Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘romans de moeurs’

Un roman de Robert Montgomery Bird, publié Aux forges de Vulcain.

*

sheppard-lee-robert-montgomery-bird

Présentation de l’éditeur :

Qui n’a jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? D’échanger sa place avec un autre ? Début du 19ème siècle, Philadelphie : un jeune Américain, Sheppard Lee, se découvre capable de migrer de corps en corps : il sera un riche, un pauvre, un fou, un esclave. Et ses multiples réincarnations vont peu à peu dessiner le portrait de la société américaine, une société folle et cruelle. Chaque fois qu’il se retrouvera dans un nouveau corps, Sheppard Lee fera sienne de nouvelles habitudes, pensées et manières de s’exprimer et le roman épousera ces transformations, alternant entre le roman d’éducation, le conte gothique, le récit de science-fiction, le roman social, tout en conservant une force picaresque sans pareille. Cartographie mentale de l’Amérique et témoignage de son époque sur les pionniers, l’abolitionnisme et le populisme naissant, ce roman a été un immense succès à l’époque de sa publication, contemporaine de celle de La démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Inspiré par le Frankenstein de Mary Shelley, salué par Edgar Allan Poe, Sheppard Lee est le premier grand roman américain. Oublié au 20ème siècle, il a été redécouvert au début du 21ème siècle et loué, à la fois comme un roman postmoderniste avant l’heure, et comme une prémonition de l’Amérique délirante des présidents Bush et Trump. Traduit pour la première fois en français, ce roman inouï est suivi d’une postface du traducteur, Antoine Traisnel, grand spécialiste de l’oeuvre de Nathaniel Hawthorne.

Sheppard Lee, le narrateur et personnage principal de ce roman, est un jeune fermier du New Jersey au XIXe siècle. Son père, homme sagace et industrieux, a su tirer parti de son maigre patrimoine et, si le fils avait été pour moitié aussi travailleur, ce dernier aurait pu vivre dans une relative aisance. Cependant, Sheppard est un homme dolent et mal dégrossi, le genre à n’être jamais satisfait de son sort, tout en ne sachant pas vraiment où il a mal. En cherchant à se distraire et à travailler le moins possible, il gaspille peu à peu son patrimoine et achève de le mettre à mal en tentant de « se refaire » par des moyens tous plus stupides les uns que les autres… Néanmoins, en allant de mal en pis, sa situation va le conduire à la découverte d’un don singulier : Sheppard serait capable de migrer dans n’importe quel cadavre et de faire siens, outre le corps, les souvenirs (avec toutefois un temps d’adaptation) et la personnalité de son hôte. Ainsi, le fermier fainéant et benêt va bondir de vie en vie, mesurant les existences de ses compatriotes à l’aune de la sienne.
Sheppard Lee, écrit par lui-même, est présenté comme les mémoires de son prétendu auteur. Mais un homme qui change de corps comme de chemise et embrasse alors une toute autre personnalité est-il jamais lui-même ? L’identité, par ailleurs totalement assujettie au corps et conditionnant la destinée, semble être la question majeure de ce récit. Pour autant, elle n’en permet pas moins à son auteur une critique sociale acerbe.
Sheppard sera bourgeois puis dandy désargenté, usurier, philanthrope, esclave et riche propriétaire terrien en proie à l’hypocondrie… Au fil de ces rencontres, le lecteur prend la mesure des différences de classes et des drames de chacun de ces personnages, mais Sheppard, lui, ne semble rien apprendre. Pour ce personnage, il s’agit plus d’une fuite en avant que d’une tentative d’amélioration de son existence. Plus il migre d’un corps à l’autre, plus il s’efface dans la personnalité qu’il emprunte. Enfin, jusqu’à un certain point… Celui où il se trouve, une fois de plus, l’être le plus malheureux du monde.
