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Posts Tagged ‘enquêtes’

Un roman d’Élie Darco publié chez Magnard.

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Présentation de l’éditeur :

Alec et sa soeur Beryl, dix-sept et dix-huit ans, ont été ballottés au gré des affectations successives de leurs parents, tous deux militaires de carrière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes depuis l’enfance, ils aiment repousser leurs limites et tenter de nouvelles expériences, quittes à enfreindre les règles d’une société sécuritaire, qui entend lutter aussi bien contre le terrorisme que contre le gaspillage énergétique.

Un jour, la famille échoue dans une petite ville perdue au milieu d’un massif forestier. Pour ces adolescents habitués aux espaces urbains, aux salles d’arcade et aux tripots clandestins, l’adaptation est difficile. Très vite, l’ennui les guette. Un soir, Alec et Beryl subtilisent le pistolet de leur père et vont s’entraîner à tirer en forêt. Des copains de classe les rejoignent. Dans l’obscurité, un écho semble répondre à l’un des coups de feu et une lumière danse entre les arbres. Alec et Beryl découvrent alors ce qu’ils imaginent être une ancienne station militaire à l’abandon.

Mais le lendemain, le chef de la police se présente chez eux : le cadavre d’une jeune fille a été retrouvé cette même nuit, en bordure de la forêt… Pour Alec et Beryl, c’est le prélude d’une série de bouleversements, qui vont les mettre à rude épreuve. Envers et contre tous, ils vont tenter de rester soudés. Inséparables.

Alec et Beryl sont frère et sœur. Un an seulement les sépare et leur relation est plutôt fusionnelle. Enfants de militaires, ils ont été élevés à la dure par des parents distants. Cela, ainsi que de fréquents déménagements, leur a appris à compter l’un sur l’autre. Ils se suffisent et sont complémentaires. Ces ados rebelles aiment flirter avec le danger et les limites de la loi, alors quand ils arrivent dans un patelin paumé à la faveur de la dernière affectation de leurs parents, on ne peut pas dire qu’ils débordent d’enthousiasme.
L’atmosphère est lourde à Morran, entre l’absence de distractions et des règles strictes à observer. Alec et Beryl s’ennuient et cela va les mener au mauvais endroit au mauvais moment. En quelques pages, Élie Darco installe une atmosphère sombre qui ne fera que s’amplifier au fil de la lecture. On se rend vite compte que quelque chose cloche, mais quoi ? L’auteur s’amuse à bousculer les certitudes. On entre vite dans ce récit rythmé et, le suspense allant croissant, il devient de plus en plus difficile de le lâcher à mesure que le mystère prend corps.
Je me plains souvent que la littérature destinée aux adolescents est pétrie de clichés, alors j’ai été ravie de constater que ce n’est pas le cas ici. Élie Darco nous offre des personnages crédibles, qui ne sont pas contrôlés par leurs hormones. Alec et Beryl sont intelligents, combatifs, mais également faillibles. J’ai apprécié leur personnalité et le lien si fort qui existe entre eux contribue à les rendre attachants.
Ce thriller flirte avec la science fiction, le récit prenant place dans un monde qui se remet sur les rails après une grande crise énergétique, mais moi qui suis pourtant férue d’anticipation, j’ai préféré les aspects « réels » de l’histoire.
L’intrigue est vive, efficace, les chapitres courts font que les pages défilent à toute allure. On ne peut s’empêcher de poser des hypothèses et de s’inquiéter pour les personnages, mais qu’on voie ou non se dessiner le dénouement, Inséparables est un très bon roman qui ne plaira pas qu’aux ados.

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Scénario de Stephen Moffat et Mark Gatiss, dessins de Jay. Publié chez Kurokawa.

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Présentation de l’éditeur :

Rapatrié d’Afghanistan à cause d’une blessure et de troubles psychologiques, le Dr. Watson retrouve un vieil ami de l’époque de la faculté de médecine qui lui présente son futur colocataire. D’un seul coup d’oeil, cette personne devine qu’il s’agit d’un médecin militaire de retour du Moyen-Orient, qu’un de ses proches est victime d’alcoolisme ou encore qu’il est suivi par un thérapeute. Le nom de ce colocataire ? Sherlock Holmes.

