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Posts Tagged ‘dystopies’

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en papier et en numérique.

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Sommaire :

– La septième idole, par Sylvain Lamur
– Terminus Turnus, par Ludovic Klein
– Autodafé, par Marie-Lucie Bougon
– Cadenas d’amour, par Bruno Pochesci
– Le sourire du barbare, par Sébastien Parisot
– La louve pourpre, par Julien Morgan
– Jeux dangereux au bord du monde, par Sylvain Bousquet
– Mirradh, par Manuel Le gourrierec
– Le sang et l’acier, par Xavier Portebois
– Une fois le papier enflammé, par Marianne Escher

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Réalités est une anthologie comme on les aime : des textes variés et inventifs qui permettent de découvrir des auteurs et d’explorer divers univers de SFFF sans s’ennuyer un seul instant.
Dans ces dix nouvelles on croise entre autres des robots, des ados livrés à eux-mêmes dans un monde apocalyptique, des mythes en lambeaux, des extraterrestres et des dragons. On explore des sociétés dystopiques, d’autres planètes et même une utopie… Drôles, tragiques, intenses ou surprenants, tous ces textes tirent à leur manière leur épingle du jeu. Je vais vous parler de mes préférés.
Dans La septième idole, des robots cherchent un sens à leur existence en se créant une religion. C’est bien vu. Un contexte savamment construit ainsi qu’une réflexion intéressante sous-tendent ce texte à la fois drôle et intelligent.
Autodafé, probablement ma préférée, est une nouvelle bourrée de références littéraires et superbement écrite. Très visuelle, elle nous permet d’observer les personnages aussi bien que la danse macabre des brûleurs de livres. Du début à la fin, je n’ai pu lâcher ce texte.
Cadenas d’amour est un récit à l’humour grinçant particulièrement divertissant. Seule la fin m’a un peu déçue, mais les circonvolutions de l’intrigue et le rythme enlevé m’ont beaucoup plu.
Plus initiatique, Jeux dangereux au bord du monde, a éveillé mon intérêt par l’originalité de l’univers dépeint. Des adolescents et enfants cherchent à survivre dans un monde que le néant ronge chaque jour un peu plus. Ils ont des préoccupations d’adultes mêlées à d’autres plus de leur âge. Mais comment s’affirmer et trouver sa place quand l’avenir est illusoire, ne dépendant que d’une éternelle fuite en avant ?
Dans Le sang et l’acier, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Xavier Portebois dont les textes possèdent toujours plusieurs niveaux de lectures et sont très subtils. Cette fois, se mêlent les caractéristiques du polar avec une réflexion sur l’humanité et le vivant. Est-ce la conscience ou la chair qui font de nous des êtres sensibles ? Ce texte parle de compassion, de différences, mais aussi de peurs et du rejet de l’altérité.
Pour finir, Une fois le papier enflammé m’a plu pour son aspect social et psychologique. Par petites touches, se dessine un monde surpeuplé, à tendance dystopique, dont le réalisme a de quoi faire grimacer.
Cette anthologie originale et pleine de surprises m’a offert d’excellentes lectures. Je vous encourage à parcourir à votre tour les dédales de toutes ces réalités.

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Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.

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Présentation de l’éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l’extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l’autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer…

ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l’immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

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Une nouvelle de Tesha Garisaki, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy’El.

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Dès ses premières lignes, La chasse aux marqués intrigue le lecteur grâce à une scène d’exposition sibylline. L’auteur ne dévoile les choses que petit à petit, ce qui rend la lecture d’autant plus haletante. Peu de pages suffisent pour être emporté dans cette dangereuse mégalopole et l’on s’attache presque aussitôt à Natalia, jeune fille altruiste qui essaie d‘utiliser son don au mieux, tout en évitant de se faire remarquer.
Dans cette Fantasy futuriste, les mages sont des proies. Leur don se transmet dès la naissance, par une marque que les parents apposent sur leur enfant et qui détermine leur pouvoir. Mais pourquoi les pourchasse-t-on vraiment ? Et qui se cache réellement derrière les androïdes programmés pour les tuer ?
Cette chasse aux sorcières est motivée par de nombreux enjeux et la problématique est intéressante. Elle aurait mérité d’être encore plus développée, bien que l’on obtienne finalement les réponses aux questions que l’on se pose en cours de lecture.
Celle-ci est prenante. On avance vite, à la poursuite de Natalia, comme pour la retenir, alors que l’on voit se profiler un drame quasi inévitable.
C’est un très bon texte, loin d’être convenu. Je ne déplore que la fin un peu abrupte. Même si la nouvelle se suffit à elle-même, j’étais bien avec les personnages, j’aurais voulu en savoir plus et je pense qu’il y avait matière à faire une bonne novella avec cet univers, ce contexte et ces personnages.

