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Posts Tagged ‘romans noirs’

Un roman de Brandon Sanderson publié au Livre de poche.

Il fait suite à la novella Légion.

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Présentation de l’éditeur :
Stephen Leeds, surnommé « Légion », est un homme aux capacités mentales singulières lui permettant de générer une multitude d’avatars : des hallucinations aux caractéristiques individuelles variées et possédant une vaste gamme de compétences très spécifiques. Leeds est investi d’une nouvelle mission : retrouver un corps qui a été dérobé à la morgue locale. Il ne s’agit pas de n’importe qui. Le cadavre est celui d’un pionnier dans le domaine de la biotechnologie expérimentale, un homme qui travaillait sur l’usage du corps humain en tant qu’espace de stockage. Il se peut qu’avant sa mort il ait incorporé des données dans ses propres cellules. Ce qui pourrait se révéler dangereux…

« Je déteste les coïncidences. La vie est beaucoup plus simple quand on peut partir du principe que tout le monde essaie de vous tuer. »

Quelques mois auparavant, j’ai dévoré Légion, une novella de Brandon Sanderson entre le thriller, le fantastique et la SF. J’ai trouvé l’idée de départ excellente : Stephen Leeds est un génie, il apprend à une vitesse incroyable, mais sa façon de gérer son extraordinaire intelligence est un peu particulière. Son esprit se compartimente et crée diverses personnalités, il ne les endosse pas tour à tour, elles évoluent autour de lui telles des hallucinations. Il sait qu’elles ne sont pas réelles, que ce sont juste des aspects de lui-même à qui il prête certaines de ses capacités pour, très paradoxalement, rester sain d’esprit. Stephen est stable et lucide, mais on sent bien que ça n’a pas toujours été le cas.
Ce personnage est passionnant. J’ai eu un coup de cœur pour lui et cela n’a fait que se confirmer dans Légion, à fleur de peau. Je ne savais pas trop quand se situerait ce court roman par rapport à la novella précédente. J’étais tellement heureuse de retrouver si vite Stephen et ses aspects que, suite ou préquelle, peu m’importait. Or, il se trouve que c’est une suite, elle permet d’approfondir l’évolution du personnage après les événements de la novella, mais son mystérieux passé n’est encore une fois qu’évoqué. Elle peut se lire indépendamment, néanmoins je conseille quand même de commencer par la novella pour bien cerner le personnage et ses aspects.
Légion, à fleur de peau se lit très vite, les chapitres sont courts et l’intrigue prenante. Sanderson laisse place à l’action et aux dialogues. Les rares descriptions sont aussi précises que concises, on se concentre sur l’essentiel. Comme Stephen, le lecteur cherche avant tout à résoudre l’énigme. La possibilité de pouvoir soi-même débrouiller l’intrigue est selon moi la condition indispensable à un polar réussi.
L’auteur nous emmène encore une fois à la croisée des genres, entre le roman noir et la science-fiction. Il est ici question de manipulations génétiques et biochimiques. J’ai préféré l’aspect polar du récit, mais la réflexion scientifique qui se trouve être le nœud de l’intrigue ne manque pas d’intérêt. Je n’y ai pas vraiment cru, cependant elle donne à réfléchir et reste vraisemblable dans le contexte.
En périphérie de l’enquête, on se rend compte que les aspects de Stephen évoluent, ainsi que sa relation avec eux. On retrouve l’inénarrable J.C. – qui m’a bien fait rire – Ivy, Audrey et quelques autres. Ce que l’on avait pu comprendre de la psyché de Stephen s’affine davantage dans ce texte, mais pose aussi de nouvelles questions. J’ai hâte d’en savoir plus à ce sujet, mais également sur le mystérieux passé du personnage, notamment sur Sandra et Ignacio.
Je crains qu’il faille attendre un moment pour découvrir d’autres textes dans l’univers de Légion, mais si vous aimez les thrillers paranormaux bien ficelés, vous ne pouvez pas passer à côté de cette série géniale.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un livre SFFF traduit

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Un roman de Damien Snyers, publié chez ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

Damien Snyers est un jeune auteur belge. Il signe avec La Stratégie des as un premier roman nerveux, mélange réussi de fantasy et de steampunk, dans la plus pure tradition des films de casse.

