ils sont très bien construits, on ressent leur humanité, leurs forces comme leurs faiblesses.
J’ai beaucoup aimé la forme morcelée de la trame ainsi que le fait qu’on soit plus dans le ressenti que dans l’action. L’ambiance douce-amère, presque cotonneuse alors que l’on se laisse imprégner de l’hiver qui règne dans ces nouvelles, m’a séduite. Le récit est lent, presque contemplatif, mais prenant.
Par contre, j’ai été très agacée par les coquilles : des mots qui manquent, des « si tenté » à la place de « si tant est », etc. Cela mis à part, j’ai passé un très bon moment avec Les Neiges de l’éternel.

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CRAAA

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un livre SFFF se passant en Orient

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Un roman feuilleton de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.

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Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant… vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Peut-être avez-vous déjà croisé Ragon, notamment dans l’anthologie steampunk des éditions du Chat Noir : Montres Enchantées. Avec Feuillets de cuivre, nous avons enfin l’occasion de le connaître davantage, en le suivant du début de sa carrière jusqu’à la toute fin de celle-ci. Homme brillant, féru de littérature, intuitif mais méthodique, mesuré mais prompt à la compassion, Ragon est un personnage très attachant. Son corps le trahit d’une façon qui prend tout son sens à mesure qu’on apprend qui se cache derrière ce policier simple et complexe à la fois. Si les enquêtes intriguent le lecteur et gagnent en intensité au fur et à mesure, il en va de même pour l’intérêt envers le personnage lui-même.
Ragon est de loin mon préféré, mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant transparents. Ils apportent beaucoup au récit. J’ai adoré Zehnacker et Fredouille. Le grand méchant de l’histoire, quant à lui, n’est pas si prévisible qu’on pourrait le croire, même si l’auteur distille des indices permettant de le reconnaître et de comprendre ses motivations.
Ce roman puzzle, auquel le lecteur est invité à participer activement, est divisé en deux parties. La première regroupe dans l’ordre chronologique les enquêtes les plus marquantes de la carrière de Ragon. La seconde voit la révélation de sa Némésis et, au travers de nouvelles enquêtes, la poursuite de celle-ci. La construction de l’ouvrage est intéressante et m’a beaucoup plu. La trame se complexifie à mesure et happe le lecteur.
Feuillets de cuivre est un roman feuilleton, entre le steampunk et le polar. C’est de la littérature populaire de grande qualité. Il prend la forme d’un fix up. Il est composé de textes qui s’apparentent à des nouvelles, mais sont liés. Les pistes se croisent, se rejoignent… Ces intrigues imbriquées impliquent le lecteur et l’incitent à poser ses propres hypothèses pour, peut-être, prendre le héros de vitesse.
Ragon est un érudit, il résout ses enquêtes grâce aux livres. Cela est d’autant plus prégnant dans la seconde partie car son ennemi juré a choisi de le défier sur son propre terrain. Cela nous donne un texte d’une grande intelligence, empli de références littéraires ou culturelles. Mais si vous ne les possédez pas toutes, cela ne vous empêchera pas d’apprécier cette lecture et de suivre l’enquête.
L’ambiance steampunk est peu marquée, c’est le polar qui domine, mais une technologie alternative, ainsi que de la magie font tout de même des incursions dans le scénario. Cela est justement dosé et jamais au détriment de la cohérence. Dans Feuillets de cuivre on ne résout pas les énigmes sans réflexion, juste en claquant des doigts ou en utilisant le surnaturel comme explication standard déracinée de tout mobile ou logique. En tant que lectrice, c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement.
Pour terminer sur une note un peu futile, j’ajouterai que l’objet-livre est superbe et fait un peu old school. La couverture est cartonnée et agréable au toucher, le titre cuivré. On se sent dans l’ambiance avant même de l’ouvrir. C’est peut-être de l’ordre du détail, mais cela possède indéniablement un certain charme. Feuillets de cuivre fut une excellente lecture.

