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Bilan 2017

C’est l’heure du bilan et force est de constater qu’il est bien léger cette année : 42 livres lus. Ce qui est à peu près le tiers de mon score habituel. Cela s’explique à la fois par des soucis de santé qui m’empêchent régulièrement de lire, mais aussi par un manque d’enthousiasme et peut-être quelques mauvais choix.
Si j’ai fait de belles découvertes, nouveaux auteurs, nouveaux univers (notamment Les Soeurs Carmines d’Ariel Holzl), et apprécié les suites de mes séries fétiches (Meg Corbyn d’Anne Bishop, Testaments de Jeanne-A Debats) ainsi que les recueils, anthologies et nouvelles que j’ai pu lire, ce sont quatre romans, des one shot, qui ont vraiment marqué mon année. En les listant, j’ai pu constater qu’ils ont d’autres points communs… Je vous laisse en juger.

Comme souvent, le livre d’entre deux années s’est révélé un excellent choix. Pour le passage de 2016 à 2017 il s’est agi de La Terre qui penche de Carole Martinez.
J’ai aimé ce réalisme magique flamboyant, ces éléments de contes s’intégrant dans la réalité pour former une mosaïque complexe et surtout cette héroïne en quête d’elle-même.

Boudicca de Jean-Laurent del Socorro m’a passionnée. Je l’ai lu très vite, emportée dans cet univers mythique strié des songes initiatiques de cette héroïne emplie de failles et de doutes, mais aussi de courage et de volonté.

Déracinée de Naomi Novik est arrivé dans ma vie à un moment où j’en avais terriblement besoin. Cela a sans doute contribué à me le faire aimer, mais je pense qu’il m’aurait de toute façon séduite. Sa structure épisodique m’a permis de mieux me laisser absorber et d’oublier un temps mes soucis. Cependant, ce long conte, loin d’être aussi manichéen qu’on pourrait le croire, m’a surtout rappelé ce qui m’a donné le goût de la lecture durant l’enfance.

Le grand coup de cœur de 2017 est indubitablement Mes Vrais Enfants de Jo Walton. Il m’est néanmoins difficile de vous expliquer pourquoi. L’autrice a réussi à rendre Patricia et ses deux vies bien réelles dans mon esprit, à rendre exceptionnel quelque chose qui ne l’est pas vraiment. Je parle des vies du personnages, pas des prouesses de Jo Walton qui prouve avec ce roman, s’il en était besoin, qu’elle possède un grand talent et une sensibilité hors normes.

Je ne vous parlerai pas des challenges, je n’ai guère avancé. J’espère me rattraper en 2018. Et même si je lis peu dans les mois qui viennent, si je peux compter au moins une lecture aussi merveilleuse que les quatre sus-citées, je me considérerai chanceuse.

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Un livre jeunesse écrit par Clémentine Ferry et illustré par Sanoe, publié aux éditions du Lumignon.

Vous pouvez consulter un extrait sur le site de l’éditeur.

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Le-Bois-Sans-Dessus-Dessous

Présentation de l’éditeur :

À travers dix contes, les héros du Bois Sans Dessus Dessous nous emmènent dans des aventures gourmandes. Loirs, hérissons, grenouilles, chauve-souris : tous ont en commun le thé, qui sert de fil rouge à travers leurs différentes histoires.Ces petites contes initiatiques bien ciselés abordent des thèmes aussi variés que le vivre ensemble, la timidité ou encore l’acceptation de soi.

 