Roman de Fantasy autant que d’aventures, La Stratégie des as nous offre une histoire de voleurs comme on les aime. On a des personnages pleins de ressources, une pierre précieuse à la réputation magique, des plans ingénieux, des méchants particulièrement sournois et du suspense. Que demander de plus ?
James est un elfe sans le moindre scrupule. Il vit de petites arnaques et de vols sans grande envergure avec ses acolytes, jusqu’à ce qu’on leur propose un coup qui pourrait changer leur vie. D’emblée, James se laisse séduire par la rétribution pécuniaire et s’engage sans même demander l’avis de ses complices. Il aime le risque, seulement ce travail va se révéler bien plus dangereux et délicat que prévu. C’est un plaisir de suivre tous les préparatifs du vol, autant que de voir se dévoiler petit à petit ce qui se trame dans l’ombre.
Les personnages sont vraiment intéressants. Si James est celui qu’on apprend le mieux à connaître, étant donné qu’il est le narrateur, il distille suffisamment d’informations sur ses compagnons pour qu’on comprenne leur situation. On se rend vite compte que Jorg et Élise n’ont pas eu trop de chance dans leur vie ni la possibilité de faire beaucoup de choix. Cependant, James est différent. Tous assument leur vie de criminels, mais lui semble en outre l’apprécier. Il est arrogant, égoïste, pourtant on se prend à l’aimer, à vouloir qu’il gagne, car l’affection qu’il porte à ses amis laisse entrevoir un peu de bonté dans sa personnalité retorse.
Ce roman se lit très vite, il est certes court, mais surtout très agréable. Même pendant la préparation du vol, on ne s’ennuie pas, bien au contraire. Et puis James est un narrateur à la parole vive, son franc-parler le rend attachant. J’ai aussi beaucoup aimé les titres des chapitres pastichant des œuvres célèbres. C’est le genre de détails qui m’amuse et me séduit toujours.
Par contre, la quatrième de couverture nous promet un peu de Steampunk, or je le trouve très anecdotique. On se rend compte bien vite qu’on est en terrain uchronique, toutefois ce n’est qu’un décor de fond, pas du tout exploré. C’est dommage, ce monde semble vraiment très différent du nôtre, malgré des mythes religieux communs. J’aurais bien voulu savoir ce qui l’a fait diverger à ce point… Ceci dit, malgré la curiosité que cela éveille, l’intrigue ne souffre pas de ce manque d’informations.
Les derniers chapitres sont chargés de suspense et d’adrénaline. J’ai adoré cette fin. Cependant, l’auteur n’en reste pas là et nous propose ensuite une nouvelle concernant un personnage que l’on a rencontré en cours de route. Il n’y avait pas de place dans le roman pour l’histoire de Mila, mais j’ai été ravie de pouvoir la connaître, savoir comment elle-même s’était trouvée embringuer dans cette histoire. Ce bonus est particulièrement bien vu.
La Stratégie des as est un chouette roman, une belle découverte. J’aurais volontiers passé un peu plus de temps dans cet univers.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

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Un roman feuilleton de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.

