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Posts Tagged ‘Science Fantasy’

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en numérique et à tout petit prix.

 

quantpunk

Présentation de l’éditeur :

Qu’est-ce que le Quantpunk ? C’est la question à laquelle les douze auteurs de ce recueil ont eu à répondre, dans une tentative de créer un nouveau genre, dérivé du cyberpunk et du steampunk, faisant appel aux découvertes de la physique quantique et des technologies qui en découlent, sans oublier la philosophie propre au mouvement punk.
Le résultat ? Onze textes plutôt disparates, preuve s’il en faut que l’exercice n’a rien d’évident. Le « Quantpunk », tout comme la mécanique quantique, résiste à la compréhension. Vouloir le définir, c’est laisser s’effondrer une foule de possibilités pour n’en conserver qu’une. Le regard de l’auteur influe sur son univers, et c’est particulièrement flagrant dans les textes qui constituent ce recueil.
Le Quantpunk est-il science-fiction, fantasy ou fantastique ?
Il est tout cela à la fois.
Est-il facétieux ou sérieux ?
Tout cela à la fois.
Jusqu’à ce que vous ayez tranché.

Sommaire :
– L’Homme au cerveaunivers d’Anthony Boulanger
– Le chat, les punks et la photocopieuse quantique de Lucie Pierrat-Pajot
– Cas de conscience de Sylvain Boïdo
– No past, no future, no Proust de Manon Bousquet
– Guanyin du sutra électrique de Jérôme Cigut
– Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été de Guillaume Parodi
– Mémoires mortes de Xavier Portebois
– Le prince est mort, vive le prince de Tesha Garisaki
– L’homme fractal de Fabien Clavel
– Conflux de Mathieu Rivero
– Transition d’André Woodcock & Thierry Fernandez

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Toi aussi découvre le quantpunk, ce qu’il est et n’est pas, ce qu’il pourrait être… Le concept en lui-même m’a intéressée car il promettait originalité et diversité ; des IA et des chats (forcément), des punks et des mondes parallèles déployant l’éventail des possibles, des problématiques humaines, voire humanistes, des réalités qui s’épanchent, se mêlent, se contaminent et des récits allant du désenchantement du cyberpunk à l’incertitude migraineuse du fantastique. Qui ne serait pas tenté ?!
Je me suis très vite prise au jeu. Le premier texte, L’Homme au cerveaunivers, nous plonge tout de suite dans le bain. On y découvre un monde où les capacités psychiques des humains ont évolué. Classique, me dira-t-on, mais non, pas tant que ça. J’ai beaucoup aimé le background ainsi que le personnage et ai regretté la brièveté du récit.
Le deuxième texte est très drôle. Rien que le titre – Le chat, les punks et la photocopieuse quantique – est tout un programme. La fin, par contre, m’a semblé très abrupte.
Cas de conscience de Sylvain Boïdo est plus sombre et désenchanté. D’une certaine façon, il m’a rappelé la situation politique actuelle. On anticipe la fin, mais cela participe à l’envie de tourner les pages toujours plus vite. Je parlais avec ma liseuse, mais bizarrement les personnages ont refusé de m’écouter…
No past, no future, no Proust est une nouvelle plus légère qui m’a tout de suite séduite. Il faut dire qu’à partir du moment où on a une bibliothécaire psychorigide et un certain type de créature (faut lire, je ne vais pas tout dévoiler !) je suis conquise.
Guanyin du sutra électrique est un récit complexe qui mêle science-fiction, mythologie et philosophie, avec une narration puzzle comme je les aime. Je ne suis pas sûre d’en avoir intégré toutes les subtilités et il mériterait sans doute une seconde lecture. C’est néanmoins un très bon texte.
Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été se situe entre le fantastique et l’anticipation. Je n’ai pas été touchée autant que je l’aurais dû par les déboires du personnage, peut-être parce que le point de bascule était trop franc, trop tranché, et la fin pas très crédible. J’ai cependant apprécié le contexte qui donne à réfléchir.
La nouvelle suivante nous entraîne dans un univers virtuel, ou pas. La problématique de Mémoires mortes est particulièrement intéressante. Qu’est-ce qui fait notre conscience ? Est-elle copiable, numérisable ?
Dans Le prince est mort, vive le prince, le protagoniste explore des univers parallèles en quête de vengeance. J’ai apprécié l’aspect psychologique du récit, la façon dont l’auteur nous démontre l’importance des détails et dont elle analyse les nuances de la personnalité de ses personnages ainsi que la construction de celle-ci.
Avec L’homme fractal, Fabien Clavel prouve une fois de plus – s’il en était besoin – son talent de bâtisseur. Il n’écrit pas, il construit. Je suis toujours admirative de la qualité stylistique qu’il met entièrement au service de ses intrigues. Les deux s’équilibrent parfaitement. Et, bien sûr, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle.
Conflux de Mathieu Rivero est un rien convenu, mais demeure un très bon texte malgré tout. J’ai déploré les coquilles (qui sont plus nombreuses dans cette nouvelle-ci), mais apprécié le propos.
Enfin Transition, le dernier texte, est celui qui m’a le moins plu. J’ai aimé les références, cependant je ne suis pas fan des scènes de combat à rallonge. Je n’en voyais plus la fin.
J’ai été conquise par cette anthologie décalée qui dépoussière les codes et métisse les genres. On est plus du côté cyber de la Force que du côté steam, mais ce n’est pas un mal car cela va à contresens de la mode actuelle. La grande variété des thèmes et des styles est indubitablement son point fort. C’est un ouvrage à découvrir absolument.