Le Bois sans dessus dessous est un très joli recueil d’histoires pour enfants en grand format, abondamment illustré.
Les contes animaliers ont toujours la côte. Cette ambiance campagnarde, fleurant la douceur de vivre, prônant des valeurs telles que l’amitié et la solidarité, a bercé mon enfance et sans doute la vôtre aussi. Le Bois sans dessus dessous est l’héritier de tous ces récits intemporels. Si vous avez grandi avec Pierre Lapin ou les personnages du Vent dans les saules, vous serez ravis de partager avec vos enfants cette délicieuse lecture qui les inspirera et éveillera en vous de bons souvenirs.
Plus que le lieu — aussi magique et charmant soit-il — c’est le thé qui se trouve au centre de tous ces contes et cela de façon plus ou moins directe. J’ai apprécié ce lien si improbable et l’inventivité dont a fait preuve l’autrice pour garder ce thème tout en se renouvelant à chaque fois. Qu’il s’agisse de la culture des théiers ou de l’heure du goûter, il y a toujours une bonne raison d‘aimer le thé.
Au fil des pages vous trouverez entre autres : un loir qui a le mal de l’air, une petite chouette qui veut devenir créatrice de thés, une chauve-souris timide et un blaireau à la vue déclinante. Si la plupart de ces histoires sont légères, comme celle de la petite souris cherchant le plus beau cadeau de mariage, d’autres sont douces-amères, comme celle des lapereaux perdant leur papa. Cela dit, le sujet est traité avec une grande délicatesse et passe un peu de baume sur les peines qu’il dépeint.
Les récits sont courts, juste la bonne longueur pour une histoire du soir. Cependant, ils seront tout autant appréciés par les enfants qui commencent à bien lire tous seuls. La police et le contraste sont parfaits pour eux.
Les illustrations sont magnifiques. Elles sont en noir et nuancées, façon crayonnés, ce qui ajoute à leur charme un peu old school. Elles fourmillent de détails et les enfants y passeront du temps avant d’en faire le tour. Le papier épais et de qualité leur rend parfaitement justice. J’apprécie qu’un tel soin soit apporté à un livre pour enfants.
La plupart des animaux présents dans ces contes ont des noms de plantes ou d’arbres que l’on retrouve en fin d’ouvrage sous forme d’herbier avec des dessins et une description. C’est une excellente idée, aussi ludique qu’instructive, et qui peut encourager les enfants un peu récalcitrants à la découverte de la botanique.
Le Bois sans dessus dessous est vraiment un très bel ouvrage à l’univers un peu fantasque et aux histoires pleines de douceur que je vous conseille chaleureusement.

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Réalités volume II

Une anthologie dirigée par Tesha Garisaki et publiée chez Realities Inc.
Existe en papier et en numérique.

Découvrez aussi :
Réalités volume I
Quantpunk

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realite_vol2

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Sommaire :
– Les Punaises de Loïc Daverat
– FredJ de Vivien Esnault
– Le Semeur de Colonnes de Wilfried Renaut
– La Fable du Dragon et du Rat de Manon Bousquet
– Dans l’Épave du Horn Sylwen Norden
– Alors le marché fut conclu de KeoT
– La Griffe de l’Être Miroir de Romain Jolly
– La légende d’un homme de Jean-Pierre Baratte
– Five o’clock tea de Marlène Charine
– Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire

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Après un premier volume très réussi, les éditions Realities Inc. nous ouvrent de nouvelles voies vers des réalités alternatives au moyen de textes tantôt fantasques, drôles ou glaçants, mais toujours nuancés. J’ai apprécié autant la variété des genres présents dans cette anthologie que l’originalité des récits.
À mon grand déplaisir, les nouvelles n’ont pas la côte en France, d‘autant plus quand elles sont l’œuvre d’auteurs peu ou pas connus. Elles sont pourtant l’un des piliers de la SFFF anglo-saxonne que nous avons si souvent tendance à ériger en modèle. La nouvelle est un art difficile, qui répond à ses propres codes et dont on exige toujours beaucoup plus qu’on ne le fait d’un roman. On doit mettre en avant des personnages, mais sans oublier de donner corps à leur univers. L’intrigue doit être ciselée, sans pour autant devenir expéditive. C’est un équilibre à maintenir et les auteurs de cet ouvrage l’ont bien compris. Les anthologies étant souvent inégales, cela vaut la peine d’être souligné : ici tous les textes sont de qualité.
Les punaises, une nouvelle à la limite du réalisme magique, ouvre le bal. Débuter l’anthologie par ce texte était un excellent choix. Il permet au lecteur de se glisser dans le bon état d’esprit pour apprécier au mieux ce qu’il va découvrir au fil des pages. En tout cas, il m’a beaucoup plu.
FredJ est un long texte, que je survolais au début, jusqu’à ce que je me laisse entraîner dans l’histoire et que je ressente un brin de sympathie pour le personnage. Petit à petit, le récit devient prenant. Le cynisme est bien dosé et cela donne un texte qui reste en mémoire bien après avoir tourné la dernière page.
Le Semeur de Colonnes nous emmène ensuite vers une ambiance plus douce, à la saveur de légende.
Ce très beau texte, très poétique, m’a surtout plu pour le monde qu’il décrit. J’ai seulement déploré la fin, un peu trop convenue à mon goût. C’est dommage car, dans sa construction et ses thèmes, il m’a un peu évoqué l’univers de Christian Léourier (que je vénère). Néanmoins, cela reste un très joli récit dont le style m’a charmée.
J’ai adoré La Fable du Dragon et du Rat à la fois pour l’histoire elle-même (avec moi les contes ont toujours du succès) mais aussi pour le ton sur lequel elle est contée. À chaque fois que je découvre un texte de Manon Bousquet, je me fais la réflexion que j’aimerais en lire plus.
Réalités II n’hésite pas à souffler le chaud et le froid. Dans l’Épave du Horn nous offre une ambiance radicalement opposée à celle du texte précédent. On nous emmène sur une planète blafarde, décrite de façon si admirable qu’on a l’impression d’y être, avec des thèmes plus sombres et d’intéressantes pistes de réflexion.
Après la SF, un peu de Fantasy avec Alors le marché fut conclu. Cette nouvelle dépoussière allègrement les classiques en faisant d’un Gobelin son personnage principal dans un monde où se côtoient magie et technologie. Je suis un peu restée sur ma faim car ce texte m’a fait l’effet d’être l’introduction à un récit plus long. J’ai toutefois apprécié le background.
Avec son ambiance de polar, La Griffe de l’Être Miroir nous offre une intrigue tout en faux-semblants, pleine de suspense et de rebondissements. Sombre et efficace. Ici aussi on se surprend à en attendre davantage bien que le texte se suffise à lui-même.
La légende d’un homme est un texte très intelligemment construit, un puzzle dans lequel la vérité est multiple et dont l’image finale change selon le point de vue adopté. À quoi ressemblerait une chanson de geste du futur, une chanson de geste interstellaire ? Entre références littéraires et corrélation avec des faits divers, cette nouvelle semble déployer devant le lecteur diverses faces d’une réalité dont la sienne serait une infime partie. J’ai trouvé grand intérêt à cette lecture.
Il est difficile de parler sans spoiler de Five o’clock tea, texte aux implications glaçantes qui attise l’humanité du lecteur tout en cherchant à ranimer celle des personnages. Marlène Charine a fait preuve de beaucoup de subtilité et c’est un très beau texte.
L’anthologie se clôt sur une nouvelle amusante et un peu barrée : Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire. De quoi rester sur une note un peu moins déprimante, même si elle est teintée d’un humour assez grinçant. Et puis quand même, l’anthologie aurait manqué de chats…
Pour ce deuxième volume, le pari est encore une fois gagné. Tous ces textes m’ont offert d’excellents moments de lecture. J’ai apprécié leur diversité autant que les thèmes abordés et leurs qualités littéraires. Je ne le dirai jamais assez : lisez des nouvelles.

 

Sheppard Lee

Un roman de Robert Montgomery Bird, publié Aux forges de Vulcain.