Ce procédé illustre parfaitement une doctrine qui, en substance, nous conte que l’âme est une force de vie sans personnalité, mais que l’esprit, lui, est totalement soumis au vaisseau charnel. Si on peut déplorer ce choix qui entrave le personnage et donc les possibilités de l’histoire, l’auteur a indubitablement su en tirer le meilleur parti.
Par bien des aspects, ce roman est très intéressant et j’ai beaucoup apprécié sa dimension sociétale. Néanmoins, il me faut admettre que ce ne fut pas pour autant une lecture agréable. La narration, qui conte au lieu de montrer — ce qui demeure cependant assez logique dans le contexte —, alourdit le récit, d’autant que Sheppard prend grand plaisir à se répéter. Pour exemple de ses incessants rabâchages, je citerai l’une de ses premières transformations. Afin d’éveiller les souvenirs liés à son nouveau corps, il demande à un ami de lui conter son histoire et, en la retranscrivant (laborieux récit de seconde main… Ou devrais-je dire de seconde voix ?), il se sent obligé de préciser de très nombreuses fois qu’il s’agit de la vie du corps qu’il occupe à ce moment-là. On aurait du mal à ne pas le savoir… Cela m’a souvent agacée en cours de lecture, mais je me dois de reconnaître qu’après avoir tourné la dernière page j’ai pu envisager différemment ces pénibles répétitions. Enfin, cela n’enlève rien au fait que l’on se sent souvent embourbé dans une histoire qui, en majeure partie, n’avance pas, bien qu’elle puisse s’emballer à tout moment et nous offrir alors des passages qui ne dépareraient pas dans un bon roman d’aventures, créant ainsi un certain déséquilibre.
Le récit ne manque pas d’humour, mais s’il est aisé d’apprécier le comique de situation, le sarcasme et l’humour très noir mis en scène, je n’ai sans doute pas toutes les références culturelles, et surtout historiques, relatives aux U.S.A. qui m’auraient permis de l’estimer à sa juste valeur et cela au-delà du seul point de vue humoristique.
Pendant une bonne partie du roman, je me suis demandé quel intérêt il y avait à faire migrer un homme de corps en corps, puisqu’il s’effaçait au profit du précédent occupant de ses corps d’emprunt (notons d’ailleurs qu’il n’est jamais femme). Cela est d’autant plus rageant que Sheppard ne semble pas du tout évoluer ni retenir quoi que ce soit à la fois des situations vécues ou des aptitudes de ses vaisseaux. Toutefois, la fin nous démontre que l’auteur n’a pas fait ces choix sans raison et morale il y a, même si je la trouve très américaine — et un rien chrétienne — par essence. Pas que je sois dubitative sur le fond, mais cela manque un peu de subtilité.
Au final, je dirais qu’entre ce livre et moi la rencontre a failli être totalement ratée. Le personnage antipathique et certains chapitres par trop longuets n’ont pas eu raison de ma patience car il y a une vraie réflexion dans cette histoire, même si elle n’est pas suffisamment développée à mon goût. La pointe de fantastique (et je ne me réfère pas ici uniquement à la métempsychose) apporte une touche de fraîcheur et d’insolite qui rend le tout plus ludique. En tout cas, cela m’a plus amusée que les jeux de mots sur les noms des personnages…
Sheppard Lee est donc un ouvrage intéressant, très caustique, oscillant entre le roman d’aventures et le roman de mœurs. Très critique envers l’humanité, voire fataliste par instant, il use des stéréotypes avec intelligence pour peindre les travers d’une époque qui, pour éloignée qu’elle soit, n’en possède pas moins de tristes ressemblances avec la nôtre. En cela, ce roman demeure très actuel.

