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Posts Tagged ‘Fantasy’

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en papier et en numérique.

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Sommaire :

– La septième idole, par Sylvain Lamur
– Terminus Turnus, par Ludovic Klein
– Autodafé, par Marie-Lucie Bougon
– Cadenas d’amour, par Bruno Pochesci
– Le sourire du barbare, par Sébastien Parisot
– La louve pourpre, par Julien Morgan
– Jeux dangereux au bord du monde, par Sylvain Bousquet
– Mirradh, par Manuel Le gourrierec
– Le sang et l’acier, par Xavier Portebois
– Une fois le papier enflammé, par Marianne Escher

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Réalités est une anthologie comme on les aime : des textes variés et inventifs qui permettent de découvrir des auteurs et d’explorer divers univers de SFFF sans s’ennuyer un seul instant.
Dans ces dix nouvelles on croise entre autres des robots, des ados livrés à eux-mêmes dans un monde apocalyptique, des mythes en lambeaux, des extraterrestres et des dragons. On explore des sociétés dystopiques, d’autres planètes et même une utopie… Drôles, tragiques, intenses ou surprenants, tous ces textes tirent à leur manière leur épingle du jeu. Je vais vous parler de mes préférés.
Dans La septième idole, des robots cherchent un sens à leur existence en se créant une religion. C’est bien vu. Un contexte savamment construit ainsi qu’une réflexion intéressante sous-tendent ce texte à la fois drôle et intelligent.
Autodafé, probablement ma préférée, est une nouvelle bourrée de références littéraires et superbement écrite. Très visuelle, elle nous permet d’observer les personnages aussi bien que la danse macabre des brûleurs de livres. Du début à la fin, je n’ai pu lâcher ce texte.
Cadenas d’amour est un récit à l’humour grinçant particulièrement divertissant. Seule la fin m’a un peu déçue, mais les circonvolutions de l’intrigue et le rythme enlevé m’ont beaucoup plu.
Plus initiatique, Jeux dangereux au bord du monde, a éveillé mon intérêt par l’originalité de l’univers dépeint. Des adolescents et enfants cherchent à survivre dans un monde que le néant ronge chaque jour un peu plus. Ils ont des préoccupations d’adultes mêlées à d’autres plus de leur âge. Mais comment s’affirmer et trouver sa place quand l’avenir est illusoire, ne dépendant que d’une éternelle fuite en avant ?
Dans Le sang et l’acier, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Xavier Portebois dont les textes possèdent toujours plusieurs niveaux de lectures et sont très subtils. Cette fois, se mêlent les caractéristiques du polar avec une réflexion sur l’humanité et le vivant. Est-ce la conscience ou la chair qui font de nous des êtres sensibles ? Ce texte parle de compassion, de différences, mais aussi de peurs et du rejet de l’altérité.
Pour finir, Une fois le papier enflammé m’a plu pour son aspect social et psychologique. Par petites touches, se dessine un monde surpeuplé, à tendance dystopique, dont le réalisme a de quoi faire grimacer.
Cette anthologie originale et pleine de surprises m’a offert d’excellentes lectures. Je vous encourage à parcourir à votre tour les dédales de toutes ces réalités.

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antiquidees

 

Présentation de l’éditeur :

Après Histoires d’aulx, U-chroniques, Riposte Apo, Total Chaos, Rétro-fictions et Star Ouest, l’association imaJn’ère vous propose une nouvelle anthologie thématique !

Réalisée à l’occasion du sixième salon ImaJn’ère, le salon de la Science-Fiction et du Policier d’Angers où de plus en de plus d’auteurs de l’imaginaire francophone se réunissent chaque année, l’anthologie Antiqu’idées explore tous les aspects bien connus de l’Antiquité, par le biais de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique et d’une pointe de polar.

Que pouvons-nous trouver comme idées neuves en refouillant l’Antiquité ? Revisiter un passé déjà connu, imaginer un futur plus rose ou tout simplement plonger dans l’Histoire antique pour le plaisir des yeux et des sens, voilà le programme d’Antiqu’idées. Quinze auteurs ont imaginé des histoires originales mettant en scène des éléments ou des personnages antiques, pour bousculer nos connaissances et rappeler que l’Histoire peut être vue autrement, voire même revécue.