Grande fan de la série, j’étais curieuse de voir son adaptation en manga, mais je ne nourrissais pas non plus d’attentes extraordinaires. Le fait est que, peu ou prou, le manga est conforme à ce que je m’imaginais : une copie très rigoureuse d’Une étude en rose. N’espérez pas même un changement de point de vue.
Cet épisode se prête admirablement à l’adaptation, étant un des plus linéaires de la série. Cependant je me demande ce que cela va donner pour la suite qui l’est de moins en moins. Cette série est très visuelle, avec les difficultés et avantages que cela comporte pour une adaptation en manga, mais son rythme et ses intrigues à tiroirs risquent de constituer quelques obstacles supplémentaires dans l’élaboration des tomes suivants. Quoi qu’il en soit, ce tome nous offre une transposition très satisfaisante, si on excepte quelques petits accrocs de traduction.
Il y a eu un gros travail sur les personnages principaux qu’on reconnaît bien dans leurs expressions et même leur jeu d’acteur. Ce n’est par contre pas le cas des personnages secondaires. Je trouve cela dommage et pas uniquement pour une question de ressemblance physique. Si Sherlock et Watson sont évidemment l’intérêt principal de la série, les personnages secondaires en sont le sel. Malheureusement, ce support les prive de la profondeur qui est la leur dans la série.
De mon point de vue, c’est une lecture dispensable, un ouvrage pour les fans qui ont juste envie de retrouver leur série fétiche et d’admirer les dessins. Les éventuels lecteurs qui n’auraient pas vu la série y perdront en charme, mais apprécieront peut-être le scénario nerveux qui pousse à tourner les pages.

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Un roman de Christine Luce, publié chez les moutons électriques.

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Eve a disparu il y a cinq ans, sans laisser ni corps ni trace.

Enfuie avec un amant, d’après la police londonienne, mais morte selon l’époux inconsolable. En dépit de sa défiance, ce dernier a fait appel à une médium ; contre toute attente, Mademoiselle LaFay possède un réel talent pour joindre l’au-delà et réunit chaque année le couple pour un jour de félicité… sauf cette fois-ci : Eve n’apparaît pas.

En ces temps de misère et de richesse insolente dans la société victorienne, la vie après la mort attise les espoirs des scientifiques. Mary-Gaëtane LaFay et son amie Maisy, deux femmes audacieuses, affrontent leurs frayeurs pour résoudre un mystère entre deux mondes crépusculaires. De l’autre côté, l’Enquêteur poursuit le même dessein. La frontière qui les sépare est plus ténue qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les unit, infiniment supérieur. L’affaire Blake révélera une énigme de la taille des univers.

Ayant déjà publié un roman jeunesse, Charlotte Caillou contre les Zénaïdes (chez Le Carnoplaste), Christine Luce livre ici une superbe fantasy spirite aussi trouble qu’un verre d’absinthe, comme une rencontre de Nerval avec Neil Gaiman.

