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Sheppard Lee

Un roman de Robert Montgomery Bird, publié Aux forges de Vulcain.

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Présentation de l’éditeur :

Qui n’a jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? D’échanger sa place avec un autre ? Début du 19ème siècle, Philadelphie : un jeune Américain, Sheppard Lee, se découvre capable de migrer de corps en corps : il sera un riche, un pauvre, un fou, un esclave. Et ses multiples réincarnations vont peu à peu dessiner le portrait de la société américaine, une société folle et cruelle. Chaque fois qu’il se retrouvera dans un nouveau corps, Sheppard Lee fera sienne de nouvelles habitudes, pensées et manières de s’exprimer et le roman épousera ces transformations, alternant entre le roman d’éducation, le conte gothique, le récit de science-fiction, le roman social, tout en conservant une force picaresque sans pareille. Cartographie mentale de l’Amérique et témoignage de son époque sur les pionniers, l’abolitionnisme et le populisme naissant, ce roman a été un immense succès à l’époque de sa publication, contemporaine de celle de La démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Inspiré par le Frankenstein de Mary Shelley, salué par Edgar Allan Poe, Sheppard Lee est le premier grand roman américain. Oublié au 20ème siècle, il a été redécouvert au début du 21ème siècle et loué, à la fois comme un roman postmoderniste avant l’heure, et comme une prémonition de l’Amérique délirante des présidents Bush et Trump. Traduit pour la première fois en français, ce roman inouï est suivi d’une postface du traducteur, Antoine Traisnel, grand spécialiste de l’oeuvre de Nathaniel Hawthorne.