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Présentation de l’éditeur :

Qui n’a jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? D’échanger sa place avec un autre ? Début du 19ème siècle, Philadelphie : un jeune Américain, Sheppard Lee, se découvre capable de migrer de corps en corps : il sera un riche, un pauvre, un fou, un esclave. Et ses multiples réincarnations vont peu à peu dessiner le portrait de la société américaine, une société folle et cruelle. Chaque fois qu’il se retrouvera dans un nouveau corps, Sheppard Lee fera sienne de nouvelles habitudes, pensées et manières de s’exprimer et le roman épousera ces transformations, alternant entre le roman d’éducation, le conte gothique, le récit de science-fiction, le roman social, tout en conservant une force picaresque sans pareille. Cartographie mentale de l’Amérique et témoignage de son époque sur les pionniers, l’abolitionnisme et le populisme naissant, ce roman a été un immense succès à l’époque de sa publication, contemporaine de celle de La démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Inspiré par le Frankenstein de Mary Shelley, salué par Edgar Allan Poe, Sheppard Lee est le premier grand roman américain. Oublié au 20ème siècle, il a été redécouvert au début du 21ème siècle et loué, à la fois comme un roman postmoderniste avant l’heure, et comme une prémonition de l’Amérique délirante des présidents Bush et Trump. Traduit pour la première fois en français, ce roman inouï est suivi d’une postface du traducteur, Antoine Traisnel, grand spécialiste de l’oeuvre de Nathaniel Hawthorne.

Sheppard Lee, le narrateur et personnage principal de ce roman, est un jeune fermier du New Jersey au XIXe siècle. Son père, homme sagace et industrieux, a su tirer parti de son maigre patrimoine et, si le fils avait été pour moitié aussi travailleur, ce dernier aurait pu vivre dans une relative aisance. Cependant, Sheppard est un homme dolent et mal dégrossi, le genre à n’être jamais satisfait de son sort, tout en ne sachant pas vraiment où il a mal. En cherchant à se distraire et à travailler le moins possible, il gaspille peu à peu son patrimoine et achève de le mettre à mal en tentant de « se refaire » par des moyens tous plus stupides les uns que les autres… Néanmoins, en allant de mal en pis, sa situation va le conduire à la découverte d’un don singulier : Sheppard serait capable de migrer dans n’importe quel cadavre et de faire siens, outre le corps, les souvenirs (avec toutefois un temps d’adaptation) et la personnalité de son hôte. Ainsi, le fermier fainéant et benêt va bondir de vie en vie, mesurant les existences de ses compatriotes à l’aune de la sienne.
Sheppard Lee, écrit par lui-même, est présenté comme les mémoires de son prétendu auteur. Mais un homme qui change de corps comme de chemise et embrasse alors une toute autre personnalité est-il jamais lui-même ? L’identité, par ailleurs totalement assujettie au corps et conditionnant la destinée, semble être la question majeure de ce récit. Pour autant, elle n’en permet pas moins à son auteur une critique sociale acerbe.
Sheppard sera bourgeois puis dandy désargenté, usurier, philanthrope, esclave et riche propriétaire terrien en proie à l’hypocondrie… Au fil de ces rencontres, le lecteur prend la mesure des différences de classes et des drames de chacun de ces personnages, mais Sheppard, lui, ne semble rien apprendre. Pour ce personnage, il s’agit plus d’une fuite en avant que d’une tentative d’amélioration de son existence. Plus il migre d’un corps à l’autre, plus il s’efface dans la personnalité qu’il emprunte. Enfin, jusqu’à un certain point… Celui où il se trouve, une fois de plus, l’être le plus malheureux du monde.
Ce procédé illustre parfaitement une doctrine qui, en substance, nous conte que l’âme est une force de vie sans personnalité, mais que l’esprit, lui, est totalement soumis au vaisseau charnel. Si on peut déplorer ce choix qui entrave le personnage et donc les possibilités de l’histoire, l’auteur a indubitablement su en tirer le meilleur parti.
Par bien des aspects, ce roman est très intéressant et j’ai beaucoup apprécié sa dimension sociétale. Néanmoins, il me faut admettre que ce ne fut pas pour autant une lecture agréable. La narration, qui conte au lieu de montrer — ce qui demeure cependant assez logique dans le contexte —, alourdit le récit, d’autant que Sheppard prend grand plaisir à se répéter. Pour exemple de ses incessants rabâchages, je citerai l’une de ses premières transformations. Afin d’éveiller les souvenirs liés à son nouveau corps, il demande à un ami de lui conter son histoire et, en la retranscrivant (laborieux récit de seconde main… Ou devrais-je dire de seconde voix ?), il se sent obligé de préciser de très nombreuses fois qu’il s’agit de la vie du corps qu’il occupe à ce moment-là. On aurait du mal à ne pas le savoir… Cela m’a souvent agacée en cours de lecture, mais je me dois de reconnaître qu’après avoir tourné la dernière page j’ai pu envisager différemment ces pénibles répétitions. Enfin, cela n’enlève rien au fait que l’on se sent souvent embourbé dans une histoire qui, en majeure partie, n’avance pas, bien qu’elle puisse s’emballer à tout moment et nous offrir alors des passages qui ne dépareraient pas dans un bon roman d’aventures, créant ainsi un certain déséquilibre.
Le récit ne manque pas d’humour, mais s’il est aisé d’apprécier le comique de situation, le sarcasme et l’humour très noir mis en scène, je n’ai sans doute pas toutes les références culturelles, et surtout historiques, relatives aux U.S.A. qui m’auraient permis de l’estimer à sa juste valeur et cela au-delà du seul point de vue humoristique.
Pendant une bonne partie du roman, je me suis demandé quel intérêt il y avait à faire migrer un homme de corps en corps, puisqu’il s’effaçait au profit du précédent occupant de ses corps d’emprunt (notons d’ailleurs qu’il n’est jamais femme). Cela est d’autant plus rageant que Sheppard ne semble pas du tout évoluer ni retenir quoi que ce soit à la fois des situations vécues ou des aptitudes de ses vaisseaux. Toutefois, la fin nous démontre que l’auteur n’a pas fait ces choix sans raison et morale il y a, même si je la trouve très américaine — et un rien chrétienne — par essence. Pas que je sois dubitative sur le fond, mais cela manque un peu de subtilité.
Au final, je dirais qu’entre ce livre et moi la rencontre a failli être totalement ratée. Le personnage antipathique et certains chapitres par trop longuets n’ont pas eu raison de ma patience car il y a une vraie réflexion dans cette histoire, même si elle n’est pas suffisamment développée à mon goût. La pointe de fantastique (et je ne me réfère pas ici uniquement à la métempsychose) apporte une touche de fraîcheur et d’insolite qui rend le tout plus ludique. En tout cas, cela m’a plus amusée que les jeux de mots sur les noms des personnages…
Sheppard Lee est donc un ouvrage intéressant, très caustique, oscillant entre le roman d’aventures et le roman de mœurs. Très critique envers l’humanité, voire fataliste par instant, il use des stéréotypes avec intelligence pour peindre les travers d’une époque qui, pour éloignée qu’elle soit, n’en possède pas moins de tristes ressemblances avec la nôtre. En cela, ce roman demeure très actuel.

