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Posts Tagged ‘défi ABFA et V&S pour 2012’

Écrit par Sophie Jomain et publié chez Rebelle.

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Hannah, bientôt dix-huit ans, était loin d’imaginer que sa vie prendrait un tel tournant. Ses vacances tant redoutées à Wick vont finalement se transformer en véritable conte de fée… puis en cauchemar. Sa petite vie tranquille, ses idées bien arrêtées, ses projets… tout va changer, brutalement. Elle devra affronter l’inimaginable, faire face à ce qu’elle n’aurait jamais pensé croire un jour, car les légendes n’en sont pas toujours… Leith ne s’attendait pas non plus à Hannah. Il tombe de haut, l’Esprit a choisi : c’est elle, son âme sœur. Pourra-t-il lui cacher sa vraie nature encore longtemps ? Osera-t-il lui avouer qu’il n’est pas tout à fait humain? Il n’a pas le choix, leur rencontre l’a mise en danger. Lui seul peut lui venir en aide.

La quatrième de couverture vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir sur l’histoire, alors je ne vais pas en rajouter.
Vertige est un roman Young adult. En général c’est une appellation qui peut vouloir dire beaucoup de choses différentes, mais dans le cas présent ce roman est très équilibré. Il est jeunesse sans l’être trop, idéal pour des adolescents et néanmoins lisible pour des adultes.
C’est le premier roman de Sophie Jomain, alors il y a quelques petites maladresses. L’auteur passe très rapidement sur certaines choses, mais à l’inverse s’étend beaucoup sur d’autres de moindre importance. Ces longueurs ne sont pas non plus excessives, mais peuvent paraître incongrues face à certains raccourcis. Les rebondissements sont également un peu faciles. J’ai cependant vu des ouvrages d’auteurs confirmés beaucoup plus maladroits alors je ne vais pas chipoter.
Ces petits cafouillages peuvent certes agacer le lecteur exigeant, mais l’auteur se rattrape au niveau du style. C’est un roman bien écrit et très fluide. On le lit plutôt vite. Cet ouvrage n’a pas d’autre prétention que d’offrir une bonne petite histoire d’amour et j’ai apprécié cette simplicité. Pas de monde à sauver, pas de grande leçon d’humanité, c’est rafraîchissant et, même avec des loups-garous, c’est vraisemblable. Sophie Jomain a de plus élaboré une mythologie intéressante à partir d’éléments mythiques peu utilisés habituellement dans les histoires de loups-garous et c’est tout à son honneur.
Je pense que Vertige est un livre que j’aurais vraiment beaucoup aimé à quinze ans, mais je me sens maintenant un peu vieille pour ce genre de lecture. Les histoires d’amours adolescentes et leurs sempiternels balbutiements, même si celle-ci est bien plus sobre que la plupart de celles qui jalonnent la littérature YA, ont tendance à m’ennuyer très vite. Entendons-nous bien, c’est un bon livre, si j’ai levé les yeux au ciel quelquefois durant ma lecture c’est que je suis une vieille grincheuse. Ce n’est pas mièvre, c’est juste une première histoire d’amour avec ce que ça implique de maladresse dans le comportement d’une toute jeune fille qui ne sait trop quoi faire de tous ces changements dans sa vie.
Hannah (Ciel un palindrome ! Excusez, j’ai un peu de mal avec ce prénom…) est un personnage sympathique et crédible, si j’oublie le fait que ses genoux lâchent à chaque fois qu’elle voit Leith (faut pas abuser non plus). J’ai beaucoup apprécié le fait qu’elle soit très rationnelle et ne se laisse pas embarquer à la première occasion sur les sentiers de l’étrange comme si ça allait de soi. Par contre son manque de vivacité d’esprit dans la suite du roman m’a un peu étonnée.
Leith, avec sa tendance à souffler le chaud et le froid, m’a moins séduite que sa compagne. Bien qu’il ait ses raisons pour agir comme il le fait, j’ai trouvé le personnage un peu surfait. Il en va de même avec les personnages secondaires qui sont assez stéréotypés. Les parents d’Hannah, par exemple, sont de vrais hélicoptères de surveillance mais disparaissent du décor quand ça arrange l’auteur. Et ils ne doivent pas non plus avoir de nez… En général quand on reçoit quelques litres de bière brune sur la gueule, on sent la brasserie à des kilomètres. Comment des parents un peu psychorigides peuvent-ils ne pas froncer le nez face au parfum de Guinness de leur enfant unique qu’ils attendent pour être bien certains qu’elle ne dépasse pas son couvre-feu ?
Il y a donc quelques invraisemblances dans cette histoire, de petits accrochages sans réelle importance. Ma seule vraie déception a été ce méchant un peu trop caricatural.
Un détail stylistique m’a également gênée. C’est tout bête, je vous l’accorde, mais ça a vraiment perturbé ma lecture. Dans ce roman, les pensées de l’héroïne et narratrice sont parfois, et inexplicablement, entre guillemets. Or, les guillemets sont comme chacun sait une des marques du discours et ça fait vraiment bizarre de lire ce qu’elle ne peut s’empêcher de penser, mais ne dirait jamais à haute voix, entouré de guillemets. Certes ils peuvent marquer l’ironie ou un double-sens, mais c’était malvenu. L’italique aurait été un meilleur choix.
Oui, j’arrête avec mes délires psychotiques…
Je garderai de ce roman l’image d’un récit charmant, sans être exceptionnel, et qui se lit très vite. Je lirai la suite car j’espère que, la situation des personnages ayant évolué, ce qui a pu me gêner dans cette lecture ne sera qu’un souvenir dans le second tome.

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Un roman de Pierre Bottero, publié chez Rageot poche.

Nawel vit à Jurilan, le royaume des douze cités. Aspirante comme ses amis Philla et Ergaïl, elle va choisir la caste correspondant à ses aspirations profondes pour le reste de sa vie. Tout indique qu’elle entrera, selon le désir de ses parents, chez les prestigieuses Robes Mages. Mais Nawel s’interroge sur sa place dans cette caste et sur la voie qu’elle doit suivre…

Un roman de fantasy dont les fils croisent Les Mondes d’Ewilan et L’Autre, mais aussi une réflexion profonde sur le destin et la responsabilité, l’ambition et la sincérité, le hasard et la force des rêves.