De la Guerre de Troie à la Cimmérie, en passant par l’Égypte, Carthage et les confins bien connus de notre héritage gréco-latin, ces quinze nouvelles s’attachent à nous conter gaiement notre besoin de combat épique, de voyage au lointain et de quête de nos racines.

Sommaire :

  • La Maison des Vignes d’Estelle Faye
  • Rivages d’Eva Simonin
  • Deux fois vainqueur traverser l’Achéron de Fabien Clavel
  • Le Rêve du pont Milvius d’Olivier Boile
  • Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle
  • Le Tombeau de Calypso de Brice Tarvel
  • Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard
  • Âheli ou la mémoire enfuie d’Isa3elle Arnoult
  • Quid Novi Medice de Jean-Hugues Villacampa
  • Carthage ! d’Arnaud Cuidet
  • Boadicée de Pierre-Marie Soncarrieu
  • Discorde de Patrice Verry
  • Une Histoire Tauride de Romuald Herbreteau
  • L’Immortel et l’Assassin de Jérôme Verschueren
  • Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse de Lionel Davoust

Antiqu’idées, l’anthologie officielle du Festival ImaJn’ère 2016, pique d’emblée la curiosité. Le thème, certes souvent exploité dans les genres de l’imaginaire, ne manque cependant guère de potentiel. Je craignais un peu une surreprésentation de l’antiquité gréco-latine dans ces nouvelles, mais ai été agréablement surprise par la variété des textes.
Qui plus est, on trouve au sommaire autant d’auteurs connus dans le milieu SFFF que de petits nouveaux. Il est toujours plaisant de découvrir de nouvelles plumes, mais aussi de voir comment des auteurs qu’on apprécie exploitent un thème donné.
Comme pour toute anthologie, il est assez difficile d’évoquer les textes sans trop en dire. En outre, ils couvrent un grand éventail de lieux et de genres, j’ai donc décidé de les présenter dans l’ordre de publication.

L’anthologie s’ouvre sur La Maison des vignes d’Estelle Faye. Une nouvelle Fantastique dans la plus pure tradition du genre. L’auteur a choisi d’effleurer les Mystères dionysiaques, thème cher à mon cœur, et est parvenue à créer une ambiance très plaisante. Le soleil, le vin, des éblouissements qui altèrent la raison… J’ai néanmoins trouvé l’intrigue un peu convenue. Cependant, il s’agit d’un très bon texte.

Ensuite vient Rivages d’Eva Simonin, un texte agréable, mais à la chute prévisible. Le fond mythique n’y est pas assez exploité à mon goût. Il y avait matière à le rendre moins anecdotique.

Deux fois vainqueur traverser l’Achéron de Fabien Clavel est indubitablement mon texte préféré.
Eurydice nous y chante ses presque retrouvailles avec Orphée. L’auteur a une parfaite connaissance du mythe et a su en exploiter le moindre détail avec intelligence et finesse, tout en peuplant les zones d’ombre de nouveaux fantômes (ou d’autres créatures moins ragoûtantes). Cette lecture entre les lignes est originale et en même temps très respectueuse. J’ai, de même, beaucoup apprécié la référence à Nerval.

Le rêve du pont Milvius est également un très bon texte. Il mériterait largement d’être développé sous forme romanesque. Dans ce monde, l’islam s’est imposée à la place du christianisme et un écrivain moderne se demande ce qui se serait produit si cela n’avait pas été le cas. Cette mise en abyme uchronique, rappelant un peu Le Maître du Haut Château de K. Dick, est très intéressante.

Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle nous fait changer de registre. Les plaies d’Égypte y ont une origine pour le moins loufoque. Ce texte amusant et déjanté me rappelle quelque chose sans que je sache dire exactement quoi. Il est néanmoins original et apporte un peu de légèreté à cette anthologie, tout en changeant de décor. Néanmoins, ce type d’humour ne séduira pas tout le monde.