D’autres avis sur :
Un papillon dans la lune
La magie des mots

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CRAAA

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Un fix-up rose bonbon de Cécile Guillot, publié aux éditions du chat noir.

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Présentation de l’éditeur :
Lottie est une jeune Londonienne bien sous tous rapports, même si elle préfère s’informer des dernières modes plutôt que d’apprendre les convenances d’une future femme à marier. Cependant, lorsque des engeances monstrueuses sorties tout droit d’une dimension parallèle s’attaquent à elle au cours d’une promenade, la lady saute sur l’occasion de chambouler son quotidien. Mise au parfum par Mr Rabbit, un jeune horloger garant de la fermeture de ces portails, Lottie décide de partir à l’aventure. Dans son empressement passionné, elle embrigade sa sœur et sa meilleure amie avec lesquelles elle forme désormais le Pink Tea Time Club. Un groupe de lecture, en apparences, où l’on parle monstres, créatures fantastiques, royaumes féériques et autres mondes. Pour la soif de découverte, pour sauver Londres mais surtout, pour passer le temps. En toute bienséance, cela va de soi…

Préalablement publiées sous forme de feuilleton numérique, les nouvelles composant The Pink Tea Time Club ont été regroupées dans une version papier. Les liens entre les intrigues placent ainsi l’ouvrage à la lisière entre le recueil et le roman. Je pense que le plaisir de lecture et la perception de la continuité ne sont pas les mêmes quand on lit tout à la suite, d’où cette précision. Cela est d’autant plus frappant que l’ouvrage et très court et se lit en quelques heures. J’aurais probablement eu plus de patience avec l’un des personnages si j’avais découvert ces aventures petit à petit.
Cécile Guillot nous entraîne cette fois à l’ère victorienne, sur les traces d’une troupe des plus improbables. Elijah Rabbit, héros un peu tiède et hésitant chargé d’empêcher l’intrusion de créatures venant d’autres dimensions, se trouve affublé bien malgré lui d’assistantes pour le moins inattendues. Sous l’égide de l’inconséquente Lottie, trois demoiselles de bonne famille vont s’immiscer dans ses activités ésotériques, pour le pire et le meilleur… L’horloger est facilement débordé par cette bande de jeunes filles, mais les uns vont évoluer au contact des autres et s’affirmer dans leurs choix de vie. C’est ce qu’il y a de plaisant dans ces histoires qui, cela mis à part, manquent un peu de profondeur.
Les personnages eux-mêmes, s’ils sont pour la plupart sympathiques, ne sont pas particulièrement développés. La pragmatique Vivian, qui a ma préférence, assure la bonne marche de l’équipe et sa cohésion, mais c’est sans nul doute Lottie, capricieuse bien que dotée d’un grand cœur, qui évolue le plus. Pour autant, j’avoue avoir eu un peu de mal à supporter les gamineries de cette dernière, mais les histoires sont sympathiques. On plonge dans une ambiance girly, rubans roses et tasses de thé qui n’est pas déplaisante. Les clins d’œil à de grands classiques de la littérature sont nombreux et amusants. Cette lecture est idéale pour mettre un peu de légèreté dans votre vie au cours d’un après-midi pluvieux.

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Un recueil de nouvelles d’Yves et Ada Rémy, publié en papier et numérique aux éditions Dystopia. Version revue par les auteurs.