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Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant… vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Peut-être avez-vous déjà croisé Ragon, notamment dans l’anthologie steampunk des éditions du Chat Noir : Montres Enchantées. Avec Feuillets de cuivre, nous avons enfin l’occasion de le connaître davantage, en le suivant du début de sa carrière jusqu’à la toute fin de celle-ci. Homme brillant, féru de littérature, intuitif mais méthodique, mesuré mais prompt à la compassion, Ragon est un personnage très attachant. Son corps le trahit d’une façon qui prend tout son sens à mesure qu’on apprend qui se cache derrière ce policier simple et complexe à la fois. Si les enquêtes intriguent le lecteur et gagnent en intensité au fur et à mesure, il en va de même pour l’intérêt envers le personnage lui-même.
Ragon est de loin mon préféré, mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant transparents. Ils apportent beaucoup au récit. J’ai adoré Zehnacker et Fredouille. Le grand méchant de l’histoire, quant à lui, n’est pas si prévisible qu’on pourrait le croire, même si l’auteur distille des indices permettant de le reconnaître et de comprendre ses motivations.
Ce roman puzzle, auquel le lecteur est invité à participer activement, est divisé en deux parties. La première regroupe dans l’ordre chronologique les enquêtes les plus marquantes de la carrière de Ragon. La seconde voit la révélation de sa Némésis et, au travers de nouvelles enquêtes, la poursuite de celle-ci. La construction de l’ouvrage est intéressante et m’a beaucoup plu. La trame se complexifie à mesure et happe le lecteur.
Feuillets de cuivre est un roman feuilleton, entre le steampunk et le polar. C’est de la littérature populaire de grande qualité. Il prend la forme d’un fix up. Il est composé de textes qui s’apparentent à des nouvelles, mais sont liés. Les pistes se croisent, se rejoignent… Ces intrigues imbriquées impliquent le lecteur et l’incitent à poser ses propres hypothèses pour, peut-être, prendre le héros de vitesse.
Ragon est un érudit, il résout ses enquêtes grâce aux livres. Cela est d’autant plus prégnant dans la seconde partie car son ennemi juré a choisi de le défier sur son propre terrain. Cela nous donne un texte d’une grande intelligence, empli de références littéraires ou culturelles. Mais si vous ne les possédez pas toutes, cela ne vous empêchera pas d’apprécier cette lecture et de suivre l’enquête.
L’ambiance steampunk est peu marquée, c’est le polar qui domine, mais une technologie alternative, ainsi que de la magie font tout de même des incursions dans le scénario. Cela est justement dosé et jamais au détriment de la cohérence. Dans Feuillets de cuivre on ne résout pas les énigmes sans réflexion, juste en claquant des doigts ou en utilisant le surnaturel comme explication standard déracinée de tout mobile ou logique. En tant que lectrice, c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement.
Pour terminer sur une note un peu futile, j’ajouterai que l’objet-livre est superbe et fait un peu old school. La couverture est cartonnée et agréable au toucher, le titre cuivré. On se sent dans l’ambiance avant même de l’ouvrir. C’est peut-être de l’ordre du détail, mais cela possède indéniablement un certain charme. Feuillets de cuivre fut une excellente lecture.

D’autres avis sur :
Un papillon dans la lune
La magie des mots

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CRAAA

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Un roman d’Esther Brassac, publié aux éditions du Chat Noir.