Sheppard Lee, le narrateur et personnage principal de ce roman, est un jeune fermier du New Jersey au XIXe siècle. Son père, homme sagace et industrieux, a su tirer parti de son maigre patrimoine et, si le fils avait été pour moitié aussi travailleur, ce dernier aurait pu vivre dans une relative aisance. Cependant, Sheppard est un homme dolent et mal dégrossi, le genre à n’être jamais satisfait de son sort, tout en ne sachant pas vraiment où il a mal. En cherchant à se distraire et à travailler le moins possible, il gaspille peu à peu son patrimoine et achève de le mettre à mal en tentant de « se refaire » par des moyens tous plus stupides les uns que les autres… Néanmoins, en allant de mal en pis, sa situation va le conduire à la découverte d’un don singulier : Sheppard serait capable de migrer dans n’importe quel cadavre et de faire siens, outre le corps, les souvenirs (avec toutefois un temps d’adaptation) et la personnalité de son hôte. Ainsi, le fermier fainéant et benêt va bondir de vie en vie, mesurant les existences de ses compatriotes à l’aune de la sienne.
Sheppard Lee, écrit par lui-même, est présenté comme les mémoires de son prétendu auteur. Mais un homme qui change de corps comme de chemise et embrasse alors une toute autre personnalité est-il jamais lui-même ? L’identité, par ailleurs totalement assujettie au corps et conditionnant la destinée, semble être la question majeure de ce récit. Pour autant, elle n’en permet pas moins à son auteur une critique sociale acerbe.
Sheppard sera bourgeois puis dandy désargenté, usurier, philanthrope, esclave et riche propriétaire terrien en proie à l’hypocondrie… Au fil de ces rencontres, le lecteur prend la mesure des différences de classes et des drames de chacun de ces personnages, mais Sheppard, lui, ne semble rien apprendre. Pour ce personnage, il s’agit plus d’une fuite en avant que d’une tentative d’amélioration de son existence. Plus il migre d’un corps à l’autre, plus il s’efface dans la personnalité qu’il emprunte. Enfin, jusqu’à un certain point… Celui où il se trouve, une fois de plus, l’être le plus malheureux du monde.
Ce procédé illustre parfaitement une doctrine qui, en substance, nous conte que l’âme est une force de vie sans personnalité, mais que l’esprit, lui, est totalement soumis au vaisseau charnel. Si on peut déplorer ce choix qui entrave le personnage et donc les possibilités de l’histoire, l’auteur a indubitablement su en tirer le meilleur parti.
Par bien des aspects, ce roman est très intéressant et j’ai beaucoup apprécié sa dimension sociétale. Néanmoins, il me faut admettre que ce ne fut pas pour autant une lecture agréable. La narration, qui conte au lieu de montrer — ce qui demeure cependant assez logique dans le contexte —, alourdit le récit, d’autant que Sheppard prend grand plaisir à se répéter. Pour exemple de ses incessants rabâchages, je citerai l’une de ses premières transformations. Afin d’éveiller les souvenirs liés à son nouveau corps, il demande à un ami de lui conter son histoire et, en la retranscrivant (laborieux récit de seconde main… Ou devrais-je dire de seconde voix ?), il se sent obligé de préciser de très nombreuses fois qu’il s’agit de la vie du corps qu’il occupe à ce moment-là. On aurait du mal à ne pas le savoir… Cela m’a souvent agacée en cours de lecture, mais je me dois de reconnaître qu’après avoir tourné la dernière page j’ai pu envisager différemment ces pénibles répétitions. Enfin, cela n’enlève rien au fait que l’on se sent souvent embourbé dans une histoire qui, en majeure partie, n’avance pas, bien qu’elle puisse s’emballer à tout moment et nous offrir alors des passages qui ne dépareraient pas dans un bon roman d’aventures, créant ainsi un certain déséquilibre.
Le récit ne manque pas d’humour, mais s’il est aisé d’apprécier le comique de situation, le sarcasme et l’humour très noir mis en scène, je n’ai sans doute pas toutes les références culturelles, et surtout historiques, relatives aux U.S.A. qui m’auraient permis de l’estimer à sa juste valeur et cela au-delà du seul point de vue humoristique.
Pendant une bonne partie du roman, je me suis demandé quel intérêt il y avait à faire migrer un homme de corps en corps, puisqu’il s’effaçait au profit du précédent occupant de ses corps d’emprunt (notons d’ailleurs qu’il n’est jamais femme). Cela est d’autant plus rageant que Sheppard ne semble pas du tout évoluer ni retenir quoi que ce soit à la fois des situations vécues ou des aptitudes de ses vaisseaux. Toutefois, la fin nous démontre que l’auteur n’a pas fait ces choix sans raison et morale il y a, même si je la trouve très américaine — et un rien chrétienne — par essence. Pas que je sois dubitative sur le fond, mais cela manque un peu de subtilité.
Au final, je dirais qu’entre ce livre et moi la rencontre a failli être totalement ratée. Le personnage antipathique et certains chapitres par trop longuets n’ont pas eu raison de ma patience car il y a une vraie réflexion dans cette histoire, même si elle n’est pas suffisamment développée à mon goût. La pointe de fantastique (et je ne me réfère pas ici uniquement à la métempsychose) apporte une touche de fraîcheur et d’insolite qui rend le tout plus ludique. En tout cas, cela m’a plus amusée que les jeux de mots sur les noms des personnages…
Sheppard Lee est donc un ouvrage intéressant, très caustique, oscillant entre le roman d’aventures et le roman de mœurs. Très critique envers l’humanité, voire fataliste par instant, il use des stéréotypes avec intelligence pour peindre les travers d’une époque qui, pour éloignée qu’elle soit, n’en possède pas moins de tristes ressemblances avec la nôtre. En cela, ce roman demeure très actuel.

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¡Santa Muerte!

Une nouvelle de Xavier Portebois, disponible en numérique chez Realities Inc.