*

tous les livres sur Babelio.com

 

Publicités

Read Full Post »

Un roman de Thierry Guilabert paru chez L’école des loisirs.

 

la_fois_ou_jai_ecoute_ma_mere

 

Je ne vous copie pas le résumé de l’éditeur car je trouve qu’il en dit trop.

La fois où j’ai écouté ma mère a paru dans la collection Médium de L’école des loisirs, soit pour les 12-16 ans, mais un lecteur plus âgé peut tout à fait apprécier à la fois le style délicat et la portée du récit.
Mila a quatorze ans, elle sait bien que ses parents connaissent des difficultés, mais elle peine à l’accepter. Elle se voile la face tant bien que mal, jusqu’au soir où son père frappe sa mère devant elle. C’était le coup de trop. La mère de Mila profite du fait qu’il est parti retrouver son copain de beuverie pour fuir avec sa fille. Leur périple les mènera aux Ouches, un hameau perdu dans la montagne où de vieilles femmes vivent en communauté. Là-bas elles pourront se cacher et retrouver leur équilibre.
Mila est la narratrice et l’auteur a su la rendre très vivante aux yeux du lecteur. Par sa voix, il conte avec sensibilité une période difficile. On la voit osciller entre la petite fille qu’elle est encore et la jeune femme qu’elle est en train de devenir. C’est très joliment écrit, avec pudeur et justesse. Mila a soif de vivre. Peu à peu, loin du monde, elle reconstruit les repères que son père avait commencé à détruire. Le bien, le mal, le vrai, le faux… Elle cherche à comprendre comment tout cela est arrivé et quoi faire pour aider sa mère. Celle-ci est à bout, elle agit comme un automate. Elle avait depuis longtemps perdu son indépendance et il lui a fallu tout son courage pour s’enfuir. Mais, auprès des veuves, elle va peu à peu reprendre du poil de la bête.
Ce roman très court, environ 160 pages, et très fluide, se lit en quelques heures. Il aurait peut-être même mérité d’être un peu plus développé, mais là c’est la lectrice adulte qui parle. Le récit est en fait plutôt contemplatif et introspectif, j’aurais voulu en savoir davantage sur le village et ses habitantes.
J’ai trouvé certains choix un peu cliché, mais le tout reste assez réaliste. C’est un bon livre. Il ne prend pas les jeunes pour des abrutis, il est très bien écrit et montre qu’il y a toujours de l’espoir, même au cœur des nuits les plus sombres. Cependant, l’espoir n’est pas tout, il faut aussi se donner la peine d’avancer.

