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Archive for the ‘Carnet nuit’ Category

penny-dreadful

 

Mon avis sur les saisons précédentes est également sur le blog.

 

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas encore vu la saison 3.

 

Au cours de cette saison, les personnages suivent leur voie séparément, même si leurs destins restent entrelacés. Cela nous donne des récits éclatés dans lesquels nous les voyons se débattre contre leurs pulsions et leurs démons sans le secours des autres. Ils se retrouvent face à eux-mêmes et vient le moment des choix les plus décisifs de leur existence. On ne sait si ce qu’il reste de leur humanité va résister.
Les femmes sont le point fort de cette saison. Elles n’avaient que peu de place dans la première, à part Vanessa, tourmentée par ses démons, et en arrière-plan Brona, mourante, qui cherchait sa respiration dans ce quotidien sordide… Peu à peu, elles prennent le dessus, leurs personnages sont développés. Il est très intéressant de voir leur cheminement vers la liberté. Mais va-t-on les laisser s’affranchir ?
Parmi les nouveaux personnages que nous amène cette saison, j’ai beaucoup aimé celui du docteur Seward, une femme intelligente, déterminée, rationnelle mais pas dénuée de compassion. C’était une merveilleuse idée de faire revenir Patti LuPone sous ces traits. Dans ses deux rôles, elle a beaucoup apporté à la série par sa prestance et son jeu d’actrice.
Penny Dreadful est une de mes séries préférées. Une des rares que j’ai suivies religieusement, c’est-à-dire dès le début de chaque saison. Mon intérêt n’est jamais retombé, fait est assez rare pour être souligné. Je me lasse vite des séries… Or, celle-ci est une vraie merveille. J’aime la grande humanité qui s’en dégage, le sens aigu du détail dont les scénaristes ont fait preuve et la complexité des personnages. Telles des fleurs maladives, ils tentent de s’épanouir dans les ténèbres. Leur nature écorchée parle à ma sensibilité et les thèmes abordés, monstruosité, différence, recherche de soi et de sa propre humanité, me sont chers. Cette série sombre, composée de tableaux vivants, restera profondément gravée dans ma mémoire.
Néanmoins, la troisième saison m’a semblé en-dessous des deux précédentes. Après avoir vu les premiers épisodes, je ne m’en suis pas formalisée outre mesure. La deuxième saison était exceptionnelle (et je pèse mes mots), je savais que la comparaison serait difficile à tenir. Cette nouvelle saison paraissait plus brouillonne, tout ou presque était relativement prévisible et l’histoire allait un peu trop vite pour être correctement développée. Je ne comprenais pas pourquoi, après avoir tant laissé traîner certaines intrigues, celles-ci étaient bouclées aussi abruptement. Toutefois, c’était du prévisible logique, dont pardonnable, et puis de nouveaux personnages intéressants sont apparus et certains épisodes se sont révélés passionnants. J’ai été particulièrement fascinée par l’incursion dans le passé de Vanessa et de John Clare.
Entendons-nous bien, même si j’ai trouvé que les scénaristes avaient eu plus d’une fois recours à la facilité, j’ai regardé les sept premiers épisodes avec une fébrilité avide. Malgré les défauts que j’ai relevés, j’ai aimé cette saison. Cependant, mon indulgence était inféodée au fait que je pensais qu’il y aurait une suite. Je restais confiante parce que je me disais que ces intrigues qui se délitaient trouveraient un écho plus tard et rebondiraient, comme cela était déjà arrivé.
Puis vint le final… Et nous avons appris que Penny Dreadful ne serait pas renouvelée, mais qu’il avait toujours été prévu que la série se déroule en trois saisons. Je n’avais pas encore vu ces deux derniers épisodes, cependant la déception s’est faite plus prégnante. On ne traite pas de cette façon une série dont on connaît par avance la durée de vie. Ils ont délibérément choisi de clore certaines intrigues à la va-vite, elles ne pourraient pas se répercuter sur une prochaine saison pour être étoffées. Ils ont créé de nouveaux personnages dont le potentiel serait mort-né…
Ce n’est pas tant la fin désabusée qui m’a déplu – elle est on ne peut plus logique, même si elle manque un peu de finesse – mais l’aspect bâclé qui nimbe cette saison. Durant les deux premières, je n’avais jamais trouvé le scénario prévisible, jamais le traitement réservé aux personnages ne m’avait semblé expéditif. Penny Dreadful m’avait habituée à plus de minutie et de profondeur.
Malgré tout, cela reste une série à voir, une œuvre d’art à la grâce fragile. Le jeu d’Eva Green y est grandiose, mais les autres membres du casting ne sont pas en reste. Je suis certaine que Penny Dreadful restera une de mes séries préférées, une de celles que je revois de temps en temps avec toujours autant de plaisir.