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tous les livres sur Babelio.com

 

¡Santa Muerte!

Une nouvelle de Xavier Portebois, disponible en numérique chez Realities Inc.

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Futur lointain, la surpopulation n’est plus qu’un vieux souvenir, la médecine soigne ou régénère sans souci, le travail est assuré par des robots et les humains peuvent tranquillement voguer à travers l’univers, menant une existence oisive et exempte d’inquiétude. Ne serait-ce pas l’idée que la plupart des gens se font du Paradis ? (Sans les cantiques, c’est tout bénef.)
Sur notre bonne vieille Terre, Esteban est pris d’une lubie : fêter el dia de los muertos. Mais sa soirée ne va pas se passer comme il l’escomptait… Alors que la Mort n’est plus qu’un concept désuet dans ce monde parfait, Esteban la rencontre pourtant au détour d’une sépulture qui n’est même pas celle de ses aïeux… Si l’après-vie qu’elle lui propose ne le séduit pas, il n’a plus qu’une option : négocier pour sauver sa peau et réussir l’épreuve qu’elle lui imposera.
J’aime caler mes lectures sur la saison et celle-ci tombait à point nommé, d’autant que Xavier Portebois me surprend toujours par ses récits originaux. ¡Santa Muerte! ne déroge pas à la règle. C’est un texte très agréable à lire, un peu fantasque, amusant et léger, mais pas dénué d’une certaine réflexion sur l’humanité.
Esteban est un personnage plutôt sympathique, un gars lambda, ni bon ni mauvais, qui n’a pas fait un choix très judicieux. On s’identifie facilement à ce type. Malgré lui, Il doit subir un passage initiatique mis en scène avec subtilité et très symbolique. Heureusement, son parcours est agrémenté de quelques notes d’espoir et d’humour.
Tout en soulignant nos petits travers et nos contradictions, cette nouvelle est toujours empreinte de bienveillance. C’est tout à fait le genre de textes que j’aime lire à cette époque de l’année.

