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Posts Tagged ‘romantisme’

Un roman de Vincent Tassy, publié aux éditions du Chat Noir.

 

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Présentation de l’éditeur :
Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

Imaginez que les romantiques Britanniques et Allemands se disputent des contes de fées très connus, les tordent en tous sens, les corrompent, mais les humanisent aussi… Saupoudrez cette œuvre improbable de gothique vampirique et vous obtiendrez Apostasie. Sorte de conte inversé, comme reflété par un miroir maléfique qui en montrerait la face obscure, ce roman distille son merveilleux discordant et atypique, tout en paraissant familier au bibliophage averti. On y retrouve les codes, bien qu’ils soient dévoyés, des genres précités, ainsi que de multiples références à d’autres ouvrages plus ou moins connus. Cette érudition se fond dans l’histoire et c’est un réel plaisir pour tout amoureux des livres.
La préciosité du style est parfaitement adaptée au récit, mais peut rebuter dans les premiers chapitres. C’est elle qui me rappelle beaucoup les écrits, poétiques et fourmillant de détails, de Mme d’Aulnoy en particulier, mais sans leur côté kitsch et par trop galant. Apostasie est composé de contes glauques, imbriqués les uns dans les autres. Ils s’enroulent autour de la trame principale et la nourrissent, comme pour mieux emprisonner le narrateur, mais aussi le lecteur, dans leur toile.
Anthelme est un jeune homme étonnant, à la fois naïf et aguerri. Grand lecteur et solitaire, il a choisi de vivre en marge de la société. Il y a une candeur dans sa façon d’être, à la fois innocence et potentiel en latence, qui fait qu’il est prêt à accepter toutes les bizarreries et que j’ai parfois eu l’impression qu’il réagissait comme on le fait dans un rêve : en sachant qu’on pourrait s’éveiller à tout instant. Anthelme a beaucoup lu… Il ne veut vivre, si ce n’est sa légende. Il s’éveillera presque malgré lui. J’ai appris à l’aimer, petit à petit.
Il en va ainsi des contes, mêmes sombres, le héros pénètre dans la forêt. Et celle-ci est loin d’être ordinaire… Elle est sylve aux arbres rouges, elle est organe pulsant… La forêt, dans les contes comme les récits médiévaux, est le lieu de la sauvagerie, sans notion de bien ni de mal. Les règles de la société n’y ont plus cours et elle peut s’ouvrir sur des pays imaginaires… Dans la forêt, on se perd et on se trouve, à la fois changé et plus proche de soi, on fuit le monde, mais on doit y retourner un jour. Dans celle-ci, au lieu d’une fée, Anthelme va croiser un vampire. Ceci dit, on peut se demander laquelle de ces deux créatures serait la plus cruelle…
J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans les aventures d’Anthelme et c’est à cause de la première partie, trop dolente… Bien écrite, sans nul doute, mais j’ai lu beaucoup de récits de ce type. Aujourd’hui je préfère la sobriété à la mélancolie langoureuse d’une poésie enrobée de préciosité qui se délecte de sa propre algie. Les rêves brisés des personnages m’ont rendue nauséeuse. Cet imaginaire mutilé, dont on regarde goutte à goutte s’écouler l’ichor, n’est pas pour moi. J’ai eu par moment l’impression d’observer malgré moi des scènes sordides que je n’étais pas censée voir. Ce n’est pas effrayant, c’est dérangeant. Il y a du sang, bien sûr, de la violence, mais, si vous craignez les récits horrifiques, sachez que cela reste tout à fait supportable. C’est plus malsain que gore.
Ce récit languide, froid comme une couleuvre, glisse sur l’esprit du lecteur, le fait frissonner, non de peur, mais de malaise, laissant une trace sinueuse et désagréable. C’est ce que je pensais en découvrant la première partie. Contrairement à Anthelme, je me méfiais. Et puis petit à petit on se laisse prendre au piège, on s’attache aux personnages… On voudrait inventer pour eux une fin heureuse. À l’instant où Anthelme entend les premiers mots de la légende d’Apostasie, j’ai été saisie. Comme chacun sait, le ravissement et le dégoût engendrent la fascination. Tout comme le héros, je ne pouvais plus m’échapper. J’ai adoré Ambrosius et Lavinia, leurs peines et leurs fêlures, leur grandeur et leur folie, leur amitié sans faille…
Ensuite, j’ai mieux compris la facture de la première partie. Puis, est venu le moment où je n’ai plus pu lâcher le livre. Il fallait que je voie s’accomplir la légende, que je sache la fin. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Cette œuvre sort vraiment des sentiers battus.
Apostasie est typiquement le genre de roman que l’on aime ou pas, difficile de faire dans la demi-mesure, cependant il est indubitable qu’il s’agit d’un véritable joyau de merveilleux noir.

