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Posts Tagged ‘humanité’

Une novella de Ken Liu parue aux éditions Le Bélial’ dans la collection une heure-lumière.

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Présentation de l’éditeur :
Imaginez un procédé scientifique révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée. Par une seule et unique personne. Sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Un procédé qui ouvre les portes de la connaissance, de la vérité, sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’Etat. Avez-vous déjà entendu parler de l’Unité 731 ? Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le lieutenant-général Shirö Shii, cette unité militaire de recherche bactériologique se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi million de personnes… Cette invention révolutionnaire va enfin permettre de savoir la vérité sur ces terribles événements, à peine reconnus en 2002 par le gouvernement japonais, et couverts pendant des années par le gouvernement américain. Quitte à mettre fin à l’Histoire…

Je n’avais pas lu la quatrième de couverture. Je suis arrivée confiante, parce que c’était Ken Liu. Je pense avoir bien fait, je vous encourage donc à zapper cette chronique et à vous procurer cette novella sans rien savoir de plus.
Si malgré mes avertissements vous n’avez pas envie de vous jeter dans l’inconnu, voici mon avis :

La forme m’a tout d’abord interpellée. L’Homme qui mit fin à l’histoire est construit comme un documentaire, ou plutôt comme la transcription de celui-ci. Notes de production, plans minutieusement décrits, explications préliminaires, témoignages… L’auteur a parfaitement créé l’illusion. Le début est un peu déroutant mais, très vite, on y croit.
S’il vous était offert de voir le passé une unique fois, quel moment choisiriez-vous ? Quel lieu ? Et pourquoi ?
Anticiperiez-vous également tout ce que cela peut impliquer sur le plan moral ?
Dès les premières minutes du documentaire, une théorie nous est exposée : voir le passé serait possible. Cependant, à partir du moment où le « voyage » est effectué, ce pan de l’histoire devient inaccessible pour d’autres. Si l’idée est née de bonnes intentions, on la verra attaquée, dévoyée, puis remisée par un monde qui n’est pas prêt à regarder son passé en face.
Les deux personnages principaux espéraient mettre en lumière une période particulièrement sombre de l’histoire, mais pas si éloignée que ça. Si j’ai souvent entendu parler des expériences menées par les Allemands sur les prisonniers durant la seconde guerre mondiale, ce n’était pas le cas pour celles des Japonais sur les Chinois. À dire vrai, quand j’ai étudié cette période au lycée, les cours étaient très centrés sur l’occident… Aussi, j’ai trouvé cet ouvrage, basé sur des faits historiques rigoureusement vrais, intéressant.
Cette novella mêle science-fiction et histoire pour mieux développer plusieurs problématiques qui ont nourri ma réflexion. Quand j’en ai parlé à une personne de mon entourage, il m’a été répondu : oui mais c’est faux, c’est juste de la SF. Réponse qui m’a exaspérée. La puissance de la SF est justement qu’elle permet de repousser les barrières de la réflexion, de décloisonner un problème pour l’appréhender sous d’autres angles.
Comment l’humanité réagirait-elle face à un tel procédé ? L’utiliserait-elle à bon escient ou pour détruire la vérité ? Accepterait-elle les témoignages de ses pairs ou s’enfoncerait-elle davantage dans le négationnisme ?
D’un point de vue éthique et humain, mais également historique, cette novella est passionnante. Certains passages m’ont bouleversée et je ne peux que vous recommander cette lecture.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Lire une œuvre SFFF écrite par un auteur de couleur ou métissé. Que c’est moche, écrit comme cela. Mais il faut quand même bien trouver un terme : allez… tout sauf blanc.
– Lire une œuvre de SFFF par un auteur non occidental.

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Un recueil de nouvelles d’Alex Burrett publié par les éditions Aux Forges de Vulcain.

 

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Présentation de l’éditeur :

Quel lien peut-il bien exister entre une chèvre qui, faute de pattes, est obligée de barboter dans un étang arrimée à un radeau, une femme dont le dernier petit ami était l’ange de la Mort en personne, un abattoir à humains, un guerrier médiéval qui ne sait qui choisir entre sa femme et son chien, un homme indestructible mais qui l’ignore, un couple d’amants littéralement collés l’un à l’autre et qui deviennent des gourous du sexe, et bien d’autres encore ? L’imagination fantasque d’Alex Burrett ! En trente-deux textes enlevés, Burrett dépeint notre société par autant de saynètes absurdes, déployant un talent de conteur sous acide, mordant, percutant ; un monde à vif où rien n’est ce qu’il semble être, où l’on peut être ami avec une pierre, où l’Enfer se convertit aux vertus du tourisme de masse, et où les maisons habitées depuis des années savent faire culpabiliser leurs habitants. Absolument jubilatoire !