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Futur lointain, la surpopulation n’est plus qu’un vieux souvenir, la médecine soigne ou régénère sans souci, le travail est assuré par des robots et les humains peuvent tranquillement voguer à travers l’univers, menant une existence oisive et exempte d’inquiétude. Ne serait-ce pas l’idée que la plupart des gens se font du Paradis ? (Sans les cantiques, c’est tout bénef.)
Sur notre bonne vieille Terre, Esteban est pris d’une lubie : fêter el dia de los muertos. Mais sa soirée ne va pas se passer comme il l’escomptait… Alors que la Mort n’est plus qu’un concept désuet dans ce monde parfait, Esteban la rencontre pourtant au détour d’une sépulture qui n’est même pas celle de ses aïeux… Si l’après-vie qu’elle lui propose ne le séduit pas, il n’a plus qu’une option : négocier pour sauver sa peau et réussir l’épreuve qu’elle lui imposera.
J’aime caler mes lectures sur la saison et celle-ci tombait à point nommé, d’autant que Xavier Portebois me surprend toujours par ses récits originaux. ¡Santa Muerte! ne déroge pas à la règle. C’est un texte très agréable à lire, un peu fantasque, amusant et léger, mais pas dénué d’une certaine réflexion sur l’humanité.
Esteban est un personnage plutôt sympathique, un gars lambda, ni bon ni mauvais, qui n’a pas fait un choix très judicieux. On s’identifie facilement à ce type. Malgré lui, Il doit subir un passage initiatique mis en scène avec subtilité et très symbolique. Heureusement, son parcours est agrémenté de quelques notes d’espoir et d’humour.
Tout en soulignant nos petits travers et nos contradictions, cette nouvelle est toujours empreinte de bienveillance. C’est tout à fait le genre de textes que j’aime lire à cette époque de l’année.

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Pour d’autres lectures halloweenesques, je vous conseille :
L’Arbre d’Halloween de Ray Bradbury
Le Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne
La boîte de Schrödinger spéciale Halloween (anthologie)
Maisons hantées (anthologie)

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Et puisqu’on parle de charger votre pile à lire… L’an dernier, les éditions Realities Inc ont publié une nouvelle de Noël que vous devriez garder sous le coude pour décembre : De Rouille et de Glace de Manon Bousquet.

Bullet journal pour tricopathe

Un carnet à remplir de Mélise Carrara, publié chez Eyrolles.

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Présentation de l’éditeur :

Un journal créatif à remplir, spécialement dédié au tricot !
Pour toutes celles que les aiguilles à tricoter démangent, qui ont cent projets en cours, en prévision, en tête, qui cherchent sans cesse la liste des abréviations de tricot, qui fouinent sur les sites de tricot en anglais mais qui ont oublié la traduction des noms des mailles, qui ne savent plus si elles ont déjà acheté de cette belle laine chez leur vendeur préféré, qui aimeraient bien se rappeler la taille des aiguilles qu’elles ont en stock.
Pour toutes les créatives et tricoteuses compulsives qui voudraient être organisées et tenir leur journal de tricot, à la manière d’un bullet journal, afin de suivre l’avancée de leurs projets et de noter les meilleures chaînes YouTube…
Ce journal est pour elles, les tricot addicts.

Je suis dingue des carnets en tous genres, pas forcément du bullet journal en lui-même, mais j’aime faire des listes, prendre des notes sur tout et n’importe quoi et garder des traces de mes projets. Le tricot n’échappe pas à la règle, d’autant que cette activité requiert souvent la prise de notes ainsi qu’un certain sens de l’organisation.
Toute tricoteuse qui se respecte possède probablement déjà un compte sur ravelry, mais si pour ma part j’aime beaucoup y chercher des patrons et organiser ma bibliothèque, je n’ai pas vraiment le réflexe d’y lister tous mes projets en cours ainsi que leur progression. C’est une question d’habitude et chaque tricoteur(se) a les siennes.
Un carnet est pratique, on l’emmène partout et c’est plus mon style. On peut aussi partir du principe que ravelry permet de partager avec les autres en toute convivialité, le carnet est pour soi, plus personnel, plus agréable aussi dans sa forme et son usage.

L’idée a de quoi séduire autant les adeptes du tricot que du crochet (s’il est évident que les fiches explicatives et les lexiques sont axés sur le tricot, les crocheteurs pourront néanmoins sans problème utiliser les fiches de projets. Les autres arts du fils sont laissés de côté, mais on ne peut pas s’adapter à tout le monde).
Ce bullet journal pour tricopathe était très tentant pour moi, avec sa couverture aux teintes à la fois douces et vitaminées. Il est au format A5, dans les 150 pages, et assez léger. Si vous trimballez un projet avec vous, même une banale paire de chaussettes, vous n’êtes plus à ça près. Et si vous êtes du genre tricot casanier, le problème ne se pose pas.

