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Posts Tagged ‘secrets de famille’

Un roman de Jo Walton, premier tome de la trilogie du Subtil changement, publié dans la collection Lunes d’encre de Denoël.

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Présentation de l’éditeur :

Huit ans après que « la paix dans l’honneur » a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du cercle de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley. Mariée à un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait cette fois partie des invités. Mais les festivités sont vite gâchées par le meurtre de sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence une étoile jaune. David, le mari de Lucy, fait donc un coupable tout désigné. Convaincue de son innocence, celle-ci trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Carmichael, un allié. Mais pourront-ils, ensemble, infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine ? Subtil mélange de roman policier classique et d’uchronie, Le cercle de Farthing est le roman qui a révélé Jo Walton au grand public, bien avant le succès mérité de Morwenna.

1949, alors que l’Allemagne s’enlise dans sa guerre contre les Russes, le Royaume-Uni, qui dix ans plus tôt s’est retiré du conflit européen, est à un tournant de sa politique. À la veille d’un important scrutin, les membres du Cercle de Farthing, courant conservateur à l’origine de cette « paix dans l’honneur, » se réunissent dans leur fief campagnard, domaine dont ils ont emprunté le nom et qui appartient à lord Eversley. C’est là que le plus éminent des leurs, Sir James Thirkie, est assassiné.
Est-ce un meurtre politique ou un crime passionnel ? Thirkie a-t-il été victime des Juifs, des bolcheviks ou des siens ? L’inspecteur Carmichael se voit chargé de démêler ce sac de nœuds mais, bien entendu, David Kahn, époux Juif de Lucy Eversley, est le principal suspect…
Premier tome d’une trilogie uchronique, Le Cercle de Farthing pose les bases de cette Histoire remaniée. On se rend compte que le cours des événements tient parfois à peu de choses… Petit à petit, avec subtilité, Jo Walton nous explique les modifications qu’elle a opérées, tout en nous présentant les artisans de cette paix hypocrite et leurs motivations. Ces marionnettistes se disputant le pouvoir sont-ils à la hauteur de leur rôle ? Quelles turpitudes se cachent derrière leurs bonnes manières ?
Jo Walton a une façon bien à elle de créer une ambiance, on se glisse très facilement dans ses récits. La lire est un vrai plaisir. Au début de ce roman, on a un peu l’impression de tomber dans une partie de Cluedo dont les personnages sortiraient d’un soap vieillot. Cela ne tire pas trop sur la caricature, ça reste amusant. Cela m’a rappelé les enquêtes de l’inspecteur Barnaby, série dont les secrets de famille, décors champêtres et petites machinations en tous genres sont le fonds de commerce.
Jo Walton a opté pour des chapitres courts, qui apportent beaucoup de dynamisme au récit et une double narration. D’un côté, nous avons Lucy et son récit à la première personne. En tant que fille de la famille, elle connaît tous les petits secrets des membres du cercle même si elle a un statut à part. Elle nous conte les événements à mesure qu’elle les vit, ses suppositions, son inquiétude à voir s’accumuler les preuves contre son mari… Ensuite, nous suivons Carmichael dans son enquête, par le regard d’un narrateur omniscient. Les deux personnages se complètent bien et leurs récits s’alternent, ce qui prévient la lassitude du lecteur car chacun a ses défauts autant que ses qualités. Lucy est intelligente et attachante, mais aussi très ingénue. Cette femme pense et parle parfois à tort et à travers. Elle peut agacer sur le long terme, même si elle apporte de la fraîcheur à l’intrigue. Ce n’est pas une héroïne prête à sauver le monde, juste une jeune femme qui a un jour gratté le vernis et s’est rendu compte de ce que valaient ses proches. Pour autant, elle n’a pas encore perdu toutes ses illusions et ne s’est jamais vraiment opposée à eux.
Carmichael est, quant à lui, un homme posé, méthodique et plutôt secret. C’est un personnage agréable à suivre, même si ses chapitres ralentissent quelquefois le récit. Si l’enquête est cohérente et rappelle les polars classiques, elle peut cependant sembler un peu lente. En fait, ce roman se déroule sur moins d’une semaine et le rythme est réaliste, mais les séries télé ont une mauvaise influence sur nous… Disons que cela conviendra mieux amateurs de romans de mœurs que de polars.
Ce n’est pas rocambolesque, mais je n’attendais pas un thriller. J’aime la façon qu’a Jo Walton de décrire les gens, de raconter une histoire sans prétention ni effets de manches. Bien que l’on puisse reconstituer le puzzle en même temps que Carmichael et Lucy, le suspense ne réside pas dans l’enquête, mais dans la capacité des personnages à se sortir de ce panier de crabes. J’ai tremblé pour Lucy et David. Je me suis énervée contre Carmichael qui laissait filer des indices. J’ai tourné à toute allure les pages du dernier tiers.
J’ai passé un excellent moment avec ce roman et j’ai hâte de voir comment Walton développe ses personnages et son uchronie dans les tomes suivants.