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Pour d’autres lectures halloweenesques, je vous conseille :
L’Arbre d’Halloween de Ray Bradbury
Le Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne
La boîte de Schrödinger spéciale Halloween (anthologie)
Maisons hantées (anthologie)

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Et puisqu’on parle de charger votre pile à lire… L’an dernier, les éditions Realities Inc ont publié une nouvelle de Noël que vous devriez garder sous le coude pour décembre : De Rouille et de Glace de Manon Bousquet.

Bullet journal pour tricopathe

Un carnet à remplir de Mélise Carrara, publié chez Eyrolles.

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Présentation de l’éditeur :

Un journal créatif à remplir, spécialement dédié au tricot !
Pour toutes celles que les aiguilles à tricoter démangent, qui ont cent projets en cours, en prévision, en tête, qui cherchent sans cesse la liste des abréviations de tricot, qui fouinent sur les sites de tricot en anglais mais qui ont oublié la traduction des noms des mailles, qui ne savent plus si elles ont déjà acheté de cette belle laine chez leur vendeur préféré, qui aimeraient bien se rappeler la taille des aiguilles qu’elles ont en stock.
Pour toutes les créatives et tricoteuses compulsives qui voudraient être organisées et tenir leur journal de tricot, à la manière d’un bullet journal, afin de suivre l’avancée de leurs projets et de noter les meilleures chaînes YouTube…
Ce journal est pour elles, les tricot addicts.

Je suis dingue des carnets en tous genres, pas forcément du bullet journal en lui-même, mais j’aime faire des listes, prendre des notes sur tout et n’importe quoi et garder des traces de mes projets. Le tricot n’échappe pas à la règle, d’autant que cette activité requiert souvent la prise de notes ainsi qu’un certain sens de l’organisation.
Toute tricoteuse qui se respecte possède probablement déjà un compte sur ravelry, mais si pour ma part j’aime beaucoup y chercher des patrons et organiser ma bibliothèque, je n’ai pas vraiment le réflexe d’y lister tous mes projets en cours ainsi que leur progression. C’est une question d’habitude et chaque tricoteur(se) a les siennes.
Un carnet est pratique, on l’emmène partout et c’est plus mon style. On peut aussi partir du principe que ravelry permet de partager avec les autres en toute convivialité, le carnet est pour soi, plus personnel, plus agréable aussi dans sa forme et son usage.

L’idée a de quoi séduire autant les adeptes du tricot que du crochet (s’il est évident que les fiches explicatives et les lexiques sont axés sur le tricot, les crocheteurs pourront néanmoins sans problème utiliser les fiches de projets. Les autres arts du fils sont laissés de côté, mais on ne peut pas s’adapter à tout le monde).
Ce bullet journal pour tricopathe était très tentant pour moi, avec sa couverture aux teintes à la fois douces et vitaminées. Il est au format A5, dans les 150 pages, et assez léger. Si vous trimballez un projet avec vous, même une banale paire de chaussettes, vous n’êtes plus à ça près. Et si vous êtes du genre tricot casanier, le problème ne se pose pas.

Le feuilleter suffit à donner envie de sortir les aiguilles. Il est très joli, avec juste ce qu’il faut de couleur et de déco, moderne et plutôt fonctionnel. On voit qu’il a été pensé par une tricoteuse, que ce n’est pas une idée purement marketing comme le titre pourrait le laisser entendre.
À mon sens, il lui manque juste deux petites choses pour le rendre encore plus pratique : un signet pour retrouver plus vite le projet en cours et une page de garde permettant de noter ses coordonnées en cas de perte.