Le feuilleter suffit à donner envie de sortir les aiguilles. Il est très joli, avec juste ce qu’il faut de couleur et de déco, moderne et plutôt fonctionnel. On voit qu’il a été pensé par une tricoteuse, que ce n’est pas une idée purement marketing comme le titre pourrait le laisser entendre.
À mon sens, il lui manque juste deux petites choses pour le rendre encore plus pratique : un signet pour retrouver plus vite le projet en cours et une page de garde permettant de noter ses coordonnées en cas de perte.

Vous pouvez consulter le sommaire et avoir un aperçu des fiches de projet sur le site de l’éditeur.

Commençons par l’essentiel : les fiches de projets

Elles sont divisées en quatre saisons, chacune possédant son propre thème chromatique.
Il y a d’abord une page de garde sur laquelle on peut lister les envies et inspirations de la saison. J’apprécie l’idée, mais je ne la trouve pas très pratique sous cette forme.
Viennent ensuite un planning des projets (qui peut en contenir 14 alors qu’il n’y a que 10 fiches. Oui c’est le genre de choses que seule une maniaque remarque) et un calendrier pour répartir lesdits projets.
Ensuite on passe aux fiches individuelles. Si elles suivent toute le même plan, on peut lire sur chacune une petite phrase différente qui inspire ou amuse. C’est le genre de détail que j’apprécie toujours.
Ces fiches sont plutôt pratiques.
Vous pouvez inscrire les dates de début et fin, les références du projet, coller un brin de laine ou une étiquette (on vous propose aussi de coller votre échantillon, mais soyons réalistes c’est une très mauvaise idée). Vous pouvez noter les caractéristiques de la laine pour deux couleurs (un peu embêtant pour les châles et je ne parle même pas du jacquard…) et colorier une frise symbolisant votre progression.
Je déplore surtout qu’il y ait peu de place pour les notes. L’espace alloué aux dimensions de l’échantillon aurait pu servir à cela étant donné que ces informations ne sont plus nécessaires en cours de tricot.

Les fiches explicatives

Le carnet est parsemé de ces courtes fiches plus ou moins pratiques selon votre niveau.
Il y a un topo sur les types d’aiguilles qui liste leurs avantages respectifs, un autre sur les marqueurs, leur usage et les méthodes pour en fabriquer soi-même.
En fin d’ouvrage se trouve sur fiche sur le grafting sur jersey endroit qui est plutôt claire, mais que je trouve un peu trop légère pour les débutants et inutile pour les confirmés.
La fiche la plus complète concerne les chaussettes, les tailles, la construction, les différents types de talons. Il y a même un patron (que j’avoue ne pas avoir encore pris le temps de lire dans le détail).
Vous trouverez également un lexique anglais-français, en cas de trou de mémoire, mais il ne concerne que le tricot, pas le crochet, et demeure très succinct.
Il y a également une très bonne fiche pour les débutants sur l’épaisseur des fils et les caractéristiques des différentes fibres que je trouve très bien construite et pratique.

Les pages pratiques

Ce carnet en comporte un certain nombre, quelques-unes sont anecdotiques, mais d’autres réellement utiles.