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Une nouvelle de Science Fiction de Sylvie Denis, publiée chez Armada éditions. Uniquement disponible au format numérique.

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La Jérusalem des Chevaliers Blancs – la cité de Dieu et de son prophète John Paul Sambara – est une communauté ultra religieuse vivant dans une enclave protégée. C’est là que vit une jeune fille, plus douée que les autres, qui tente d’en savoir plus sur son petit monde clos et sur l’univers extérieur.
Aidée par la Porte – prisonnier cybernétique faisant office de « portier » – elle va profiter du passage d’une fête foraine pour prendre contact avec les mystérieux « Hommes Libres et Singuliers ».
Parviendra-t-elle un jour à s’échapper et à vivre libre ?

Une dystopie exemplaire, qui a remportée le prix Rosny-aîné en 2000.

Dedans, dehors est une petite nouvelle dystopique comme je les aime. Le thème est courant, mais plaisant et très bien traité. L’élégance du style s’allie à l’intelligence du propos pour nous offrir un excellent moment de lecture.
Tout commence avec des extraits de la Déclaration des Droits des Hommes Libres et Singuliers. Mais qui sont-ils ? Et surtout qu’implique une telle Déclaration ? Si elle existe, c’est que les droits fondamentaux qu’elle évoque ainsi que la responsabilité de l’humain dans son propre destin ne sont pas évidents pour tout le monde.
Pourtant, quand commence l’histoire, on ne sait pas encore vraiment où l’auteur veut nous emmener. La narratrice, une jeune fille à l’esprit aussi brillant que caustique, ne se dévoile que petit à petit. Le lecteur voit sous ses yeux se craqueler la façade brillante de la Jérusalem Céleste à mesure que l’héroïne lui conte son histoire personnelle. Et elle en a des choses à dire…
Aussi lucide que secrète, cette gamine s’interroge, se souvient, se projette également dans l’avenir. C’est un plaisir de suivre ses réflexions autant que ses confidences.
Petit coup de cœur pour cette nouvelle un rien trop courte à mon goût. Le texte est bien construit et nous offre une histoire complète en soi, mais la fin est ouverte et j’avoue que j’aurais quand même bien voulu savoir la suite.

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Une novella de Maëlig Duval, publiée chez Griffe d’Encre.

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L'après-dieux

Albert Vaclau est fonctionnaire au bureau de la Reconstruction.
Il évalue de 1 à 5 les dégâts de la guerre civile dans les villages à reconstruire.
Il classe les organisations non gouvernementales de 1 à 9, selon leur niveau de sédition.

Mais quand il rencontre Eva et son fils, il doit se rendre à l’évidence : aucune échelle de valeurs ne peut s’appliquer à eux.