Je pense être passée totalement à côté du texte suivant… Je ne saurais pas dire pourquoi, mais je n’ai pas du tout accroché au récit de Brice Tarvel, Le Tombeau de Calypso. C’est pourtant du Fantastique, mon genre préféré. Un Ulysse déboussolé y échoue sur une île d’Ogygie bien loin de ses standards…

Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard démarrait plutôt bien. L’idée de base ne manquait pas de piquant : toi aussi chez toi crée une divinité qui exaucera tes vœux puisque les autres ne le font pas ! Info ou intox ? Le narrateur, stéréotypé à souhait, était idéal pour ce genre de récit. Cette nouvelle avait du potentiel. Malheureusement, celui-ci n’est que peu exploité, tout comme le filigrane uchronique qu’on entrevoit à peine. La fin m’a semblé décevante, peut-être un peu lisse pour la cynique que je suis.

Âheli ou la mémoire enfuie est un récit plus doux. Cette vision de l’Atlantide et de sa fin n’est pas très originale, il me semble avoir lu mille fois une interprétation de ce type, mais celle-ci se révèle néanmoins efficace et élégante dans sa simplicité. En tout cas, j’en ai apprécié la lecture.

Quid Novi Medice nous emmène au temps de la guerre des Gaules (référence obligatoire à deux célèbres Gaulois) et explore à sa façon le thème très couru des super-héros.

Carthage ! d’Arnaud Cuidet fait partie des textes qui m’ont le plus marquée. Cela est d’autant plus étonnant que je ne suis pas férue de scènes de combat. Toutefois, le mélange entre science-fiction, histoire et références littéraires (un des rares textes de Flaubert qui me parle vraiment) m’a beaucoup plu. J’ai de surcroît trouvé le style de l’auteur très poétique et agréable à lire.

Boadicée, comme son titre l’indique, nous emmène sur les traces de la célèbre reine guerrière, mais quel destin choisirait-elle s’il lui était donné d’entrevoir son futur ? L’auteur y fait montre d’un sens de la mise en scène plutôt intéressant.

Discorde mêle SF et mythologie grecque de façon relativement amusante. On y rencontre trois donzelles qui cherchent un gugusse pour les départager et un berger d’origine princière, si ça vous parle… Cette réécriture était plutôt sympathique, j’ai beaucoup apprécié le début mais ai été une nouvelle fois déçue par la fin.

Une Histoire Tauride est l’une des nouvelles que j’ai le plus appréciées. Un scientifique endetté s’embarque dans un chantier de fouilles archéologiques qui se révèle particulièrement atypique. Quand l’Histoire se réécrit d’elle-même (ou presque, merci les incidents nucléaires) pour intégrer de la fiction (cimmérienne, mes amis !) et que des chats patriotes s’en mêlent, moi je dis que ça vaut le détour ! J’en aurais bien lu quelques pages de plus.

Un contrebandier, une chèvre et un chevalier sont dans une barque… Ça commence comme une blague et on n’est pas loin du compte. L’Immortel et l’Assassin est un texte récréatif, qui joue sans vergogne sur le mélange des genres et des références très marquées à une obscure saga interstellaire et ses sabres lasers… De quoi passer un bon moment.

Je connaissais déjà Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse et je l’ai relu avec plaisir. Ce texte, rédigé comme une étude des plus sérieuses, est à la fois drôle et intelligent. On nous y propose de régler le problème de la surpopulation et du manque de ressources nourricières grâce à un épisode de l’Odyssée. Sous couvert d’humour et de métaphore, il aborde des problèmes réels, des points de morale et d’éthique, et offre une réflexion intéressante.

Dans l’ensemble, je garde une assez bonne impression de cette anthologie qui respecte le pari de nous faire voyager dans le passé et propose un panel de textes très éclectique. Certains m’ont peu marquée, il est vrai, mais se détachent du lot de vrais petits bijoux qui satisferont les lecteurs les plus exigeants et resteront dans les mémoires.

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Un roman de Vincent Tassy, publié aux éditions du Chat Noir.