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Une BD de Joris Chamblain et Aurelie Neyret, publiée chez Soleil.

 

le zoo petrifie - les carnets de cerise 1

Présentation de l’éditeur :

Cerise est une petite fille âgée de 11 ans, qui vit seule avec sa mère. Elle rêve de devenir romancière, et a même déjà commencé à écrire ses carnets ! Son sujet favori : les gens, et plus particulièrement, les adultes. Ils sont si compliqués qu’elle souhaiterait mieux les comprendre. Elle adore les observer pour tenter de deviner quels secrets ils dissimulent au fond d’eux. Prenez Michel… Tous les dimanches, ce vieil homme s’engouffre dans la forêt avec de gros pots de peinture à la main. Qu’y fait-il donc toute la journée ? Repeint-il une vieille maison ? Décore-t-il des arbres ? Et pourquoi a-t-il l’air si triste quand il rentre le soir ? Suivez Cerise, pas à pas, dans sa première enquête qui vous mènera au cœur de la forêt, à la découverte d’un lieu fabuleux !…

Comme le titre l’indique, cette BD nous présente les carnets d’une petite fille, aussi vive qu’adorable, qui bien entendu se prénomme Cerise. Celle-ci veut devenir romancière et elle aime bien observer les gens, mener de petites enquêtes sur eux. Dans ses carnets, qu’elle commence tout juste, elle prend des notes pour s’exercer à son futur métier. Ce tome sert également à présenter son entourage, plein de personnages qu’on a vite envie de mieux connaître.
Cerise est intelligente et sensible, même si elle se montre aussi maladroite avec sa maman. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle a aussi beaucoup d’imagination… Sa curiosité naïve et bienveillante est rafraichissante. Elle s’intéresse à un vieux monsieur, qu’elle voit toutes les semaines transporter des pots de peinture en forêt. Elle va percer cette énigme à jour et c’est vraiment une très jolie histoire.
La présentation de l’album m’a beaucoup plu. C’est très régressif, dans le bon sens du terme, avec les chutes de crayons dans les marges, les petits dessins, les photos épinglées sur des feuilles de classeur, des images de ce que Cerise aurait scotché, des taches d’encre… Un vrai carnet de petite fille. Rien n’est laissé au hasard, on a même droit à l’écriture qui change de texture, comme si la petite avait changé de stylo. C’est tout une ambiance !
Cependant, tout n’est pas extrait du journal intime de Cerise et cela donne lieu à de très belles balades en forêt, puis plus tard dans l’endroit magnifique que l’enfant va découvrir. Les illustrations sont parfaites. Il s’en dégage à la fois de la douceur et de la joie de vivre, tout cela vivifié par les couleurs acidulées de l’enfance.
Ce premier tome m’a littéralement enchantée ! C’est une petite merveille et je vais m’empresser de découvrir la suite. Si vous hésitez à commencer une série de plus, sachez néanmoins qu’il peut se lire indépendamment, il a une vraie fin et le récit, bien que court, est suffisamment développé. On passe un excellent moment de lecture avec Cerise et ses amis.
C’est une BD géniale et attendrissante, pleine de poésie et de douceur, sans niaiserie. Si un jour vous avez besoin de réconfort, lisez Les Carnets de Cerise.

 

Découvrez également l’avis d’Acr0 sur ce premier tome.

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Une bande-dessinée de Nick Abadzis, publiée chez Dargaud.

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Présentation de l’éditeur :
La véritable et poignante histoire du premier être vivant envoyé dans l’espace : la chienne Laïka. Une saga scientifique et historique qui révèle plusieurs histoires : celle de l’ingénieur en chef du programme soviétique, la course à l’Espace entre les USA et l’URSS, et celle de Laïka, bien sûr, chien errant qui n’échappa à l’euthanasie que pour devenir un cobaye sacrifié sur l’autel de la réussite humaine et, au final, un symbole de progrès. Une histoire racontée avec une immense finesse et la plus grande précision historique.