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Découvrez également les avis de A.C. de Haenne, Acr0, Cornwall, Dionysos, Lhisbei et Lune.

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Première lecture pour le Challenge Lunes d’encre !

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Un roman de Joseph Fink et Jeffrey Cranor, disponible en grand format chez Bragelonne et en poche chez Le Livre de Poche.

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J’ai gagné mon exemplaire grâce à l’équipe des Valnuitains qui traduisait bénévolement le podcast en français. Pour cela et pour le super boulot qu’ils ont accompli, je les remercie.

La version française, qui allait jusqu’à l’épisode 23, n’est malheureusement plus disponible, il faudra donc vous rabattre sur l’originale.

Vous pouvez découvrir ici mon avis sur le podcast.

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Pour commencer, posons les bases…
Night Vale est une ville étrange où toutes les théories du complot et les bizarreries en tous genres se télescopent sans que cela ne fasse ni chaud ni froid à ses habitants. Les épisodes du podcast sont présentés comme les extraits d’une émission diffusée par la radio locale et animée par Cecil Palmer. Nous observons donc toujours Night Vale et les gens qui y vivent par le regard de cet homme, résolument enthousiaste et optimiste. Or, s’il fait quelques incursions dans le roman sous forme d’intermèdes, il n’est qu’en arrière-plan et, pour une fois, limité à la perception que les autres ont de lui.
Ce récit va plutôt s’attacher aux pas de Jackie, dix-neuf ans depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, qui tient le mont de piété et de Diane Crayton, que les auditeurs du podcast connaissent pour son poste dans l’association des parents d’élèves.
Outre ces deux femmes, on retrouve des personnages connus : La vieille Josie et ses anges, l’homme à la veste fauve ou encore Steve Carlsberg, la bête noire de Cecil, et on en apprend davantage à leur sujet.
Grande fan du podcast, j’étais ravie de lire ce livre, mais il m’a fallu un certain temps pour trier mes impressions. Cette chronique a été particulièrement ardue à écrire. Je ne voudrais pas vous dégoûter de l’univers si riche et fascinant de Night Vale, cependant je me dois d’être honnête : le roman n’est pas à la hauteur du podcast. Il a de grandes qualités, mais aussi quelques défauts qui peuvent rendre la lecture très fastidieuse.
Si je n’avais pas écouté le podcast avant, j’aurais eu du mal à entrer dans cette histoire. Il est de prime abord difficile de situer l’intrigue ou les personnages. On part d’un côté, puis de l’autre, sans que l’intérêt soit tout de suite accroché. Le style est aussi haché que le scénario, déconnecté je dirais. C’est voulu, pour que les bizarreries qui débaroulent soient encore plus saugrenues, cela est censé désarçonner le lecteur. N’oubliez pas que les situations les plus étranges et absurdes sont banales à Night Vale. Mais ce qui passe très bien à l’écoute devient assez vite pénible à la lecture.
Cela étant, il y a de très bons passages et une exploration des personnages différente puisque non soumise à l’appréciation de Cecil. Pour autant, le rythme pèche. L’intrigue piétine énormément. J’ai souvent eu l’impression d’être engluée et que chaque pas en avant me coûtait.
C’est dommage car quand on sort de ces boucles léthargiques, l’histoire est intéressante et j’ai même fini par m’attacher aux personnages (Dieu sait que Diane m’exaspérait pourtant). Ce roman parle d’identité, de la difficulté de grandir et d’être fidèle à soi-même, de famille et d’amour maternel-filial aussi.
Je reste mitigée mais une chose est sûre : je vous conseille d’écouter le podcast, beaucoup plus fun, avant de tenter cette lecture.