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par la grace des sans noms

Présentation de l’éditeur :
Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Si l’on doit bien reconnaître une qualité à Esther Brassac, c’est son imagination débordante. J’ai pris grand plaisir à découvrir ce roman qui sort résolument de tout ce que j’ai pu lire en Steampunk ces derniers temps. L’intrigue est complexe, toute en circonvolutions et rebondissements, on ne risque pas de s’ennuyer avec ce thriller ni de deviner trop tôt où l’auteur veut nous conduire. Disons-le franchement : ça change !
Dès le départ, le roman se scinde en deux histoires distinctes et l’on ne sait avec certitude si elles sont vouées ou non à se rejoindre. On évolue dans un petit espace clos, le royaume garonnais, alors que le reste du monde a été détruit suite à l’usage d’une arme particulièrement dévastatrice lors de la guerre contre les Prussiens. Grâce aux enchanteurs et aux scientifiques vampires, une fraction infime de la population, qui comprend des humains mais aussi des créatures magiques, a été sauvée et confinée sous un dôme protecteur. Les animaux survivants, atteints d’une lèpre incurable, ont été modifiés génétiquement et en partie mécanisés. La végétation, quant à elle, doit son salut à d’étranges entités qui évoluent sur un autre plan : les Sans Noms.
Alors que les Garonnais tentent depuis une vingtaine d’années d’oublier leur traumatisme et de vivre normalement, d’abominables meurtres viennent menacer leur fragile équilibre. C’est Oksibure, spectre détective, qui se voit chargé de l’affaire. Pendant ce temps-là, des artistes commencent l’élaboration d’un ouvrage sur les créatures magiques… Les affaires sont-elles liées ?
L’atmosphère sombre et mystérieuse de ce thriller est vraiment très prenante. On se laisse facilement entraîner, apprenant au fur et à mesure les secrets de ce royaume enclavé, dernier bastion de vie sur terre. Les personnages sont plaisants, j’ai beaucoup aimé Oksibure et sa flammèche, ainsi que Katherine, vampire qui se débat avec sa malédiction familiale. Cropityore l’incube est délicieusement caricatural, c’est ce qui fait son charme. J’ai été moins séduite par Aldebrand, qui atermoie beaucoup comme le dandy romantique qu’il est mais demeure malgré tout sympathique… Tous ces personnages sont hauts en couleur, crédibles et parfois même attachants.
Par la grâce des Sans Noms est un long roman, consistant, fascinant et surtout très bien écrit, malgré quelques coquilles. Le style élégant, un peu désuet, convient parfaitement à ce genre de récit et l’auteur sait ménager son suspense. Elle bouscule son lecteur, pique sa curiosité sans la satisfaire tout de suite. C’est un peu cruel, mais très bien mené.
J’ai été moins emballée par le dernier quart. J’avais découvert où j’allais, cela ne me gênait pas mais quelques invraisemblances et détours un peu longuets ont légèrement émoussé mon enthousiasme. Je n’ai pas été spécialement conquise par la fin, qui pourtant ne manque pas de panache. L’auteur a néanmoins évité les facilités pendant une bonne partie du roman et ça reste une excellente lecture.
La part steampunk de ce récit est originale, pas seulement un choix esthétique, mais c’est surtout un bon polar fantastique. Les plus exigeants apprécieront le goût du détail et l’intrigue bien ficelée.

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Un roman de Jeanne-A Debats, initialement publié chez Ad Astra et maintenant repris en papier et numérique par les éditions ActuSF.

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Présentation de l’éditeur :

“C’est mon travail de traquer les monstres. J’en ai connu beaucoup, brièvement. Ils étaient tous humains à la base. »

Navarre, alias Raphaël, est un vampire vieux de plusieurs siècles, terriblement beau, joyeusement bisexuel et surtout un assassin redoutable à la solde du Vatican. Pour sa nouvelle mission, il est envoyé au Brésil sur les traces d’un ancien nazi. Mais, entre les divinités locales et la chaleur du Carnaval, la chasse ne s’annonce pas de tout repos… d’autant qu’il se retrouve accompagné d’un prêtre, au dogme laxiste, et d’une autre créature de la nuit, Dana, particulièrement attirante.
Rythmé, drôle, étonnant, osé… Dans la lignée de L’Héritière, Jeanne-A Debats, avec Métaphysique du vampire, réinvente le roman vampirique pour mieux nous faire s’interroger sur la notion d’humanité.

Jouant avec les codes de la science fiction et du fantastique, Jeanne-A Debats est désormais une voix importante des littératures de l’imaginaire en France. Son œuvre interpelle, distrait et fait réfléchir, avec toujours des personnages hauts en couleur, de La Vieille Anglaise et le continent à Plaguers en passant pour les plus jeunes par La Ballade de Trash. Cette édition contient en prime les nouvelles « Lance », « La Fontaine aux serpents » et « Ovogenèse du vampire ».