Cette bande-dessinée est basée sur des événements réels.
Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Laïka, en tout cas je l’espère. Cette petite chienne fut le premier être vivant envoyé dans l’espace.
Dans les années cinquante, L’U.R.S.S. et les U.S.A. jouaient à qui pisserait le plus loin. La conquête spatiale faisait rêver, c’était une façon comme une autre d’entretenir leur rivalité. Tout moyen était bon à prendre pour prouver sa supériorité. C’est dans ce contexte délicieux qu’en 1957, un mois après le lancement du satellite artificiel Spoutnik, les soviétiques ont envoyé Laïka, une petite chienne de trois ans, à bord de Spoutnik II, sans se soucier de n’avoir aucun moyen de la ramener en vie.
Elle avait été trouvée errante dans les rues de Moscou. Rien ne la prédisposait à ce destin aussi grandiose que tragique et vide de sens. Cette bande-dessinée raconte son histoire, lui inventant un début de vie loin d’être rose, mais tâche de lui donner le plus de réalisme possible et de s’appuyer sur des faits pour la suite. On montre même l’entraînement subi par les chiens du programme spatial. Ces pauvres bêtes ont beaucoup supporté… Laïka n’est pas la seule à avoir péri. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que trois années sont juste un cinquième de la vie d’un chien, sachant que les petits gabarits, surtout les bâtards, ont même une espérance de vie supérieure à quinze ans. Certes, envoyer à la mort un chien plus âgé n’aurait pas rendu cela moins atroce, mais c’est d’autant plus sordide que cette chienne était à l’orée de sa vie. Aucun animal ne mérite ça et la BD le retranscrit parfaitement, malgré le sentimentalisme romancé des premières pages, quand l’auteur imagine à Laïka un début de vie à propos duquel on ne possède aucun renseignement réel.
Je ne suis pas particulièrement fan du graphisme, mais l’important est de faire davantage connaître le destin de cette petite chienne, victime de la bêtise humaine déguisée en course vers le progrès. En cela, la BD est très réussie. On a envie de d’empêcher l’inéluctable, mais si ce n’est pas la petite Koudriavka, ce sera une autre chienne… On ressent l’horrible attente qui pèse sur l’animal et certains de ses soigneurs, le climat lourd de méfiance et de menaces d’une époque où la moindre opposition pouvait vous valoir le goulag… C’est très triste, évidemment, mais c’est aussi un bel hommage. Parce que je savais à quoi m’attendre, j’ai beaucoup pleuré en lisant… La moindre des choses que nous pouvons faire pour Koudriavka – Laïka – est de ne jamais l’oublier.
Un chien offre une confiance sans réserve à ceux qui le soignent… Ce sont des animaux naturellement bienveillants et prêts à supporter sans broncher les situations les plus extrêmes pour plaire à leur maître. C’est d’autant plus vrai pour ceux qui ont été recueillis et sont de fait très reconnaissants envers leurs sauveurs. Imaginez la détresse de ce pauvre animal, enfermé dans cet engin, seul, dans le bruit, la chaleur, le chaos… Elle a agonisé entre cinq et sept heures, espérant probablement jusqu’à sa dernière seconde de conscience qu’on vienne la chercher. Longtemps, on a raconté que Laïka était morte après avoir consommé de la nourriture empoisonnée, laissée à sa disposition comme un acte d’humanité… C’est faux, la chaleur l’a tuée. Et ce sacrifice n’aura quasiment rien apporté à la science, il a juste nourri l’ego d’un gouvernement.
Ce n’est pas à l’école ni en regardant un reportage ou en lisant une revue que j’ai appris l’histoire de Laïka. J’étais adolescente, j’écoutais la radio, et j’ai entendu la chanson de Mecano qui lui est dédiée… Je ne vous cache pas que je trouve aberrant d’avoir dû l’apprendre par ce biais.
Des années plus tard, le destin tragique de Laïka me bouleverse toujours autant. C’est pour cela que j’ai voulu lire et chroniquer cette bande-dessinée (même si j’admets n’avoir pas beaucoup parlé du livre lui-même). C’est ma contribution, si humble soit-elle, à faire connaître son histoire et à faire en sorte qu’on ne l’oublie jamais. Il est si facile d’effacer ce qui nous dérange…

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Laika

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Un roman d’Anthelme Hauchecorne, premier tome du diptyque Le Nibelung, publié aux éditions du Chat Noir.