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Découvrez également les avis de Chani et Acr0.

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Un roman de Michèle Astrud publié par les éditions Aux Forges de Vulcain.

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Présentation de l’éditeur :

« Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l’arrivée du désert, l’avancée des tempêtes, bientôt la maison sera ensevelie sous le sable. Seuls ceux qui habitent les étages les plus hauts arriveront à survivre. » Dans un monde en déliquescence, la sécheresse et la canicule font des ravages, l’égoïsme et l’anarchie règnent, et chacun lutte férocement pour sa survie. Antoine, un ancien professeur, rend quotidiennement visite à sa fille Chloé qui, suite à un événement traumatique dont il se sent coupable, souffre de graves troubles de la mémoire et réside depuis des années dans une maison pour enfants malades. Antoine se bat contre l’oubli et la destruction, en photographiant son environnement en train de disparaître, et en reconstruisant sa relation douloureuse avec Chloé. C’est alors que réapparaît Sonia, son amour de jeunesse, devenue documentariste de renom, mais elle meurt avant qu’ils ne puissent tourner la suite du film qu’ils avaient jadis commencé ensemble. Antoine décide de partir sur les routes avec Chloé, dans l’espoir que ce voyage lui permette de sauvegarder les archives de Sonia, et de les sauver eux-mêmes. Dans une atmosphère des derniers jours où l’obscurité gagne, dans une errance où l’oubli croît, Antoine réussira-t-il à assumer son rôle de père ? Chloé arrivera-t-elle à grandir ? Parviendront-ils, ensemble, à retrouver la lumière ?

La canicule s’est installée, l’eau devient une denrée rare et les populations sont quasiment livrées à elles-mêmes. Les gens fuient s’ils le peuvent, mais pour aller où ? Dans ce climat de plus en plus hostile, Antoine essaie de survivre. Il photographie ce pays en déliquescence. Il rend visite à sa fille placée en institution. Il laisse son esprit vagabonder, suivant le courant dans lequel les événements le jettent. Ses souvenirs s’emmêlent, ses aspirations également.
Au début, l’atmosphère est très pesante. Un relent de nausée flotte dans l’air alors qu’on apprend à connaître les personnages et on ne sait pas trop où l’auteur nous emmène. Dans ce roman d‘anticipation, ce n’est pas l’Apocalypse en marche qui importe, mais l’aventure humaine d’un homme et de sa fille, êtres fragiles jetés en pâture à la vie. Antoine est homme passif, voire soumis, qui malgré son idéalisme avait tendance à fuir, à rester en dehors de sa propre existence. Il aimerait bien faire, mais toute sa vie il est demeuré tiède, a évité de vivre ses rêves pour ne pas être déçu. Chloé, quant à elle, est restée enfermée une bonne partie de son exisence. Elle a grandi sans repères, mais elle veut vivre. La fille est abîmée, mais c’est le père qui est perdu. Ce roman est celui de leur reconstruction alors que tout s’écroule alentour. Il s’agit plus de psychologie que de survie. Si vous voulez du post-apo, passez votre chemin.
Antoine m’a longtemps mise mal à l’aise. Il observe, agit peu et, de mon point de vue, ne s’intéresse pas à ce qui est réellement important. Il se laisse porter, ses choix n’en sont jamais vraiment. Puis, surtout, j’étais en colère contre ce père négligeant qui n’assume pas ses responsabilités.
Quant à Chloé, personnage fluctuant s’il en est, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle plus qu’à son père. Elle oscille entre l’enfant capricieuse et la jeune femme bien trop mâture pour son âge. Elle est intelligente, un brin manipulatrice. Elle garde en elle beaucoup de rancœur. C’est un personnage complexe, très bien mis en scène.
La façon dont ces personnages sont exploités peut surprendre. On adhère ou pas. Pour moi, c’est une rencontre ratée, même si j’apprécie en général les récits initiatiques très axés sur la psychologie. Néanmoins, ce roman possède de nombreuses qualités. Le style est parfois très onirique, donnant l’impression que l’on peut se réveiller à tout moment. L’auteur a su rendre son récit visuel, voire photographique, tout en laissant filtrer les émotions. L’écriture est poétique et intimiste. Les souvenirs des personnages mijotent à la chaleur de ce monde déclinant tandis que l’on voyage à leurs côtés, entre espoir et renoncement. Le road trip commence assez tard, mais ce n’est pas important. Le récit est initiatique même dans l’immobilisme des personnages.
Il est toujours difficile d’expliquer à quel point un roman est bon quand on ne l’a pas aimé soi-même. C’est pourtant le cas pour celui-ci. La faute m’incombe. Cette lecture m’a souvent dérangée, parfois découragée. La réflexion sur la manipulation de la mémoire et des souvenirs, l’aspect très onirique de certaines scènes, m’ont beaucoup plu, mais pas la personnalité des personnages qui pourtant sortent des sentiers battus. Je n’ai pas cru à leur relation chaotique ni à leur histoire et j’en suis désolée car ce roman mérite de trouver son lectorat et d’être apprécié à sa juste valeur.