Les âmes croisées est un superbe roman initiatique qui met en scène une jeune fille, Nawel, au seuil de sa vie d’adulte. De prime abord elle est arrogante, insupportable, mais se révèle pourtant fragile et humaine au fil des pages. Nawel est une jeune fille plutôt paradoxale. Elle abuse allègrement des privilèges de sa caste, mais demeure très naïve envers ce que son statut peut impliquer en retour. Tout se paie dans la vie et notre héroïne ne l’apprendra qu’à ses dépens. Confrontée à la vie, à la véritable nature de sa société, à elle-même et prenant conscience de la valeur de ses propres choix, Nawel évolue tout au long du récit. C’est ce qui en fait un magnifique personnage et donne toute sa poésie à ce roman d’une sensibilité à la fois pudique et sans fard, touchante.
C’est un roman très intelligemment construit et extrêmement poétique. J’ai beaucoup apprécié les écrits introspectifs de Nawel qui ponctuent un récit narré en grande partie à la troisième personne et permettent de se sentir plus proche de ce personnage un peu distant. On apprend ainsi à l’apprivoiser, à comprendre d’où est née cette froideur. Les chapitres sont courts et leurs fins souvent abruptes, demandant parfois quelques retours en arrière. Cela donne un peu l’impression que l’histoire est hachée mais se révèle au final plus homogène qu’on l’imagine et surtout très adapté aux aléas du récit.
Au début du roman Nawel est telle qu’on l’a façonnée et ne le sait pas, jusqu’au jour où un événement va détruire à jamais l’équilibre si parfait de sa petite vie de privilégiée. Le vernis commence à se craqueler et elle s’aperçoit que tout ce qui fait sa vie est vacuité, parfois même illusion. Elle se rend compte que ses ambitions sont celles de ses parents, que ses choix ne lui appartiennent pas et qu’elle est aussi abjecte qu’eux. Alors Nawel part à la reconquête d’elle-même et c’est ce qui fait la beauté de son histoire. Rien n’est simple ou lisse dans son passage à l’âge adulte. C’est une quête personnelle qui peut parler à chacun d’entre nous car malgré la fantasy de cet univers, les sentiments sont vrais et accessibles.
Au-delà du récit lui-même, ce livre m’attriste toujours autant car c’est le dernier de son auteur. Je ne peux m’empêcher à chaque fois de songer avec compassion à sa famille. Et puis, très égoïstement, j’aurais bien aimé avoir la suite car je me suis attachée à Nawel. Ce ne serait pas forcément nécessaire ceci dit car le roman se révèle très symbolique, surtout dans cette situation où il se fait écho de la vie elle-même au point que cela en devient troublant. Je ne peux vous l’expliquer davantage, il faut lire le livre et décrypter ce qui se cache entre les lignes. C’est triste et beau à la fois.
Ce qui se passe derrière la porte doit rester le secret de ceux qui en franchissent le seuil.
C’est un excellent roman pour les jeunes comme les adultes, pas édulcoré, bien écrit, vif et efficace, qui implique pas mal de réflexion et habitera longtemps l’imaginaire de ses lecteurs.

Ce livre a été relu pour le club de lecture de V&S (il partage le mois de décembre 2012 avec le premier tome d’Apocalypsis d’Eli Esseriam que je vais lire bientôt).
J’en profite pour l’ajouter à mon défi lecture de 2012 pou ne pas être trop ridicule vu le peu de livres qui y figurent.

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Un roman d’urban fantasy de Darynda Jones, publié par Milady.

Charley Davidson est détective privée et faucheuse. Son boulot consiste à convaincre les morts « d’aller vers la lumière ». Mais ce n’est pas toujours si simple : parfois Charley doit les aider à accomplir quelque chose avant qu’ils acceptent de s’en aller, comme retrouver l’assassin de ces trois avocats. Ce qui ne serait pas un problème si Charley ne passait pas son temps à faire des rêves érotiques provoqués par une entité qui la suit depuis toujours… Or, il se pourrait que l’homme de ses rêves ne soit pas mort. Il pourrait même être tout à fait autre chose…

« J’aurais moins de troubles de l’attention s’il n’y avait pas autant de jolies choses brillantes. »