Read Full Post »

Un roman d’Annie Barrows publié chez Nil (bientôt disponible en poche).

Texte intégral lu par Claire Tefnin pour Audiolib.

*

le secret de la manufacture de chaussettes inusables - annie barrows

 

Présentation de l’éditeur :

(J’ai pris le résumé de la version grand format, celui d’audiolib étant complètement à côté de la plaque…)

*

Ce n’était pas le projet estival dont Layla avait rêvé.
Rédiger l’histoire d’une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines.
Et pourtant…

Été 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d’une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville.
L’été s’annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a… La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l’enfance… La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu’elle aimait… Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville.
De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l’existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

J’avais apprécié Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates et j’avais besoin d’un roman tranquille, bien écrit mais reposant, à écouter en tricotant sans perdre des mailles à chaque rebondissement. Vous voyez le genre ? C’est ainsi que j’ai jeté mon dévolu sur Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables. Malheureusement, si outre le titre à rallonge (qui n’est dû qu’à l’éditeur français) il a bien les mêmes défauts que le précédent roman d’Annie Barrows, il n’en a pas les qualités.
Le Cercle est un roman tendre et lumineux, plein de bons sentiments parfumés à la guimauve, mais offrant l’assurance de passer un moment agréable. Même si on voit chaque événement arriver de loin, on a envie d’y croire un peu. Par contre, La manufacture force davantage le trait et perd ainsi toute vraisemblance. Je ne peux pas dire que ce roman est insipide, mais si je l’avais lu et non écouté, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la patience d’en venir à bout.
Le début était pourtant prometteur. La narration plurielle est émaillée de courriers, ce qui en général me plaît bien. Le lecteur est propulsé en 1938 dans une petite ville de Virginie-Occidentale, à la rencontre d’une famille déchue de la bourgeoisie du cru. Ces gens recèlent bien des secrets, mais pas de quoi perdre une maille en route… J’avais choisi ce livre en connaissance de cause, néanmoins c’était trop superficiel, sans finesse, sans légèreté.
Cet été-là, lors de la préparation des festivités du cent-cinquantenaire de la petite ville de Macedonia, le statu quo qui règne chez les Romeyn, grâce à un mouchoir habilement jeté sur le passé, va être bouleversé par une fillette et une locataire un peu trop fouineuses. Willa a douze ans et commence à se rendre compte que les adultes lui cachent des choses. Layla en a vingt-quatre, n’est pas très futée, mais essaie de se faire une place dans son nouvel environnement. Cela aurait pu être chouette, mais c’est surtout très lent.
Chez Annie Barrows, les personnages sont caricaturaux. Quand je m’y attends, ça ne me gêne pas outre mesure, cependant c’était trop cette fois. Comme dans Le Cercle, nous avons en bordure d’intrigue quelques personnages fats et arrogants qui en deviennent comiques, mais ils ne parviennent pas à offrir au récit cette aura de loufoquerie qui excuse leur manque d’envergure. Les héros eux-mêmes ne sont pas plus plausibles. La plupart sont sympathiques de prime abord, mais peu le demeurent et la façon dont ils se comportent n’est pas toujours vraisemblable.
Layla est sans nul doute la moins crédible de tous. Elle passe de gamine gâtée superficielle à jeune femme autonome et intelligente d’un claquement de doigts. Elle se fait tout de suite à sa nouvelle condition et à son travail alors que, riche et choyée par ses parents, elle craignait la vie active comme s’il s’était agi d’une maladie vénérienne… L’auteur lui prête des élans de féminisme et de militantisme qui sonnent faux dans sa bouche et le personnage en lui-même est tout simplement aberrant. Le résumé la fait passer pour le personnage principal alors qu’elle reste dans l’ombre de Jottie et Willa, juste là pour remplir les blancs. Selon le besoin de l’intrigue, elle est soit brillante et indépendante, soit ingénue à la limite de la bêtise… Elle m’a exaspérée la plupart du temps.
Les autres sont presque tous des éléments de décor, sauf Willa et Jottie. Cette dernière, touchante et pleine de vie, est celle que j’ai le plus appréciée. Du moins jusqu’aux derniers chapitres… J’avoue qu’à ce moment je pensais surtout qu’il était temps d’en finir, l’histoire s’embourbait trop et versait vraiment dans le mauvais goût. Même Jottie commençait à perdre de sa cohérence… J’ai été déçue par cette fin qui se délite, trop facile, trop empruntée. Tout ça pour ça…
Pour finir, parlons un peu de la version audio. La lectrice grasseye beaucoup, ce qui donne un genre aux personnages qu’ils n’ont peut-être pas, et puis c’est agaçant à la longue. Ceci dit, je comprends sa difficulté à trouver suffisamment de façons différentes afin de marquer le changement de personnage. Cela mis à part, Claire Tefnin est une lectrice très agréable. J’apprécie souvent les audiolib pour la très simple raison que leurs lecteurs sont choisis avec soin. Ils n’en font pas trop (Le Hobbit reste l’exception), contrairement à d’autres qui parviennent à rendre le récit ridicule… (Vous avez déjà entendu des extraits des premiers tomes de Harry Potter ou du Trône de fer ? C’est pathétique…)
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables est le genre de roman à lire lors des vacances estivales, quand on s’interrompt souvent et qu’on ne veut pas se prendre la tête. Ça peut être une bonne distraction. J’ai brossé un tableau assez négatif, pourtant je l’ai terminé et tout ne m’a pas déplu, même si je vais bien vite oublier cette histoire…