Découvrez également les avis de Chani, Cornwall et Mariejuliet.

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Un roman de Ann Hood, publié chez City éditions.

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Mary a brutalement perdu sa fille et ne sait plus trop où elle en est. Alors qu’elle s’enlise dans la dépression, elle va suivre le conseil de sa mère, avec qui pourtant elle ne s’entend pas. Mary va apprendre à tricoter pour s’évader, pour tenir à distance les pensées qui tourbillonnent et les gens trop compatissants qui accentuent son mal-être. Ce roman parle de deuil, de dépression, mais aussi de reconstruction.
J’avais envie d’une lecture réconfortante, quelque chose de simple, de doux. Alors j’ai ouvert ce livre, parce que je suis une tricoteuse et que je pensais que cette histoire serait amusante et légère, reposante. Je lis rarement les quatrièmes de couverture… « Oh non », me suis-je dit alors qu’entamant le premier chapitre je tombai sur cette maman endeuillée. Je n’avais pas envie de lire l’histoire de Mary, pas envie de porter le poids de son chagrin de papier.
Pourquoi suis-je passée outre ? Je ne le sais pas trop moi-même. Peut-être parce que petit à petit je me suis sentie proche de Mary pour diverses raisons et que cela a perduré dans les premiers chapitres. Après, j’étais lancée…
La forme du récit rappelle un peu L’école des saveurs d’Erica Bauermeister. On découvre les personnages secondaires au fur et à mesure. Ce roman ressemble à un tissage dont Mary serait la chaîne. Sur sa propre histoire s’entrecroisent les fils de ses camarades du cercle de tricot. Ils sont la trame de l’ouvrage, lui apportent de la couleur, de la texture, une raison d’être, faisant ressortir ses propres peines en la confrontant aux leurs.
Disons-le franchement, ce Cercle des tricoteuses devrait plutôt s’appeler le cercle des dépressifs… Pas un des personnages n’est heureux. Tous portent le poids d’un deuil, d’un traumatisme ou la menace d’une épée de Damoclès. Si ce roman se lit très vite, il n’est pas de ceux que l’on ouvre pour se détendre. Les notes d’espoir se font rares. Je pense que j’ai continué ma lecture pour évacuer le mal-être de ces personnages et que leurs histoires ne me trottent pas plus longtemps en tête.
Je n’ai pas aimé la vision du tricot que dépeint l’auteur. Certes, tricoter à la chaîne aide à tenir à distance les pensées parasites, à s’apaiser, à s’organiser même, mais c’est tellement réducteur ! Tricoter peut être une thérapie, mais c’est également fun, créatif, valorisant. Contrairement à ce qui est dit entre ces pages, le produit fini a de l’importance. Il est la récompense de tant d’efforts…
Au-delà de cette considération très personnelle, les gros clichés bien patauds m’ont beaucoup agacée. Le récit en est truffé, c’est tellement poussé que cela en devient ridicule par moment. Et c’est dommage, vraiment, car cela dépare les bons côtés du roman.
De surcroît, ce texte est plein de défauts formels. Parfois les ellipses ne sont pas marquées par un saut de ligne. On est chez Mary qui discute avec son époux et elle se trouve d’un coup au cercle de tricot à observer ses camarades… Il y a en outre ce que je suppose être des erreurs de traduction, assez fréquentes chez cet éditeur (comme le problème des ellipses d’ailleurs). Pour citer quelques exemples, les pompons désignent en fait des franges, les mailles envers sont appelées points mousse, j’en passe et des meilleures… Ça ne dira rien aux personnes qui ne tricotent pas, mais ça prouve la piètre qualité du travail qui a été fait sur ce texte.
Malgré tout, j’ai trouvé touchants certains personnages quand d’autres m’ont laissée de glace. Probablement parce que leurs malheurs ont pincé quelques cordes sensibles. J’espérais une fin heureuse pour eux.