On n’a pas arrêté de me dire beaucoup de bien de cette série, notamment une amie qui m’assurait que j’allais adorer Charley et que si je devais commencer une nouvelle série (j’ai plutôt tendance à freiner des quatre fers ces temps-ci pour ce genre de choses) ça devait être celle-ci, alors j’ai fini par me laisser fléchir. Et puis ça m’évoquait la série tv Dead like me, que j’avais appréciée, même si je me doutais, avec raison, que ce bouquin n’avait pas grand-chose à voir avec cette dernière…
C’est clair, on est bien loin de Dead like me, d’ailleurs le terme de faucheuse pour désigner Charley est franchement abusif. Elle fauche que dalle, mais je vais vous laisser découvrir quel est exactement son rôle en lisant le livre, sinon vous n’aurez plus grand-chose à vous mettre sous la dent.
Disons-le tout de suite, la mythologie évoquée dans ce roman ne m’a pas emballée, une question de goût plus qu’autre chose, ça n’est pas mauvais en soi, c’est juste trop chrétien pour moi. En outre, les explications sont très superficielles, comme dans tout premier tome qui se respecte, alors j’imagine que c’est pour laisser des choses à dévoiler dans les volumes suivants.
L’histoire non plus ne m’a pas séduite plus que ça. L’intrigue policière est pendant longtemps mise de côté et j’ai vraiment eu l’impression qu’il ne se passait rien durant un bon tiers du bouquin. Il y a un grand creux vers le milieu du récit, uniquement comblé par les bavardages répétitifs de Charley et sa copine Cookie. J’ai trouvé ça très dommage parce que l’idée de cette détective médium est intéressante, pas novatrice, certes, mais pleine de potentiel. Et puis des fantômes (surtout ceux qui peuplent ce roman) en urban fantasy ça change un peu…
J’ai aussi été un peu gênée par le côté peu crédible de certains événements. Vous me direz que quand on lit de la fantasy, la crédibilité ça fait plutôt rigoler, et pourtant non, j’ai besoin d’une certaine vraisemblance. Peu importe qu’on me raconte des trucs dingues, mais il me faut un minimum de logique, que ça sonne même lointainement vrai, ce qui laisse parfois à désirer dans cet ouvrage.
Par contre, mon amie avait raison sur un point, j’ai adoré Charley. C’est un personnage très bien construit, toutes ses réactions, ses manies, ses habitudes résultent d’expériences passées, ce qui la rend très vivante. Elle est drôle, d’une exquise mauvaise foi, fainéante, complètement barrée, mais aussi un peu gamine parfois. L’auteur ayant souvent tendance à vouloir trop en faire, tous ces charmants petits défauts peuvent devenir un peu lourds par moment, mais c’est avant tout Charley qui fait l’intérêt du roman. L’intrigue policière, quand l’auteur daigne se rappeler qu’elle doit aussi s’en occuper, n’est pas mauvaise, mais pas transcendante non plus, c’est la personnalité de l’héroïne qui fait qu’on tourne les pages. On s’attache forcément très vite à elle, même quand elle devient casse-pieds.
Les personnages secondaires sont un peu plus caricaturaux que Charley, mais quand même intéressants, enfin, si on excepte Cookie… Elle a une personnalité en rapport avec son prénom, à savoir très plate, c’est le faire-valoir de base qui ne sert qu’à faciliter la vie de l’héroïne. J’espère qu’elle prendra un peu plus d’épaisseur et d’indépendance dans le prochain volume, sinon autant nous épargner sa présence.
J’admets que Reyes, personnage masculin principal de l’histoire, n’a pas non plus éveillé grand intérêt chez moi. Question de goût une fois encore, je suppose. Je n’ai pas adhéré du tout à l’histoire d’amour. Charley est chiante avec ses genoux qui se dérobent chaque fois qu’elle pense à Reyes. Lire son nom lui suffit pour s’évanouir… L’auteur elle-même s’en rend compte puisqu’elle le fait admettre au personnage qui se désole de son propre comportement. Mais au lieu de calmer le jeu, elle insiste en essayant de faire passer ça avec de l’humour et du coup c’est encore plus soulant…
Au final, c’est un roman distrayant qui se laisse lire, il ne faut pas en espérer plus. Mon avis est donc mitigé, mais je pense lire la suite quand j’aurai besoin de vacances et puis un premier tome n’est jamais le meilleur d’une série. Je suis le genre de lectrice qui veut une intrigue et qui en a vite marre qu’on tire sur la corde. Le fait que tout repose sur Charley passe relativement bien cette fois, mais ça ne sera sans doute pas le cas dans un deuxième volume, alors j’espère que l’auteur a remédié à ces défauts.
On verra bien…

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De S. A. William.