Read Full Post »

Un roman de Ronald Everett Capps, publié aux Éditions Rue Fromentin.

*

la ballade de bobby long

Bobby Long et Byron Burns se connaissent depuis toujours. Ils ont partagé les fêtes insouciantes de la jeunesse et les coups durs de l’âge adulte. Installés avec leur amie Lorraine à la Nouvelle-Orléans, ils laissent filer les journées , en parlant de livres, de femmes et en vidant des verres de vodka orange dès le petit déjeuner.
Quand Lorraine meurt subitement, Hanna, sa fille âgée de 17 ans, débarque chez les deux hommes. Elle bouleverse leur quotidien par sa franchise, sa jeunesse mais aussi par la résignation et le cynisme de sa génération. La cohabitation est houleuse mais Bobby et Byron décident de lui prouver qu’aucune vie n’est jouée à 17 ans.

Comment trouver les mots justes pour parler de cet étrange roman ?
Mon avis n’a cessé d’osciller au rythme de cette histoire, elle-même toute en circonvolutions. Et au final je crois que si je ne l’ai ni aimée ni détestée, il est clair qu’elle ne m’a pas laissée indifférente pour autant.
Tout commence avec trois paumés qui décident de vivre ensemble dans une chambre d’hôtel miteuse à la Nouvelle-Orléans. Ils semblent de prime abord aussi louches que sympathiques, puis, petit à petit, ils font pitié et agacent.
Lorraine est une gentille fille, mais totalement déconnectée de la réalité. Tant qu’elle peut s’empiffrer toute la journée et s’évader dans son petit monde quand la vie la déconcerte un peu trop, tout va bien. Les deux hommes sont par contre nettement plus horripilants.
Byron, le plus modéré du trio, est Issu d’un milieu aisé, ancien professeur de littérature, c’est à se demander comment il a atterri là… Se jugeant trop intelligent, comme son pote Bobby d’ailleurs, il pense que son amour pour les femmes, l’alcool et la littérature est responsable de sa déchéance. Au fond on ne peut pas lui donner tout à fait tort à ce sujet.
Le dernier membre de ce petit groupe n’est autre que le très bavard (et aussi très lourd) Bobby Long. Le plus taré de tous. Il parle sans arrêt, aime raconter des saloperies aux gamins qui croisent son chemin… Mais de temps en temps, il y a comme des éclats de poésie qui émanent d’un coup de sa personne, pour mieux s’évanouir ensuite dans le graveleux.
J’avoue avoir particulièrement détesté Bobby qu’on nous présente comme un homme extrêmement intelligent, mais justement très immature émotionnellement en contrepartie. Il est assez déstabilisant, égoïste, narcissique au dernier degré, franchement crade, et rien dans son comportement ne tend à le rendre sympathique, du moins à mon sens.
La vie d’alcolos de tout ce petit monde va être bouleversée par la disparition de Lorraine et par l’arrivée de sa fille Hanna, tout aussi paumée, mais pour la bonne raison qu’elle n’a pas eu toutes ses chances dans la vie, contrairement aux deux hommes. Alors, dans un moment de grand égarement (à moitié pour la sauter, à moitié par affection pour Lorraine), ils lui proposent de la prendre en charge, décidant qu’elle a encore toute la vie devant elle et qu’elle ne doit pas la gâcher. Ils sont persuadés de pouvoir l’aider à reprendre ses études.
C’est en gros le premier tiers du roman, celui que la quatrième de couverture nous dévoile, ce n’est donc pas vraiment un spoiler. L’idée, dans cette première partie, est de comprendre qui sont ces marginaux et de voir comment ils vivent. Leur quotidien est, de fait, assez hallucinant.
Ce récit est glauque, poisseux, crade, assez absurde, mais aussi étrangement poétique et émouvant parfois. J’avoue avoir été plus séduite par la partie dans laquelle apparaît Hanna et plus spécifiquement par le dernier tiers de l’histoire. La jeune fille, une vraie ado, très réaliste, apporte au roman une certaine fraîcheur par sa jeunesse, mais aussi une vision plus aiguisée du monde dans lequel elle évolue, en comparaison de ses compagnons toujours saouls comme des barriques. Elle est légère et capricieuse, mais aussi intelligente, drôle, attachante. Elle peut faire ressortir le meilleur comme le pire de Bobby et Byron.
Et l’histoire oscille donc ainsi, entre exaspération et émotion au fil des aventures de cet improbable trio. Hanna et son éducation deviennent la priorité des deux hommes, mais s’extirperont-ils vraiment du bourbier dans lequel ils se complaisent ?
J’ai ressenti très peu d’empathie envers ces personnages, censés être trop intelligents pour supporter ce monde, mais extrêmement lourds le plus souvent. L’auteur essaie sans doute de nous démontrer que la poésie contraste magnifiquement avec le sordide et qu’elle peut même s’y épanouir comme une fleur vénéneuse, cependant cela n’a pas bien marché avec moi. Ces types-là ont choisi leur vie de paumés, ils l’aiment ainsi, tant mieux pour eux. Je ne suis parvenue la plupart du temps qu’à voir deux gros dégueulasses obsédés, malgré toute leur culture et la gentillesse dont ils arrivent à faire preuve de temps en temps… Malheureusement, je crois que cette mauvaise image persistera plus dans mon souvenir que leurs bons côtés.
Au final, j’ai trouvé ce roman assez plat, que ce soit dans l’écriture, assez linéaire, ou dans le récit. J’ai bien conscience qu’il y avait quelque chose à voir et que je ne l’ai pas vu avec le bon regard. Tout embryon de poésie ou d’émotion, au lieu de se développer et de prendre forme dans mon esprit de lectrice s’est vite flétri face à la « glauquitude » de cette histoire et de ses personnages. Hanna et Byron, dans leurs meilleurs moments, rattrapent un peu l’ensemble, mais pas suffisamment pour me rendre cette lecture inoubliable.
Il existe un film, Love Song, adapté de ce roman. Je le regarderai peut-être, si l’occasion se présente.

*

Read Full Post »

Un roman de Lorenzo Lunar, publié chez Asphalte éditions.

*

la vie est un tango

*

« Puchy a toujours dit que le quartier était un monstre. Je l’ai entendu dire tant de fois que j’ai fini par me l’imaginer moi-même ainsi : une pieuvre pourvue d’un million de tentacules. »
Léo Martin est depuis peu commissaire de quartier à Santa Clara, ville de province cubaine. Sa routine : faire face aux business illégaux, aux règlements de comptes et aux coups tordus des petites frappes du coin. Léo enquête sur une contrebande de lunettes de soleil quand un jeune homme se fait assassiner. Quels sont les liens entre ces deux affaires ? Les amis et collègues de Léo sont-ils tous irréprochables ?
Dans La vie est un tango, c’est tout un quartier qui prend vie, peuplé de rumeurs et de faux-semblants.