Avec ces Papillons géomètres, Christine Luce nous offre une histoire de fantômes à la lueur des becs de gaz. Les brumes de l’après-vie se mêlent au fog londonien pour créer une ambiance délétère, lourde de mystère.
J’ai un faible pour les histoires de revenants et, à ma grande satisfaction, celle-ci se révèle plutôt atypique. Cet autre monde, une marche au-dessus du nôtre, est fascinant et les esprits qui y survivent obéissent à des règles que l’on découvre au fur et à mesure.
L’auteur a créé des personnages intelligents et sortant des carcans qu’il est plaisant de voir évoluer. Mary-Gaëtane est l’une d’entre eux. Elle est avant tout une femme pragmatique et indépendante. Elle vit avec une amie d’enfance, Maisy, métisse et un peu sorcière. Mary exerce le métier de médium. Si elle use parfois d’artifices pour abuser une clientèle qui ne demande pas mieux, son don est néanmoins réel et dangereux. C’est à cause de lui, et de son bon cœur, qu’elle va se retrouver mêlée à une double affaire de disparition : celle d’une jeune femme sans histoires et… du fantôme de celle-ci.
Tous les personnages qui gravitent autour de la médium se révèlent tout aussi complexes, mais c’est avec l’Enquêteur, fantôme en marge de ses pairs et réellement très intrigant, que Mary partage le premier rôle. Ils forment un duo aussi étrange et mal assorti qu’attachant. Leurs interactions rythment le roman, entre humour et révélations.
Le décor et l’ambiance sont parfaits, les personnages intéressants et le style recherché, malheureusement l’intrigue s’enlise un peu dans la seconde moitié. Rien de grave, cependant j’espérais un mystère un peu plus consistant. Au final, l’ensemble est un peu lent, sans que ce soit vraiment dérangeant, mais certaines pistes prometteuses restent inexploitées, ce qui est plus gênant. J’aurais souhaité en savoir beaucoup plus sur ces fantômes et les règles qui régissent leur société, sur la famille de Mary ainsi que sur l’Enquêteur dont on entrevoit tout juste le passé.
J’ai donc été un peu déçue par cette fin qui, après quelques longueurs et trop de promesses, semble trop vite expédiée. Les nombreuses questions demeurant en suspens laissent présager, du moins je l’espère, de nouvelles incursions dans cet univers. En tout cas, je retrouverais volontiers ces personnages.

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Découvrez également les avis de Boudicca et d’Elhyandra.

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Un roman de Lia Vilorë, publié par les éditions du Petit Caveau.

Ma chronique du précédent tome n’est pas sur ce blog, cependant je vous invite à la lire sur le site Vampires & Sorcières.

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Présentation de l’éditeur :

Cet été-là, une série de meurtres est l’œuvre d’un tueur que les médias appelleront avec a propos bien qu’en toute ignorance « Le Vampire ».
Ma partenaire, Lía Fáil, se dédie aussitôt à la tâche d’arrêter ce dangereux Éternel avant que ses crimes n’ameutent les tueurs de vampires. Hélas, elle rechigne d’autant plus à la prudence qu’elle se noie dans un chagrin gardé obstinément secret.
Quand ma dame sur les traces du Vampire disparaît à son tour, moi, Amaël Ailill, je pars aussitôt en quête de réponses. Sans elles, je sais qu’il me sera impossible de la retrouver saine et sauve…

Bien que cela ne soit pas indiqué sur la couverture (c’est mal ! Le lecteur qui achète un livre au hasard n’est pas omniscient), ce roman est la suite de Vampires d’une nuit de printemps. Une suite très attendue pour ma part.