Les illustrations intérieures sont de Mathieu Coudray et Loïc Canavaggia.

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le-carnaval-aux-corbeaux

Présentation de l’éditeur :

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu…
Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite…
Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Le Carnaval aux corbeaux a été un franc coup de cœur. J’ai participé à la bêta lecture en juin dernier et en parcourant cette histoire j’avais l’impression d’être en octobre malgré la chaleur, tant l’atmosphère mise en place par Anthelme Hauchecorne et les nombreuses illustrations qui parsèment l’ouvrage sont évocatrices.
Ce roman original, tissé sur un canevas de mythes, légendes et superstitions, joue sur ces petites frayeurs de l’enfance qui nous poursuivent, nous hantant en marge de notre conscience même à l’âge adulte. Il n’éveille pas l’horreur dans l’esprit du lecteur, mais cet effroi glaçant et délicieux qui picote la pulpe des doigts au moment de tourner les pages.
Cette lecture est idéale pour l’époque de la Toussaint, d’une part car c’est à cette période que l’intrigue se déroule, d’autre part parce que l’ambiance de ces mois sombres d’automne en est rendue à la perfection. Qui ne se souvient pas de ces vacances de fin d’octobre brumeuses, quand le voile se fait léger entre la réalité pragmatique et la magie que l’on aimerait voir se nicher dans les ombres ? Le Carnaval aux corbeaux m’a ramenée en enfance, quand je lisais des récits juste suffisamment glaçants pour apprécier d’être chez moi, en sécurité, et qu’il pleuvait au dehors.
Les motifs disséminés par l’auteur dans son histoire parleront à chacun car puisés dans notre imaginaire collectif. Ce roman traite du difficile passage de l’enfance à l’âge adulte, quand les rêves et les croyances deviennent plus handicapants et monstrueux que rassurants. Si la réalité déchiquète nos espoirs, n’est-ce pas pour nous protéger de cette magie que l’on recherche et qui pourrait se révéler plus dangereuse qu’escompté ? Les enfants retiennent plus facilement les fins heureuses que le prix à payer pour un sortilège… Ludwig et Gabriel, les héros pris dans les rets de cet étrange Carnaval, vont l’apprendre à leurs dépens.
Ce récit complexe, rendu à la fois tortueux et prenant grâce à de nombreuses intrigues enchevêtrées, plaira autant aux jeunes, à qui il est destiné à la base, qu’aux adultes. Les premiers apprécieront sans aucun doute de ne pas être pris pour des imbéciles, les seconds, quant à eux, n’ont pas à craindre de s’ennuyer en suivant les aventures de protagonistes adolescents. Quant aux habitués de SFFFH, qu’ils se rassurent, même s’ils goûteront les nombreuses références jalonnant le récit, ils ne manqueront pas de le trouver très original.
J’ai beaucoup aimé les références, qu’il s’agisse de celles, évidentes, à certains auteurs que j’adore et qui se glissent dans les noms des personnages ou les autres, plus taquines, dissimulées. Si vous avez lu et apprécié La Foire des ténèbres de Ray Bradbury, vous retrouverez un peu de cet esprit, toutefois en plus ludique, plus humain et peut-être même plus profond. Dans le fond, la façon de traiter le sujet est davantage proche de Gaiman que de Bradbury, ce qui n’est pas un mal. Cependant ce Carnaval a bien sa propre identité. L’auteur a créé un background riche et même si ce tome pourrait se suffire à lui-même, l’envie d’explorer cet univers demeure forte une fois la dernière page tournée.
On ne s’ennuie jamais au cours de cette lecture car rien n’est évident ou convenu. Les personnages sont étoffés, nuancés, j’ai pris plaisir à découvrir leur histoire petit à petit. Bien sûr on a forcément des préférences et il est délectable d’en détester certains, cependant même les plus caricaturaux ont leurs secrets. Il est impossible de se fier à qui que ce soit et les rebondissements sont nombreux. Les chapitres fragmentés, découpés selon les personnages que l’on va suivre, permettent de s’intéresser à chacun, tout en ménageant le suspense.
Le Carnaval aux corbeaux est un excellent roman que je vous encourage vivement à découvrir, que vous ayez ou non une âme d’octobre.

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Un recueil de nouvelles d’Yves et Ada Rémy, publié en papier et numérique aux éditions Dystopia. Version revue par les auteurs.