Vous pouvez consulter le sommaire et avoir un aperçu des fiches de projet sur le site de l’éditeur.

Commençons par l’essentiel : les fiches de projets

Elles sont divisées en quatre saisons, chacune possédant son propre thème chromatique.
Il y a d’abord une page de garde sur laquelle on peut lister les envies et inspirations de la saison. J’apprécie l’idée, mais je ne la trouve pas très pratique sous cette forme.
Viennent ensuite un planning des projets (qui peut en contenir 14 alors qu’il n’y a que 10 fiches. Oui c’est le genre de choses que seule une maniaque remarque) et un calendrier pour répartir lesdits projets.
Ensuite on passe aux fiches individuelles. Si elles suivent toute le même plan, on peut lire sur chacune une petite phrase différente qui inspire ou amuse. C’est le genre de détail que j’apprécie toujours.
Ces fiches sont plutôt pratiques.
Vous pouvez inscrire les dates de début et fin, les références du projet, coller un brin de laine ou une étiquette (on vous propose aussi de coller votre échantillon, mais soyons réalistes c’est une très mauvaise idée). Vous pouvez noter les caractéristiques de la laine pour deux couleurs (un peu embêtant pour les châles et je ne parle même pas du jacquard…) et colorier une frise symbolisant votre progression.
Je déplore surtout qu’il y ait peu de place pour les notes. L’espace alloué aux dimensions de l’échantillon aurait pu servir à cela étant donné que ces informations ne sont plus nécessaires en cours de tricot.

Les fiches explicatives

Le carnet est parsemé de ces courtes fiches plus ou moins pratiques selon votre niveau.
Il y a un topo sur les types d’aiguilles qui liste leurs avantages respectifs, un autre sur les marqueurs, leur usage et les méthodes pour en fabriquer soi-même.
En fin d’ouvrage se trouve sur fiche sur le grafting sur jersey endroit qui est plutôt claire, mais que je trouve un peu trop légère pour les débutants et inutile pour les confirmés.
La fiche la plus complète concerne les chaussettes, les tailles, la construction, les différents types de talons. Il y a même un patron (que j’avoue ne pas avoir encore pris le temps de lire dans le détail).
Vous trouverez également un lexique anglais-français, en cas de trou de mémoire, mais il ne concerne que le tricot, pas le crochet, et demeure très succinct.
Il y a également une très bonne fiche pour les débutants sur l’épaisseur des fils et les caractéristiques des différentes fibres que je trouve très bien construite et pratique.

Les pages pratiques

Ce carnet en comporte un certain nombre, quelques-unes sont anecdotiques, mais d’autres réellement utiles.

Vous trouverez notamment un tableau sur lequel cocher les tailles d’aiguilles (avec une distinction pour fixes et circulaires) et de crochets en votre possession, très pratique et consultable en un coup d’œil en cas de trou de mémoire.
J’ai un fichier qui répertorie tout mon matériel, donc cela parle à la maniaque en moi… Mais je suis sûre que les autres le font aussi.
Parmi les idées qui m’ont le plus séduite se trouve un graphique à remplir au fil des mois pour mesurer vos progrès. C’est utile et très motivant pour les débutants.
L’auteur a aussi pensé à ajouter des diagrammes à remplir soi-même pour la création de motifs. C’est une excellente idée, elle donne de surcroît des indications pour les débutants. Je déplore juste que le tableau des symboles ne soit pas très lisible. J’ai une mauvaise vue, mais le combo traits fins dans des petits cercles de couleur gênera sans doute d’autres personnes.
J’ai aussi trouvé charmantes et amusantes les étiquettes à découper pour les cadeaux faits main. Elles sont vraiment mignonnes.
Vous trouverez également des idées de tableaux pour mesurer votre temps de tricot, des fiches pour organiser vos KAL, ou CAL, et votre stash, une page où noter les personnes pour qui vous souhaitez tricoter, des plannings pour vos événements liés au tricot, des listes de marques de laine à tester, de podcasts et des boutiques ou ressources consultables en ligne ainsi qu’une page répertoriant des points à tester que vous pourrez colorier.