L’après-dieux, ou comment apprendre à vivre sans espoir alors que l’on frôlait du doigt la divinité.
Dans un monde post-apocalyptique qui tente de se reconstruire péniblement, un monde qui a perdu son humanité, son espoir, son avenir, vont se croiser des gens qui, peut-être, auront le pouvoir de réchauffer leurs âmes et de ranimer l’espérance en veillant les uns sur les autres.
Cette novella est un texte étrange, magnifique, bouleversant et pour le moins inclassable. Elle n’est pas facile d’accès, mais il faut se donner la peine de faire un effort pour y entrer car celui-ci sera largement récompensé et une fois les difficultés domptées, vous ne pourrez plus lâcher ce livre.
C’est une histoire, au sens qu’on donne à ce mot en étant enfant, un récit qui fait se blottir contre la personne qui nous le raconte et rêver au-delà des mots. J’ai eu l’impression, grâce à ses accents mythiques qui se développent au fur et à mesure, qu’il appartenait à ces légendes qu’Eva racontait à son fils. C’est quelque chose qui va bien au-delà des mots pour parler aux sens et à l’âme du lecteur. Mais cette novella est aussi une sorte de conte philosophique, voire mystique, ainsi qu’une assez effrayante dystopie. Chacun choisira à sa guise quel aspect lui parle le plus.
Ce récit est prenant, extrêmement poétique et touchant. C’est beau et triste, duveteux comme une plume, aussi léger parfois, si peu de fois en fait que celles-ci sont très précieuses dans cette atmosphère accablante, mais surtout fragile, c’est plein d’espoir et c’en est aussi dénué. En ce paradoxe résident toute la magie et la force de cette histoire.
Nous nous retrouvons face à des êtres fragiles ou amers, parfois brisés, qui cherchent leur humanité perdue ou tentent de la détruire à jamais dans un esprit revanchard.
D’abord il y a Albert, fonctionnaire qui s’accroche aux règlements pour mieux supporter la vacuité de son existence. Puis Irène, qui a tant à offrir et se retrouve à ne pas savoir quoi faire de tout cela car il n’y a plus personne pour recevoir. Irène qui a peur et s’en veut de sa lâcheté autant que de ne pouvoir rien faire pour ceux qu’elle aime. Et il y a également Paul qui s’abîme dans l’alcool pour oublier qu’il n’y a plus d’espoir et qu’il a bradé ses idéaux. Enfin il y a Eva et George, la mère et le fils, qui vivent à l’écart du monde en ignorant, ou en tentant d’ignorer, le mal qui ronge leurs semblables. Eva et George qui essaient de maintenir l’espoir dans leur vie, sans même s’en rendre compte, et qui, peut-être, peuvent le rendre aux autres.
L’Apocalypse, dans cet ouvrage, a été mystique avant tout, laissant les hommes complètement perdus et démunis, amputés de leur part divine. Elle a donc engendré une guerre civile brutale qui semble avoir été particulièrement sale, puis, par la suite, un gouvernement totalitaire.
Il y avait auparavant une communion entre les hommes et les dieux et elle s’est perdue, fondue dans le néant, laissant des hommes orphelins et incapables de gérer leur soudaine mortalité, leurs peurs et leur souffrance. Abandonnés des dieux, ils n’ont plus d’avenir, ne peuvent plus enfanter, ne savent même plus qui ils sont et surtout se trouvent isolés, même de leurs semblables.
Autrefois leur existence était rythmée par les dieux. Ils se rendaient au temple pour leur parler, voyaient leur vie jalonnée de rituels symboliques. A chaque étape importante, ils avaient une marche à gravir sur les cinq qui devaient les rapprocher du divin, avant de s’envoler à leur mort, âme devenue plume, vers le plumage d’un dieu censé les accueillir. Mais sans les dieux, les plumes retombent dans la poussière avant de se désagréger en vain.
Peut-être pensez-vous que je vous ai raconté une bonne partie de l’histoire, mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Il y a tant à découvrir dans ce merveilleux texte, que vous choisissiez d’y lire une quête de soi, une réflexion sur la foi, une légende ou que sais-je encore ? On pourrait le relire des dizaines de fois en y trouvant toujours quelque chose de nouveau.
Je m’émerveille toujours de la capacité de certains auteurs à créer des textes si originaux. Je ne sais pas comment cette histoire est apparue à Maëlig Duval, mais elle est fabuleuse, riche de symbolisme et de créativité, extrêmement bien pensée, merveilleusement racontée aussi, dans tout ce qu’elle a de triste et de grandiose.

Je vous invite à aller également lire l’avis de Lune.

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Un roman de Kiera Cass, publié chez Robert Laffont dans la collection R.

Elles sont trente-cinq jeunes filles : la « Sélection » s’annonce comme l’opportunité de leur vie. L’unique chance pour elles de troquer un destin misérable contre un monde de paillettes. L’unique occasion d’habiter dans un palais et de conquérir le cœur du prince Maxon, l’héritier du trône. Mais pour America Singer, cette sélection relève plutôt du cauchemar. Cela signifie renoncer à son amour interdit avec Aspen, un soldat de la caste inférieure. Quitter sa famille. Entrer dans une compétition sans merci. Vivre jour et nuit sous l’œil des caméras… Puis America rencontre le Prince. Et tous les plans qu’elle avait échafaudés s’en trouvent bouleversés…

Autant le dire tout de suite, si ça n’avait pas été pour le club de lecture de Vampires & Sorcières (lecture de février 2013, avec le premier volume des étoiles de Noss Head que j’avais déjà lu…), je n’aurais jamais ouvert ce livre et force est de constater que je ne m’en serais pas portée plus mal.