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Les Soldats de la mer est un fix-up. Les nouvelles qui le composent s’entrelacent pour former un tout. Ces Chroniques Illégitimes Sous la Fédération sont l’ébauche d’un monde brumeux, à la fois reflet avancé (pour son époque) du nôtre et résonance lointaine de nos songes et chimères. Elles relatent des faits étranges qui ne peuvent prétendre à une place dans les livres d’Histoire de cette Europe, bien qu’elle n’en porte pas le nom, jumelle de la nôtre.
Dans ce monde parallèle et pourvu de deux lunes, naît et se développe la Fédération, coalition de nations figurant la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, etc. Celle-ci prend, au fur et à mesure de ses conquêtes et alliances, des allures d’Empire puissant mais perpétuellement en guerre. On apprend à la connaître au fil des nouvelles, par touches discrètes tout d’abord, comme si ce n’était pas vraiment le propos. Les récits s’articulent autour des soldats qui la servent et elle paraît n’être qu’un personnage secondaire, malgré un statut d’entité qu’on ne peut nier.
Je ne suis pas férue d’histoires militaires, mais je me suis laissée bercer par l’ambiance onirique des nouvelles. C’est, en grande partie, du Fantastique de haute volée, élégant, revisitant des thèmes classiques avec brio et originalité. Fantômes, vampires et revenants de tout poil raviront les amateurs du genre. Aucun de ces récits n’est convenu et la conclusion se révèle époustouflante.
Ce recueil est immersif, on sent l’odeur des embruns, le brouillard qui colle à la peau et glace l’échine, les fantômes qui rôdent. Le style, superbe, délié, est pour beaucoup dans le plaisir de lecture. J’avais déjà aimé Le Prophète et le Vizir, diptyque de nouvelles lu quelques semaines auparavant, mais Les Soldats de la mer m’a indubitablement impressionnée. L’ambiance de ces textes, et plus encore dans les derniers, m’a beaucoup rappelé celle des écrits de Julien Gracq, un auteur qui a durablement marqué mon imaginaire et mes perceptions littéraires. L’attente et l’étrange, les non-dits et l’onirisme sont d’importantes composantes de ces histoires.
Cet ouvrage est typique du Fantastique à la fois pour les thèmes visités, l’ambiguïté et l’atmosphère des récits, mais aussi l’élégance raffinée de l’écriture. Cependant, au-delà de l’amateur habituel de Fantastique à l’ancienne, tous les lecteurs aimant la belle littérature apprécieront ces nouvelles.
Je ne remercierai jamais assez les éditions Dystopia d’avoir réédité ce chef-d’œuvre, me permettant ainsi de le lire et, j’espère, de vous le faire connaître et aimer à votre tour.