 

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Présentation de l’éditeur :
Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

Imaginez que les romantiques Britanniques et Allemands se disputent des contes de fées très connus, les tordent en tous sens, les corrompent, mais les humanisent aussi… Saupoudrez cette œuvre improbable de gothique vampirique et vous obtiendrez Apostasie. Sorte de conte inversé, comme reflété par un miroir maléfique qui en montrerait la face obscure, ce roman distille son merveilleux discordant et atypique, tout en paraissant familier au bibliophage averti. On y retrouve les codes, bien qu’ils soient dévoyés, des genres précités, ainsi que de multiples références à d’autres ouvrages plus ou moins connus. Cette érudition se fond dans l’histoire et c’est un réel plaisir pour tout amoureux des livres.
La préciosité du style est parfaitement adaptée au récit, mais peut rebuter dans les premiers chapitres. C’est elle qui me rappelle beaucoup les écrits, poétiques et fourmillant de détails, de Mme d’Aulnoy en particulier, mais sans leur côté kitsch et par trop galant. Apostasie est composé de contes glauques, imbriqués les uns dans les autres. Ils s’enroulent autour de la trame principale et la nourrissent, comme pour mieux emprisonner le narrateur, mais aussi le lecteur, dans leur toile.
Anthelme est un jeune homme étonnant, à la fois naïf et aguerri. Grand lecteur et solitaire, il a choisi de vivre en marge de la société. Il y a une candeur dans sa façon d’être, à la fois innocence et potentiel en latence, qui fait qu’il est prêt à accepter toutes les bizarreries et que j’ai parfois eu l’impression qu’il réagissait comme on le fait dans un rêve : en sachant qu’on pourrait s’éveiller à tout instant. Anthelme a beaucoup lu… Il ne veut vivre, si ce n’est sa légende. Il s’éveillera presque malgré lui. J’ai appris à l’aimer, petit à petit.
Il en va ainsi des contes, mêmes sombres, le héros pénètre dans la forêt. Et celle-ci est loin d’être ordinaire… Elle est sylve aux arbres rouges, elle est organe pulsant… La forêt, dans les contes comme les récits médiévaux, est le lieu de la sauvagerie, sans notion de bien ni de mal. Les règles de la société n’y ont plus cours et elle peut s’ouvrir sur des pays imaginaires… Dans la forêt, on se perd et on se trouve, à la fois changé et plus proche de soi, on fuit le monde, mais on doit y retourner un jour. Dans celle-ci, au lieu d’une fée, Anthelme va croiser un vampire. Ceci dit, on peut se demander laquelle de ces deux créatures serait la plus cruelle…
J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans les aventures d’Anthelme et c’est à cause de la première partie, trop dolente… Bien écrite, sans nul doute, mais j’ai lu beaucoup de récits de ce type. Aujourd’hui je préfère la sobriété à la mélancolie langoureuse d’une poésie enrobée de préciosité qui se délecte de sa propre algie. Les rêves brisés des personnages m’ont rendue nauséeuse. Cet imaginaire mutilé, dont on regarde goutte à goutte s’écouler l’ichor, n’est pas pour moi. J’ai eu par moment l’impression d’observer malgré moi des scènes sordides que je n’étais pas censée voir. Ce n’est pas effrayant, c’est dérangeant. Il y a du sang, bien sûr, de la violence, mais, si vous craignez les récits horrifiques, sachez que cela reste tout à fait supportable. C’est plus malsain que gore.
Ce récit languide, froid comme une couleuvre, glisse sur l’esprit du lecteur, le fait frissonner, non de peur, mais de malaise, laissant une trace sinueuse et désagréable. C’est ce que je pensais en découvrant la première partie. Contrairement à Anthelme, je me méfiais. Et puis petit à petit on se laisse prendre au piège, on s’attache aux personnages… On voudrait inventer pour eux une fin heureuse. À l’instant où Anthelme entend les premiers mots de la légende d’Apostasie, j’ai été saisie. Comme chacun sait, le ravissement et le dégoût engendrent la fascination. Tout comme le héros, je ne pouvais plus m’échapper. J’ai adoré Ambrosius et Lavinia, leurs peines et leurs fêlures, leur grandeur et leur folie, leur amitié sans faille…
Ensuite, j’ai mieux compris la facture de la première partie. Puis, est venu le moment où je n’ai plus pu lâcher le livre. Il fallait que je voie s’accomplir la légende, que je sache la fin. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Cette œuvre sort vraiment des sentiers battus.
Apostasie est typiquement le genre de roman que l’on aime ou pas, difficile de faire dans la demi-mesure, cependant il est indubitable qu’il s’agit d’un véritable joyau de merveilleux noir.