Ma lecture du premier tome date d’il y a environ quatre ans et même si celui-ci m’a beaucoup plu, je craignais d’avoir quelques trous de mémoire. Heureusement, l’auteur rappelle les faits quand il le faut, sans pour autant alourdir le récit par de longues explications, on entre ainsi très vite dans l’histoire. Je déconseille toutefois d’essayer de lire ce deuxième tome sans connaître le premier, vous passeriez à côté de trop de choses, notamment une bonne partie de celles qui font le charme de cette série.
Les personnages de Lia Vilorë gagnent à être connus car ils ont des personnalités hors normes. Dans ce volume, on en apprend davantage sur leur passé individuel, mais aussi celui des convents. La narration est cette fois assumée en grande partie par Amaël, même si Lía Fáil fait quelques incursions. J’aime beaucoup ce personnage qui apparaît parfois comme sorti d’un autre temps (voire d’un roman courtois). Pour autant, Amaël est loin d’être parfait et l’auteur exploite aussi bien ses failles (qu’on a pu découvrir dans le tome précédent) que ses défauts. Il est plaisant de le voir évoluer et tenter de se racheter alors qu’une fois de plus les événements tragiques de son passé viennent le hanter.
Lía Fáil elle-même voit ses démons resurgir. La jeune femme, que l’on perçoit surtout au travers du regard de son protecteur, semble avoir beaucoup mûri. Mais cela ne cache-t-il pas quelque chose ? Et, surtout, est-ce un bien ? Au début du roman, elle n’a qu’une obsession : retrouver le vampire qui agresse des femmes et met leur communauté en danger.
Très vite le suspense croît. Comme son prédécesseur, ce roman ne manque guère d’humour, mais c’est l’intrigue policière qui prime et elle est très bien ficelée. Il ne tient qu’au lecteur de recueillir les indices en même temps qu’Amaël et de tirer ses conclusions. J’apprécie toujours quand l’auteur me laisse la possibilité de participer au jeu de piste.
Entre rebondissements et révélations, on n’a guère le temps de s’ennuyer. Qui plus est, la mythologie vampirique de Lia Vilorë, qui participe en grande partie à l’originalité de cette série, est cette fois au premier plan. Il est très intéressant d’apprendre comment et par qui les convents ont été créés. Je me suis souvenu de la théorie de Max sur l’origine de leurs pouvoirs personnels et ne l’en ai trouvée que plus sensée.
J’attendais vraiment cette suite et n’ai pas été déçue. En fait, j’ai même été très surprise par l’arrivée de certains personnages. Cela augure du meilleur pour l’avenir. Le seul défaut que j’ai trouvé à ce roman est qu’il pèche un peu au niveau du style. De nombreuses coquilles parsèment le texte, or Lia Vilorë m’a habituée à un travail plus soigné. C’est dommage. J’ai cependant beaucoup aimé les références aux contes et légendes ainsi que les épigraphes des chapitres. Cela montre, à mon sens, tout le travail de réflexion qu’il y a derrière ce récit qui, tout vif et divertissant qu’il est, ne manque pas de profondeur.
On sent que l’auteur n’a pas grillé toutes ses cartouches et je suis impatiente de découvrir les prochaines aventures de ses vampires.
L’ouvrage se clôt sur la magnifique nouvelle La Toile de Liadan, que vous avez peut-être déjà lue dans Dames de lune, Fées des brumes aux éditions du Chat noir. Ce superbe texte prend une autre dimension à la lumière du roman, il n’en a que plus de charme et laisse une impression douce-amère qui attise encore l’envie de connaître la suite.