Ma Chèvre s’est mangé les pattes est un recueil de trente-et-une nouvelles. Certaines sont teintées de SF, de Fantastique ou de réalisme magique, l’ambiance d’autres ne déparerait pas dans un polar. Cependant, elles sont aussi quelquefois d’un réalisme des plus cyniques et pas si banal qu’on voudrait nous le faire croire. Drôles ou stressantes, souvent à chute, elles peuvent vous désarçonner à tout moment. On ne sait jamais sur quoi on va tomber au détour d’une page, ce qui rend ce recueil d’autant plus attrayant.
Ces textes courts flirtent de temps en temps avec l’absurde, notamment le premier qui a donné son étrange titre à l’ouvrage. Avouez quand même que cette histoire de chèvre éveille votre curiosité… L’humour caustique de ces récits est délectable, mais ils sont surtout d’une grande intelligence. Majoritairement écrits à la première personne, ils prennent la forme de confidences qui se révèlent bien moins anodines qu’on pourrait le penser de prime abord. L’auteur use souvent, à dessein, d’un ton clinique ou imitant une banale conversation entre amis pour renforcer le contraste entre ses propos et la normalité, ce qui rend le tout encore plus grinçant.
Les thèmes sont variés et, à l’exception de deux, les textes sont indépendants. La cohésion entre ces nouvelles naît de leur esprit cynique, de la finesse des réflexions de l’auteur et de cette ambiance si particulière qu’il a su créer. Il ne s’embarrasse pas de politiquement correct, mais discourt sur les travers et les misères de l’humanité comme s’il parlait de la pluie et du beau temps. À tout moment, la perception que vous avez d’un de ses récits peut basculer vers tout autre chose. L’écriture de nouvelles est un art difficile qu’il maîtrise à la perfection.
Au fil de cette lecture, on vous parlera des amours de l’ange de la mort (qui est un gars sympa), des dangers que mentir à un premier rendez-vous peut engendrer, de la gestion d’un abattoir pour humains ou d’un rat particulièrement ambitieux… C’est original, vif et intéressant.
Ce recueil, qui se lit très vite tant il est ludique et bien écrit, fut une excellente surprise.

Vous pouvez également découvrir l’avis enthousiaste de Lune.

 

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Mon avis sur les saisons précédentes est également sur le blog.

 

Attention, ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas encore vu la saison 3.

 