Peut-être avez-vous déjà croisé Navarre au détour d’une anthologie, dans le roman L’Héritière également paru aux éditions ActuSF, ou même dans la précédente version de Métaphysique du vampire publiée chez Ad Astra. S’il est apparu dans de nombreuses nouvelles, Métaphysique du vampire est pour l’instant le seul roman dont il est le personnage central et l’intrigue se déroule à l’époque où il travaillait encore pour le Vatican en tant qu’espion et assassin.
« Pour vivre heureux et immortels, vivons stupides » telle est sa devise. Sauf qu’il n’est pas vraiment stupide, il essaie simplement de ne pas gamberger, ce qui n’est pas évident après cinq cents ans d’existence. En cela, il est un vampire très crédible et tranche avec ses congénères, à l’ère où ceux-ci tendent à devenir de plus en plus lisses et propres sur eux, aussi plats et froids que des photos de magazines. De roman en roman, ils se ressemblent tous, très loin du vampire d’origine qui symbolisait la transgression.
Je suis persuadée qu’on ne pourrait pas survivre tant de temps, avec un cerveau humain malgré tout, sans une certaine dose de dinguerie et qu’il n’y a pas d’autre moyen que d’apprendre à la gérer avec des manies, des troubles de l’attention ou une superficialité exagérée. C’est ce qui peut paradoxalement permettre de supporter toutes les informations qu’on engrange, ces nouvelles choses que l’on doit apprendre. Même le sommeil fait défaut à Navarre, son esprit ne se repose jamais, il y a là de quoi définitivement lâcher la rampe à la première occasion.
J’ai beaucoup aimé cette façon d’envisager le vampire et j’ai trouvé un certain intérêt à la manière dont l’auteur intègre les différents panthéons à sa mythologie personnelle, à la construction de son background et aux différentes magies présentes. Métaphysique du vampire est un roman d’urban fantasy sortant résolument de l’ordinaire, tenant en grande partie du polar à l’ancienne. Il faut dire que l’époque à laquelle se passe l’histoire se prête particulièrement à ce métissage des genres. Ce roman rappelle un peu James Bond, mais en prenant à contre-pied presque tout ce qui fait les aventures du personnage.
Comme Navarre est le narrateur, qu’il est relativement égocentrique et qu’en plus le roman est fort court, les personnages secondaires sont peu développés, mais pas laissés de côté. Ils sont présents juste ce qu’il faut. Bien évidemment, notre vampire est au centre de l’histoire et se révèle être un personnage attachant malgré son détestable caractère. Arrogant, un brin capricieux et puéril, égoïste et solitaire, il cache son humanité derrière ces défauts pour mieux survivre au temps qui passe. Il a une tendance prononcée à la digression et aux bavardages futiles qui nous font sentir qu’il se promène sur un fil ténu, pouvant basculer à tout moment, prisonnier de son propre esprit et parfois même de celui des autres, car Navarre a un don très spécial qui lui vaut autant d’ennuis que de facilités dans son travail. Il est en outre très lucide, peu complaisant envers lui-même comme envers autrui, ses défauts sont parfaitement assumés. Aussi cynique que sarcastique, son humour et sa gouaille le rendent très plaisant à suivre.
L’histoire en elle-même est excellente et bourrée d’action. Même si elle se révèle un peu prévisible, cela n’a guère d’importance car on se laisse très vite emporter et le tout est extrêmement bien construit. C’est un récit qui, sous des dehors de littérature de divertissement, donne à réfléchir, notamment sur les notions d’humanité et de monstruosité. Ce thème, qui revient souvent avec ce personnage, me touche particulièrement.
Du point de vue de la forme, la narration selon Navarre est aussi très intéressante et originale car l’histoire n’est pas découpée en chapitres et ne connaît que très peu d’interruptions. On la suit d’un bout à l’autre, comme ce vampire qui ne dort jamais réellement. Ça colle parfaitement avec le personnage, pour lui cette aventure dans son ensemble n’est qu’un court chapitre de plus dans sa très longue vie. En théorie, l’idée est vraiment très séduisante et je l’ai appréciée car elle renforce la crédibilité du récit, mais en pratique ce procédé peut se révéler étonnamment lourd à la lecture. J’ai peut-être ressenti les choses ainsi parce que j’étais fatiguée quand j’ai lu ce texte et donc sujette aux troubles de l’attention. Dans ces cas-là, les chapitres courts me donnent l’impression de me reposer, même si je lis autant et sans réelle interruption que je l’ai fait avec Métaphysique du vampire. Le fait que le roman soit court a donc été un avantage dans ce cas précis. Comme quoi, on s’attache parfois beaucoup aux détails… En tout cas, ça m’a permis de mieux comprendre la façon dont Navarre vivait cette fatigue mentale qui s’accumule.
Ambigu, égotique, d’une délicieuse mauvaise foi, ce vampire est un personnage aussi exaspérant que charismatique. Je l’apprécie pour cette conscience qu’il a d’être un monstre, sans s’apitoyer sur son sort. Il est nuancé, s’embarrasse peu de morale, et ses choix peuvent aussi bien se révéler nobles qu’égoïstes et mesquins. En un mot, ce monstre ordinaire est très humain.