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Zack est un adolescent normal, si tant est que la norme inclut une mère qui vous déteste, un père absent et une soeur qui doit se cacher pour vous parler. Sa vie s’écoule lentement dans une banalité mortelle lorsqu’un jour, une jeune inconnue lui passe un anneau au doigt et file sans ajouter un mot.
Zack se retrouve malgré lui projeté dans un monde onirique où il devra apprendre à combattre un ennemi invisible qui enferme les dormeurs dans leurs rêves et les plonge dans le coma, mission pour laquelle il ne se sent pas concerné… Jusqu’à ce que sa soeur, sa raison de vivre, tombe à son tour dans cette mystérieuse maladie du sommeil…

C’est encouragée par les avis enthousiastes de mes copines et par la façon qu’a l’auteur de parler de sa trilogie, que je me suis lancée dans la lecture de ce premier volume.
C’est un roman de fantasy contemporaine « young adult » et ce n’est habituellement pas mon genre de prédilection. Je suis, après tout, une vieille harpie… Or, celui-ci est largement passé entre les mailles du filet des récriminations que je réserve d’ordinaire à ce genre de romans.
C’est vraiment un très bon livre.

Imaginez des jeunes gens qui, accompagnés de leurs doubles, qu’on appelle communément des Harbis mais qui sont en fait divers animaux mythiques, parcourent les rêves des gens pour les sauver d’une étrange maladie… C’est dans ce monde, entre rêve et réalité que S. A. William nous emporte.
Tout commence sur les chapeaux de roues avec Zack, notre héros, qui accumule les catastrophes. On sent la volonté de l’auteur de nous entraîner très vite au cœur de l’action, ce qui serait une très bonne chose si cela ne se faisait pas un peu au détriment de la fluidité du récit. Tout s’enchaîne un peu vite, trop facilement, dans les premiers chapitres, mais le récit prend finalement son rythme de croisière et devient plus abouti au fur et à mesure que le personnage principal accepte sa nouvelle vie et qu’il progresse en tant que Chasseur d’âmes.
Je crois que ce début un peu abrupt est le principal reproche que je peux faire à ce roman. C’est, en tout cas, la seule chose qui m’ait vraiment gênée car, même si j’ai apprécié d’entrer tout de suite dans le vif du sujet, j’ai ressenti une certaine frustration à voir les événements se télescoper brutalement sans être développés.
Il y a bien quelques petites maladresses de plus, comme par exemple quelques longueurs par la suite ou le fait qu’aucune distinction typographique ne soit faite entre les paroles prononcées et les échanges mentaux de Zack avec son Harbi dans les dialogues, ce qui rend le tout un peu fouillis parfois, mais rien de bien insurmontable. Ce sont quelques petits cafouillages dans la construction du texte, plus que dans l’histoire elle-même, qui sont facilement excusables quand on sait à quel âge l’auteur a écrit ce premier roman. J’en connais de plus vieux qui écrivent beaucoup moins bien et qui n’ont pas une imagination aussi vive que la sienne.
Le point fort du roman, celui qui a capturé mon attention pour me faire oublier tout le reste, est indubitablement l’histoire qui est très prenante et originale. S’il est indéniable que l’auteur s’est inspirée de beaucoup de choses différentes pour créer son monde (elle fait d’ailleurs de nombreuses références à ses inspirations), elle a su rendre le tout très personnel. Le concept des chasseurs d’âmes qui évoluent en rêves pour sauver les gens touchés par la maladie du sommeil est très séduisant car il permet à l’auteur de nous ouvrir les portes de nombreux univers différents. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’idée est bien exploitée ; S. A. William a su élaborer un background très riche et bien construit. Cependant, elle semble néanmoins avoir gardé pas mal d’atouts dans sa manche pour les volumes suivants.
Les rêves sont si bien construits et détaillés que la réalité paraît un peu fade et floue en comparaison. Le parallèle entre les deux est intéressant car on sent que les personnages pourraient facilement perdre pied. J’admets avoir beaucoup apprécié cet aspect de l’histoire.
Les personnages sont attachants, bien qu’un peu puérils par moment, mais ça reste crédible car après tout c’est de leur âge, il n’y a que les fossiles dans mon genre pour avoir envie de leur donner une petite claque derrière la tête, façon grande sœur bienveillante. Mais j’ai beau avoir eu envie de les rappeler à l’ordre plusieurs fois, il n’y a pas à dire, je les ai trouvés vraiment sympas. On se laisse facilement piéger par cette ambiance onirique et quand la fin arrive on a sincèrement envie de savoir ce qui va se passer pour eux et leurs proches.
Aussi, je vais donc me précipiter sur la suite et vous encourager à découvrir Les Chasseurs d’âmes.