Au cours de cette saison, les personnages suivent leur voie séparément, même si leurs destins restent entrelacés. Cela nous donne des récits éclatés dans lesquels nous les voyons se débattre contre leurs pulsions et leurs démons sans le secours des autres. Ils se retrouvent face à eux-mêmes et vient le moment des choix les plus décisifs de leur existence. On ne sait si ce qu’il reste de leur humanité va résister.
Les femmes sont le point fort de cette saison. Elles n’avaient que peu de place dans la première, à part Vanessa, tourmentée par ses démons, et en arrière-plan Brona, mourante, qui cherchait sa respiration dans ce quotidien sordide… Peu à peu, elles prennent le dessus, leurs personnages sont développés. Il est très intéressant de voir leur cheminement vers la liberté. Mais va-t-on les laisser s’affranchir ?
Parmi les nouveaux personnages que nous amène cette saison, j’ai beaucoup aimé celui du docteur Seward, une femme intelligente, déterminée, rationnelle mais pas dénuée de compassion. C’était une merveilleuse idée de faire revenir Patti LuPone sous ces traits. Dans ses deux rôles, elle a beaucoup apporté à la série par sa prestance et son jeu d’actrice.
Penny Dreadful est une de mes séries préférées. Une des rares que j’ai suivies religieusement, c’est-à-dire dès le début de chaque saison. Mon intérêt n’est jamais retombé, fait est assez rare pour être souligné. Je me lasse vite des séries… Or, celle-ci est une vraie merveille. J’aime la grande humanité qui s’en dégage, le sens aigu du détail dont les scénaristes ont fait preuve et la complexité des personnages. Telles des fleurs maladives, ils tentent de s’épanouir dans les ténèbres. Leur nature écorchée parle à ma sensibilité et les thèmes abordés, monstruosité, différence, recherche de soi et de sa propre humanité, me sont chers. Cette série sombre, composée de tableaux vivants, restera profondément gravée dans ma mémoire.
Néanmoins, la troisième saison m’a semblé en-dessous des deux précédentes. Après avoir vu les premiers épisodes, je ne m’en suis pas formalisée outre mesure. La deuxième saison était exceptionnelle (et je pèse mes mots), je savais que la comparaison serait difficile à tenir. Cette nouvelle saison paraissait plus brouillonne, tout ou presque était relativement prévisible et l’histoire allait un peu trop vite pour être correctement développée. Je ne comprenais pas pourquoi, après avoir tant laissé traîner certaines intrigues, celles-ci étaient bouclées aussi abruptement. Toutefois, c’était du prévisible logique, dont pardonnable, et puis de nouveaux personnages intéressants sont apparus et certains épisodes se sont révélés passionnants. J’ai été particulièrement fascinée par l’incursion dans le passé de Vanessa et de John Clare.
Entendons-nous bien, même si j’ai trouvé que les scénaristes avaient eu plus d’une fois recours à la facilité, j’ai regardé les sept premiers épisodes avec une fébrilité avide. Malgré les défauts que j’ai relevés, j’ai aimé cette saison. Cependant, mon indulgence était inféodée au fait que je pensais qu’il y aurait une suite. Je restais confiante parce que je me disais que ces intrigues qui se délitaient trouveraient un écho plus tard et rebondiraient, comme cela était déjà arrivé.
Puis vint le final… Et nous avons appris que Penny Dreadful ne serait pas renouvelée, mais qu’il avait toujours été prévu que la série se déroule en trois saisons. Je n’avais pas encore vu ces deux derniers épisodes, cependant la déception s’est faite plus prégnante. On ne traite pas de cette façon une série dont on connaît par avance la durée de vie. Ils ont délibérément choisi de clore certaines intrigues à la va-vite, elles ne pourraient pas se répercuter sur une prochaine saison pour être étoffées. Ils ont créé de nouveaux personnages dont le potentiel serait mort-né…
Ce n’est pas tant la fin désabusée qui m’a déplu – elle est on ne peut plus logique, même si elle manque un peu de finesse – mais l’aspect bâclé qui nimbe cette saison. Durant les deux premières, je n’avais jamais trouvé le scénario prévisible, jamais le traitement réservé aux personnages ne m’avait semblé expéditif. Penny Dreadful m’avait habituée à plus de minutie et de profondeur.
Malgré tout, cela reste une série à voir, une œuvre d’art à la grâce fragile. Le jeu d’Eva Green y est grandiose, mais les autres membres du casting ne sont pas en reste. Je suis certaine que Penny Dreadful restera une de mes séries préférées, une de celles que je revois de temps en temps avec toujours autant de plaisir.

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Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.

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Présentation de l’éditeur :

Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde. L’auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l’orginalité de sa vision d’un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d’exception.

Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d’illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.

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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !

CRAAA

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

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Une bande-dessinée de Nick Abadzis, publiée chez Dargaud.

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Présentation de l’éditeur :
La véritable et poignante histoire du premier être vivant envoyé dans l’espace : la chienne Laïka. Une saga scientifique et historique qui révèle plusieurs histoires : celle de l’ingénieur en chef du programme soviétique, la course à l’Espace entre les USA et l’URSS, et celle de Laïka, bien sûr, chien errant qui n’échappa à l’euthanasie que pour devenir un cobaye sacrifié sur l’autel de la réussite humaine et, au final, un symbole de progrès. Une histoire racontée avec une immense finesse et la plus grande précision historique.