Avec cette nouvelle édition au sein de la collection poche des Indés de l’imaginaire, on perd certes la jolie couverture de Rozenn qui ornait l’ancienne version, mais on gagne trois excellentes nouvelles publiées au préalable dans des revues et anthologies.
Lance dépoussière avec verve et humour les récits classiques de dragons et princesses. Elle allie joyeusement légende arthurienne, troubles européens du début du XXe siècle et des thèmes restés malheureusement très actuels. Ce fut une lecture très distrayante.
Dans Ovogenèse du vampire, on retrouve, entre autres, un personnage présent dans L’Héritière (l’un de mes préférés, je l’avoue, ce qui ne fait qu’attiser mon envie de lire la suite) et c’est l’occasion pour Navarre de faire un petit voyage dans le temps. Ce texte relativement court est néanmoins très plaisant.
Enfin, c’est dans l’espace que Navarre devra exercer ses talents d’enquêteur. La Fontaine aux serpents, aux implications riches et complexes, est mon texte préféré.
Il est toujours difficile d’évoquer des nouvelles, de trouver les mots justes sans trop en dire. Quoi qu’il en soit, celles-ci valent le détour.
Cependant, ces découvertes ou relectures m’amènent à une interrogation. Malgré mon goût de la traque et ma joie quand j’en découvre une au hasard d’une anthologie, je me pose quand même la question : à quand un recueil de toutes les nouvelles concernant Navarre ?

Si vous avez aimé L’Héritière, je sais que vous ne manquerez pas cet ouvrage. Sinon, pour peu que vous cherchiez un roman d’urban fantasy qui sort de l’ordinaire, foncez chez votre libraire vous procurer Métaphysique du vampire qui, j’en suis certaine, vous offrira un très bon moment de lecture. Il peut se lire comme un stand-alone, mais vous donnera sans doute envie d’en savoir beaucoup plus sur son énigmatique narrateur.

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Une novella de G.R.R. Martin publiée en poche dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire.

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volcryn

Présentation de l’éditeur :

« J’ai senti cette chose dès mon arrivée à bord. Et cela empire. Cela me poursuit dans mes rêves. Il y a quelque chose de dangereux et d’étranger, Karoly, d’étranger ! »

Depuis des temps immémoriaux, les volcryns traversent la galaxie. Personne ne sait d’où ils viennent, où ils se rendent… ni même ce qu’ils sont vraiment.
Karoly d’Branin est bien décidé à être celui qui percera ce mystère. Entouré de scientifiques de talent, il embarque sur l’Armageddon. Mais bien vite les tensions s’accumulent. Quelle est cette menace sourde qui effraie tant leur télépathe ? Et pourquoi le commandant du vaisseau refuse d’apparaître autrement que par hologramme ?
Karoly est certain d’une chose : ses volcryns sont tout proches. Pas question de faire demi-tour. Quel qu’en soit le prix.