Avec ce récit, entre le polar et le roman de société, Lorenzo Lunar nous emmène à Cuba, précisément dans la ville de Santa Clara, au cœur d’un quartier défavorisé.
Léo Martin est flic, il a grandi dans ce quartier et il en connaît les habitants, sait déchiffrer leurs attitudes, lire entre les lignes. Les petits trafics du coin n’ont aucun secret pour lui, mais c’est peut-être là que le bât blesse. Quand on croit tout savoir, on passe parfois à côté de choses importantes.
Tout commence avec un fait anodin, un trafic de lunettes de soleil, rien de plus banal en ces temps de crise. Cependant les choses, vous vous en doutez, ne vont pas en rester là. Au cours de son enquête, Léo nous entraîne à la découverte du quartier et de ses règles tacites, des gens qu’il côtoie au quotidien et de la société dans laquelle il évolue.
Si vous lisez ce livre pour son aspect polar, vous serez sans doute un peu déçus car l’enquête en elle-même est assez rapide et linéaire, le roman ne fait après tout que dans les 160 pages. Par contre, si vous êtes intéressés par l’aspect social de cette histoire, vous en aurez pour votre argent. Léo est un gars un peu désabusé, qui dépeint sans fard le monde qui est le sien, l’hypocrisie de sa société et la misère qui l’entoure.
Il peut se révéler un personnage aussi sympathique qu’agaçant. Son problème majeur, c’est qu’il semble résigné et même s’il essaie parfois de lutter à sa manière, il donne toujours l’impression d’avoir perdu d’avance. À force, cela devient exaspérant. Il geint beaucoup, se perd dans le fil de ses souvenirs, mais ne fait rien pour changer les choses. Il vit son métier comme un sacerdoce, mais ça lui sert aussi d’excuse pour ne pas reprendre sa vie en main. Néanmoins, il a aussi ses bons côtés.
Le style, quant à lui, s’adapte bien au propos. Il est sec, un peu tranchant, il ressemble à Léo. En lisant ce livre on ressent la chaleur, la brûlure du rhum et le rythme, entre le présent et les souvenirs du narrateur, s’accorde parfaitement au tango. Le phraser peut sembler un peu répétitif pour les français qui ont, ou sont censés avoir, la hantise de la répétition, mais on sent derrière cela la musicalité de l’espagnol qui permet plus facilement ces effets de style et en fait quelque chose de poétique et de lancinant. Ceci dit, c’est peut-être parce que je le parle que je le ressens ainsi, derrière la traduction, mais je pense que l’auteur a vraiment voulu imprégner son histoire d’une mélodie.
Je crois par contre n’avoir jamais lu autant de fois le mot pute en si peu de pages, sans parler du reste. Je ne suis pas particulièrement choquée par ce langage, mais autant de vulgarité devient très vite lassante.
Ce que je retiendrai de cet roman, c’est en priorité son aspect social. Il m’a été un peu difficile d’entrer dans l’histoire au début, Léo m’a parfois exaspérée, mais j’ai aussi appris des choses sur la société cubaine.
À noter qu’il y a à la fin de l’ouvrage, sur le rabat de la couverture, une playlist composée par l’auteur pour l’édition française ainsi que le lien qui permet d’écouter celle-ci en ligne. C’est une initiative des éditions Asphalte que j’apprécie toujours autant.

Read Full Post »

Un roman de Richard Milward, publié chez Asphalte éditions.

La jolie Georgie aime deux choses : les bonbecs et son petit ami Bobby. Bobby l’Artiste aime deux choses : Georgie et peindre sous l’influence de drogues psychédéliques que lui refourgue son voisin Johnny. Johnny le dealer de service aime deux choses : le porno et sa petite amie Ellen. Ellen la chômeuse professionnelle aime deux choses : Johnny et faire l’amour, mais pas avec Johnny, parce qu’il ne sait vraiment pas s’y prendre. Tout ce petit monde se croise, trinque et fait la fête à Peach House, une tour HLM de Middlesbrough, au nord de l’Angleterre. Jusqu’au jour où les toiles de Bobby sont repérées par une galerie branchée de Londres. L’harmonie apparente de Peach House y survivra-t-elle ?