Cette bande-dessinée est basée sur des événements réels.
Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Laïka, en tout cas je l’espère. Cette petite chienne fut le premier être vivant envoyé dans l’espace.
Dans les années cinquante, L’U.R.S.S. et les U.S.A. jouaient à qui pisserait le plus loin. La conquête spatiale faisait rêver, c’était une façon comme une autre d’entretenir leur rivalité. Tout moyen était bon à prendre pour prouver sa supériorité. C’est dans ce contexte délicieux qu’en 1957, un mois après le lancement du satellite artificiel Spoutnik, les soviétiques ont envoyé Laïka, une petite chienne de trois ans, à bord de Spoutnik II, sans se soucier de n’avoir aucun moyen de la ramener en vie.
Elle avait été trouvée errante dans les rues de Moscou. Rien ne la prédisposait à ce destin aussi grandiose que tragique et vide de sens. Cette bande-dessinée raconte son histoire, lui inventant un début de vie loin d’être rose, mais tâche de lui donner le plus de réalisme possible et de s’appuyer sur des faits pour la suite. On montre même l’entraînement subi par les chiens du programme spatial. Ces pauvres bêtes ont beaucoup supporté… Laïka n’est pas la seule à avoir péri. J’en profite d’ailleurs pour rappeler que trois années sont juste un cinquième de la vie d’un chien, sachant que les petits gabarits, surtout les bâtards, ont même une espérance de vie supérieure à quinze ans. Certes, envoyer à la mort un chien plus âgé n’aurait pas rendu cela moins atroce, mais c’est d’autant plus sordide que cette chienne était à l’orée de sa vie. Aucun animal ne mérite ça et la BD le retranscrit parfaitement, malgré le sentimentalisme romancé des premières pages, quand l’auteur imagine à Laïka un début de vie à propos duquel on ne possède aucun renseignement réel.
Je ne suis pas particulièrement fan du graphisme, mais l’important est de faire davantage connaître le destin de cette petite chienne, victime de la bêtise humaine déguisée en course vers le progrès. En cela, la BD est très réussie. On a envie de d’empêcher l’inéluctable, mais si ce n’est pas la petite Koudriavka, ce sera une autre chienne… On ressent l’horrible attente qui pèse sur l’animal et certains de ses soigneurs, le climat lourd de méfiance et de menaces d’une époque où la moindre opposition pouvait vous valoir le goulag… C’est très triste, évidemment, mais c’est aussi un bel hommage. Parce que je savais à quoi m’attendre, j’ai beaucoup pleuré en lisant… La moindre des choses que nous pouvons faire pour Koudriavka – Laïka – est de ne jamais l’oublier.
Un chien offre une confiance sans réserve à ceux qui le soignent… Ce sont des animaux naturellement bienveillants et prêts à supporter sans broncher les situations les plus extrêmes pour plaire à leur maître. C’est d’autant plus vrai pour ceux qui ont été recueillis et sont de fait très reconnaissants envers leurs sauveurs. Imaginez la détresse de ce pauvre animal, enfermé dans cet engin, seul, dans le bruit, la chaleur, le chaos… Elle a agonisé entre cinq et sept heures, espérant probablement jusqu’à sa dernière seconde de conscience qu’on vienne la chercher. Longtemps, on a raconté que Laïka était morte après avoir consommé de la nourriture empoisonnée, laissée à sa disposition comme un acte d’humanité… C’est faux, la chaleur l’a tuée. Et ce sacrifice n’aura quasiment rien apporté à la science, il a juste nourri l’ego d’un gouvernement.
Ce n’est pas à l’école ni en regardant un reportage ou en lisant une revue que j’ai appris l’histoire de Laïka. J’étais adolescente, j’écoutais la radio, et j’ai entendu la chanson de Mecano qui lui est dédiée… Je ne vous cache pas que je trouve aberrant d’avoir dû l’apprendre par ce biais.
Des années plus tard, le destin tragique de Laïka me bouleverse toujours autant. C’est pour cela que j’ai voulu lire et chroniquer cette bande-dessinée (même si j’admets n’avoir pas beaucoup parlé du livre lui-même). C’est ma contribution, si humble soit-elle, à faire connaître son histoire et à faire en sorte qu’on ne l’oublie jamais. Il est si facile d’effacer ce qui nous dérange…

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Laika

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Un roman d’Ugo Bellagamba, publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Cette version a été retravaillée et augmentée.

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Présentation de l’éditeur :

« Je suis une Victoire, ma chérie… Si tu préfères, un soldat, engagé dans une lutte dont l’origine se perd dans la nuit des temps. »

L’Orvet a fait de l’humanité son terrain de chasse, causant famines, guerres et destructions. De la Rome antique jusqu’aux étoiles les plus lointaines, ce roman retrace le combat et les sacrifices des Victoires, ces femmes qui luttent dans l’ombre pour nous protéger.
Lettrées, guerrières ou amantes, voici huit portraits de ces vigies qui jalonnent l’histoire et redessinent en creux notre futur.