La Sélection est une dystopie pour ados tout ce qu’il y a de plus basique. Ce récit ne nous épargne donc aucun poncif du genre : héroïne pauvre qui ne demande rien à personne et va se retrouver malgré elle en ligne de mire, triangle amoureux sans intérêt… C’est une histoire d’une superficialité exemplaire, enrobée de plein de bons sentiments.
Dans une société où seule compte la position sociale, une jeune fille que rien, à part son prénom (America. Fallait oser quand même… Subtilité quand tu nous tiens…) ne prédisposait à faire changer les choses va néanmoins s’y essayer. Dans le monde d’America, les gens ne peuvent choisir leur métier que dans les limites de leur caste de naissance (cherchez une logique là-dedans… Moi je n’en trouve pas. Qu’est-ce que le gouvernement gagne là-dedans ? Parce que oui une dystopie est une société empêchant le peuple d’accéder au bonheur, blablabla, mais faut quand même une logique aux actes des dirigeants…). De 1 à 8, de l’élite aux mendiants, les castes régissent la destinée de leurs membres et on n’en change pas à moins de se marier avec quelqu’un appartenant à la caste au-dessus (visiblement ce sont les femmes qui adoptent la caste de leur époux, l’inverse est impossible) ou de parvenir à économiser pour s’acheter un titre. Autant le dire, ça n’est pas gagné…
Enfin bref… America est une 5, donc une artiste. Sous-payés, ne servant pas à grand-chose et déconsidérés, ils n’ont pas la vie facile, aussi quand le prince Maxon, unique héritier du royaume, se cherche une épouse, la mère d’America voit là une bonne occasion de sortir sa famille de la misérable condition dans laquelle elle est embourbée.
Eh oui, ça se passe comme ça chez les aristos du coin, on marie les filles avec des dirigeants étrangers, mais pour les garçons on fait rêver les cendrillons du peuple en organisant un joli concours télévisé… Concours de beauté et télé-réalité, tout ce que je déteste. Ça ne m’emballait pas de voir des nanas se crêper le chignon et encore moins avec le côté télé-réalité, mais tant qu’à devoir se le farcir autant que ce soit bien. Or, dans ce roman c’est un pétard mouillé. L’idée n’étant pas le moins du monde exploitée, on peut même se demander à quoi il sert de l’avoir eue. A part, bien sûr, si l’on considère qu’il fallait une excuse pour qu’America séjourne au palais et que nous puissions la voir enchaîner toutes les scènes les plus mignonnes possibles avec le charmant prince Maxon…
Et là j’ouvre une autre parenthèse prénoms… Maxon, sérieusement ? Je n’ai pu m’empêcher de songer à un klaxon à chaque fois que je lisais son nom… Et c’est encore pire avec son père : Clarkson… Sans compter les candidates aux noms délicats comme Sosie ou encore Bariel (peut-être la contraction de baril d’ariel ?) Ils n’ont pas de grandes inventions technologiques dans ce monde dystopique, mais ils ont mis toute leur créativité dans les prénoms… Fin de la parenthèse.
Que vous dire de plus ? L’histoire d’amour, si on peut l’appeler ainsi, est mignonne, c’est vrai, et je suis à peine sarcastique en écrivant cela, mais elle l’est surtout quand on a douze ans… A côté de ça l’univers dystopique est peu développé, même si on entrevoit des choses que l’auteur garde pour la suite. Les personnages secondaires sont fantomatiques et caricaturaux, America et Maxon étant eux-mêmes peu développés, j’ai surtout eu l’impression d’une succession de scènes mises bout à bout.
Le style est plutôt médiocre d’ailleurs, lapidaire, parfois même un peu décousu et haché. La narration à la première personne est typique de ce genre d’ouvrage, mais si America peut être un minimum sympathique, ce n’est pas non plus un personnage très attachant. Elle passe son temps à pleurnicher dans sa chambre et n’en sort que pour se rendre compte à quel point Maxon est gentil et bien éduqué comparé à son rustre d’ex petit ami qu’on n’arrive néanmoins pas à virer du décor…
J’avoue que je n’en peux plus de cette mode de la dystopie YA. Ouais, des personnages de leur âge qui se rebellent contre leur société parlent sûrement aux ados… Mais ça devient tellement répétitif à force…
Dans le cas présent, la dystopie n’est qu’une vague fond colorant une intrigue amoureuse, avec le sempiternel triangle amoureux réglementaire. Peut-être l’auteur garde-t-elle quelques révélations pour la suite. C’est qu’il faut bien faire un peu de remplissage quand on décide d’étirer sur trois livres ce qui serait facilement torché en un seul…
Bref, cette histoire, comme tant d’autres, manque sérieusement d’envergure. Et c’est dommage, parce que même sans en faire un très grand texte du genre, il y avait matière à créer quelque chose de beaucoup mieux.