Si vous voulez vous procurer ce livre, je vous invite à vous rendre sur le forum de l’auteur ou sur sa page facebook.

Et c’est avec joie que j’ajoute ce livre à mon défi dans la catégorie auteur français.

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De J.R. Ward.
Publié chez Milady.

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Notez le soin apporté à la couverture, la nana de l’image est blonde alors que l’héroïne du roman est brune… Je crois que ça veut tout dire.

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Résumé de l’éditeur :
Une guerre fait rage à l’insu des humains. Six vampires protègent leur espèce contre la Société des éradiqueurs. Ces guerriers sont regroupés au sein de la mystérieuse Confrérie de la dague noire. A sa tête, Kolher, leader charismatique et implacable… L’un de ses plus fidèles guerriers est assassiné, laissant derrière lui sa fille, une magnifique jeune femme, une sang-mêlé qui ignore tout de son destin. Et c’est à Kolher qu’il incombe de faire découvrir à Beth le monde mystérieux qui sera désormais le sien…

Avant-propos (à lire si vous vous inquiétez de ma santé mentale, sinon passez directement à mon avis sur le livre) :
A toutes les personnes qui pensent que j’ai lu ce livre parce que j’ai perdu un pari, je répondrai : il y a de ça.
Sur le forum de vampires et sorcières il y a un jeu qui consiste à mettre un extrait de roman et a asticoter les autres jusqu’à ce qu’ils trouvent le titre qui correspond. Et moi, en bonne emmerdeuse, je leur ai sorti un vieux roman de fantasy des années 70 en leur disant que si quelqu’un l’avait lu, je lirai de la romance paranormale.
Bon, je ne prenais pas vraiment de risque avec ce roman, d’ailleurs personne ne l’avait lu, mais Chani, dont tout le monde connaît la perfidie, a décidé de le lire exprès pour me provoquer ! (C’est cruel, hein ? Dites-le que c’est cruel !!!)
Il en allait de mon honneur de lectrice, j’étais obligée de tenir ma promesse… (Même si nous pouvons nous accorder pour dire combien cette manipulation était retorse.) Un vote a donc été organisé par les membres du forum et le résultat a été en faveur du premier volume de La confrérie de la dague noire, série que l’on m’a décrite comme étant « la meilleure de la liste ».
Je me suis donc lancée courageusement dans ce marasme gluant qu’est la romance paranormale.
Au final, sincèrement, je ne veux même pas envisager une seconde quelles daubes devaient être les autres bouquins de la liste…

S’il y a des fans de la confrérie qui passent par ici (par hasard, j’imagine), ne lisez pas mon avis. Je respecte tout à fait vos goûts en matière de lecture, mais ça ne m’empêchera en rien de dire tout le mal que je pense de ce fichu roman.

Mon avis :

Avec quelques spoilers (comme si on ne savait pas d’avance comment ça va finir).

Je ne sais même pas par quoi commencer tellement j’ai trouvé cette lecture ennuyeuse. D’habitude, la romance paranormale me fait surtout beaucoup rire, principalement parce que je la trouve navrante de bêtise, mais là… J’en resterais presque sans voix et prête à subir un lavage de cerveau pour 1 : oublier ce bouquin, 2 : désapprendre à lire pour ne jamais plus avoir à me farcir un truc pareil.
Mais qu’est-ce que c’est que cette daube ???
Bon l’auteur a bien travaillé sur les origines de son peuple de vampires, ça je veux bien le lui accorder. Ce n’est pas non plus l’idée du siècle, mais j’ai vu pire. Par contre, j’aimerais attirer votre attention sur quelque chose qui m’a… consternée. Ouais, je crois que c’est le mot…
Il y a des auteurs qui ont inventé des langages pour offrir plus de cachet leurs histoires, langages certes plus ou moins travaillés, mais composés avec une certaine application, quel que soit le degré de complexité qui en a résulté. Il y en a d’autres qui ont utilisé patiemment des langues anciennes pour créer les bases de leurs langues imaginaires… Je n’en demande pas tant, mais bon, un minimum d’efforts est toujours appréciable.
A côté de ça J. R. Ward, elle, met des h dans les mots. Oui, oui, vous avez bien lu. Comme seule influence de l’ancienne langue des vampires sur celle qu’ils ont fini par adopter, on retrouve des h un peu partout. Bon, il y a bien quelques mots de leur langue ancienne par-ci par-là, arrivés d’on ne sait où parce que ça fait classe, mais la plupart du temps on en reste aux h. Après tout, les lecteurs s’en contrefoutent…
Alors ça c’est du boulot J.R. ça a dû te demande beaucoup de recherches et d’imagination…
Parlons du style ensuite, on va garder l’histoire pour la fin, c’est quand même le plus marrant.
La traduction est déplorable (oui ça se sent même quand on n’a pas lu la V.O. parce qu’il y a des phrases qui disent tout le contraire de ce que laisse entendre le contexte).
On a aussi, notamment, un personnage appelé Audasz auquel on fait souvent référence par l’initiale D. On m’a expliqué que c’est parce qu’à l’origine il s’appelle Darius. Là j’ai juste envie de dire à la traductrice de changer de métier si elle n’est pas capable de gérer correctement un petit changement de nom…
Il y a aussi, ce qui est vraiment très agaçant, une absence quasi systématique de négation complète dans les dialogues. Un peu ça va, mais là c’est au-delà du supportable. Ça fait langage parlé ? Ouais, d’accord, mais parfois c’est complètement ridicule :
« Me fais pas confiance. M’aime pas. Je m’en tape. Mais me mens jamais. »