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Màj : On me dit dans l’oreillette que les coquilles que j’ai mentionnées ont été corrigées.

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sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

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Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.

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Présentation de l’éditeur :

Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde. L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’orginalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d’exception.

Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d’illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.

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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !

CRAAA

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

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Une nouvelle de Tesha Garisaki, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy’El.

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Dès ses premières lignes, La chasse aux marqués intrigue le lecteur grâce à une scène d’exposition sibylline. L’auteur ne dévoile les choses que petit à petit, ce qui rend la lecture d’autant plus haletante. Peu de pages suffisent pour être emporté dans cette dangereuse mégalopole et l’on s’attache presque aussitôt à Natalia, jeune fille altruiste qui essaie d‘utiliser son don au mieux, tout en évitant de se faire remarquer.
Dans cette Fantasy futuriste, les mages sont des proies. Leur don se transmet dès la naissance, par une marque que les parents apposent sur leur enfant et qui détermine leur pouvoir. Mais pourquoi les pourchasse-t-on vraiment ? Et qui se cache réellement derrière les androïdes programmés pour les tuer ?
Cette chasse aux sorcières est motivée par de nombreux enjeux et la problématique est intéressante. Elle aurait mérité d’être encore plus développée, bien que l’on obtienne finalement les réponses aux questions que l’on se pose en cours de lecture.
Celle-ci est prenante. On avance vite, à la poursuite de Natalia, comme pour la retenir, alors que l’on voit se profiler un drame quasi inévitable.
C’est un très bon texte, loin d’être convenu. Je ne déplore que la fin un peu abrupte. Même si la nouvelle se suffit à elle-même, j’étais bien avec les personnages, j’aurais voulu en savoir plus et je pense qu’il y avait matière à faire une bonne novella avec cet univers, ce contexte et ces personnages.

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Un roman de Richelle Mead paru chez Bragelonne (il va sortir en poche fin août).

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l'échiquier des dieux - l'ère des miracles t1 - Richelle Mead

Suite à l’échec de sa dernière mission quelques années auparavant, Justin March, enquêteur du Bureau de surveillance des sectes et cultes, s’est exilé au Panama où il a sombré dans les addictions qui l’ont toujours tourmenté. Mais à présent la République le rappelle à son service pour enquêter sur une série de meurtres rituels. Aidé dans sa tâche par une Prétorienne, Mae Koskinen, combattante invincible à la beauté surnaturelle, Justin va devoir affronter des forces bien plus redoutables qu’il ne l’imaginait. Car dans l’ombre, des puissances se regroupent, prêtes à reprendre le contrôle de ceux qu’ils ne considèrent que comme des pions sur leur échiquier.