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CRAAA

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si_tu_tends_loreille*

Si tu tends l’oreille est un film d’animation adapté d’un manga d’Aoi Hiiragi et produit par le Studio Ghibli. Réalisé par Yoshifumi Kondo et scénarisé par Hayao Miyazaki, il est sorti en 1995 au Japon.
Pendant longtemps, cet anime est resté indisponible à la vente en France et la seule version anglophone que je connaisse est en zone 1. Il aura fallu attendre janvier 2015 pour que le DVD et le Blu-ray sortent enfin dans nos contrées et avec, de surcroît, une piste en français. Pour autant, je ne suis pas très fan de cette VF, j’ai peut-être trop vu cet anime sous sa forme sous-titrée par des fans… Je suis surtout gênée par les dialogues que je trouve un rien trop modernes pour l’époque à laquelle est censée se dérouler l’histoire. Toutefois, elle est tout de même meilleure que la version anglophone qui prend des libertés avec le scénario d’origine. J’avais été assez choquée des aménagements scénaristiques de cette dernière. Elle tue dans l’œuf l’aspect fantastique de l’histoire, mais ce n’est certainement pas le pire. Elle modifie carrément l’avenir de Seiji pour qu’il colle davantage à un standard et ça m’est totalement insupportable. Je trouve cela presque insultant. Mais ce que je vous raconte ne vous dira rien si vous n’avez pas vu le film et il ne vaut pas la peine de se pencher sur ce sujet, puisque je vous encourage fortement à le regarder en VOSTFR.
Les bonus du DVD n’ont rien de vraiment notable. Il nous offre des bandes annonces et un montage d’images du décor du film avec les thèmes principaux en fond musical. Malheureusement, les images sont un peu trop floues pour qu’on puisse en apprécier les détails. Passons plutôt au film en lui-même.
Si tu tends l’oreille est un shojo et également un récit d’apprentissage dont l’action doit se situer durant les années 80. Il nous conte la vie quotidienne d’une toute jeune fille, Shizuku, qui adore lire. Elle est dans sa dernière année de collège, doit préparer son entrée au lycée mais, un peu rêveuse, elle cherche encore sa voie.
Certains diront qu’il s’agit d’une œuvre réaliste, avec sa part de romance adolescente, mais je l’apparente plutôt au réalisme magique. Je préfère ne pas m’appesantir sur les aspects les plus sirupeux de la romance que je ne trouve pas si prégnants que ça en fait. Shizuku a l’esprit ouvert, connecté à la magie qui se cache derrière le quotidien grisâtre qui l‘entoure, et c’est pour cela que je l’aime beaucoup. Elle ne se laisse pas cloisonner dans le réalisme, elle est prête à voir le merveilleux partout : dans un chat qui voyage en métro, une statuette mystérieuse ou un dirigeable. Cette aptitude à rêver et à imaginer des aventures rocambolesques à partir d’un rien est précieuse, on le sait quand on l’a perdue.
Si tu tends l’oreille est le récit formateur d’une jeune fille qui confronte ses illusions à la réalité du monde, parce que rêver est beau, mais inutile si on n’essaie pas d’en faire quelque chose de tangible. Alors Shizuku se met à l’écriture pour donner corps à ses rêveries et, plutôt que de s’y enfermer, elle grandit et trouve sa place.
Ce très bel anime est porteur d’espoir. Quand je me sens triste et que j’ai l’impression que les perspectives s’effondrent une à une autour de moi, je le regarde et je me sens mieux. Les dessins ne sont pas magnifiques mais ils ont un certain charme désuet, après tout j’étais enfant dans les années 80… Et puis je ne me lasse pas de cette histoire.
Tout au long du film, les fans des productions Ghibli pourront glaner des détails rappelant d’autres animes, passés mais aussi en gestation. On peut par exemple voir écrit Porco Rosso sur l’horloge et la robe que porte Shizuku, quand elle s’identifie à l’un de ses personnages, vous rappellera peut-être celle d’une certaine Nadia…
Il existe une suite au manga d’origine, mais elle n’est pas sortie en français ni en anglais. Par contre, Si tu tends l’oreille a largement inspiré Le royaume des chats, tiré lui aussi d’un manga spin-off du même auteur et adapté par Ghibli quelques années plus tard. Hiiragi l’a créé comme une histoire que Shizuku aurait pu écrire.
Dans Le royaume des chats, on peut voir le lien avec certaines scènes de Si tu tends l’oreille, comme si Shizuku s’était vraiment inspirée de détails de son aventure pour écrire une histoire. Bien sûr, on retrouve des personnages comme le Baron et Muta, mais ce sont des myriades de petites choses disséminées à travers l’anime qui peuvent à chaque instant nous rappeler un souvenir ou une impression. Le royaume des chats est plus lumineux, plus onirique aussi. J’ai également lu le manga dans sa version anglophone, Baron, the cat returns, je l’ai d’ailleurs chroniqué. Je pense que les deux sont complémentaires, l’anime est très agréable à regarder, le manga confère un peu moins de charisme aux personnages mais possède par contre une dimension humaine intéressante.
Quoi qu’il en soit, vous les apprécierez certainement davantage en ayant vu Si tu tends l’oreille.

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Baron

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Un roman de Camille von Rosenschild publié aux éditions Don Quichotte.
Les tomes 1 et 2 forment un ensemble qui, s’il reste ouvert à une suite potentielle, peut être lu indépendamment.

Vous pouvez également consulter mon avis sur le premier tome.

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Spiridons 2

Résumé de l’éditeur (spoilers sur le premier tome) :
A-t-on seulement peur de mourir quand on est déjà mort ? À travers la Russie, l’Ukraine et les Carpates, le voyage fantastique d’un jeune aventurier escorté par une troupe de Spiridons, ces âmes défuntes aux allures de vivants.
Victor est un garçon pas comme les autres : à dix-huit ans, il se découvre le Don de réveiller les morts.
Cet étrange secret, conservé depuis des siècles par une communauté tzigane des Carpates, lui vaut bien des convoitises.
Accompagné de cinq spiridons, ces âmes errantes revenues du royaume des défunts, et poursuivi par une caste de moines borgnes aux desseins effrayants, notre héros est pris dans une incroyable odyssée aux confins de la Russie.