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Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.

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Présentation de l’éditeur :

Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde. L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’orginalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d’exception.

Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d’illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.

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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !

CRAAA

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

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Un roman de Damien Snyers, publié chez ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Damien Snyers est un jeune auteur belge. Il signe avec La Stratégie des as un premier roman nerveux, mélange réussi de fantasy et de steampunk, dans la plus pure tradition des films de casse.

Roman de Fantasy autant que d’aventures, La Stratégie des as nous offre une histoire de voleurs comme on les aime. On a des personnages pleins de ressources, une pierre précieuse à la réputation magique, des plans ingénieux, des méchants particulièrement sournois et du suspense. Que demander de plus ?
James est un elfe sans le moindre scrupule. Il vit de petites arnaques et de vols sans grande envergure avec ses acolytes, jusqu’à ce qu’on leur propose un coup qui pourrait changer leur vie. D’emblée, James se laisse séduire par la rétribution pécuniaire et s’engage sans même demander l’avis de ses complices. Il aime le risque, seulement ce travail va se révéler bien plus dangereux et délicat que prévu. C’est un plaisir de suivre tous les préparatifs du vol, autant que de voir se dévoiler petit à petit ce qui se trame dans l’ombre.
Les personnages sont vraiment intéressants. Si James est celui qu’on apprend le mieux à connaître, étant donné qu’il est le narrateur, il distille suffisamment d’informations sur ses compagnons pour qu’on comprenne leur situation. On se rend vite compte que Jorg et Élise n’ont pas eu trop de chance dans leur vie ni la possibilité de faire beaucoup de choix. Cependant, James est différent. Tous assument leur vie de criminels, mais lui semble en outre l’apprécier. Il est arrogant, égoïste, pourtant on se prend à l’aimer, à vouloir qu’il gagne, car l’affection qu’il porte à ses amis laisse entrevoir un peu de bonté dans sa personnalité retorse.
Ce roman se lit très vite, il est certes court, mais surtout très agréable. Même pendant la préparation du vol, on ne s’ennuie pas, bien au contraire. Et puis James est un narrateur à la parole vive, son franc-parler le rend attachant. J’ai aussi beaucoup aimé les titres des chapitres pastichant des œuvres célèbres. C’est le genre de détails qui m’amuse et me séduit toujours.
Par contre, la quatrième de couverture nous promet un peu de Steampunk, or je le trouve très anecdotique. On se rend compte bien vite qu’on est en terrain uchronique, toutefois ce n’est qu’un décor de fond, pas du tout exploré. C’est dommage, ce monde semble vraiment très différent du nôtre, malgré des mythes religieux communs. J’aurais bien voulu savoir ce qui l’a fait diverger à ce point… Ceci dit, malgré la curiosité que cela éveille, l’intrigue ne souffre pas de ce manque d’informations.
Les derniers chapitres sont chargés de suspense et d’adrénaline. J’ai adoré cette fin. Cependant, l’auteur n’en reste pas là et nous propose ensuite une nouvelle concernant un personnage que l’on a rencontré en cours de route. Il n’y avait pas de place dans le roman pour l’histoire de Mila, mais j’ai été ravie de pouvoir la connaître, savoir comment elle-même s’était trouvée embringuer dans cette histoire. Ce bonus est particulièrement bien vu.
La Stratégie des as est un chouette roman, une belle découverte. J’aurais volontiers passé un peu plus de temps dans cet univers.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

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Un recueil de nouvelles de Rozenn Illiano.
Disponible auprès de l’auteur en numérique et en papier, ou sur TheBookEdition en impression à la demande.