Je ne sais pas si ça vient de l’orignal ou de la traduction, mais franchement ça craint.
Au-delà de ça, Je ne pourrais pas vraiment dire que c’est très mal écrit sinon, c’est juste très quelconque, stylistiquement parlant, et particulièrement vulgaire. Puis, ces vampires ont quand même une façon de s’exprimer qui me fait me demander s’ils tournent à plus de cent mots de vocabulaire. Mais bon, l’élégance de l’écriture et ce genre de romans ont toujours fait deux… Qui plus est, on ne devrait pas attendre de guerriers vampires qu’ils aient un minimum de culture.
Le tout manque de logique aussi, parfois. Comme quand les vampires invoquent Dieu ou usent de jurons religieux alors qu’ils ont leur propre religion. Ils devraient se référer à leur Vierge Scribe. A la rigueur ils auraient pu choper l’habitude en fréquentant des humains, mais ce n’est pas le cas et certaines coutumes humaines leur sont totalement étrangères. (La télé, ma bonne dame, c’est utile pour apprendre des jurons, mais pas pour savoir que les humains se serrent la main quand ils se présentent.)
Enfin, revenons donc à cette vulgarité constante… C’est plutôt étonnant, et soûlant, de voir une bande de gars en cuir (ce qui est également hyper discret quand on déambule la nuit dans les rues faut dire) qui passent leurs temps à se traiter de fils de pute pour faire cool. Les derniers bourrins que j’ai rencontrés n’avaient pas de meilleures manières, mais fallait surtout pas toucher à leur maman…
Des gars très discrets, vous disais-je. Qui font tous 2m12 et 3m de large, nourris depuis le berceau à la créatine, vêtus de cuir et de soie noire, qui sortent la nuit pour tuer de l’éradiqueur (oui, éradicateur ça sonnait bien trop « mot sorti tout droit du dictionnaire », fallait innover) et personne ne les remarque jamais… C’est utile de pouvoir effacer les souvenirs des gens. La soie noire c’est quand même l’idéal pour se bastonner, faudrait pas s’en priver…
Bon, reprenons, les gentils vampires qui ne demandent rien à personne, même pas du sang car ils se nourrissent les uns des autres (ça aussi ça n’est pas très logique, mais passons) sont pourchassés par les méchants éradiqueurs (sérieux, j’ai vraiment du mal avec ce mot). Ces derniers sont morts et privés de leur âme, histoire qu’on comprenne bien qu’ils sont vraiment très méchants et pas nets. Ils sont au service d’un vilain monsieur qui est jaloux du pouvoir de sa sœur, la maman (peut-être avec un h) des gentils vampires.
Et pour défendre tous ces gentils vampires innocents contre une soixantaine de méchants sans âmes qui sont remplacés dès qu’on les tue on a quoi ? Cinq gars en cuir et chemises en soie, avec des shuriken et des dagues.
Hmmmmouais.
J.R. tu me donnes la migraine…
Evidemment les gars en cuir ont trop de problèmes et sont quasiment tous des mal-aimés. C’est pratique quand on veut écrire une série de RP, on va tous les caser et leur offrir la rédemption au fil des volumes et pour montrer l’exemple on va commencer par leur chef, le roi pleurnichard qui n’assume pas ses fonctions. Mais ça n’est pas sa faute, bien entendu, c’est juste qu’il a peur de mal faire…
Ces personnages sont à pleurer de rire tellement ils sont archétypaux.
D’abord, il y a Kolher, 2m12, quasiment aveugle, revêche, mais c’est parce qu’il a bobo à son petit cœur. Le mec torturé de base, avec un passé douloureusement tragique, et sans doute le plus bourrin de la bande (quoique le flic n’est pas non plus en reste dans le genre…)
Au départ il ne veut pas de Beth, mais son honneur va le pousser à s’occuper de la pauvre petite qui, sans la pureté de son sang, ne pourrait sans doute pas survivre à sa transition. (Les vampires ne se transforment qu’à l’âge de 25 ans et ont pour cela besoin du sang d’un autre vampire de sexe opposé. Idée qui n’est pas mauvaise en soi.)
Kolher n’est pas capable de distinguer les traits de Beth, mais il voit une goutte de jus de fraise couler sur son menton… Ben voyons…
Il a un putain de caractère, il déteste les humains, mais va devenir tout gentil et les adorer du jour au lendemain juste pour les beaux yeux de sa chérie (sa femelle, devrais-je dire. Oui, comme les animaux, des mâles et des femelles, c’est perturbant au départ, mais bon…). Et il va regretter d’un coup toutes ces années passées à maltraiter son ex… C’est beau l’amour, ça vous change une vie de merde en un claquement de doigts.
Puis on a Beth, l’orpheline censément futée (on verra plus tard que c’est du flan). C’est une bombasse, bien évidemment, mais solitaire et frigide (à défaut d’être vierge comme c’est tellement souvent le cas dans les RP. Mais bon, pour la vierge de service, on a l’ex de Kolher).
Cette chère Beth se transforme d’un coup en poupée salope (précommandez la vôtre pour noël, les stocks sont limités) et commence à se frotter à un inconnu en répétant, en mode disque rayé, « touche-moi », « caresse-moi ». Et ce, mes bons amis, juste parce qu’il sent le cul.
J’exagère ? Que nenni… Ces vampires ont un odorat très important et ils passent leur temps à se renifler. Bon, pourquoi pas, me direz-vous… Mais ça donne lieu à tout un tas de « sentir son odeur suffisait à le faire bander » Enfin, un rien le fait bander ce brave Kolher, la voix de Beth, son aura, son souvenir même, alors on n’est pas à ça près…
Il passerait son temps le nez entre ses cuisses… Mais ne veut bien entendu pas admettre qu’il est totalement shooté à elle… Vous savez comment ça va finir, mais l’auteur a décidé de vous rallonger indéfiniment la sauce… On utilise la traditionnelle technique du chat et de la souris, puis du quiproquo qui permet de remplir une trentaine de pages avant de s’évanouir tout d’un coup et de finir en orgie de sexe. Ils ne se sont pas expliqués, mais ça n’est pas grave… Le quiproquo, outil béni des auteurs de romance, revient toujours en force !
Et c’est ennuyeux, tellement ennuyeux de les voir se tourner autour… Surtout qu’ils sont aussi antipathiques et pitoyables l’un que l’autre.
Les personnages secondaires, même s’il y en a de plus sympathiques que d’autres, n’apportent pas grand-chose à cette histoire qui est surtout très hypocrite. On veut nous faire croire qu’il y a une intrigue secondaire, que l’histoire d’amour (ou de cul) n’est pas l’essentiel du roman, mais en fait c’est juste un peu de poudre aux yeux.
Non, vraiment, je me suis rarement autant ennuyée. J’ai trouvé ce bouquin tellement machiste et mièvre que j’en reste écœurée. Certaines choses dans cette histoire m’ont agacée ou ennuyée, d’autres m’ont heurtée aussi parfois. Je n’arrive pas à comprendre l’engouement que génère cette série..
Je crois que j’ai préféré le premier volume du Cercle des immortels (qui, de mon point de vue, allait pourtant au-delà des limites du ridicule) et même le harlequin lu pour le défi de l’année dernière (c’était bien plus drôle et moins hypocrite), c’est dire…