La première excentricité notable à propos de ce roman c’est qu’il est composé d’un seul et même paragraphe qui fait dans les trois cents pages. Cela devrait déjà suffire à vous donner un peu l’idée de ce qu’est l’esprit de ce livre.
L’histoire est très visuelle, toujours en mouvement. Si elle s’attarde parfois dans les soubresauts nerveux des délires de certains personnages, ils sont vite balayés par d’autres pistes à suivre. On passe d’un protagoniste à l’autre au gré de leurs rencontres ou d’associations d’idées, comme si une caméra les suivait en traveling, s’accrochait aux pas de l’un, se laissait emporter au passage par un autre. Farfelue, tourbillonnant à la suite de ces personnages déjantés, l’histoire semble néanmoins suivre un fil invisible. Elle nous entraîne dans les rues d’une petite ville ouvrière du nord de l’Angleterre et, surtout, dans la tour HLM de Peach House où vivent nos personnages.
Ils sont tous plus barges et paumés les uns que les autres, mais cinq d’entre eux se détachent plus particulièrement du lot. Il y a Georgie la brave fille, pas très futée (que j’ai eu envie de claquer chaque fois qu’elle pensait ou parlait avec les mots d’une gamine de quatre ans) et son chéri Bobby l’artiste drogué jusqu’à la moelle, avec lui tout y passe, il vaporise du déodorant sur ses pulls sales et les renifle pour ne pas redescendre trop vite ou sniffe du nescafé quand il est trop en dèche pour se payer de l’ecstasy (Servietsky, sort de ce corps !). Il y a aussi Johnnie dealer occasionnel et psychopathe paranoïaque régulier, puis sa copine Ellen, la glandeuse professionnelle dont le sexe est le hobby principal. Et enfin il y a Alan, dit le salaud, qui est juste un raté de plus. Si son histoire est cousue de fil blanc, un peu comme toutes celles qui peuplent ce roman, elle n’en est pas moins touchante malgré les travers de cet homme. D’ailleurs, elle est peut-être la seule à vraiment susciter de la compassion.
Il y a dans cette histoire une belle brochette de tarés en tous genres, à qui on a envie de filer des claques pour leur remettre le cerveau à l’endroit. Ils peuvent nous laisser consternés, dépités ou mélancoliques, mais aussi nous faire rire. Autant vous le dire, on n’est pas sortis du pub avec cette bande de cinglés, mais le pire dans tout ça c’est qu’on finit par s’attacher à eux. Bobby en est l’exemple le plus flagrant. L’auteur le compare à un clébard et il n’a pas tort, on a envie de le secouer, puis on s’y habitue… C’est un chouette toutou au fond, il bave un peu, mais il est gentil… Et si la fin réservée aux deux couples n’est pas crédible pour trois sous, si naïve puisse-t-elle sembler dans son optimisme, on s’en fiche un peu parce qu’on les aime bien quand même.
Ça se laisse lire sans trop perdre le lecteur en route, même si l’insistance de l’auteur sur certains passages m’a parfois fait l’effet d’une craie crissant sur un tableau noir. Aussi curieux que cela puisse paraître avec tout ce que j’ai pu en dire, j’ai apprécié cette lecture atypique.
Le style est trash, assez brut, sans demi-mesure ou fioritures, s’adaptant à la pensée naïve ou basique des personnages. Ça ne semble pas voler très haut, mais c’est pourtant étudié. Même si je n’ai pu m’empêcher de me demander, l’idée étant en plus renforcée par l’effet que produit l’absence de paragraphes, si l’auteur n’avait pas écrit le tout d’une traite, une nuit après s’être savamment torché… Bobby accroche bien ses toiles n’importe comment pour s’en débarrasser et aller se murger… La spontanéité dans l’art n’est pas un mal et ce roman semble être un pied-de-nez à beaucoup de ce qui fait notre littérature contemporaine…
A noter qu’il y a à la fin du livre une playlist suggérée par l’auteur, exclusivité de la version française, avec le lien pour l’écouter sur le net. J’apprécie toujours ce genre de bonus et c’est d’autant plus appréciable que la musique a une part importante et significative dans cet ouvrage.
Je ne peux que vous encourager à vous faire votre propre opinion sur Block Party car elle ne peut être que très subjective et tranchée dans le cas présent, on aime ou on déteste.

Read Full Post »

Lily Bard T1, de Charlaine Harris, publié chez J’ai Lu.

Résumé :
Je m’appelle Lily Bard et je mène une petite vie tranquille à Shakespeare, Arkansas, où je me suis installée pour oublier mon passé. Aujourd’hui, tout a changé. En rentrant, j’ai fait une macabre découverte : le cadavre de mon propriétaire. Après avoir paniqué et mis mes empreintes partout, je me suis éclipsée… Je n’ai plus le choix, il faut que je retrouve l’assassin avant que l’on ne vienne sortir les squelettes de mon placard…