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Un roman de Robin Sloan paru en grand format chez Michel Lafon et disponible en poche chez Points.

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Il n’y a pas à dire, la couverture du grand format est beaucoup plus belle que celle du poche…

Présentation de l’éditeur :

(J’ai choisi le résumé de l’édition poche car il en dit beaucoup moins.)

Graphiste-designer au chômage, Clay erre dans San Francisco. Le hasard le mène à l’étrange librairie ouverte jour et nuit de M Pénombre. Tard le soir, les membres d’un club de lecture viennent y emprunter de vieux volumes cryptés. Appartiennent-ils à une secte, sont-ils des lecteurs d’un genre nouveau ? Embauché en tant que vendeur, Clay est bien décidé à percer le mystère de ces érudits légèrement allumés…

Clay Jannon est un jeune homme sympathique, mais tout ce qu’il y a de plus banal. Il est intelligent, a fait des études, mais ne possède pas vraiment de compétence qui le fasse sortir du lot. Il peine à trouver sa place sur le marché du travail et sent confusément qu’il pourrait louper cette délicate période charnière de son existence. Puis, il découvre par hasard l’étrange librairie de M. Pénombre où il se fait engager comme vendeur.
Cette boutique sort juste assez de l’ordinaire pour faire rêver tout grand lecteur et Clay, s’il n’est pas bibliophage, est sans nul doute un rêveur dont les jeunes années ont été bercées par les littératures de l’imaginaire. Il a besoin d‘apprendre de nouvelles choses et d’évoluer, mais le travail à la librairie ne semble pas avoir grand-chose à lui offrir de ce côté-là. Enfin, c’est ce qu’il croit.
J’ai éprouvé un réel plaisir à suivre ce personnage, même si l’histoire s’est révélée très différente de ce que j’attendais. La librairie de M. Pénombre m’a fait rêver. J’aurais adoré pouvoir résoudre les énigmes avec ces lecteurs tous plus décalés les uns que les autres. Mais moi je n’aurais pas triché…
Le roman est divisé en trois parties et le mystère reste très longtemps en périphérie du récit. Cela ne m’a pas ennuyée. J’ai bien aimé suivre le quotidien tranquille de Clay. Il fréquente des gens brillants et plus ou moins hauts en couleur. Sloan a créé une atmosphère à la fois sereine et baroque, dans laquelle je me suis volontiers laissé dériver.
Puis, petit à petit, les bizarreries de la librairie reprennent le dessus. Qui finance ce magasin si peu fréquenté ? Et surtout que viennent chercher les lecteurs plus ou moins loufoques qui empruntent les livres du « fonds du fond » que Clay a interdiction d’ouvrir ?
Sans s’en rendre compte, le lecteur se trouve embringué dans une quête. À mon grand dam, ce n’est pas un vrai jeu de piste, parce que Clay triche. Le lecteur ne peut que suivre et, s’il tire des conclusions de ses propres observations, il n’a pas la chance de pouvoir participer plus activement à la résolution du mystère. Cela s’arrange néanmoins dans la dernière partie.
L’auteur a le goût du détail, ce que le lecteur attentif ne peut qu’apprécier. Les noms, notamment, ont de l’importance. L’intrigue n’est pas exceptionnelle, mais elle est prenante la plupart du temps. Les personnages, indubitablement le point fort du roman, semblent former une constellation et sont tous intéressants.
Aux deux tiers du récit, il y a bien quelques longueurs… Et puis la technophilie de Clay devient lourde. Apple, Kindle, Google… En plus de rimer, cela fait placement de produits. Mais ce sont les seuls défauts que j’ai pu trouver à ce très bon roman. La fin m’a beaucoup plu, me faisant passer outre mes griefs.
M. Pénombre, libraire ouvert jour et nuit est un roman pour les chercheurs et les faiseurs, pour les lecteurs qui ont le goût du détail autant qu’une imagination débordante.

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Un roman feuilleton de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.

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Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant… vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Peut-être avez-vous déjà croisé Ragon, notamment dans l’anthologie steampunk des éditions du Chat Noir : Montres Enchantées. Avec Feuillets de cuivre, nous avons enfin l’occasion de le connaître davantage, en le suivant du début de sa carrière jusqu’à la toute fin de celle-ci. Homme brillant, féru de littérature, intuitif mais méthodique, mesuré mais prompt à la compassion, Ragon est un personnage très attachant. Son corps le trahit d’une façon qui prend tout son sens à mesure qu’on apprend qui se cache derrière ce policier simple et complexe à la fois. Si les enquêtes intriguent le lecteur et gagnent en intensité au fur et à mesure, il en va de même pour l’intérêt envers le personnage lui-même.
Ragon est de loin mon préféré, mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant transparents. Ils apportent beaucoup au récit. J’ai adoré Zehnacker et Fredouille. Le grand méchant de l’histoire, quant à lui, n’est pas si prévisible qu’on pourrait le croire, même si l’auteur distille des indices permettant de le reconnaître et de comprendre ses motivations.
Ce roman puzzle, auquel le lecteur est invité à participer activement, est divisé en deux parties. La première regroupe dans l’ordre chronologique les enquêtes les plus marquantes de la carrière de Ragon. La seconde voit la révélation de sa Némésis et, au travers de nouvelles enquêtes, la poursuite de celle-ci. La construction de l’ouvrage est intéressante et m’a beaucoup plu. La trame se complexifie à mesure et happe le lecteur.
Feuillets de cuivre est un roman feuilleton, entre le steampunk et le polar. C’est de la littérature populaire de grande qualité. Il prend la forme d’un fix up. Il est composé de textes qui s’apparentent à des nouvelles, mais sont liés. Les pistes se croisent, se rejoignent… Ces intrigues imbriquées impliquent le lecteur et l’incitent à poser ses propres hypothèses pour, peut-être, prendre le héros de vitesse.
Ragon est un érudit, il résout ses enquêtes grâce aux livres. Cela est d’autant plus prégnant dans la seconde partie car son ennemi juré a choisi de le défier sur son propre terrain. Cela nous donne un texte d’une grande intelligence, empli de références littéraires ou culturelles. Mais si vous ne les possédez pas toutes, cela ne vous empêchera pas d’apprécier cette lecture et de suivre l’enquête.
L’ambiance steampunk est peu marquée, c’est le polar qui domine, mais une technologie alternative, ainsi que de la magie font tout de même des incursions dans le scénario. Cela est justement dosé et jamais au détriment de la cohérence. Dans Feuillets de cuivre on ne résout pas les énigmes sans réflexion, juste en claquant des doigts ou en utilisant le surnaturel comme explication standard déracinée de tout mobile ou logique. En tant que lectrice, c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement.
Pour terminer sur une note un peu futile, j’ajouterai que l’objet-livre est superbe et fait un peu old school. La couverture est cartonnée et agréable au toucher, le titre cuivré. On se sent dans l’ambiance avant même de l’ouvrir. C’est peut-être de l’ordre du détail, mais cela possède indéniablement un certain charme. Feuillets de cuivre fut une excellente lecture.