Vous pouvez lire cet avis sans risque de spoilers.

Le premier tome se terminant dans un suspense insoutenable, il m’avait été presque douloureux de quitter les personnages à ce point de ma lecture. J’attendais cette suite, je l’appelais de mes vœux, je la rêvais… Et je l’ai savourée à sa juste valeur, en tremblant, mains crispées sur mon livre, forcée de m’interrompre parfois quelques minutes tant le récit me troublait.
Rien qu’en repensant à cette lecture, les émotions qui y sont liées remontent, s’enroulent et se nouent en figures aussi complexes qu’improbables, j’en ai des frissons et une boule dans la gorge. Alors comment trouver les mots pour exprimer dans ce billet tout ce que ce fabuleux roman m’a inspiré ?
La prisonnière du Kremlin est une toile d’araignée tissée de nombreux récits épars, mais qu’on sait liés, comme dans le premier tome, bien que de façon plus insidieuse encore. Après tout, une toile reste un piège… Cette histoire est diaboliquement ficelée. Il faut se retenir de tourner frénétiquement les pages pour pouvoir en profiter pleinement et s’accorder le temps de formuler des hypothèses, cela fait partie, selon moi, du grand plaisir de lecture que les deux volumes peuvent offrir. L’auteur se joue quelquefois de son lecteur, mais il est indéniable qu’elle a confiance en l’intelligence de celui-ci.
Comme dans le premier volume, le rythme de l’histoire est particulièrement bien géré. Pas de temps mort, pas de repos pour le lecteur, mais un élan imparable. On voit que cette histoire a été polie avec finesse et patience. Camille von Rosenschild distille petit à petit des informations concernant ses mystérieux personnages. Elle les a construits avec soin et c’est un plaisir de suivre leur évolution.
Elle nous donne également au fur et à mesure toutes ces réponses que l’on attend avec fébrilité depuis le premier tome. Je les regardais avec angoisse s’épanouir lentement ou surgir incidemment, en prédisant certaines, tombant des nues souvent. C’est ce qu’il y a de très déroutant avec cette histoire : elle est terriblement singulière et possède pourtant ce petit quelque chose de familier qui fait qu’on a l’étrange impression qu’elle susurre ses plus sombres secrets à quelque chose de lointain, ancré dans la partie la plus inaccessible de notre imaginaire. C’est de l’ordre du ressenti, de l’instinctif. Ce récit est sombre et merveilleux à la fois. On ne peut s’empêcher de croire tout ce que l’auteur nous raconte, parce que cela sonne vrai et qu’une part de nous désire ardemment que ça le soit.
Le lecteur ne sait jamais par avance où le chapitre suivant va l’entraîner et voudrait être partout à la fois, à la suite de chaque personnage. C’est un tour de force de ne jamais le perdre dans les méandres de cette intrigue aux si nombreuses ramifications. J’ai été sans cesse tiraillée entre l’envie de faire durer ma lecture le plus longtemps possible et celle de tourner les pages frénétiquement pour savoir la suite. Ces deux tomes nous content un récit imprévisible et cette qualité-là n’a pas de prix.
Ce fut une lecture intense, passionnante et immersive. J’avais adoré le premier tome. J’attendais beaucoup du deuxième et il s’est révélé excellent au-delà de toutes mes espérances. Ce diptyque est entré avec fracas au panthéon de mes lectures favorites, celles qui m’ont fascinée, émerveillée, nourrie et qui m’accompagneront à jamais. L’auteur n’a pas choisi la facilité et, si cela m’a bouleversée, je ne peux néanmoins que l’en remercier. Il faudrait plus de fictions aussi atypiques que celle-ci.
Si la fin de La prisonnière du Kremlin reste ouverte, on peut néanmoins considérer le récit comme clos. Camille von Rosenschild a écrit une histoire ambitieuse, originale et complexe qui m’a laissée bouche bée, admirative. J’espère de tout cœur qu’elle écrira encore de nombreux ouvrages, qu’ils soient liés ou non à cet univers.
Les deux tomes des Spiridons ont été pour moi une fantastique aventure, ils sont les dignes représentants de tout ce que j’aime dans la lecture et j’espère vous avoir donné envie de les découvrir à votre tour.

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