Comme il faut bien que cette lecture ait une utilité et que je galère pour trouver des auteurs américains pour mon défi, ce roman sera le premier dans la catégorie « auteurs nord-américains vivants ».

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De William Heaney, alias Graham Joyce, publié chez Bragelonne en grand format et en version numérique.

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Résumé de quatrième de couverture :
William est un faussaire spécialisé dans les livres. Il est doué pour l’écriture mais préfère griffonner incognito des poèmes pour un ami plus séduisant que lui et fabriquer des exemplaires factices de premières éditions de Jane Austen qu’il vend ensuite à des collectionneurs crédules. II n’est pas si mauvais, au fond : il reverse l’argent récolté à un foyer pour SDF et ses crimes ne font de mal à personne. Mais si William n’a rien fait d’autre de sa vie, ce n’est pas sans raison. Il a commis quelque chose quand il était étudiant qui lui fait honte, boit beaucoup trop et ne peut s’engager dans une relation amoureuse. Ah oui, et il voit des démons. Des silhouettes éthérées qui rôdent derrière le dos de ceux qui l’entourent, guettant un instant de faiblesse. À moins que William voie simplement la souffrance du monde ? C’est alors qu’une femme extraordinaire, peut-être capable de l’en sauver, entre dans sa vie…

Commençons par dire que c’est du fantastique au sens strict du terme. Le surnaturel n’est pas des plus discrets, mais il est tout relatif car uniquement dévoilé à travers les perceptions des personnages. Vous êtes donc prévenus, n’attendez pas de ce roman qu’il passe un certain seuil de « normalité ». Pour autant, ce n’est pas non plus du fantastique à l’ancienne qui cultive religieusement l’ambiguïté. On croit ou ne croit pas, on peut se poser des questions, mais ce n’est pas non plus l’essence-même de l’histoire. Le surnaturel fait simplement partie du récit, comme une tache d’ombre sur une photo.
C’est plus moderne donc, mais toujours axé sur la psyché du héros. Le fantastique est souvent une littérature de l’être, une histoire symbolique de la formation du mental et du basculement de l’esprit vers une autre réalité, ou plutôt une oscillation entre deux réalités. Le lecteur ne sait jamais vraiment si le personnage est d’une extrême lucidité ou s’il devient simplement fou. C’est cette ambigüité qui me plaît, ce vacillement, parfois même imperceptible, ces voies multiples qui s’ouvrent devant le lecteur.
Mais ne vous faites pas de fausses idées, ce roman, s’il n’est pas une lecture que l’on peut qualifier de légère, n’est pas non plus pesant et déprimant. C’est un bon miroir de la vie en générale, avec ses dérives, ses tragédies, mais aussi ses joies, les amitiés qui se nouent, les étranges coups du sort et rencontres fortuites qui font le quotidien. Et Joyce sait comme personne décrire ce quotidien en demi-teinte… Son style exquis, subtil, mais aussi acéré est tout entier au service de son récit.
Il a une façon incroyablement sensible et évocatrice de dépeindre la psyché humaine, une écriture vibrante d‘émotion, tout en étant très terre-à-terre et ne versant jamais inutilement dans le pathos, qui me fait toujours apprécier ses ouvrages, mais qui me fait aussi les regarder avec appréhension avant de les ouvrir. Il sait faire du quotidien une histoire dense, plus psychologique que réellement basée sur l’action. Il peut passionner son lecteur avec bien peu de choses au final.
J’ajouterai également que Mélanie Fazi est sans nul doute une des meilleures traductrices possibles pour Graham Joyce. Elle sait à la perfection transposer les subtilités de son écriture.
L’histoire en elle-même est fort simple. William Heaney, le narrateur et personnage central, nous invite dans son existence un peu terne. Divorcé, englué dans un travail de bureaucrate qu’il juge absurde, il vivote tranquillement entre son boulot et ses soirées avec ses copains du club des chandelles, montant quelques escroqueries qui lui servent à financer un refuge pour sans-abris. William est un personnage emmuré dans ses souvenirs, hanté par ses lâchetés, qui a méthodiquement chassé toute passion de sa vie. Il l’a passée à se planquer, loin des sentiments exacerbés qui s’apparentent pour lui aux démons qu’il voit partout.
Un peu paumé et alcolo sur les bords, cynique, un peu cinglé aussi, il est malgré tout assez drôle, intelligent, attachant, très humain et au fond on l’identifie tout de suite comme quelqu’un de bien, peut-être un peu lâche, mais cherchant à se rattraper de ses erreurs passées. Je dois avouer qu’il m’a été particulièrement sympathique.
Les personnages sont toujours la meilleure réussite de Joyce, il sait les rendre vivants. Celui-ci n’échappe pas à la règle, mais les personnages secondaires sont tout aussi bien construits, aussi réels et travaillés. Chacun à son histoire et, si William est le personnage principal, aucun n’est pour autant oublié ou voué uniquement à faire tapisserie. Ils sont tous aussi essentiels les uns que les autres à la construction de ce récit, tout comme l’est la ville avec son ambiance et sa culture. Tout forme un ensemble des plus cohérents, un canevas complexe.
C’est une histoire en spirale plus qu’une chronologie double. Au début le passage au passé peut dérouter, mais on comprend vite comment marche l’esprit de William. Ces incursions dans le passé finissent par se fondre dans le récit et j’ai trouvé le tout très fluide et bien pensé. C’est en cela que ça me fait penser à une spirale. Depuis le nœud du problème, cette culpabilité que traîne le personnage, à sa vie actuelle, son existence a évolué en spirale, décrivant des cercles de plus en plus grands, mais toujours avec ce rappel, ce point douloureux par lequel il faut repasser de cercle en cercle. Et comme dans toute spirale, au-delà de ce point central sur lequel se focalise notre héros, des choses se répètent, reviennent sous d’autres formes, des détails sans cesse renouvelés poussent au souvenir ou à la réflexion. C’est une histoire parfaitement construite, très prenante et qui m’a particulièrement touchée. C’est peut-être un peu à cause de mon histoire personnelle, mais je pense que la sensibilité avec laquelle Joyce nous fait percevoir l’histoire de William y est aussi pour quelque chose.
J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, mais je conçois que ce ne soit pas le genre de tout un chacun. Il n’y a pas beaucoup d’action, on suit surtout la vie quotidienne de ce personnage qui voit des démons et essaie de ne pas se noyer dans ses propres regrets. Ce que j’ai aimé, c’est que le fantastique est ici au service de cette réalité, somme toute simple et terne, et qu’au lieu de nous en distraire, il la met plutôt en relief. C’est, pour moi, un excellent roman.

Avec cette lecture je fais d’une pierre trois coups, mais seulement deux nous intéressent ici car c’est une lecture pour le club de Vampires et Sorcières et que ça me fait aussi un auteur anglais pour le défi lecture.

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D’Aldous Huxley.

Présentation de l’éditeur :
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’œuvre de la littérature d’anticipation, a fait d’Aldous Huxley l’un des témoins les plus lucides de notre temps. Aujourd’hui, devait écrire l’auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d’ici là de nous faire sauter en miettes… Nous n’avons le choix qu’entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.

C’était le livre du club de lecture de Vampires et Sorcières pour le mois de février, si ma mémoire est bonne. Mais comme ma fiche a disparu suite à un bug et que je suis déjà bien en retard dans le défi de 2012, j’ai pensé la poster ici.