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Un roman de Mathieu Guibé, publié aux éditions du Chat Noir.

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.

L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

Even dead things feel your love est un roman vampirique, gothico-romantique (surtout dans le sens littéraire pour ce dernier terme, même si la romance est présente, voire centrale, dans ce récit). Bien que quelques parutions sortant des sentiers battus en matière de vampirisme aient vu le jour ces derniers temps, celle-ci demeure une rareté parmi la majorité de titres actuels et il convient de l’apprécier à sa juste valeur.
Le vampire de cette histoire, tout dandy et séduisant qu’il peut être, possède sa part de ténèbres. Il n’est pas le nouveau prince charmant qu’on tend à nous présenter et, dans sa nature vampirique, il est bien plus proche des origines, choix que j’apprécie particulièrement.
Josiah Scarcewillow est un personnage complexe et, plus que l’histoire d’amour, c’est son oscillation entre lumière et ténèbres qui est au cœur du récit. Il lui semble que c’est son amour pour Abigale qui restaure en lui les vestiges d’une humanité presque totalement perdue. Il se nourrit de cette lumière comme un vampire le fait de sang, jusqu’à en devenir dépendant.
Mathieu Guibé explore dans ce roman de nombreuses facettes du sentiment amoureux, de l’amour narcissique qui fait chercher dans l’autre ce que l’on aime en soi-même ou ces qualités que l’on voudrait pour soi, à l’amour plus total qui transcende l’être. C’est une histoire très bien pensée et surtout très humaine dans la façon qu’elle a de mettre en scène les forces et fragilités de ses personnages.
L’écriture délicieusement surannée dont l’auteur pare son récit, si elle est parfois un brin trop affectée à mon goût, s’adapte parfaitement au propos général et aux personnages. Je n’ai que quelques coquilles, assez nombreuses pour me gâcher la lecture, à lui reprocher. Cela mis à part, on se laisse vite emporter dans ce récit et les personnages, qui au début peuvent sembler un peu caricaturaux, ont quand même gagné ma sympathie tout de suite. Ils évoluent, sont intéressants et leur psychologie est largement développée.
Cette histoire d’amour m’a plu, même si je ne suis pas forcément cliente de romance à la base, car au final il s’agit surtout de recherche de soi, de rédemption et d’humanité s’exprimant à travers l’amour. Certes, cela ne semble pas si évident au départ, quand on considère les agissements de Josiah qui veut se voir, dans le regard d’Abigale, autre que le monstre qu’il est persuadé d’être et se plaît à demeurer. Josiah est un héros torturé, à la recherche de son humanité, pas tant pour se faire pardonner que pour se sentir en paix et ressentir des émotions humaines simples et positives. Au fil du roman, il peut ainsi sembler aussi touchant qu’égoïste, mais ça fait partie intégrante de l’intérêt qu’il y a à le suivre.
Le roman se décline en quatre parties, chacune apportant une évolution notable dans la relation des personnages et l’auteur nous ménage quelques surprises. Je ne m’attendais pas à ce que les choses tournent ainsi et la fin m’a émue. Curieusement, j’ai beaucoup pensé à Absinthes et Démons d’Ambre Dubois en lisant les derniers chapitres, alors que ces deux ouvrages sont relativement éloignés l’un de l’autre. Ce fut une plaisante lecture. Je pense que ce roman a de quoi séduire les lecteurs qui ont lu tous les classiques du genre, autant que les amateurs de récits plus modernes car il possède de multiples facettes et niveaux de lecture, en plus d’être écrit dans un style très agréable à lire.

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