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Ce n’est pas tant la nostalgie qui guide ces mots, mais bien quelque chose qui s’apparente plus à une blessure ancienne, de celles qui s’imposent à vous dès que le temps change, qui font vriller vos os sous l’humidité de l’air ou la tension des tempêtes. Je crois que c’est pour cela que je guette, à la fin de l’été, le moment où les journées raccourcissent. Parce que le jour se couche tôt, parce que la nuit s’empare du paysage alors que le soir n’a pas encore sonné. Un rythme d’ailleurs, un rythme d’autrefois posé sur les méridiens du Pacifique. Si j’attends la venue de l’automne et la promesse de l’hiver, c’est pour rejeter en bloc la chaleur et le soleil. Pour noyer dans le froid ces souvenirs doux-amers de jour mourant, de montagnes baignées d’orage. — La Boussole

Huit nouvelles parcourues de failles et de rêves sans issue, d’inévitables séparations et de retrouvailles au pied des tombes.

Ce livre comprend huit nouvelles qui ont été préalablement publiées dans le recueil Le Rêve du Prunellier (Unseelie Éditions, indisponible), ou sur Onirography.com et Wattpad. Elles ont été revues et corrigées pour la présente édition. Ce faisant, ces nouvelles ne sont pas inédites. Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page du livre.

Sommaire :
– Échos du froid
– Poe
– Le corbeau et l’écrivain
– Amélia des Tours
– L’attrape-rêves, L’attrape-rêves – 1
– Un parfum de pluie et de rouille, L’attrape-rêves – 2
– La Boussole, L’attrape-rêves — 3
– Souvenirs d’encre

Ma première lecture des écrits de Rozenn Illiano s’est faite avec Le Rêve du Prunellier, un recueil que j’ai vraiment beaucoup aimé. Ce fut donc avec plaisir que j’ai ouvert son dernier ouvrage, recueil de nouvelles également, dans lequel j’ai retrouvé certains textes du Prunellier, retravaillés et parfois assez différents des originaux, ainsi que de nouveaux récits.
Le style de Rozenn est toujours aussi délicat. Elle entremêle Fantasy douce et Fantastique avec sensibilité et poésie. On est dans le ressenti, le sensoriel. Pris individuellement, ce sont de beaux textes, mais il est dommage d’en découvrir certains sans le contexte créé par Le Rêve du Prunellier. En lisant ce recueil, on ne peut qu’approcher superficiellement l’univers, vaste et réfléchi, de Rozenn. Sans Layla des Tours, La Forêt d’Adria ou encore D’hiver et d’ombres – pour ne citer que ceux-ci – on ne réalise pas que ces récits s’imbriquent et forment une trame complexe. Amélia des Tours est probablement celui qui pâtit le plus de leur absence, alors que Poe, en sa qualité d’hommage, juste en lisière de la trame principale, était déjà un peu à part et se lit très bien seul.
Dans Fêlures, l’ambiance est douce-amère. Échos du froid donne le ton. Ce texte que j’aime énormément propose une suite à La Reine des Neiges d‘Andersen. J’apprécie son ambiance presque déliquescente, les dernières illusions qui se délitent dans un monde hivernal.
Poe ainsi Le corbeau et l’écrivain forment en quelque sorte un diptyque. La première laisse flotter un peu d’espoir quand la seconde n’est que noirceur. Ce sont deux magnifiques textes. On n’a pas besoin d’être lecteur d’Edgar Allan Poe pour les apprécier, ceci dit ça reste un plus.
Vient ensuite le cycle de l’attrape-rêve, plus onirique – forcément – et peut-être aussi plus personnel. J’ai été un peu moins touchée par ces textes, un brin trop lyriques pour moi. J’avais préféré la première version d’Un parfum de pluie et de rouille. Par contre, La Boussole m’a laissée une forte impression, il m’a beaucoup plu.
Le Dernier texte enfin, Souvenirs d’encre, a un thème assez classique, mais je l’ai néanmoins trouvé plaisant, surtout dans ses mises en abyme.
Rozenn Illiano est une rareté dans le paysage littéraire actuel de la SFFF, un auteur à découvrir si ce n’est déjà fait.

Découvrez également les avis d’Acr0 et de Chani.