Ce roman a cela de réussi qu’il nous rappelle que derrière le succès, la perfection, mais aussi la froideur ou la bizarrerie, il y a nos drames invisibles, nos hantises, nos regrets… Il nous rappelle qu’il est plus facile parfois de tendre la main ou de se confier à des inconnus, mais surtout que les attitudes de façade sont trompeuses et qu’être en permanence dans le jugement d’autrui ne génère que davantage d’incompréhension et de souffrance.
Il y a du bon et du mauvais dans cette lecture. Elle ne me marquera pas. Pour autant, je ne regrette pas le temps que je lui ai consacré. À vous de vous faire votre opinion.

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Como agua para chocolate, Les épices de la passion en français (ouais, je sais…), est un film mexicain réalisé par Alfonso Arau et basé sur le roman éponyme de Laura Esquivel. Celle-ci en a d’ailleurs écrit le scénario. En français, le roman s’intitule Chocolat amer et tous les amateurs de réalisme magique devraient le lire.
L’histoire se déroule au début du XXe siècle au Mexique. Laura Esquivel nous conte le destin de Tita, dernière-née d’une femme revêche qui, sous prétexte de tradition, veut la garder auprès d’elle et l’empêcher de se marier. Or, Tita est courtisée…
Pour se rapprocher de la femme qu’il aime et qu’on lui refuse, Pedro fait donc le choix d’épouser Rosaura, la sœur aînée de celle-ci. Il s’installe chez sa belle-famille, avivant ainsi les tensions.
Ma première rencontre avec Tita s’est faite par le biais de mes cours d’espagnol au lycée. J’ai eu à traduire l’un des premiers chapitres du roman et j’ai été touchée par l’histoire de cette jeune femme sur laquelle sa mère a reporté toutes les frustrations de son existence. Cependant, au-delà du fait que mama Elena est une sacrée peau de vache, la tradition est réelle. Cela donne à réfléchir.
Pour autant, n’imaginez pas que le film et le roman soient pesants ou emplis de rancœur. On est dans le réalisme magique, le fantasque, le romanesque. Le contexte historique troublé n’apparaît qu’en fond, les femmes sont au cœur du récit. Il y a Tita et sa mère, bien sûr, mais aussi Nacha la vieille servante qui a élevé la petite dernière et les autres filles de la maison. On s’attache vite à certaines d’entre elles.
Le roman développe davantage leurs histoires personnelles, surtout pour Gertrudis, la cadette, et j’admets avoir préféré de loin la lecture. Elle date un peu, mais je me souviens de chapitres courts, d’une écriture douce qui donne l’impression de chuchoter des confidences et de notes culinaires… Le film est fidèle au roman, mais ne possède pas sa magie. À vrai dire, je ne lui aurais peut-être pas trouvé grand intérêt si je n’avais pas connu toutes les ramifications de cette histoire familiale.
La vie de Tita est intimement liée à la cuisine. Chocolat amer est à rapprocher de ces romans qui vous entraînent dans un univers lié aux sens, avec cet éclat de petite magie du quotidien qui fait la différence, sans pour autant verser dans le surnaturel débridé. Pour exemple je citerai La Maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni, qui est assez connu.
Film ou roman, Laura Esquivel nous offre un récit d’accomplissement. Il parle de ce que l’on choisit de transmettre, en bien ou en mal, et de la difficulté que l’on peut avoir à se libérer des traditions pour n’en garder que le meilleur et construire sa propre vie. Vous adhèrerez ou non aux choix de Tita, mais vous ressentirez autour d’elle cette présence, ces liens qui l’unissent à plusieurs générations de femmes. C’est une sensation familière quand on répète soi-même les gestes que l’on a appris de ses parents ou de ses proches. C’est un savoir inconscient qui nous accompagne toute notre vie.
Le film date de 1992. C’est en le trouvant dans le catalogue de Netflix que je m’en suis souvenue et ai eu envie de retrouver ces personnages. Il peut paraître un peu vieillot, mais il n’est pas mauvais malgré quelques raccourcis à l’emporte-pièce. Je conseille de toute façon de lire le roman avant. Je crois sincèrement qu’à voir le film en premier vous vous gâcheriez la découverte.