Ce roman, assez consistant en ce qui concerne le background, m’a donné un peu de mal dans les premiers chapitres. Certains auteurs, quand ils créent un univers qui sort un peu de l’ordinaire, préfèrent marteler qu’expliquer. Je ne suis pas contre l’absence d’explications immédiates, je suis une lectrice patiente et j’aime découvrir petit à petit l’univers dans lequel m’emmène l’auteur. Par contre, je déteste qu’on me rabâche plusieurs fois une chose qui reste incompréhensible. C’est un peu ce que fait Richelle Mead dans ce début de roman, alors que je n’ai pas constaté cela dans ses autres séries. J’ai donc quelque peu peiné, au départ, à assimiler certains aspects de ce monde-là. Il m’a fallu alors stopper ma lecture pour me taper tout le glossaire, ce qui m’a profondément ennuyée, mais néanmoins éclairée.
J’ai conscience d’avoir un peu manqué de patience. Les premiers chapitres n’en sont pas moins longuets et hésitants, mais la suite mérite qu’on fasse un petit effort. L’auteur a su construire une très bonne intrigue sur plusieurs niveaux, qui se révèle prenante.
La trame est assez classique, mais mise en place dans un univers plutôt original. Je fais rarement cela, mais cette fois je vais me permettre de résumer un peu le contexte, sans spoiler l’intrigue elle-même, bien entendu. Cela aura au moins le mérite de vous aider à entrer un peu plus facilement dans l’histoire si celle-ci vous tente.
L’échiquier des dieux nous entraîne dans un monde futuriste qui a mis du temps à se relever d’un virus particulièrement dangereux pour l’humanité. Les pays les plus prospères, dont la RUNA qui occupe l’Amérique du Nord et l’AEO en Asie, sont gavés de technologie, contrairement aux autres, plus ou moins précaires que ce soit en ce qui concerne leur contexte politique et social ou leurs ressources. Ces pays moins développés sont appelés Provinces par les deux grandes puissances. Il y a là une pointe de mépris, d’autant que la RUNA montre des tendances à se prendre pour l’empire romain…
C’est grâce à une rigueur toute martiale et à des gouvernements particulièrement autoritaires que l’AEO et la RUNA ont tiré leur épingle du jeu lors du Déclin (la crise due au virus). La mainmise sur leurs populations respectives a gagné en subtilité avec le temps, mais le contrôle exercé sur les masses n’en est pas moins exacerbé. Il y a un fort contraste entre ces empires et les Provinces.
Pour résister au virus, la RUNA et l’AEO, qui refusent toujours les manipulations génétiques de peur de créer une nouvelle catastrophe sanitaire, ont privilégié le brassage des populations. Ces nations pensent également que les religions sont néfastes pour le peuple et que seul l’amour du pays doit prévaloir. Les religions sont admises, mais très strictement encadrées et, il faut le dire, plutôt malmenées par l’état. Tout est fait pour favoriser la cohésion nationale, comme par exemple le choix des prénoms des enfants (tous d’inspiration latine ou grecque).
Les patriciens, en opposition aux plébéiens qui se sont pliés aux nécessités du mélange ethnique, ont grâce à leur fortune contribué à la formation de la RUNA et ainsi gagné le droit de demeurer citoyens tout en gardant la possibilité de vivre dans des territoires leur appartenant et de se marier entre membres d’une même communauté ethnique. On trouve donc des concessions nordiques, celtes, ibériques, etc. dont les habitants tiennent à garder leurs particularités culturelles, mais surtout leur profil génétique malgré le virus qui cause des ravages dans leurs rangs.
Or, dans ce roman, nous suivons un plébéien, une patricienne et une jeune provinciale, ce qui apporte une grande diversité de points de vue.
Au début de cette histoire Mae, une prétorienne (un soldat d’élite aux capacités physiques renforcées par un implant) est envoyée en Province pour y retrouver le docteur Justin March, un ancien serviteur (ceux qui contrôlent les sectes religieuses en RUNA ; délivrant des autorisations pour les églises les moins dangereuses, traquant les autres).