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Les Soldats de la mer est un fix-up. Les nouvelles qui le composent s’entrelacent pour former un tout. Ces Chroniques Illégitimes Sous la Fédération sont l’ébauche d’un monde brumeux, à la fois reflet avancé (pour son époque) du nôtre et résonance lointaine de nos songes et chimères. Elles relatent des faits étranges qui ne peuvent prétendre à une place dans les livres d’Histoire de cette Europe, bien qu’elle n’en porte pas le nom, jumelle de la nôtre.
Dans ce monde parallèle et pourvu de deux lunes, naît et se développe la Fédération, coalition de nations figurant la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, etc. Celle-ci prend, au fur et à mesure de ses conquêtes et alliances, des allures d’Empire puissant mais perpétuellement en guerre. On apprend à la connaître au fil des nouvelles, par touches discrètes tout d’abord, comme si ce n’était pas vraiment le propos. Les récits s’articulent autour des soldats qui la servent et elle paraît n’être qu’un personnage secondaire, malgré un statut d’entité qu’on ne peut nier.
Je ne suis pas férue d’histoires militaires, mais je me suis laissée bercer par l’ambiance onirique des nouvelles. C’est, en grande partie, du Fantastique de haute volée, élégant, revisitant des thèmes classiques avec brio et originalité. Fantômes, vampires et revenants de tout poil raviront les amateurs du genre. Aucun de ces récits n’est convenu et la conclusion se révèle époustouflante.
Ce recueil est immersif, on sent l’odeur des embruns, le brouillard qui colle à la peau et glace l’échine, les fantômes qui rôdent. Le style, superbe, délié, est pour beaucoup dans le plaisir de lecture. J’avais déjà aimé Le Prophète et le Vizir, diptyque de nouvelles lu quelques semaines auparavant, mais Les Soldats de la mer m’a indubitablement impressionnée. L’ambiance de ces textes, et plus encore dans les derniers, m’a beaucoup rappelé celle des écrits de Julien Gracq, un auteur qui a durablement marqué mon imaginaire et mes perceptions littéraires. L’attente et l’étrange, les non-dits et l’onirisme sont d’importantes composantes de ces histoires.
Cet ouvrage est typique du Fantastique à la fois pour les thèmes visités, l’ambiguïté et l’atmosphère des récits, mais aussi l’élégance raffinée de l’écriture. Cependant, au-delà de l’amateur habituel de Fantastique à l’ancienne, tous les lecteurs aimant la belle littérature apprécieront ces nouvelles.
Je ne remercierai jamais assez les éditions Dystopia d’avoir réédité ce chef-d’œuvre, me permettant ainsi de le lire et, j’espère, de vous le faire connaître et aimer à votre tour.

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CRAAA

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Un « roman-recueil » de Jacques Fuentealba, publié chez Malpertuis en version papier et chez Walrus en numérique.

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Entre amnésie salvatrice et quête de l’identité et du pouvoir, des dieux déchus traversent les siècles, menant une guerre larvée contre le Ciel et l’Enfer. Certains ont choisi de faire cavalier seul, quelques-uns comme les Juges des Morts se sont aménagé des domaines à leur convenance, d’autres enfin dissimulent leurs activités au sein d’un cirque pour le moins étrange.
Des collines de la Grèce antique aux envoûtantes ruelles de Prague, de la Ville Lumière aux projecteurs d’Hollywood en passant par le cœur d’une tornade, une église reconvertie en boîte de nuit et une station de métro pas si désaffectée que ça, le cycle du Sunset Circus vous invite à suivre la décadence, les vicissitudes et hauts faits de ces survivants d’un autre âge.

Un roman flamboyant qui développe un univers de fantasy moderne habité par un panthéon baroque, et dont l’imagination mythologique évoque Neil Gaiman et Roger Zelazny.

Sommaire :

  • Étoile du matin, sombre destin
  • Sur les traces d’Arcimboldo
  • L’Avaleur de sabres
  • Être de taille
  • Rise and fall of Bianca Nera
  • Le cortège des fous
  • Araf
  • Dimanche, jour du Seigneur