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Un roman de Ludovic Roubaudi, publié chez Serge Safran éditeur.

 
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Présentation de l’éditeur :
Quand il ne vend pas des couteaux à huître sur des foires, et qu’il ne discute pas avec Nadège, la vendeuse d’égouttoirs, Camille cherche à réconcilier ses deux voisins qui se haïssent : Mme Fillolit, vieille dame acariâtre, et Dlahba, le maçon slave et bougon. Lorsqu’il rencontre Merveille devant leur porte, son coeur chavire, sa vie bascule. Qui est vraiment cette jeune femme ? Un épais mystère l’entoure. Camille et Nadège enquêtent. Les voilà soudain accusés des pires crimes et menacés. Le mystère sera-t-il levé ? Les secrets de famille déterrés ? Seules conditions pour que Camille et Merveille puissent enfin s’aimer.

Camille et Merveille ou l’amour n’a pas de cœur est le récit d’un amour inattendu, un roman moderne plein de promesses qui démarre au quart de tour. Le narrateur, loquace, un rien gouailleur, ferre le chaland dès le premier chapitre. C’est son boulot, faut dire, il est démonstrateur dans les foires. Les mots sont ses amis, la littérature et le cinéma aussi, et s’il aime bien parfois jouer sur les registres langagiers, on sent que le gars a de la culture.
Il nous dépeint son quotidien, son boulot, ses voisins hauts en couleur et son associée, la belle Nadège qui a oublié d’être bête. Jusqu’au jour où, dans un coin de porte, il rencontre une femme qui va totalement chambouler son existence.
Cela commençait bien, le ton était plaisant, les personnages prometteurs, mais j’ai très vite déchanté. Il y a d’abord eu une remarque, de celles qui me mettent les nerfs en pelote :

« Je ne sais pas si les femmes subodorent la puissance de notre désir et le risque qu’elles prennent à compter sur notre retenue.
C’est à ce moment-là du désir que l’on prend conscience de la finesse du vernis de civilisation posé sur notre peau humaine. Un rien. Un souffle suffirait à nous plonger dans la barbarie et à nous pousser à prendre sans question ce que nous désirons. »