Mae est la « sur-femme » de base, typique de cet auteur. Cependant ça marche toujours bien avec moi car Richelle Mead offre à ses super-héroïnes une dimension affective réelle, des sentiments, une certaine fragilité, et en fait souvent des protectrices acharnées de ceux qu’elles aiment. De glaciale, Mae devient irrémédiablement sympathique et très humaine au fil de la lecture.
Justin est quant à lui aussi agaçant qu’il peut se révéler charmant. C’est un personnage complexe, au moins autant que Mae, et j’ai apprécié son intelligence ainsi que sa vivacité d’esprit. Il y a une belle alchimie entre eux deux.
De même que pour son modèle d’héroïne, Mead a choisi un ressort courant dans ses séries : l’amour impossible. Comme c’est en général la seule alternative qu’on propose face au triangle amoureux, on va dire que ça me va, d’autant que j’aime bien ces deux-là. La relation trouble et en dents de scie qu’ils entretiennent apporte beaucoup au récit et ne manque pas de subtilité. Elle sonne vraie, contrairement à beaucoup de romans que j’ai pu lire récemment. On pourrait reprocher à l’auteur cette constance dans ses choix narratifs, mais il est indéniable qu’elle s’en sort admirablement.
Les personnages secondaires qui gravitent autour de Justin et Mae sont tout aussi attachants. Mead a créé une cohésion de groupe intéressante au niveau familial comme dans celui du travail et des amitiés.
Le récit est narré à la troisième personne, mais se focalise à chaque chapitre sur un personnage en particulier, que ce soit Mae, Justin ou Tessa, la jeune fille que celui-ci a pris sous son aile. L’auteur se libère ainsi de la contrainte qu’aurait posé une histoire à la première personne, qui mettrait de côté les sentiments et certains actes des autres personnages, tout en permettant à ceux-ci de s’exprimer quand même tour à tour, malgré un peu de distance.
Chacun a quelque chose de particulier à apporter au récit. Justin est très intelligent, il remarque ce que d’autres ne voient pas, il offre son point de vue de plébéien de basse extraction qui a réussi dans la vie. Mae est une patricienne et un soldat, elle est plus dans l’instinct et le ressenti. Elle montre l’autre face de la RUNA, celle d’une quasi-noblesse sur le déclin. Quant à Tessa, elle est tout aussi essentielle malgré les apparences. Elle apporte une vision extérieure de la RUNA et on peut s’identifier à elle au regard de ce que nous trouverons aberrant dans la façon de vivre de ces gens. Cependant on la trouvera aussi parfois très naïve. Tessa apporte une vraie fraîcheur et de l’équilibre au récit.
J’ai beaucoup apprécié de voir évoluer ces personnages ainsi que toutes leurs interactions. L’enquête est très intéressante et bien construite. Certains trouveront peut-être cet imbroglio religieux un peu lourd, surtout au début, mais il m’a plu. L’auteur connaît bien la mythologie et en joue. Les férus de mythes apprécieront l’usage de ceux-ci et les références, mais si vous ne chopez pas les clins d’œil au vol, ça n’est pas non plus trop grave.
Il y a bien quelques cafouillages qui laissent un peu perplexe. On nous dit par exemple à un moment qu’on ne trouve pas de drogues vraiment efficaces en RUNA et pourtant Justin (et même Mae dont l’implant assimile drogue et alcool pour en purger son organisme) arrive à se mettre la tête à l’envers. Vous me direz qu’interdire est une chose, empêcher en est une autre, mais en RUNA ou tout le monde est ultra-surveillé, je me demande comment cela peut être un problème, à moins bien sûr que ce ne soit voulu… Ceci dit, ce ne sont au final que des détails.
Après des débuts un peu laborieux, L’échiquier des dieux s’est révélé être une excellente surprise, un très bon bouquin pour se distraire. L’auteur dose savamment tous les aspects du récit, l’enquête, les révélations concernant le passé des personnages, leurs relations présentes, l’adaptation de Tessa. Cela donne corps à l’histoire, ça renforce sa cohérence en n’omettant aucun aspect de la vie des personnages. Ils n’en paraissent que plus réels et attachants.
J’ai déjà envie de lire la suite.

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