Vous trouverez notamment un tableau sur lequel cocher les tailles d’aiguilles (avec une distinction pour fixes et circulaires) et de crochets en votre possession, très pratique et consultable en un coup d’œil en cas de trou de mémoire.
J’ai un fichier qui répertorie tout mon matériel, donc cela parle à la maniaque en moi… Mais je suis sûre que les autres le font aussi.
Parmi les idées qui m’ont le plus séduite se trouve un graphique à remplir au fil des mois pour mesurer vos progrès. C’est utile et très motivant pour les débutants.
L’auteur a aussi pensé à ajouter des diagrammes à remplir soi-même pour la création de motifs. C’est une excellente idée, elle donne de surcroît des indications pour les débutants. Je déplore juste que le tableau des symboles ne soit pas très lisible. J’ai une mauvaise vue, mais le combo traits fins dans des petits cercles de couleur gênera sans doute d’autres personnes.
J’ai aussi trouvé charmantes et amusantes les étiquettes à découper pour les cadeaux faits main. Elles sont vraiment mignonnes.
Vous trouverez également des idées de tableaux pour mesurer votre temps de tricot, des fiches pour organiser vos KAL, ou CAL, et votre stash, une page où noter les personnes pour qui vous souhaitez tricoter, des plannings pour vos événements liés au tricot, des listes de marques de laine à tester, de podcasts et des boutiques ou ressources consultables en ligne ainsi qu’une page répertoriant des points à tester que vous pourrez colorier.

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Ce carnet est certes perfectible (à mon sens il mériterait d’être plus adaptable), mais fourmille de bonnes idées et de détails soignés. Si les fiches sont plutôt destinées aux débutants, tous les niveaux trouveront leur compte à l’usage. C’est un très bon cadeau pour une personne, homme ou femme contrairement à ce que laisse entendre la présentation de l’éditeur, aimant tricoter ou crocheter. Je ne regrette pas mon achat et je m’en servirai volontiers.

Seven sisters

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Futur pas si lointain, la planète est surpeuplée. Pour nourrir toute cette population, il a fallu modifier génétiquement les fruits, légumes et céréales afin d’accroître la production, mais cela a eu un effet secondaire étrange. Les grossesses multiples se sont généralisées. La solution a finalement aggravé le problème. Pour pallier cela, le gouvernement a mis en place des mesure drastiques : aucune grossesse non-autorisée, un seul enfant par couple. Les contrôles sont stricts, tout le monde doit porter un bracelet d’identification. Ceux qui contreviennent à la loi voient leurs enfants partir vers les centres de cryogénisation qui leur promettent un avenir radieux quand la Terre sera prête à les accueillir.
Dans ce monde qui tient à un fil, une femme meurt en donnant naissance à sept petites filles. Son père décide de les cacher et donne à chacune le nom d’un jour de la semaine, le seul durant lequel elle pourra sortir et endosser leur identité commune : Karen Settman.
Ce stratagème fonctionnera durant des années, jusqu’à ce que l’une des sœurs ne rentre pas.
Fait assez rare, la bande-annonce m’a beaucoup intriguée et donné envie de voir ce film au pitch très prometteur. « Vous ne devinerez jamais la fin » assurait-elle… Cependant, je suis au regret de dire que la promesse n’a pas été tenue. Si j’ai malgré tout passé un bon moment avec ce film, j’ai deviné la fin dès le début, ce qui a nettement gâché le plaisir.
Seven sisters est un film bourré d’action et on se laisse facilement entraîner malgré les rebondissements trop convenus. On ne s’ennuie pas, c’est un fait, mais le background aurait mérité d’être exploité plus en profondeur, de même que les caractères des sept sœurs. Peut-être connaissez-vous la comptine des nursery rhymes consacrée aux jours de la semaine. Je l’avais en tête durant tout le film et elle s’applique bien aux personnages. Mercredi, par exemple, est indéniablement poissarde. Elles semblent toutes tellement intéressantes et si différentes… Mais au final on ne fait qu’effleurer leur personnalité. Noomi Rapace a fait ce qu’elle a pu pour donner à chacune du relief, mais elle a clairement manqué de matière. Elles sont des images plus que des personnes et c’est, davantage encore que l’issue prévisible, ce qui m’a le plus chagrinée. En cela, on voit que je suis définitivement une lectrice…
On nous montre quelque chose d’intéressant, mais on n’a pas le temps d’y regarder de trop près, puisqu’il faut courir pour sauver sa peau… C’est un film, me direz-vous, nous ne sommes pas là pour faire du tourisme. C’est vrai, mais dans le cas présent c’est bien dommage, le potentiel de l’histoire est largement ignoré.
Cela est d’autant plus regrettable que le postulat de départ est assez crédible. Pas forcément en ce qui concerne les grossesses multiples dont l’explication me laisse dubitative, mais le problème de la surpopulation va forcément se poser dans l’avenir. Les pays riches s’approprient une grande partie de nos ressources et on sait que celles-ci sont en voie d’épuisement. Si ce film donne à réfléchir sur le sujet, sans se montrer moralisateur ce qui est tout à son honneur, ce n’est malheureusement que trop superficiel.
J’attendais quelque chose de beaucoup plus complexe, d’où l’avis mitigé, mais cela se laisse regarder. Ce film est avant tout un bon divertissement.