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D’Aldous Huxley.

Présentation de l’éditeur :
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’œuvre de la littérature d’anticipation, a fait d’Aldous Huxley l’un des témoins les plus lucides de notre temps. Aujourd’hui, devait écrire l’auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d’ici là de nous faire sauter en miettes… Nous n’avons le choix qu’entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.

C’était le livre du club de lecture de Vampires et Sorcières pour le mois de février, si ma mémoire est bonne. Mais comme ma fiche a disparu suite à un bug et que je suis déjà bien en retard dans le défi de 2012, j’ai pensé la poster ici.

J’étais probablement trop jeune quand j’ai lu pour la première fois Le meilleur des mondes car, bien que me paraissant tout à fait plausible, cet avenir décrit pourtant de façon si pointue par Huxley était resté très abstrait dans mon esprit.
Aujourd’hui, ce Meilleur des mondes me semble terriblement concret et proche, dangereusement proche. Même si nous ne sommes qu’aux balbutiements d’un conditionnement systématique, nous semblons nous diriger vers cette forme de société. Enfin si, comme le disait l’auteur, nous ne nous faisons pas sauter avant d’y arriver…
Le fait est que ce meilleur des mondes peut sembler une utopie à qui pense que le bonheur est fait de tranquillité d’esprit, d’inconscience du temps et de soi, de stabilité rassurante, de plaisirs faciles et d’un bien-être aussi fade que régulier, mais qu’il est pour moi la pire des dystopies, la façon de s’éloigner à coup sûr de ce que devrait être le bonheur. Impossibilité de devenir réellement soi, relations superficielles avec les gens et le monde, des gens dont l’esprit lui-même est tenu en laisse, que pourrait-il y avoir de pire ? S’il est maintenu dans un état, sans possibilité de développer son esprit ou sa pensée au-delà de ce que sa société lui permet, que vaut encore l’être humain ? Il est irrémédiablement prisonnier et inutile.
Le meilleur des mondes est à l’image d’une ruche, le bonheur s’y résume en fait à peu de choses : savoir quelle est sa place dans le monde et aimer celle-ci. Ça me rappelle un texte que j’avais dû traduire en cours d’espagnol. Je ne me souviens plus du nom de l’auteur, mais il comparait la vie à une salle de théâtre. Le problème des gens, disait-il, c’est qu’ils préférèrent toujours s’installer à la place du voisin et sont alors contraints, tout le temps qu’ils y sont, à s’y sentir mal à leur aise, inquiets, oubliant au final de profiter du spectacle, occupés qu’ils sont à scruter chaque nouvel arrivant retardataire qui pourrait les chasser de la place si convoitée.
C’est le genre de chose qui n’arrive censément pas dans le meilleur des mondes car chacun a une place bien définie et ne devrait avoir besoin de rien d‘autre que cela pour se sentir bien… Mais des erreurs persistent néanmoins et on se rend compte au final que ceux qui ne se sentent pas à leur place sont une menace pour la société. Ce qui importe c’est qu’ils restent à leur place et pour ce faire, ils doivent l’aimer. Un bonheur sur mesure pour des gens sur mesure… Mais ce n’est pas parce qu’on vous persuade de quelque chose, que celle-ci est vraie dans l’absolu… Peu importe toutefois, car la vérité dans le meilleur des mondes est elle aussi toute relative.
Toute la subtilité de la réflexion tient en cela : le bonheur est-il un état ou une émotion ?
Dans le meilleur des mondes, les émotions fortes sont proscrites, pas d’angoisses et pas de véritables passions, le bonheur y est un état. Pour moi, le bonheur est une émotion, il est fugace, toujours en mouvement, il nait de la créativité, de la recherche et de la foi, il naît de l’amour et de la connaissance de soi autant que des autres. Et, bien au-delà de ça, il n’y a qu’à la connaissance du malheur qu’on peut mesurer ce qu’est le bonheur. C’est pour cela qu’il sera toujours absent de cette société. Les traitements, succédanés de passion violente et autres aberrations du genre, ou même les drogues n’y changeront rien, même si tout cela aide à maintenir l’illusion.