J’étais probablement trop jeune quand j’ai lu pour la première fois Le meilleur des mondes car, bien que me paraissant tout à fait plausible, cet avenir décrit pourtant de façon si pointue par Huxley était resté très abstrait dans mon esprit.
Aujourd’hui, ce Meilleur des mondes me semble terriblement concret et proche, dangereusement proche. Même si nous ne sommes qu’aux balbutiements d’un conditionnement systématique, nous semblons nous diriger vers cette forme de société. Enfin si, comme le disait l’auteur, nous ne nous faisons pas sauter avant d’y arriver…
Le fait est que ce meilleur des mondes peut sembler une utopie à qui pense que le bonheur est fait de tranquillité d’esprit, d’inconscience du temps et de soi, de stabilité rassurante, de plaisirs faciles et d’un bien-être aussi fade que régulier, mais qu’il est pour moi la pire des dystopies, la façon de s’éloigner à coup sûr de ce que devrait être le bonheur. Impossibilité de devenir réellement soi, relations superficielles avec les gens et le monde, des gens dont l’esprit lui-même est tenu en laisse, que pourrait-il y avoir de pire ? S’il est maintenu dans un état, sans possibilité de développer son esprit ou sa pensée au-delà de ce que sa société lui permet, que vaut encore l’être humain ? Il est irrémédiablement prisonnier et inutile.
Le meilleur des mondes est à l’image d’une ruche, le bonheur s’y résume en fait à peu de choses : savoir quelle est sa place dans le monde et aimer celle-ci. Ça me rappelle un texte que j’avais dû traduire en cours d’espagnol. Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, mais il comparait la vie à une salle de théâtre. Le problème des gens, disait-il, c’est qu’ils préférèrent toujours s’installer à la place du voisin et sont alors contraints, tout le temps qu’ils y sont, à s’y sentir mal à leur aise, inquiets, oubliant au final de profiter du spectacle, occupés qu’ils sont à scruter chaque nouvel arrivant retardataire qui pourrait les chasser de la place si convoitée.
C’est le genre de chose qui n’arrive censément pas dans le meilleur des mondes car chacun a une place bien définie et ne devrait avoir besoin de rien d‘autre que cela pour se sentir bien… Mais des erreurs persistent néanmoins et on se rend compte au final que ceux qui ne se sentent pas à leur place sont une menace pour la société. Ce qui importe c’est qu’ils restent à leur place et pour ce faire, ils doivent l’aimer. Un bonheur sur mesure pour des gens sur mesure… Mais ce n’est pas parce qu’on vous persuade de quelque chose, que celle-ci est vraie dans l’absolu… Peu importe toutefois, car la vérité dans le meilleur des mondes est elle aussi toute relative.
Toute la subtilité de la réflexion tient en cela : le bonheur est-il un état ou une émotion ?
Dans le meilleur des mondes, les émotions fortes sont proscrites, pas d’angoisses et pas de véritables passions, le bonheur y est un état. Pour moi, le bonheur est une émotion, il est fugace, toujours en mouvement, il nait de la créativité, de la recherche et de la foi, il naît de l’amour et de la connaissance de soi autant que des autres. Et, bien au-delà de ça, il n’y a qu’à la connaissance du malheur qu’on peut mesurer ce qu’est le bonheur. C’est pour cela qu’il sera toujours absent de cette société. Les traitements, succédanés de passion violente et autres aberrations du genre, ou même les drogues n’y changeront rien, même si tout cela aide à maintenir l’illusion.
C’est une question de point de vue, l’essence même du bonheur est différente pour chacun, mais je ne m’imagine pas un monde sans art, sans quête de connaissance, sans questionnement spirituel sérieux. Un monde parfaitement stérile qui étouffe toute créativité, c’est effrayant. Ça fait probablement partie de mon propre conditionnement, je l’admets, mais leur société me répugne autant que ma vision du bonheur répugnerait à la plupart des personnages de ce roman. Cela dit, je comprends bien cette vision des choses et pourquoi elle convient à la plupart des personnages. Née dans ce meilleur des mondes, je penserais sans nul doute autrement. Enfin, si on peut appeler cela penser… Et, puisque je suis en état de choisir, je mesure la chance qui m’est offerte de pouvoir penser et surtout créer, avec toutes les douleurs et les affres qui accompagnent le processus…
Mais revenons au roman lui-même que personnellement je diviserai en trois parties distinctes.
La première nous présente ce monde, cette pseudo-utopie où chacun est censé être heureux. Il prône une uniformisation systématique, la fabrication de l’humain comme un produit, avec un rôle bien défini et une utilité maximale, de la naissance à la mort. Sans pour autant le cacher à ses citoyens car il n’est, du reste, pas nécessaire de le faire étant donné qu’ils sont conditionnés à ne pas s’en émouvoir. Ne connaissant rien d’autre, ils ne risqueraient pas de faire un autre choix. Et ils sont sans aucun doute conditionné à craindre la perte de leur petit confort… Ne pas se poser de question est salvateur pour eux et, au pire, à la moindre petite contrariété, il y a le soma…
C’est un monde où l’on n’est jamais pleinement soi, où la conscience est maintenue à un degré minimal et la vie dans une confondante superficialité. L’humanité est déshumanisée au possible, privée, selon moi, de tout ce qui pourrait faire son intérêt… Mais force est de constater que ça marche et c’est sans doute ce qui est le plus désolant. Oui, un tel monde fonctionnerait parfaitement, même si je pense que ses dirigeants iraient bien plus loin que ne l’a écrit Huxley. Je crois que ce dernier voulait surtout choquer, ce qu’il est d’ailleurs parvenu à faire, en insistant sur certains points de sa théorie plutôt que d’autres.
Bien sûr, même dans ce meilleur des mondes, arrivent des erreurs, ce qui est logique quand on transforme l’humain en produit, mais qu’on tient à ne pas dépasser une certaine limite en bridant la science et en favorisant le travail humain plutôt que celui des machines. Cela dit, l’auteur aurait sans doute vu les choses autrement près d’un siècle plus tard, avec les avancées scientifiques faites depuis l’écriture de ce roman. Peut-être aurait-il privilégié la robotique à la création d’epsilon… Mais bon, c’est une autre histoire…
La seconde partie, quant à elle, m’a toujours semblée par trop artificielle. Elle a certes un rôle dans le processus de prise de conscience du lecteur, mais sert surtout les prétentions d’Huxley qui, quand même, aimait bien s’écouter parler… Il avait envie de dépeindre la folie et les sentiments exacerbés, comme savait si bien le faire Shakespeare. Mais n’est pas Shakespeare qui veut et, franchement, ça se sent…
Cette partie nous montre qu’il n’y a pas d’échappatoire, c’est l’aliénation ou la folie qui attendent l’humanité. C’est probablement vrai d’ailleurs, mais c’est un peu pénible à force… Ça manque de subtilité et d’empathie, sans doute en partie à cause de l’écriture un peu sèche d’Huxley.
La dernière partie a surtout une fonction explicative. Huxley s’est servi du personnage de l’Administrateur pour expliciter ses vues, peut-être même un peu trop à mon goût car tout lecteur ayant un minium d’intérêt pour cette histoire aura compris, une fois la première partie lue, ce qu’est l’essence-même de ce Meilleur des mondes et à quoi il faut bien évidemment renoncer pour obtenir en échange l’ataraxie si recherchée… Et il aura apprécié de le comprendre tout seul, comme un grand…
Quoi qu’il en soit, malgré ces quelques petits reproches, Le meilleur des mondes est une lecture intelligente, qui donne à réfléchir, tout en étant au final assez agréable à lire. C’est très logique et lucide, vraiment bien construit. De mon point de vue, et à mon grand effroi, Huxley était véritablement un visionnaire. Près d’un siècle plus tard, sa théorie est toujours d’actualité.
Ce roman est scientifiquement plausible, philosophiquement discutable et éthiquement inconcevable, mais il est néanmoins une probabilité qu’on ne peut écarter. C’est ce qui fait justement sa force et son intérêt.

Aldous Huxley a donc l’honneur d’être mon premier auteur mort pour le défi 2012.

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