Le Cortège des fous est un recueil de nouvelles que son auteur qualifie lui-même de « roman éclaté ». On ne saurait trouver meilleure façon de décrire cet ouvrage. Ces nouvelles, parmi lesquelles se trouve une novella, sont toutes liées entre elles et se suivent chronologiquement (il est important de le préciser car cela a une incidence sur la façon dont elles sont perçues). Elles s’inscrivent dans le cycle du Sunset Circus, univers cher à l’auteur et qu’il polit avec passion depuis longtemps.
Les histoires dans lesquelles il nous plonge sont pétries de mythologie. Ce monde est proche du nôtre, donc les récits oscillent entre fantastique et fantasy urbaine, dans une ambiance inimitable, à la fois trouble et poétique.
J’avais déjà lu ce recueil il y a quelques années et c’est avec un certain plaisir que j’ai retrouvé son atmosphère sombre et ses personnages que leurs origines mythiques et la vision qu’en donne l’auteur rendent à la fois très familiers et originaux. Pourtant, malgré une seconde lecture, je ne sais toujours pas comment faire passer toute la complexité de l’univers mis en place par Jacques Fuentealba.
Avant tout, il nous conte par touches plus ou moins sibyllines l’histoire d’un affrontement séculaire entre les religions polythéistes et la chrétienté. La première nouvelle Étoile du matin, sombre destin est en quelque sorte la genèse de tout le cycle du Sunset Circus, comment cette guerre s’est déclarée, ses enjeux, les implications de certains personnages et leurs allégeances.
Fuentealba nous offre un regard neuf sur toutes ces histoires que nous connaissons déjà et les bases qu’il pose ne sont pas dues au hasard mais à une savante construction, très logique et argumentée.
Ce que les anciens dieux, surtout ceux de la mythologie grecque mais aussi certains autres issus de divers panthéons, sont devenus est également un des enjeux importants de ce cycle. Ce recueil met en scène, de façon imagée, ce qu’on étudie en littérature comme étant l’opposition du mythos et du logos, mais je ne vais pas vous embêter avec ça. Retenons juste que les mythes étaient une expression de la vérité, pas en tant que récits s’étant déroulés, mais en tant que vision symbolique de cette vérité, d’où la naissance d’archétypes.
Ces dieux dont nous parle Fuentealba sont à la fois la résurgence de leurs propres mythologies, mais en outre de ces archétypes, de ce que l’on sait d’eux ainsi que de nos propres croyances. Ils sont figés dans l’expression de leur nature, mais s’y opposent parfois, et cela fait partie de toute la richesse de cet univers.
Les factions en présence se combattent rarement de front, cette croisade est menée en toute subtilité, avec ruse et sans manichéisme. En effet, les choses ne sont pas aussi simples qu’une opposition entre une ancienne religion et une nouvelle, les choix, allégeances et parfois trahisons des uns et des autres alimentent le conflit comme ils peuvent le freiner. C’est un combat tout en tensions, parfois figé dans le statu quo, mais toujours voué à reprendre.
Pour ce qui est de chaque texte plus précisément, il serait difficile de développer sans trop en dire, si ce n’est que tous mettent en scène des personnages très intéressants. Je suis moins sensible aux textes liés à Eurydice et Orphée, notamment Araf que l’on peut aussi lire dans la très bonne anthologie des Sombres romantiques produite par les éditions du Riez. Par contre, j’aurais peine à choisir ma préférée parmi les autres.
La novella Le cortège des fous est vraiment excellente car elle fait le pari de nous attacher à un personnage monstrueux par nature. On l’apprécie, on se range à son côté et on le soutient malgré tout. On approche sa nature monstrueuse et néfaste d’une autre manière et c’est sans doute au final le plus humain de tous ces anciens dieux. Cependant, au-delà de ça, ce texte réussit surtout le tour de force d’élever le paradoxe au rang de Mystère divin. C’est une histoire tourbillonnante, comme le Typhon. Le style s’adapte parfaitement au personnage. C’est le cas pour toutes les nouvelles du recueil, mais c’est particulièrement évident pour celle-ci.
De par sa construction même, Sur les traces d’Arcimboldo est un excellent texte, très prenant. On y retrouve les prémices de la série d’Émile Delcroix. Les mythes y croisent des légendes et des motifs littéraires, mais également l’Histoire. L’ambiance, surtout, a su me charmer.
Être de taille est une histoire aussi émouvante qu’intelligemment menée. Elle met en scène un Loki superbement réussi. Le personnage est fascinant en soi et l’interprétation qu’en fait Fuentealba est tout à fait digne de dieu rusé, elle montre qu’il peut se révéler plus nuancé qu’on le croit. Et le récit lui-même est passionnant.
L’avaleur de sabres est une nouvelle fort sympathique et celle-ci vous présentera mon personnage préféré, quoique j’aime aussi énormément son frère que vous rencontrerez plus tard dans le recueil. En tant que l’un des premiers textes de l’ouvrage, elle revient sur la naissance du Sunset Circus et la façon dont les dieux ont évolué.
Enfin le dernier récit et pas des moindres, Dimanche, jour du Seigneur, est très drôle et vous donnera envie de vous procurer très vite l’Antre du diable, où vous retrouverez l’un des personnages présents dans ce texte.
Le cortège des fous est un excellent recueil, atypique et pas forcément toujours facile d’accès, mais d’une grande qualité dans son fond comme sa forme. Fuentealba fait une utilisation très intéressante de la mythologie. Ces histoires recherchées, à l’ambiance floue et un peu désenchantée, sont contées avec finesse et poésie. Elles plairont aux lecteurs exigeants, amoureux de fantastique (bien que cela n’en soit pas vraiment) et surtout de mythologie.