C’est une question de point de vue, l’essence même du bonheur est différente pour chacun, mais je ne m’imagine pas un monde sans art, sans quête de connaissance, sans questionnement spirituel sérieux. Un monde parfaitement stérile qui étouffe toute créativité, c’est effrayant. Ça fait probablement partie de mon propre conditionnement, je l’admets, mais leur société me répugne autant que ma vision du bonheur répugnerait à la plupart des personnages de ce roman. Cela dit, je comprends bien cette vision des choses et pourquoi elle convient à la plupart des personnages. Née dans ce meilleur des mondes, je penserais sans nul doute autrement. Enfin, si on peut appeler cela penser… Et, puisque je suis en état de choisir, je mesure la chance qui m’est offerte de pouvoir penser et surtout créer, avec toutes les douleurs et les affres qui accompagnent le processus…
Mais revenons au roman lui-même que personnellement je diviserai en trois parties distinctes.
La première nous présente ce monde, cette pseudo-utopie où chacun est censé être heureux. Il prône une uniformisation systématique, la fabrication de l’humain comme un produit, avec un rôle bien défini et une utilité maximale, de la naissance à la mort. Sans pour autant le cacher à ses citoyens car il n’est, du reste, pas nécessaire de le faire étant donné qu’ils sont conditionnés à ne pas s’en émouvoir. Ne connaissant rien d’autre, ils ne risqueraient pas de faire un autre choix. Et ils sont sans aucun doute conditionné à craindre la perte de leur petit confort… Ne pas se poser de question est salvateur pour eux et, au pire, à la moindre petite contrariété, il y a le soma…
C’est un monde où l’on n’est jamais pleinement soi, où la conscience est maintenue à un degré minimal et la vie dans une confondante superficialité. L’humanité est déshumanisée au possible, privée, selon moi, de tout ce qui pourrait faire son intérêt… Mais force est de constater que ça marche et c’est sans doute ce qui est le plus désolant. Oui, un tel monde fonctionnerait parfaitement, même si je pense que ses dirigeants iraient bien plus loin que ne l’a écrit Huxley. Je crois que ce dernier voulait surtout choquer, ce qu’il est d’ailleurs parvenu à faire, en insistant sur certains points de sa théorie plutôt que d’autres.
Bien sûr, même dans ce meilleur des mondes, arrivent des erreurs, ce qui est logique quand on transforme l’humain en produit, mais qu’on tient à ne pas dépasser une certaine limite en bridant la science et en favorisant le travail humain plutôt que celui des machines. Cela dit, l’auteur aurait sans doute vu les choses autrement près d’un siècle plus tard, avec les avancées scientifiques faites depuis l’écriture de ce roman. Peut-être aurait-il privilégié la robotique à la création d’epsilon… Mais bon, c’est une autre histoire…
La seconde partie, quant à elle, m’a toujours semblée par trop artificielle. Elle a certes un rôle dans le processus de prise de conscience du lecteur, mais sert surtout les prétentions d’Huxley qui, quand même, aimait bien s’écouter parler… Il avait envie de dépeindre la folie et les sentiments exacerbés, comme savait si bien le faire Shakespeare. Mais n’est pas Shakespeare qui veut et, franchement, ça se sent…
Cette partie nous montre qu’il n’y a pas d’échappatoire, c’est l’aliénation ou la folie qui attendent l’humanité. C’est probablement vrai d’ailleurs, mais c’est un peu pénible à force… Ça manque de subtilité et d’empathie, sans doute en partie à cause de l’écriture un peu sèche d’Huxley.
La dernière partie a surtout une fonction explicative. Huxley s’est servi du personnage de l’Administrateur pour expliciter ses vues, peut-être même un peu trop à mon goût car tout lecteur ayant un minium d’intérêt pour cette histoire aura compris, une fois la première partie lue, ce qu’est l’essence-même de ce Meilleur des mondes et à quoi il faut bien évidemment renoncer pour obtenir en échange l’ataraxie si recherchée… Et il aura apprécié de le comprendre tout seul, comme un grand…
Quoi qu’il en soit, malgré ces quelques petits reproches, Le meilleur des mondes est une lecture intelligente, qui donne à réfléchir, tout en étant au final assez agréable à lire. C’est très logique et lucide, vraiment bien construit. De mon point de vue, et à mon grand effroi, Huxley était véritablement un visionnaire. Près d’un siècle plus tard, sa théorie est toujours d’actualité.
Ce roman est scientifiquement plausible, philosophiquement discutable et éthiquement inconcevable, mais il est néanmoins une probabilité qu’on ne peut écarter. C’est ce qui fait justement sa force et son intérêt.

Aldous Huxley a donc l’honneur d’être mon premier auteur mort pour le défi 2012.

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