Mondialement connu pour sa série du Trône de Fer, George R. R. Martin a eu avant elle une riche carrière d’écrivain, récompensée par de prestigieux prix (Hugo, Nebula, Locus…). Touchant à tous les genres avec le même brio, à l’aise aussi bien sur la forme longue que plus courte, il signe avec Le Volcryn un huis clos spatial angoissant qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.
Prix Analog 1980
Prix Locus 1981

Une équipe de chercheurs s’embarque pour un voyage spatial afin d’aller à la rencontre d’un hypothétique peuple extraterrestre parcourant l’espace depuis des siècles et uniquement connu par le biais de quelques mentions dans des mythes ou légendes interstellaires : les Volcryns. Cependant, la traversée n’est pas aussi calme que l’espéraient les membres de l’équipage. Le mystérieux commandant de leur vaisseau, Royd Eris, qui vit dans une partie du bâtiment qui leur demeure inaccessible et qu’ils n’ont jamais vu que sous forme d’hologramme, semble cacher un certain nombre de secrets. Peu à peu, la peur et la paranoïa s’instillent dans l’esprit des chercheurs, amplifiées par le confinement.
Le danger est-il réel ? Et, si oui, d’où vient-il ?
Cette novella tient évidemment de la SF, mais n’a rien à envier au roman noir ou au genre horrifique grâce au huis-clos angoissant qu’elle met en scène. L’ambiance est sombre et délétère, mais, pour parachever un heureux mélange des genres, on peut également découvrir une très belle histoire d’amour entre ces pages.
L’intrigue démarre lentement et j’ai eu un peu de mal, au début, à identifier les personnages. En plus de retenir leurs noms, il fallait intégrer leur fonction qui sert parfois de périphrase pour les désigner. C’est un coup à prendre, il suffit d’être attentif durant les premières pages, après cela va tout seul.
La trame est bien trouvée et suffisamment développée pour un récit court. À un moment donné, l’origine du mal devient évidente, mais le texte reste toujours prenant et l’issue incertaine.
Le Volcryn est une excellente novella avec laquelle G.R.R. Martin prouve une fois de plus qu’il est tout aussi talentueux pour la SF que la Fantasy et tout autant habile à développer un récit concis qu’une saga fleuve.

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JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

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Un roman de Philippe Pratx, publié aux éditions L’Harmattan.

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le soir lilith

Présentation de l’éditeur :
23 novembre 1924, Lilith Hevesi, star du cinéma muet, est retrouvée morte dans le château où elle s’est retirée dans la campagne hongroise. Quarante ans plus tard, le narrateur tente de dépoussiérer son passé, ses recherches sont perturbées par une femme qui éveille rapidement ses soupçons… Lilith est un fantôme qui arpente les différentes strates du temps dans des mondes aux frontières incertaines dont on ne cesse de gratter la pellicule inflammable.