Elisabeta

Un roman de Rozenn Illiano.
À paraître début septembre en papier et numérique. Vous pouvez vous le procurer sur la boutique de l’autrice, mais aussi sur Kobo, Fnac et Amazon pour la version numérique.

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Présentation de l’éditeur :

« ‘Le Cercle’ désigne une société secrète cachée dans les ombres de l’Histoire depuis ses balbutiements, et fédère le peuple immortel que les humains nomment ‘vampires‘. »

En France, Saraï est une jeune immortelle assignée à résidence depuis toujours ou presque. Elle a été jugée pour avoir manifesté un pouvoir parapsychique interdit, un don qu’on lui a retiré avant de la marier de force et de la contraindre à ne jamais quitter sa maison.
En Italie, Giovanna est une mortelle qui vit en compagnie d’un vampire, et dont elle est la seule source de sang. Elle non plus n’a pas eu le choix : née dans une famille proche du Cercle, elle a dû se soumettre à leur autorité et quitter sa petite vie toute tracée.

Jusqu’à ce jour de novembre 2014, quand une éclipse solaire se produit. Le phénomène réveille le don endormi de Saraï. Giovanna, quant à elle, est agressée dans sa propre maison par un immortel, qui lui donne de force la vie éternelle. Depuis, le Cercle les menace de mort, car il ne tolère pas les écarts de ce genre.

Grâce à son don, Saraï entend l’esprit d’une ancienne Reine immortelle, Elisabeta, dont l’âme est piégée à l’intérieur d’une poupée de porcelaine. Elisabeta a tout perdu : son pouvoir, son règne, son enfant et son amant. Réduite aujourd’hui à l’état de fantôme, elle accepte de venir en aide à Saraï qui veut se confronter au Cercle, quitte à le détruire.

Bien qu’il porte le nom d’une seule d’entre elles, Elisabeta est le roman de trois femmes. Très différentes, elles ont toutefois en commun leur grand désir de liberté et une certaine rancœur envers la société qui les a asservies et les musèle.
Tout d’abord il y a Saraï, jeune vampire assignée à résidence, condamnée à cause de son don, que les Maîtres ont cru endormir, et mariée à un homme qu’elle n’a pas choisi, mais qui tente de la protéger envers et contre tout.
Ensuite l’on découvre Giovanna, née dans une famille au service des immortels depuis des siècles, que l’on a contrainte à tout quitter et à se faire passer pour morte afin de devenir la Gemella d’un vampire, à savoir sa réserve de sang personnelle.
Enfin, l’on rencontre Elisabeta, reine vampire déchue réduite à l’état de fantôme, mais qui en sait long sur le Cercle, nom donné à la société vampirique, et sur la façon dont les choses en sont arrivées là. Il est passionnant d’écouter sa voix, de découvrir comment une société matriarcale en est venue à renier ses femmes, à les contraindre à rester dans l’ombre de leurs époux, et comment peu à peu l’église a mis la main sur le Cercle tandis que les Immortels amorçaient leur long et inexorable déclin.
Par les voix successives de ces trois narratrices, on apprend à connaître leur univers, les lois qui le régissent, les complots qui visent à renverser ou maintenir le statu quo. Le lecteur est happé au cœur de ces destins entremêlés, tragiques, mais animés par l’espoir de lendemains meilleurs ou par le désir de vengeance. Ces femmes sont émouvantes dans leur façon de se révéler à nous, de survivre malgré les épreuves. J’ai aimé les trouver si nuancées. Je me souciais de leur sort et le récit d’Elisabeta est celui qui m’a le plus touchée. Pourtant, bien qu’elle soit à l’origine de l’histoire, la reine est un peu en retrait. Néanmoins, c’est elle qui donne à Saraï et Giovanna la force de chercher à s’émanciper, chacune à sa manière. Ensemble elles sont plus fortes, elles se complètent.
Rozenn Illiano a construit une intrigue toute en circonvolutions autour de personnages pleins d’idéaux, mais entraînés presque malgré eux dans un nid de serpents. Le roman se déploie comme une toile d’araignée, chaque vibration sur un fil se répercute sur les autres, nous surprenant souvent par des conséquences inattendues.
Elisabeta est une fantasy sombre et dense, entre jeux de pouvoir et manipulations. On peut y voir un roman féministe, cependant les hommes ne sont pas pour autant en arrière-plan ni tous présentés comme des monstres assoiffés de pouvoir, bien au contraire. Ce roman est tout en nuances, alliant agréablement les moments d’action et d’introspection. Durant les temps de latence, on s’imprègne fortement des sentiments des personnages. Il change résolument de ce qui se fait actuellement en récits vampiriques et c’est très appréciable. L’autrice polit patiemment son univers, de sorte que, même si ce petit pavé peut se lire indépendamment, vous aurez sans doute envie d’en savoir plus, tout comme moi.