Ugo Bellagamba est l’une des plus belles plumes de l’Imaginaire. Il l’a prouvé au fil de la demi-douzaine de livres qu’il a publiés, qui lui ont valu la reconnaissance de nombreux prix, dont le Grand Prix de l’imaginaire ou encore le prix Utopiales pour Tancrède, une uchronie. L’Origine des Victoires est peut-être son roman le plus personnel, tout en finesse et en subtilité, ancré dans les paysages du sud de la France.

Jeunes ou vieilles, guerrières et intellectuelles, les Victoires sont des femmes libres et puissantes qui ne craignent ni le combat ni le sacrifice. Depuis l’éveil de la conscience humaine, elles arpentent le monde, tâchant d’arracher leurs contemporains à l’attraction maléfique de l’Orvet, mi-prédateur mi-parasite. Cette créature extraterrestre se délecte du mal, du chaos et de la souffrance. L’Orvet manipule l’humanité, l’aidant même à développer ses connaissances quand cela l’arrange, pour mieux la dévorer.
L’Origine des Victoires est un fix up constitué de récits éclatés dont la succession ne tient pas compte de la chronologie, même si l’on fait en quelque sorte la rencontre de la première et de la dernière des Victoires. Chaque chapitre est dévolu à l’une de ces héroïnes froides et déterminées. Ces portraits de femmes sont fulgurants, figeant la Victoire à l’apogée de son allégorie. Ce sont les multiples facettes de la femme en général, mises en exergue par ce combat particulier contre le chaos. Cette lutte, pourtant à peine entraperçue entre les lignes des destinées de nos huit Victoires – et de leurs sœurs tout juste évoquées – est aussi fascinante que complexe, détaillée juste ce qu’il faut pour laisser l’imagination du lecteur travailler. La nature de l’humanité en général, mais plus particulièrement celle des femmes, est dépeinte avec brio dans ces pages.
L’intrigue laisse une large part aux ellipses. Si vous préférez les histoires développées à l’extrême, cela ne vous séduira probablement pas. Toutefois, il serait malvenu de considérer ces nouvelles – quelquefois sans début, souvent sans fin – comme des ébauches superficielles. Incisives, elles tranchent dans le vif d’un combat millénaire pour en extraire les moments clés et capturer l’essence des Victoires. Cette narration parcellaire m’a beaucoup plu et, d’un point de vue philosophique, cette lecture fut très intéressante. J’ai rechigné à abandonner certaines de ces femmes car leurs récits m’ont fascinée. Cependant, l’auteur joue de cette frustration.
Je n’ai pas toujours compris ou cautionné les actes de ces femmes. Je pense notamment à Claudia dans le premier texte. Enfin si, je ne comprends que trop son but, sans parvenir néanmoins à trouver son choix judicieux. Si elle n’avait pas tant attendu, elle n’aurait peut-être pas eu à le faire.
Il faut dire que cette première histoire m’a perturbée. Elle commence par un souvenir, la tiédeur d’un après-midi complice entre une mère et sa fille… Mais si l’une croit que l’on peut échapper à son destin, ce n’est pas le cas de l’autre. Selon moi, les femmes ont ancrées en elles, comme l’une des autres nouvelles le fait d’ailleurs remarquer, cette certitude que fuir parfois, ruser souvent, n’est pas de la lâcheté. Il faut quelquefois se ménager pour durer et perdre des batailles pour gagner une guerre, comme il faut savoir, aussi, quand il est nécessaire de se sacrifier.
Cette lecture m’a offert de nombreuses pistes de réflexion. La seule chose qui m’a retenue au début fut que je n’adhérais pas à l’idée-même de l’Orvet, non pas en tant que créature, mais comme principe du mal. On envisage assez vite qu’il ne fait qu’exacerber les mauvais penchants des êtres qu’il possède et on voit au fur et à mesure qu’il manipule l’humanité depuis très longtemps pour qu’elle soit à son goût, mais ses victimes n’en sont pas moins des marionnettes. Dans les premiers textes, cela les dédouane presque de leurs actes, comme si le mal était vraiment extérieur à l’humanité. Je trouvais cela trop manichéen, cependant ma perception a évolué à la lumière des récits. L’idée de base est plus profonde et l’auteur la ménage. L’ambivalence de la nature de l’Orvet, tout comme celle des Victoires, apparaît petit à petit. Ainsi, j’ai fini par trouver cette vision des choses très cohérente et vraisemblable.
L’auteur développe une vraie réflexion sur le mal et l’âme humaine au fil de textes parfaitement ciselés. Le style très travaillé s’accorde à merveille à l’intelligence du propos. Les silences font autant partie du récit que les références littéraires ou historiques.
La version poche parue au sein de la collection Hélios est une réédition retravaillée et augmentée. Le chapitre de Coppélia qui y a été ajouté est un plus non négligeable.
L’Origine des Victoires est un ouvrage atypique qui contourne habilement les évidences et m’a désarçonnée parfois. Ce n’est peut-être pas une lecture pour tout le monde. Elle demande de l’implication, une certaine disponibilité d’esprit et de la patience pour l’apprécier à sa juste valeur. Je l’ai, pour ma part, beaucoup appréciée.