Quelle difficulté il y aurait à vouloir expliquer simplement Le Soir, Lilith… Ce roman est celui d’une femme, dont l’énigmatique présence, le charisme et la personnalité trouble transcendent le temps, influencent les êtres. La langue est maîtrisée, imagée et précise à la fois, mais l’intrigue elle-même demeure indéfinissable, un vrai dédale où le propos oscille entre délire inspiré, voire enfiévré, et lyrisme emphatique. Souvent, cette écriture pourrait s’apparenter à de la poésie en prose. Ce fut une fascinante découverte, à plus d’un titre. L’histoire, le personnage principal, l’insaisissable Lilith, et le style sont indéniablement assortis.
L’ambiance est diffuse, elle a la consistance de la brume et tire sur le fantastique, pour le plus grand bonheur de l’amatrice du genre que je suis. L’auteur nous offre une intrigue prenante, mais quelque peu contemplative. Troublante, enrobée de mysticisme, pleine de secrets et de non-dits, elle peut engendrer autant le malaise que l’intérêt le plus profond et l’envie frénétique de tourner les pages. Ici l’histoire est éparse, elle se construit par touches, se délite parfois, elle demande au lecteur de s’immerger en elle.
Je suis toujours ravie de lire un roman qui ne soit pas bêtement chronologique ou linéaire, mais j’ai pu remarquer que cela perturbe un grand nombre de lecteurs. J’aimerais vraiment que l’on ne s’arrête pas à cela. Le Soir, Lilith est un roman exigeant, une histoire à tiroirs qui demande patience, goût du mystère, curiosité et investissement. L’auteur perd son lecteur, le rattrape au vol, sans cesse. Si celui-ci accepte de ne pas tout saisir, d’avancer à l’écoute de ses sensations, mais un bandeau sur les yeux, alors il pourra apprécier à sa juste valeur ce récit troublant qui s’apparente à un vieux film en noir et blanc. Parfois l’image saute, il se peut qu’elle soit détériorée par le temps et un peu floue, mais c’est elle qui raconte l’histoire, pas les quelques cartons qui de temps en temps la soulignent de si peu de mots, il vous faudra être attentifs, cependant vous aurez vos réponses.
Le personnage de Lilith, actrice des années vingt disparue dans de mystérieuses circonstances est vraiment fascinant. Dans le sens premier du mot qui allie charme et répulsion. Le terme de répulsion peut sembler un peu fort dans son cas, mais il est certain que Lilith est dérangeante. Fragile et vénéneuse à la fois, elle personnifie la femme sauvage, hors limites. Quand Eve — celle qu’elle incarne sous son nom de scène — est la face lumineuse, mais entravée, de sa personne, la vraie Lilith, complète et tellement plus vivante est la sauvagerie faite femme, littéralement possédée par elle-même et non par des rôles.
Le narrateur nous entraîne à sa suite, quarante ans plus tôt, de sa vie de jeune fille en Hongrie à ses débuts artistiques, des fastes du cinéma à sa réclusion dans les Carpates. Le cinéma lui-même, art si neuf et expressif, si prometteur tant il était alors un champ immense de possibilités, fait partie intégrante de l’histoire, apporte sa substance à l’ambiance et son élégance d’alors au récit. J’ai particulièrement apprécié les récits des films de Lilith qui contrastent par leur fantasmagorie avec l’essence purement fantastique (c’est-à-dire brillamment maintenue entre deux mondes) du récit de la « vraie » vie de l’actrice. Mais l’essence du roman reste Lilith.
Lilith et Eve, les deux femmes d’Adam, la première libre et insoumise, égale de son époux, la deuxième dépendante, née de lui, assujettie, ont toutes deux eu une influence sur Lilith Hevesi. Car celle-ci, selon son journal, ses lettres et les souvenirs du narrateur semble s’être perdue, mais aspirer à redevenir elle-même. Seulement sait-on (sait-elle ?) qui elle est ? Et que lui est-il arrivé d’ailleurs ? Si sa vie semble déjà mystérieuse, les circonstances de sa disparition le sont encore plus.
J’ai pris plaisir à ramasser les morceaux épars de ce puzzle et à tenter de reformer le tableau, alors que j’errais dans les méandres de la vie de Lilith, que je la voyais engendrer ses chimères… Le roman est délicieusement lent, évanescent comme l’est Lilith, tout en circonvolutions, tissé pêle-mêle des notes du narrateur qui fut un proche de Lilith et tente d’en écrire la biographie, de notes éparpillées, correspondance, divers journaux intimes, résumés des films de Lilith… Cela renforce l’aspect de puzzle, c’est une enquête à mener, des fils à débrouiller.
Ce récit merveilleusement construit, entre le fantastique et le roman noir, distille le doute en permanence. La femme, le démon, tous les mythes qu’on y rattache prennent vie ici. Lilith aux multiples visages est un personnage si complexe qu’on est presque tenté de croire à son existence.
Et la question revient sans cesse, dans les moments les plus épurés comme les plus malsains, qui est Lilith ? Et pourquoi, comment, les gens qui ont gravité autour de cette femme en sont restés à ce point obsédés ?
Pour trouver votre réponse, il vous faudra lire le roman.

Si celui-ci vous intrigue, ce qui j’espère est le cas, je vous invite à visiter le site qui lui est consacré.

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