Un roman d’Anne Bishop, publié chez Milady.

Tome 1

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Présentation de l’éditeur :

Grâce à son don de clairvoyance, Meg Corbyn a gagné sa place auprès des dangereux terra indigene de Lakeside. Lorsque l’apparition d’une nouvelle drogue violente et addictive remet en cause le pacte fragile entre Autres et humains, la petite ville est de nouveau plongée dans la tourmente. Les aptitudes de Meg devraient permettre à Simon Wolfgard, dirigeant métamorphe de l’enclos, d’éviter un bain de sang. Encore faut-il déchiffrer ses visions à temps. D’autant que l’homme qui veut récupérer la prophétesse se rapproche, mettant en péril les vies de tous ceux qui la considèrent à présent comme l’une des leurs.

Après un premier tome qui m’avait semblé une bouffée d’oxygène dans le monde de plus en plus étriqué de la low fantasy, j’ai retrouvé avec plaisir Meg Corbyn et les autres habitants de l’Enclos de Lakeside.
Les problèmes évoqués dans le précédent volume sont plus que jamais d’actualité et leur source se précise. Le fragile équilibre entre humains et Terra Indigene est au bord de la rupture. Quelques personnes de bonne volonté suffiront-elles à enrayer la crise ?
Ce que j’aime chez Anne Bishop, c’est qu’elle ne tergiverse pas sur les problèmes qu’elle pose. Elle n’essaie pas, comme le font beaucoup trop de ses confrères, de remplir les pages avec du vent. Quand la solution est à portée de main, les personnages la saisissent. Ils ne sont ni idiots ni aveugles. Mais rien n’est aisé pour autant et tout ne se résout pas en claquant des doigts.
Les personnages doivent parer au plus pressé alors qu’une guerre se profile et que les accrochages entre humains et indigènes, attisés par l’usage des drogues évoquées dans le premier tome, deviennent de plus en plus fréquents. Trouver et détruire l’origine de ces substances est impératif. Mais l’on a déjà une idée de leur nature et Simon aussi… Le loup sait qu’il avance en terrain miné et que l’opinion de ses congénères à ce sujet sera peut-être plus radicale que ce qu’il souhaiterait.
Volée noire est un bon roman. On se laisse facilement entraîner dans l’histoire, les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Alors que le volume précédent nous laissait quelque peu sur notre faim concernant des éléments de l’univers mis en place par Bishop, ce deuxième tome est riche en révélations.
Les prophétesses du sang sont au cœur du récit. On en apprend plus sur leur origine et on comprend mieux les réactions de Meg. En parallèle, les causes de la méfiance des Autres envers les humains sont davantage développées et c’est une partie de l’histoire qui m’a beaucoup intéressée. Les humains leur reprochent d’être des monstres, mais à mon avis ils devraient se réjouir de leur nature de prédateurs… Si les Autres leur ressemblaient davantage, peut-être les traiteraient-ils comme du bétail. Mais je digresse…
J’aime l’uchronie qu’a créée Bishop, pourtant je dois reconnaître qu’elle pèche par certains aspects. Le glissement de notre monde à celui-ci manque un peu de cohérence et on s’en rend beaucoup plus compte dans ce tome que dans le premier. Je m’étais néanmoins déjà fait la réflexion que le nom des jours est changé (et on apprend ensuite que c’est pareil pour les mois) mais pas celui des saisons. De même, l’usage du latin est erratique.
La façon dont vivent ensemble Terra Indigene et humains me semble on ne peut plus vraisemblable. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le développement des technologies. Pourquoi certaines et pas d’autres ? Ce sont des détails, mais qui montrent que l’auteur a privilégié le décor à la cohérence. Cela gêne un peu mon esprit logique mais, heureusement, n’enlève rien à l’attrait de l’intrigue.
Je l’ai trouvée prenante, j’ai même failli enchaîner avec la suite (dans mon cas, ça veut tout dire). Seuls les atermoiements de Simon quant à ses sentiments pour Meg m’ont semblé un peu trop présents. Néanmoins, Bishop équilibre bien son récit entre intrigue globale et d’autres, plus secondaires, qui concernent le quotidien des protagonistes. J’aime les voir évoluer, d’une part parce qu’ils sont attachants, d’autre part parce que leurs interactions donnent à réfléchir quand ils sont confrontés à leurs différences.
C’est une bonne série, originale et intéressante. Je vous la conseille.