D’autres lectures dans l’univers du Sunset Circus :
– Un roman : L’Antre du diable, également disponible chez Malpertuis.
Il existe aussi des nouvelles, je ne les connais sans doute pas toutes, cependant je peux toujours vous en conseiller deux :
Chien de garde, en numérique chez Walrus et en papier dans l’anthologie Malpertuis I.
En attendant… elle aussi disponible en numérique chez Walrus dans l’anthologie La boîte de Schrödinger – spéciale Halloween.
– Puis un peu à part, mais dans le même esprit, je vous conseille chaleureusement Émile Delcroix et l’ombre sur Paris.

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Un ouvrage d’Ambre Dubois, publié aux éditions du Riez.

Je l’ai classé en fantastique, même si pour moi dès que le surnaturel est avéré ça n’en est plus. Mais après tout le classement n’a guère d’importance, occupons-nous plutôt du bouquin…

Son éditeur nous le présente ainsi :

Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière…

Et voici ce que moi-même j’en dis :
Ni tout à fait recueil, ni tout à fait roman, ce court ouvrage est constitué de nouvelles qui, bien qu’ayant toutes une intrigue spécifique, portent sur les deux mêmes mystérieux personnages : Lord Nermeryl principalement et sa compagne Corneille au second plan. Ainsi, nous pouvons suivre leur évolution comme dans un roman, tout en ayant le plaisir de lire plusieurs histoires et en profitant de la trame narrative plus enlevée propre à la nouvelle.
Les codes du format court se mêlent à ceux du roman et c’est, je dois dire, une assez bonne réussite puisque ça donne à la fois une impression de diversité et de cohérence. J’aime beaucoup ce procédé qui fait de chaque chapitre une histoire à part entière, même si je trouve qu’écrire une nouvelle, et a fortiori une série de nouvelles, surtout dans le genre fantastique, est un art difficile qui ici n’atteint pas la pleine mesure de son potentiel. Ça reste du bon travail, je ne vais pas chipoter, mais pour moi la nouvelle fantastique est principalement un récit à chute ou, au moins, ménage plusieurs pistes à son lecteur et ceci est évidemment atténué dans un ouvrage de ce type. Alors l’ambiance est trouble, certes, les personnages énigmatiques à souhait, la fin excellente, mais quelque chose m’a retenue sur la rive, sans que je sache vraiment définir quoi. Enfin, ça n’a pas été mon problème majeur non plus, c’est juste une question de goûts et de styles. J’admets qui plus est que les codes sont forcément plus souples pour une série de nouvelles, mais le fantastique est mon genre de prédilection, je suis donc difficile.
Ce qui m’a le plus ennuyée est la façon dont sont traitées et surtout résolues ces enquêtes. Si les histoires sont très diverses dans le fond, elles restent néanmoins très répétitives dans leur schéma narratif, ce qui atténue cet effet de variété. Elles sont souvent elliptiques également. Je n’ai rien contre les ellipses, surtout en fantastique, mais là on cache quand il faut raconter, on raconte quand il faut montrer, on montre quand il faut cacher… C’est assez dommage car ça donne parfois une impression de facilité, que ce soit au niveau de l’écriture ou dans la gestion de la trame (surtout dans la résolution des enquêtes qui laisse vraiment à désirer), alors que, si je relativise, ce sont de très bonnes histoires.