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Ce carnet est certes perfectible (à mon sens il mériterait d’être plus adaptable), mais fourmille de bonnes idées et de détails soignés. Si les fiches sont plutôt destinées aux débutants, tous les niveaux trouveront leur compte à l’usage. C’est un très bon cadeau pour une personne, homme ou femme contrairement à ce que laisse entendre la présentation de l’éditeur, aimant tricoter ou crocheter. Je ne regrette pas mon achat et je m’en servirai volontiers.

Seven sisters

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Futur pas si lointain, la planète est surpeuplée. Pour nourrir toute cette population, il a fallu modifier génétiquement les fruits, légumes et céréales afin d’accroître la production, mais cela a eu un effet secondaire étrange. Les grossesses multiples se sont généralisées. La solution a finalement aggravé le problème. Pour pallier cela, le gouvernement a mis en place des mesure drastiques : aucune grossesse non-autorisée, un seul enfant par couple. Les contrôles sont stricts, tout le monde doit porter un bracelet d’identification. Ceux qui contreviennent à la loi voient leurs enfants partir vers les centres de cryogénisation qui leur promettent un avenir radieux quand la Terre sera prête à les accueillir.
Dans ce monde qui tient à un fil, une femme meurt en donnant naissance à sept petites filles. Son père décide de les cacher et donne à chacune le nom d’un jour de la semaine, le seul durant lequel elle pourra sortir et endosser leur identité commune : Karen Settman.
Ce stratagème fonctionnera durant des années, jusqu’à ce que l’une des sœurs ne rentre pas.
Fait assez rare, la bande-annonce m’a beaucoup intriguée et donné envie de voir ce film au pitch très prometteur. « Vous ne devinerez jamais la fin » assurait-elle… Cependant, je suis au regret de dire que la promesse n’a pas été tenue. Si j’ai malgré tout passé un bon moment avec ce film, j’ai deviné la fin dès le début, ce qui a nettement gâché le plaisir.
Seven sisters est un film bourré d’action et on se laisse facilement entraîner malgré les rebondissements trop convenus. On ne s’ennuie pas, c’est un fait, mais le background aurait mérité d’être exploité plus en profondeur, de même que les caractères des sept sœurs. Peut-être connaissez-vous la comptine des nursery rhymes consacrée aux jours de la semaine. Je l’avais en tête durant tout le film et elle s’applique bien aux personnages. Mercredi, par exemple, est indéniablement poissarde. Elles semblent toutes tellement intéressantes et si différentes… Mais au final on ne fait qu’effleurer leur personnalité. Noomi Rapace a fait ce qu’elle a pu pour donner à chacune du relief, mais elle a clairement manqué de matière. Elles sont des images plus que des personnes et c’est, davantage encore que l’issue prévisible, ce qui m’a le plus chagrinée. En cela, on voit que je suis définitivement une lectrice…
On nous montre quelque chose d’intéressant, mais on n’a pas le temps d’y regarder de trop près, puisqu’il faut courir pour sauver sa peau… C’est un film, me direz-vous, nous ne sommes pas là pour faire du tourisme. C’est vrai, mais dans le cas présent c’est bien dommage, le potentiel de l’histoire est largement ignoré.
Cela est d’autant plus regrettable que le postulat de départ est assez crédible. Pas forcément en ce qui concerne les grossesses multiples dont l’explication me laisse dubitative, mais le problème de la surpopulation va forcément se poser dans l’avenir. Les pays riches s’approprient une grande partie de nos ressources et on sait que celles-ci sont en voie d’épuisement. Si ce film donne à réfléchir sur le sujet, sans se montrer moralisateur ce qui est tout à son honneur, ce n’est malheureusement que trop superficiel.
J’attendais quelque chose de beaucoup plus complexe, d’où l’avis mitigé, mais cela se laisse regarder. Ce film est avant tout un bon divertissement.