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CRAAA

sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre de SFFF féministe. Ouvertement féministe ou gommant les genres.

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Un roman de Léo Henry et Jacques Mucchielli, publié en papier et numérique par les éditions Dystopia.

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sur le fleuve - leo henry et jacques mucchielli

Présentation de l’éditeur :
Amazonie, seizième siècle. Quelques dizaines d’âmes embarquent sur des radeaux pour percer les secrets du pays d’Eldorado. Nobles de la vieille Europe, gens d’églises ou mercenaires, Indiens de la montagne, tous se livrent à la merci du grand fleuve. Et l’un après l’autre, les hommes meurent assassinés. Est-ce bien un jaguar qui les a pris en chasse ? La forêt se referme. La folie rôde. Et l’eau continue de couler.
Léo Henry & Jacques Mucchielli ont publié trois recueils de nouvelles entre 2008 et 2012. « Sur le fleuve » est leur unique roman.

Si le sujet de Sur le fleuve peut sembler rebattu de prime abord – des conquistadors à la recherche de Manoa, mythique cité d’or – le roman se révèle original et très prenant. La forêt y est une entité, la quête de ces hommes et de cette femme va prendre de nombreux visages et la confrontation des peuples peut mener au pire. Au final, le but importe-t-il réellement plus que le cheminement ?
Pris dans le labyrinthe de la forêt, incapables de s’en dépêtrer, les personnages s’enfoncent dans l’immensité sauvage de la nature et s’y retrouvent pourtant enfermés. Ils vont se révéler dans la touffeur de ce huis clos. Ceux qui sont venus en conquérants, sûrs de leur force, n’ont pas idée de ce que leur présence a pu déclencher. Le sacrilège qu’ils ont commis a attaché un prédateur à leurs pas.
Le récit est divisé en deux pistes : celle que suit le groupe – les chapitres portant souvent sur un personnage en particulier – et celle du fauve, à l’affût. Les incursions du prédateur dans l’histoire m’ont beaucoup plu pour leur poésie et leur symbolisme. J’ai eu nettement plus de mal avec les autres personnages, même si la façon dont les auteurs dévoilent progressivement leurs histoires respectives est passionnante. Au contact de la forêt, ces individus en perdition se fragilisent. La nature, l’isolement et la rudesse des épreuves les mettent face à leurs propres failles. Petit à petit, le groupe se disloque.
Au fur et à mesure que l’on apprend à connaître ces hommes et cette femme, ils ne paraissent plus si froids. J’ai particulièrement apprécié Dumè, mercenaire Corse, qui est, je dois bien l’admettre, l’image même que les Corses ont d’eux-mêmes, avec son lot de défauts et de qualités… Dans son sillage, il apporte un peu de ma culture, notamment avec « les chasseurs en rêve », les mazzeri, bien que l’allusion soit fugace.
Ce récit est exigeant, mais apporte beaucoup en retour. La végétation se referme sur le lecteur, tout autant que sur le convoi, il participe à cette quête et se confronte aux côtés les plus sombres de l’humanité, à ses peurs, ses injustices, ses faiblesses…
L’impression que m’a laissé Sur le fleuve est indéfinissable, mais me marquera sans doute durablement.

Découvrez également l’avis de Lune.

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