Le style est agréable, mais pas exempt de maladresses, ainsi que d’erreurs de toutes sortes. Il n’y en a certes pas tant que ça en comparaison d’autres ouvrages, mais elles sont assez grossières… (Des mots à la place d’autres, des tournures de phrases inexactes, des invraisemblances langagières, etc.) En outre, pour ce genre bien précis, j’attends toujours plus d’élégance et de raffinement, voire même de la préciosité, dans l’écriture, à la fois pour coller à l’époque et aux personnages. Or, tout en n’étant pas déplaisant, le style d’Ambre Dubois est parfois maladroit et manque de naturel dans l’usage du registre soutenu. On sent que l’utiliser lui demande un effort.
Il y a aussi des détails du récit qui m’ont laissée perplexe. A titre d’exemple, on ne jette pas un voile sur une peinture qui n’est pas encore sèche, on ne peut pas tourner vers soi le visage d’un corps qui doit depuis longtemps être pris par la rigidité cadavérique…
Détails me direz-vous, détails… Mais ça a quelque peu contrarié ma lecture.
Impressions en demi-teinte, semble-t-il donc, pour une lecture qui fut un agréable divertissement malgré tout et que j’ai su savourer en laissant de côté ses défauts, autant que je l’ai pu, mais qui, je le crains, ne marquera pas longtemps mon esprit.
J’ai trouvé les histoires prenantes, bien que prévisibles puisqu’elles reprennent des thèmes classiques de la littérature fantastique et même s’ils sont plutôt bien traités, ils n’en restent pas moins familiers pour moi qui suis coutumière du genre. Toutefois, même si j’ai apprécié ces histoires et eu du mal à m’en détacher en cours de lecture, quand il m’est arrivé de devoir le faire, j’ai eu à chaque fois des difficultés en reprenant le livre à me rappeler de quoi il était question dans la nouvelle que j’avais quittée la veille. Evidemment ça m’est vite revenu après quelques lignes de lecture, mais c’est pour moi assez perturbant qu’une histoire en cours laisse si peu d’empreintes sur mon esprit et c’est de surcroît très inhabituel.
Ces nouvelles sont surtout portées par le charisme de leur personnage principal qui est intéressant de par son attitude et sa nature, même si j’ai été un peu déçue que tout soit si simple, attendant un temps, court à dire vrai, un revirement de situation qui n’est pas arrivé. Il faut croire que je suis conditionnée par les nouvelles à chute. J’aurais aimé que le mystère perdure un peu plus longtemps concernant la nature de Nermeryl, même si j’ai apprécié qu’elle soit relativement nuancée. Quand il s’agit de fantastique, plus les récits et les personnages sont troubles, plus ça me convient. J’aime être surprise ou déroutée par ce genre de lecture, or je ne l’ai pas été par celle-ci.
Les personnages sont cependant la grande force de ces récits, mais les thèmes des histoires sont également bien choisis et l’auteur leur apporte la touche d’originalité nécessaire à l’usage de motifs aussi connus. En outre, comme je l’ai déjà dit, la fin est très bien écrite et sonne tout à fait juste, ce qui est d’autant plus appréciable pour ce type de récit.
J’ai été un peu dure avec cet ouvrage, mais je vous en conseille néanmoins la lecture, que vous soyez ou non amateur de fantastique.
Dans le même genre je vous conseille vivement Les Gentlemen de l’étrange d’Estelle Valls de Gomis. Les deux personnages sont d’ailleurs cités dans la première nouvelle d’Absinthes et Démons.

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