Avant toute chose, parlons un peu de la couverture qui, de mon point de vue, n’est pas du tout adaptée au contenu de ce roman… Le crâne, la référence à Hamlet, il y a quelque chose de pourri dans la ville de Shakespeare, oui, bon, admettons que ça a un minimum de sens… Mais pour la subtilité, on repassera… Sans compter que, figurativement, on est vraiment à côté de la plaque, mais bref, passons…
Le fait est que je n’aurais jamais posé les yeux sur ce livre si l’avis de Lilie ne m’avait pas donné envie de le lire et s’il n’avait été de surcroît le livre du club de lecture de V&S pour le mois de mai.
Enfin, ne nous égarons pas… Comme le titre le laisse entendre, il s’agit d’un polar, mais il est en fait plus proche du roman de mœurs que du roman noir. Pour autant, l’enquête n’est pas inexistante, même si elle se déroule d’une manière un peu inhabituelle. L’intrigue tient la route, de petits indices, discrets, mais bien présents permettent au lecteur d’en arriver à ses propres conclusions sans qu’on lui mâche le travail. En soi, c’est bien pensé et plaisant à lire, mais je crois que les vrais fans de polars ne s’y retrouveront malheureusement pas. Et si vous découvrez l’identité du coupable trop tôt, vous risquez de vous ennuyer sérieusement, surtout sur la fin…
Si l’histoire me rappelle les romans de mœurs, c’est parce qu’elle s’attache surtout à décrire la vie dans une petite ville, apparences trompeuses, petites mesquineries quotidiennes et comportements humains, à travers le regard d’une personne qui voit tout ce que ses voisins peuvent cacher dans l’intimité de leurs foyers. Lily est femme de ménage, elle sait tout des manies de ses employeurs, de leur façon de vivre, des petits détails qui échappent même à leurs plus proches amis. Et Lily est observatrice, elle retient tout, même si elle ne souffle jamais mot à quiconque de ce qu’elle apprend ainsi. C’est ce pourquoi ses clients l’apprécient à sa juste valeur. Une femme de confiance, ça n’a pas de prix…
Elle analyse tout, mais n’est pas forcément très objective. Si la plupart des conclusions auxquelles elle arrive sont exactes, elles sont parfois si hâtives et péremptoires qu’elles pourraient aussi bien être erronées… Ainsi, Lily est un peu agaçante, surtout quand elle juge son prochain de la manière si peu amène qui est la sienne.
De prime abord, le personnage de Lily peut sembler particulièrement antipathique. Femme froide, voire revêche, attachée au moindre petit détail et plutôt paranoïaque, ce n’est que petit à petit qu’elle a pu gagner mon intérêt. Pourtant, on sent bien dès le début que son attitude est due à un traumatisme, que la distance qu’elle impose aux autres ou que sa manie de remarquer le moindre détail tient plus de l’instinct de protection que d’un caractère véritablement austère ou fouineur.
Charlaine Harris a su la rendre très réelle, très humaine derrière toute cette froideur et, surtout, très crédible. La lecture pourra peut-être sembler pénible à certaines personnes, avec les interminables listes de tout ce que Lily doit faire chez ses employeurs, ses spéculations parfois inutiles, ses petites tendances à juger les autres à l’emporte-pièce ou à passer du tout au rien, mais tout ceci a un sens quand on connaît l’histoire de cette femme. C’est ce qui fait que le propos de l’auteur semble si vrai.
J’ai apprécié que Charlaine Harris ne cherche pas à nous faire plaindre Lily. On peut éprouver de la compassion pour elle en apprenant ce qui lui est arrivé, bien entendu, mais jamais elle n’inspire la pitié. C’est admirable en soi, ça prouve que c’est bien écrit, réfléchi, et c’est ce qui m’a le plus touchée. Lily est une femme tenace et courageuse, c’est tout à son honneur, mais ce sont sa pudeur et sa dignité qui m’ont le plus marquée.
J’ai fini par l’apprécier et c’est heureux, car les personnages secondaires, tout en étant relativement intéressants, sont passablement caricaturaux, comme s’ils avaient manqué de travail, ce qui amoindrit un peu l’envergure du récit.
Le style est à la mesure du personnage principal, il est plutôt rugueux, très froid et sec (ciel, on croirait que je parle météo…) et quand on n’arrive pas à cohabiter avec le narrateur, la lecture devient toujours difficile. C’est le risque majeur de l’écriture à la première personne… Je me suis attachée à Lily et je l’ai comprise, mais je sais que certains lecteurs trouveront forcément sa compagnie pénible, alors je ne peux que les encourager à continuer leur lecture car je crois sincèrement que cette histoire en vaut la peine.
Il y a par contre quelques petits soucis avec la traduction. J’ai trouvé certaines phrases bizarres, parfois elles m’ont même donné l’impression d’avoir été traduites mot à mot, le choix de certains adjectifs m’a laissée perplexe et, surtout, il y a de très nombreuses fautes dans les noms de gens et de lieux. Alors, bien sûr, on peut se dire que Charlaine Harris a le don de donner des noms à coucher dehors à ses personnages, mais le moindre des soins qu’on peut apporter à une traduction est d’être sûr de ne pas écorcher les noms des personnages…
Je ne saurais pas vraiment dire ce qui m’a plu dans ce roman. Peut-être le fait que l’histoire de Lily semble si vraie, peut-être l’atmosphère pesante de cette petite ville qui cache tant de secrets ou l’enquête elle-même, simple mais efficace… Quoi que cela ait pu être, ça m’a fait dépasser la froideur de l’héroïne et ignorer l’ennui qui pointait quand même son museau de temps en temps.
Ce n’est pas le roman du siècle, ce n’est pas forcément non plus un bon polar, mais j’ai apprécié cette lecture et, si mon avis reste néanmoins un peu mitigé à son sujet, je sais que je lirai la suite en espérant qu’elle me convaincra davantage.

Read Full Post »