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CRAAA

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un recueil de nouvelles SFFF

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Sir Terry Pratchett nous a quittés voilà peu de temps. Auteur prolifique, il nous laisse de nombreuses œuvres dont une majorité constitue ce monument que sont Les Annales du Disque-monde. Des romans à lire, relire et partager.
On aime ou pas, c’est vrai. Et je ne conseillerais à personne de les lire tous à la suite… Mais l’humour de Pratchett reste pour moi d’un réconfort certain et j’adore le Disque-monde, ses personnages barrés, les réflexions qui se glissent entre les pages aussi.
Mon hommage personnel à ce grand homme a été de lire à haute-voix dans mon jardin les deux premiers volumes des Annales. Traitez-moi de folle si vous le voulez. Je suis heureuse de l’avoir fait.
Et tant que j’y suis, je vais vous en parler un peu.
Tout le monde devrait lire Pratchett, ça ne résoudrait pas tous les problèmes de la race humaine, mais ça ne rendrait pas les gens plus cons (ce qui en soi est déjà pas mal).

La Huitième Couleur

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Loin dans l’espace, vogue une tortue géante. Sur son dos, quatre éléphants supportent le poids d’un disque, le fameux Disque-monde.
Cette série mondialement connue est composée d’une quarantaine de volumes. Bien qu’ils soient souvent présentés par cycles (selon les personnages récurrents concernés) on peut les lire indépendamment. Sauf en ce qui concerne les deux premiers volumes qui content les pérégrinations de Rincevent, le pire mage qui soit, et de Deuxfleurs, le premier touriste du Disque.
En général, on ne recommande pas de découvrir le Disque-monde avec ce roman qui n’est ni le plus réussi ni le plus attractif. Mais personnellement je l’aime beaucoup et je pense qu’il est une bonne introduction à l’univers de Pratchett. Vous peinerez peut-être un peu à vous immerger dans La Huitième Couleur, mais vous y apprendrez notamment à connaître la géographie discale et beaucoup d’autres particularités de ce monde étonnant ainsi que de ses habitants.
On pourrait dire que La Huitième Couleur s’apparente à une quête sans but (oui, c’est ironique). Rincevent, Deuxfleurs et le Bagage explorent le Disque et vont de problème en catastrophe, envoyant joyeusement balader tous les clichés de la Fantasy au passage.
Toi, le lecteur qui à un moment t’es demandé ce que tu foutais là alors que Frodon et Sam crapahutaient encore et toujours dans les marais, ces romans sont pour toi. Prends ta revanche et marre-toi !
Des rues sales d’Ankh-Morpork jusqu’à l’extrême bord du Disque, les deux acolytes vont croiser des dragons, des héros, participer à un jeu de rôle géant (sans le savoir), risquer leur peau à tout moment et nous divertir à leurs dépens.
Les références à des ouvrages connus de SFFF sont nombreuses, mais qu’on les capte ou non la lecture reste très agréable, drôle, légère, tout en n’étant pas dénuée de réflexion.
Comment ne pas passer directement à la suite ?

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Le Huitième Sortilège


Le Huitième Sortilège
reprend le cours des aventures de Rincevent et Deuxfleurs où se terminait La Huitième Couleur.
Cette suite semble d’emblée un peu plus construite, il faut bien l’admettre et elle est plus drôle encore, pleine d’action et de rebondissements. Une nouvelle fois, prenez tout ce que vous savez des clichés de la Fantasy et réjouissez-vous de les voir passés au shaker ! Par exemple, vous vous demandez ce que deviennent les vieux héros ? Eh bien vous le saurez en faisant la connaissance de Cohen le barbare… Vous apprendrez des choses sur les mœurs des tortues spatiales, vous vous interrogerez sur la réelle nature des boutiques magiques itinérantes et sur l’intérêt qu’il peut y avoir à sauver le monde quand on a cinq minutes entre deux courses-poursuites.
Ce volume offre une échappée particulièrement plaisante, une aventure pleine de personnages improbables et délirants. On ne s’ennuie pas une seconde, même à la relecture, et c’est également une belle histoire d’amitié.
Si vous ne connaissez pas encore le Disque-monde, j’espère de tout cœur vous avoir donné envie d’aller y faire un tour. Et n’oubliez pas d’emporter une boîte à images, ça peut servir.

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