Crazyhead

J’ai disparu pendant un petit moment, mais je reviens (un peu rouillée, désolée) avec les chroniques en retard, dans le désordre le plus total.

Je commence avec une série télévisée.

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C’est à Lullaby que je dois ma curiosité à l’égard de cette série. Elle en a parlé dans son top ten des génériques de séries fantastiques. Comme nous avons des goûts similaires en la matière et que, pour ne rien gâcher, j’avais aimé la chanson, j’ai gardé ça dans un coin de ma tête.
Ce fut une bonne pioche.

Cette série ne paie pas de mine. Quand on lit le résumé sur Netflix, on se dit qu’elle envoie tellement de kitsch que même les années 80 n’en auraient pas voulu. Et pourtant… ce n’est pas un énième ersatz de Buffy, sans saveur ni relief, bien au contraire. Drôle, jouant avec les clichés, un peu trash aussi, Crazyhead et ses personnages déjantés vont vous surprendre.
Tout commence avec Amy, jeune femme un peu paumée qui a des hallucinations mais dont le psychiatre souhaite arrêter le traitement. Elle voit des gens qui semblent se consumer de l’intérieur et c’est ainsi qu’un soir, prenant peur, elle signale sa présence à l’un d’eux et fait du même coup la connaissance de Raquel, une fille qui semble avoir le même don mais qui est aussi complètement barrée.
Cette première saison est plutôt courte : six épisodes, un concentré d’humour noir, de sarcasme et de dinguerie à haute dose. J’ai passé un excellent moment à chasser du démon avec ces personnages tous plus cinglés les uns que les autres. Aucun cliché ne nous est épargné, mais ils sont détournés, trollés, explosés… Les retournements de situation sont multiples et il y a peu de temps morts. De surcroît, la bande-son est vraiment pas mal.
Crazyhead est une bonne série pour se distraire, elle fera surtout marrer les habitués des genres SFFF qui attraperont les références au vol. L’épisode final laissait présager une suite, mais la série a été annulée. C’est vraiment dommage. Cependant, elle ne se termine pas sur un cliffhanger de folie, vous pouvez donc la regarder sans risque d’être frustré par la fin. Crazyhead a été une vraie bonne surprise pour moi, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

P.S. : Si vous n’avez pas lu Watership down, mais que vous comptez le faire, gros spoiler dans l’épisode 2.