D’autres avis sur :
Un papillon dans la lune
La magie des mots

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CRAAA

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Un roman d’Esther Brassac, publié aux éditions du Chat Noir.

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par la grace des sans noms

Présentation de l’éditeur :
Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Si l’on doit bien reconnaître une qualité à Esther Brassac, c’est son imagination débordante. J’ai pris grand plaisir à découvrir ce roman qui sort résolument de tout ce que j’ai pu lire en Steampunk ces derniers temps. L’intrigue est complexe, toute en circonvolutions et rebondissements, on ne risque pas de s’ennuyer avec ce thriller ni de deviner trop tôt où l’auteur veut nous conduire. Disons-le franchement : ça change !
Dès le départ, le roman se scinde en deux histoires distinctes et l’on ne sait avec certitude si elles sont vouées ou non à se rejoindre. On évolue dans un petit espace clos, le royaume garonnais, alors que le reste du monde a été détruit suite à l’usage d’une arme particulièrement dévastatrice lors de la guerre contre les Prussiens. Grâce aux enchanteurs et aux scientifiques vampires, une fraction infime de la population, qui comprend des humains mais aussi des créatures magiques, a été sauvée et confinée sous un dôme protecteur. Les animaux survivants, atteints d’une lèpre incurable, ont été modifiés génétiquement et en partie mécanisés. La végétation, quant à elle, doit son salut à d’étranges entités qui évoluent sur un autre plan : les Sans Noms.
Alors que les Garonnais tentent depuis une vingtaine d’années d’oublier leur traumatisme et de vivre normalement, d’abominables meurtres viennent menacer leur fragile équilibre. C’est Oksibure, spectre détective, qui se voit chargé de l’affaire. Pendant ce temps-là, des artistes commencent l’élaboration d’un ouvrage sur les créatures magiques… Les affaires sont-elles liées ?
L’atmosphère sombre et mystérieuse de ce thriller est vraiment très prenante. On se laisse facilement entraîner, apprenant au fur et à mesure les secrets de ce royaume enclavé, dernier bastion de vie sur terre. Les personnages sont plaisants, j’ai beaucoup aimé Oksibure et sa flammèche, ainsi que Katherine, vampire qui se débat avec sa malédiction familiale. Cropityore l’incube est délicieusement caricatural, c’est ce qui fait son charme. J’ai été moins séduite par Aldebrand, qui atermoie beaucoup comme le dandy romantique qu’il est mais demeure malgré tout sympathique… Tous ces personnages sont hauts en couleur, crédibles et parfois même attachants.
Par la grâce des Sans Noms est un long roman, consistant, fascinant et surtout très bien écrit, malgré quelques coquilles. Le style élégant, un peu désuet, convient parfaitement à ce genre de récit et l’auteur sait ménager son suspense. Elle bouscule son lecteur, pique sa curiosité sans la satisfaire tout de suite. C’est un peu cruel, mais très bien mené.
J’ai été moins emballée par le dernier quart. J’avais découvert où j’allais, cela ne me gênait pas mais quelques invraisemblances et détours un peu longuets ont légèrement émoussé mon enthousiasme. Je n’ai pas été spécialement conquise par la fin, qui pourtant ne manque pas de panache. L’auteur a néanmoins évité les facilités pendant une bonne partie du roman et ça reste une excellente lecture.
La part steampunk de ce récit est originale, pas seulement un choix esthétique, mais c’est surtout un bon polar fantastique. Les plus exigeants apprécieront le goût du détail et l’intrigue bien ficelée.

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