C’est avec ce genre de conneries qu’on justifie n’importe quoi… Je ne vais pas lancer un débat, mais le charme s’est brisé net et les défauts du texte autant que de l’intrigue sont devenus bien plus aigus.
Camille et Merveille, c’est l’histoire d’un coup de foudre et, comme chacun sait, on se lasse prestement de l’hébétude amoureuse. Des pages et des pages de Camille se pâmant devant une femme dont il n’est même pas pressé de connaître le prénom… C’était trop pour moi.
Cette poésie de la parole que l‘auteur tente d’insuffler à son texte finit par sonner creux. Entre références cinématographiques pêle-mêle et psychologie de comptoir, on se dit que la littérature de bobo ça va cinq minutes…
Il y a de jolis passages, mais rien qui sauve vraiment l’ensemble. J’ai en outre les incohérences en horreur, alors quand une conversation commence au téléphone et se termine de visu, forcément je grince des dents.
L’avantage de ce texte est qu’il se laisse lire ; les chapitres sont courts, les dialogues nombreux. C’est bien sa plus grande qualité. Pour le reste, ça n’a pas pris. Avec son ton patelin et sa prétendue sincérité, c’est un récit plein de prétendues vérités sur les hommes, les femmes, la maternité, assenées avec juste ce qu’il faut de prétention pour clore tout débat.
Ce qui m’a fait continuer ma lecture, outre le fait qu’il s’agissait d’un service presse, c’est que l’on se demande quand même un bout de temps qui ment dans cette affaire. Pourtant, même cela traîne en longueur et retombe comme un soufflé à la fin.
Ce fut une lecture décevante a bien des égards.

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Une novella de Rozenn Illiano.

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage en papier (à paraître en juin) et bientôt en numérique auprès de l’auteur.

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Alors que sa grand-mère est hospitalisée, Nellig profite de devoir veiller sur la maison familiale pour s’accorder des vacances en Bretagne. Mais la demeure est hantée de souvenirs, de présences, d’échos d’enfance enfuie… et Nellig n’aime pas vraiment ça.
La nuit de la Toussaint, tandis qu’une tempête se fracasse sur les côtes et que les phares s’éteignent, pendant que d’anciennes légendes refont surface, le fantôme de son grand-père lui apparaît. Et il a un message à lui faire passer.

Tout m’attirait dans cette novella… titre évocateur, résumé intrigant, couverture sublime et bien sûr la promesse de me laisser bercer, comme toujours, par les mots de Rozenn. Son écriture a un effet bénéfique sur moi, même quand les récits sont sombres. Elle réveille des émotions, des souvenirs, toujours avec justesse et sensibilité, presque sur le ton de la confidence. Elle me donne l’impression de murmurer son histoire à mon oreille. Cette fois encore, la magie a opéré. Dès les premières pages, je me suis laissé glisser dans l’histoire et je suis tombée amoureuse de ce texte. On sent qu’il est très personnel et introspectif. Cela a contribué à happer mon attention.
Nellig, la narratrice, est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal et je me suis assez vite sentie proche d’elle, d’autant que son grand-père me rappelle beaucoup le mien. Elle se retrouve seule dans la maison de sa grand-mère, alors que celle-ci est hospitalisée. Peu à peu, entre souvenirs d’enfance et événements curieux, elle va creuser son histoire familiale et faire d’étranges découvertes. En suivant Nellig dans ses investigations, le lecteur cherche lui aussi à débrouiller cette intrigue qui se révèle passionnante. Il devient vite impossible de lâcher cette lecture avant de savoir la fin.
Cette novella est un exemple parfait de ce que le Fantastique moderne peut offrir de mieux. C’est un genre que j’affectionne particulièrement, je suis donc difficile. L’auteur nous balade entre énigmes, intuitions, légendes et superstitions, tout en entretenant le mystère. Elle a su recréer l’atmosphère froide et chargée de magie de l’époque de la Toussaint, mais aussi m’emporter avec elle en bord de mer.
J’ai adoré Notre-Dame de la mer, des premières lignes jusqu’à la toute fin, et je vous encourage chaleureusement à découvrir cette histoire.

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CRAAA

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